Alphonse Daudet (Léon Daudet, 1898)/V

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Bibliothèque Charpentier (p. 189-204).

CHAPITRE  V
L’EXEMPLE FAMILIER

En tête de ses admirables Vies Imaginaire, Marcel Schwob, l’auteur merveilleux du Roi au masque d’or, du Livre de Monette et autres œuvres éclatantes, insiste avec infiniment de justesse sur l’importance du détail familier, quant à la biographie des grands personnages. Souvent une habitude, un trait de mœurs, une préférence en révèlent davantage qu’une longue thèse ou un corps de doctrine. Ce qu’il y a de particulier, de spécifique dans un être s’affirme parfois plus nettement par une de ces remarques que l’esprit académique traite volontiers de négligeables. C’est une des raisons pour lesquelles les éloges solennels et les discours devant les tombeaux se ramènent presque tous à un thème identique, incolore et exsangue où sont exaltées, d’après un formulaire rituel, des vertus sans relief et des circonstances monotones.

Alphonse Daudet était, dans son vêtement, d’une modestie exemplaire. Il n’en fut pas toujours de même. À la première représentation d’Henriette Maréchal, on remarquait, parmi les défenseurs enthousiastes de la pièce, un jeune homme aux longs cheveux noirs dont les applaudissements faisaient scintiller les reflets d’un veston argenté. La future Mme Alphonse Daudet, alors Mlle Allard, assistait à cette séance mémorable : « On peut amener les jeunes filles ; le tapage sera si vif qu’elles n’entendront rien. » Telles avaient été les paroles de l’ami qui apporta la loge ; telle fut la première rencontre, très inconsciente, de mon père et de ma mère.

Dans les dernières années, mon père, quand il dînait en ville entre amis ou chez lui le jeudi, portait un veston de velours noir. Mon frère et moi étions heureux de lui donner le bras et fiers de sa beauté, en certains jours vraiment extraordinaire. Avec quelle pudeur il cachait sa souffrance ! Elle crispait ses traits un instant, mais si bref que nous seuls pouvions la deviner ; il nous rassurait d’un sourire et contait aussitôt quelque histoire bouffonne et vaillante, accompagnée d’un petit frémissement de l’œil qui nous associait à son héroïsme.

Souvent, nous nous le répétons : ce qu’il ne disait pas, ce qu’il laissait entendre par son regard était aussi pénétrant, aussi divinatoire que sa parole. Et quelle indulgence ! « Pour bien tenir ce qu’on tient, laisser toujours un peu de corde. Si les enfants ont l’âme bien faite, la tendresse qu’on leur montre ne leur nuira jamais. Elle les soutiendra plus tard, dans les heures mauvaises. C’est toujours cela de pris sur l’existence ennemie. »

En vérité, je le dis pour ceux qui ne l’ont point connu, il n’était pas le Christ hâve et blême que certains se représentaient. Quand ses douleurs lui laissaient un répit, il donnait l’illusion de la santé complète. La table est parée de fleurs et de cristaux. Voici les convives les plus divers : Concourt, Scholl, Coppée, Albert Wolff, Mallarmé, Mariéton, Heredia, Sully Prudhomme, Flaubert, Drumont, de Banville, Hébrard, Georges Hugo, Hervieu, Gambetta, Tourguenef, Maupassant, Géard, Leconte de Lisle, Zola, Rochefort, Barrés, Hennique, Montesquiou, Rodenbach, Geffroy, Charpentier, combien d’autres ! Dès le potage, mon père a mis tout le monde à l’aise, enchanté ses hôtes par un récit bref et brillant, une de ces improvisations ailées dont il est coutumier, ou quelque observation d’un comique irrésistible. Puis, avec une adresse merveilleuse, il lance la causerie dans un sens favorable à la verve des uns et des autres, il la dirige, il la protège, il la ranime, il la hausse et la maintient humaine ; tantôt il fait tête à tous, s’emballe, et le son de sa voix chaude et souple, ardente et prenante, et ses yeux et son geste complètent un fabuleux ensemble. Tantôt il cède la place, se fait petit, se dissimule, et laisse un glorieux du récit remporter son triomphe. Il sait le prix des opinions, l’entraînement des discours, l’ivresse des contradictoires. Sur un seul point, il est sévère. Il tient au bon ton des plaisanteries, et malheur à celui qui se permettrait quelque allusion risquée, quelque mot choquant les oreilles féminines. Le regard devient noir ; la voix change ; avec prestesse et dextérité, il rappelle au maladroit les bornes de la politesse, « ces jolies frontières où l’on peut tout dire, pourvu que n’apparaisse aucune image vilaine, rien de ce qui souille et dégrade ».

D’une acuité d’oreille extrême, mon père entend ce qui se chuchote à dix couverts de lui ; il intervient soudain dans un a parte où on ne l’attendait pas, et rien ne l’amuse comme de dérouler un léger mystère, un début de flirt, une approche timide.

Mais il ne faudrait pas se duper à tant de bonhomie, prendre cette douceur pour de la faiblesse, et, comme il dit, « lui retirer sa chaise ». J’ai connu à deux hommes le don complet de répartie : l’un, c’était Alphonse Daudet ; l’autre, est notre cher et admiré Paul Hervieu. Pareille adresse d’escrimeur, qui, sur une attaque imprévue, trompe le fer et file à la poitrine avec une rapidité démontante. Pareil regard aigu, brusquement sombre et implacable. Pareil choix de mots, de traits inoubliables, empoisonnés et barbelés et qui voleront désormais sur les lèvres. Précieuse faculté dont l’abus n’est pas à craindre chez des hommes pareils, faculté qui prend une forme durable dans des œuvres telles que l’Immortel ou Peints par eux-mêmes, qui dompte et bride les sots, les méchants et les lâches, et qui, plus répandue, assainirait la société, renouvellerait l’air souvent empesté des réunions discourtoises et mondaines..

Le « naturel », tel était le présent que faisait mon père à toute société où il se trouvait. Il délivrait les gens des mille liens de Lilliput, que nouent les convenances hypocrites, les préjugés et la niaiserie des snobs. Révolutionnaire, ennemi des abus et des masques, il gardait les formes de la politesse. Son ironie se faisait dissolvante et terrible, en demeurant d’apparence douce. Souvent, des hommes froids, graves et fermés, rebelles à toute familiarité, semblaient changer de caractère, et se livraient à l’écrivain, joyeux de déposer leur attitude. Un certain soir, dans un dîner, une dame âgée qu’il voyait pour la première fois et qui ne buvait que de l’eau, femme enviée, dans une situation brillante, lui confia la réelle détresse de sa vie, avec une candeur, une simplicité, une naïveté qui le stupéfièrent. Pourtant, de tels aveux n’étaient point rares. Il est et demeurera mystérieux l’attrait qu’ont certains êtres, qui pousse à se livrer à eux, à les consulter, à les prendre pour guides, en dépit des distances et fictions sociales. Le désir de se dénuder l’âme, de rejeter la robe de cérémonie et de défubler la perruque est plus fréquent qu’on ne le pense : « Il y a, disait-il, un vif de la vie où deux personnes, qui s’ignoraient la minute d’avant, se jettent tout à coup avec une impudeur étrange, cette soif du vrai qui tourmente les scrupuleux et les croyants. »

Il appréciait, dans la bonne chère, les plats très simples et parfaitement réussis. Car la haine de l’artificiel s’étend aux modes les plus divers de la sensibilité. Les grosses viandes, noires ou rouges, le rebutaient. En parfait Provençal, il aimait les olives, les figues, la cuisine ratatinée et les salades, toutes les salades. Nous sommes à un buffet de l’Hérault : « Ce morceau de viande froide est libre, Madame ? — Parfaitement, Monsieur. Vous l’emportez ? — Certes, je l’enlève. — Et les poivrons avec ? — Bien sûr. » Dans nos souvenirs gastronomiques, cette tranche de veau demeura célèbre. Il l’assaisonna de maintes considérations sur la cuisine méridionale, faite pour des estomacs inquiets et brûlés : « Pour bien manger dans le pays, il faut manger avec un berger ou un pêcheur. La saquette de Bonnet, tu peux m’en croire, renfermait des gourmandises merveilleuses. Le repas est comme tout le reste. Il ne vaut qu’en pleine nature. Il prend son mérite alors, le vin doré de nos coteaux. Il a sa valeur le gibier, paré de feuilles de vigne, qui tourne dans la flambée des sarments de l’auberge. » — « Ce plat est tout un paysage ! » Tel était son grand compliment. Il préférait le bourgogne au bordeaux : « Mon goût canaille, c’est le petit « ginglet » de terroir, quel qu’il soit, pourvu qu’il râpe la langue et accompagne une tranche de fromage un peu fait, une « horreur », comme s’écrient les dames, lorsqu’on l’apporte odorant et terrible ! »

À Paris, la journée de mon père se partageait entre le travail, les visites d’amis, quelques promenades.

Dès huit heures installé devant sa table, il commence par dicter sa copieuse correspondance à son seul secrétaire, le même depuis trente ans. C’est, comme il l’a maintes fois raconté, en 1870, un matin aux avant-postes, qu’Alphonse Daudet fit la connaissance de Jules Ebner, qui, devant la neige et l’ennemi, lisait tranquillement une ode d’Horace. Depuis lors les deux hommes ne se sont plus quittés, que par la mort de l’an d’eux, du « patron », pour qui l’autre avait une admiration et un dévouement dont je n’ai point vu un second exemple. Depuis trente ans, sans manquer un seul jour, en dépit d’une besogne souvent tardive de secrétaire de la rédaction dans un grand journal, Ebner est là, devant mon père, la plume à la main. Il faut répondre aux confrères, aux éditeurs, aux traducteurs, aux quémandeurs, faire le tri du bon, de l’inutile, du pitoyable, de l’escroquerie… Quelqu’un sonne… On doit s’interrompre… L’accueil de mon père est toujours affable ; sa bonne grâce n’est point un masque, car elle varie, suivant le visiteur, de la tendresse la plus vive à la simple cordialité.

Souvent c’est un camarade qui, passant par le quartier, est venu se réchauffer près du maître, demander un avis, un conseil. Il est aux jeunes si indulgent ! Un des derniers débuts auxquels il s’intéressa fut celui de Georges Hugo, qu’il chérissait à l’égal de ses fils, et dont il admirait le talent précoce, incisif et nerveux. Le cri de révolte des superbes Souvenirs d’un matelot lui était allé au cœur, comme le bouleversait toute parole émue et sincère. Il m’est arrivé d’écrire des pages violentes et même sanglantes. Jamais il ne m’a imposé la moindre restriction. Il savait d’ailleurs que la colère n’est qu’une autre face de la pitié. Dès mon plus jeune âge il me conseilla la modération dans le doute et la hardiesse dans la certitude. Je n’avais pas dix ans qu’il me fit donner ma première leçon d’armes et de pistolet, « pour me permettre d’être aussi patient et longanime que possible, mais, le moment venu, détonner l’adversaire ».

Tant qu’elle ne le fatigua pas trop, l’escrime fut son grand exercice. Il s’y livrait avec passion, gardant la planche pendant une heure, et sa nature apparaissait là tout entière, un mélange de force et de finesse, une prudence à césures brusques d’audace et d’emportement qui faisaient de lui un redoutable adversaire. Sur le jeu d’épée et de fleuret, sur l’aveu d’un caractère par les feintes, sur l’élan irrésistible, il a écrit des notes excellentes, dont la justesse étonnera les professionnels.

À la même époque, il faisait de longues marches dans Paris, d’un pas rapide, roulant dans sa tête des projets de livres et de personnages, auxquels s’associait tout à coup le monde extérieur : « C’est lorsqu’une idée nous exalte et nous absorbe, que, par un singulier paradoxe, nous devenons le plus « poreux », le plus « impressionnables ». L’état de demi conscience, c’est le magasin d’accessoires, c’est l’engrangement du romancier. »

Quand ses forces déclinantes ne lui permirent plus de grandes courses, son but de promenade le plus fréquent devint la maison de son beau-père, Jules Allard, « son meilleur ami ». Mes grands-parents habitaient alors en haut de la rue du Cherche-Midi, une jolie maison avec jardin dont la description revient souvent dans les « petits cahiers ». Là, sont rapportées de longues causeries avec mon grand-père, connaisseur d’hommes et poète, républicain de la grande époque, avec ma grand’mère, Léonide Allard, d’esprit large et mystique, et qui défendait les droits du surnaturel contre les railleries du réalisme. Car mon père fut toujours rebelle aux manifestations de l’au-delà, et garda sur « l’Inconnaissable » l’opinion de son ami Montaigne.

« Ma chère maman (il l’appelait ainsi), j’ai remarqué que, dans une famille, la superstition et le scepticisme s’équilibrent, comme s’équilibrent aussi la vertu et le vice, la prodigalité et l’avarice et, en général, les oppositions de caractères. »

Même dans la maladie, alors qu’un bras et une canne lui devinrent nécessaires, la démarche de mon père garda une noblesse, une élégance, un air de braver la douleur. Sa couverture sur l’épaule, à la provençale, il redressait la tête en arrière, aspirant la lumière du soleil, et ses yeux remerciaient la vie des joies qu’elle lui laissait encore. Sa tendresse se manifestait par de courtes haltes, un sourire : « Reposons-nous sur ce petit banc », une reprise courageuse de l’être. Quand l’automne secoue les feuilles mortes, il aimait à fouler cette parure, éparpillant les souvenirs dorés, jouissant des heures brèves et mélancoliques… Sur la terrasse de Champrosay, ses enfants blottis contre ses genoux, près de sa femme, dont la présence exalte en lui toute beauté intellectuelle ou morale, il savoure le fracas de l’orage et conte une « belle histoire de peur », tandis que l’horizon s’éclaire de lueurs soudaines.

Depuis le progrès de sa maladie, il sortait peu le soir. Il fallait une circonstance exceptionnelle pour le décider. Cependant, il aimait le monde, la société, et la présence d’étrangers lui était bonne, l’arrachait à ses souffrances.

La répétition générale de Sapho, à l’Opéra-Comique, fut une de ses ultimes distractions. Il portait le plus vif intérêt à la mise en scène de ses pièces, au jeu des acteurs, à cette « préparation » que connaissent les auteurs dramatiques et qui est un des plaisirs du métier. Il distribuait là, généreusement, la quantité d’observations « sur le vif » qu’il ne cessait d’emmagasiner, et tenait à ce que chaque détail fût scrupuleusement réglé d’après le réel. On n’imagine pas l’intérêt d’une répétition dirigée par Porel, qui a le génie du théâtre et une inépuisable invention, aidé de mon père, la vie même. Quel art, quel soin sont nécessaires pour arriver à l’illusion ! Comme il est difficile de faire mouvoir un personnage, d’établir les entrées, les sorties !

L’année précédente, au début de l’hiver, Massenet était venu à la maison jouer son œuvre au piano devant la principale interprète, Emma Calvé, les auteurs du livret, Cain et Bernède et ses amis Daudet. Quand arriva l’ouverture poignante du dernier acte, cette longue lamentation coupée de sanglots, mon père ne put retenir ses larmes. Qu’imaginait-il, qu’entrevoyait-il à travers ces angoisses sonores ? Il nous le laissa ignorer, mais nous n’entendrons plus ce morceau sans frémir.

Les portraits d’Alphonse Daudet sont nombreux et quelques-uns d’une grande exactitude. Ce qu’ils ne peuvent rendre, ce qui est bien perdu, c’est sa voix aux inflexions aussi délicates et nombreuses que les sentiments qu’elle exprimait, privée d’accent de race, mais non de mélodie, et comme ensoleillée, quand l’âme était joyeuse, ou tressaillante dans les phases mélancoliques. Elle est si bien demeurée dans mes oreilles, avec toutes ses nuances, qu’il me semble l’entendre, quand j’ouvre un livre de lui ou quand je cite quelqu’une de ses paroles. L’ironie se traduisait par une courte hésitation, une sorte d’arrêt au milieu des phrases que l’auditeur devait parfois achever. Le rire était franc et superbe, de contagion irrésistible. Un léger mécontentement, les petits ennuis de la paternité s’exprimaient tantôt par le mutisme, sans bouderie, mais fort gênant, tantôt par des remarques à côté, « sans avoir l’air ». — Tiens, tu sors beaucoup, cette semaine. — Il me semble que ça ne va pas fort, le travail… Et autres ruses innocentes.

« Si l’on s’attaque aux miens, je deviens une bête féroce. » Cette phrase, dans sa bouche, n’était pas exagérée. Il domptait sa nature par la générosité, la bonté, la douceur, par l’humanité, mais le fond était violent et d’une ardeur extrême. Le blesser dans ses affections, c’était provoquer sa colère, d’autant plus dangereuse qu’il savait se contenir et attendre l’heure, selon lui immanquable, du châtiment : « Laisse donc faire le destin, me disait-il, quand je brûlais du désir de venger un affront ; il se chargera de ta haine. » Mais, quant à ce qui ne touchait que lui, il fut toujours incapable de rancune : « Bah, la vie est trop courte ! »

Cependant je dois remarquer qu’il revenait peu sur ses jugements et qu’on ne se relevait pas de son mépris. Comme ceux qui aiment vraiment, il avait l’amitié susceptible. Une trahison lui allait au cœur. Et, quand il se croyait lui-même dans son tort, il eût tout fait pour réparer sa faute, et il l’avouait sans réticences. Nul homme ne fut moins hypocrite ; nul ne détesta aussi sincèrement le mensonge, « cette herbe parasite qui est dans les regards, la voix, le geste, la démarche… qu’on a tant de mal à chasser complètement ».

Pour ce qui est du confortable de la vie, mon père ne tenait à rien, et ne s’attachait qu’à quelques objets très simples, toujours les mêmes, ses pipes, son porte-plume, son encrier, petits souvenirs de nous dont sa table est restée couverte. Lui-même parle, en quelque endroit, des objets chers au défunt, « petites figures, petites effigies, qui font les larmes irrésistibles ». Si nous lui donnions des cigares, il les distribuait à tout venant dans la journée : « J’ai un mal extrême, répétait-il, à me figurer que quelque chose m’appartient. »

Ici se terminent les souvenirs « moraux » que je voulais réunir, pour que ne disparût pas tout entière, avec Alphonse Daudet, son atmosphère de charme et de tendresse. Arrivé au bout de ma tâche, je m’aperçois combien elle était difficile. Certains me reprocheront d’avoir été trop sobre de « récits ». Je l’ai fait exprès, considérant qu’il vaut mieux montrer le cœur et l’esprit d’un homme tel que mon père, plutôt que de les morceler en gestes et anecdotes Qu’ajouterai-je ? J’ai, d’après mon âme et ma mémoire, esquissé le portrait d’un humain, simple et complexe, sensible et clairvoyant, dans la force de son âge et de ses travaux. S’il m’est arrivé de défaillir, sa grande ombre me le pardonnera, car elle sait que je fus sincère, et elle me précède désormais, sur la route brève ou longue de la vie, comme jadis Il guidait les pas de son enfant.