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Anecdotes pathétiques et plaisantes/Chapitre V

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Librairie militaire Berger-Levrault (p. 62-65).

CHAPITRE V

ANECDOTES ITALIENNES


Comment est mort Bruno Garibaldi.


Garibaldi, en redressant sa haute taille, donne l’ordre de l’assaut : « En avant, mes enfants, nous sommes fils d’Italie ; en avant pour la France ! » Mille voix répondent : « Vive Garibaldi ! Bravo, Garibaldi ! »

Le trompette Galli s’élance en sonnant la charge de toute la force de ses poumons, et les garibaldiens le suivent, se dirigeant contre les Allemands, commandés par Peppino Garibaldi, qui indique la route avec sa badine.

Constant et Bruno Garibaldi, qui étaient avec le 3e bataillon de réserve, entendant sonner la charge, s’élancent ensemble ; ils traversent le terrain découvert et sont déjà au moment de passer la ligne de la dernière tranchée française quand, autour de Constant Garibaldi, tombent blessés plusieurs soldats ; Bruno, qui était à la tête de son peloton et d’une partie des hommes de la 6e compagnie, est blessé au bras. Il bande sa blessure et revient à la charge, suivi d’une cinquantaine d’hommes. Comme ses soldats, il porte un fusil. Mais tout de suite après, c’est une pluie de mitraille. Beaucoup d’hommes tombent. Deux projectiles frappent encore Bruno Garibaldi ; ils entrent par le flanc gauche et sortent du côté opposé, sous l’aisselle. Bruno s’appuie contre un arbre, à côté d’un soldat blessé ; il est mortellement pâle, et avec un filet de voix il dit à un soldat, qui cherche à l’aider : « Je suis blessé ; toujours en avant, enfants de Garibaldi ! » Au soldat Casali, qui s’élance pour le secourir, il répète : « En avant ! Je ne peux plus marcher. » Et aux volontaires, qui, sous la pluie de projectiles se retournent et veulent aller à lui, il murmure : « J’envoie un baiser à mon père, à ma mère et à tous mes frères. »

À côté de Bruno tombe le soldat Lantini, de la 8e compagnie. Les Allemands lui criaient de loin : « Rendez-vous, Français, vous serez bien avec nous. » Landini répondit : « Merci, je suis Italien !… »

Peppino et Ricciotti Garibaldi, après le combat, étaient ensemble, quand arrive leur plus jeune frère Ezio, qui dit que Constant le suit.

Ricciotti avait déjà appris de son frère Sante que Bruno était blessé, mais il ne le savait pas mort. Quand Peppino Garibaldi apprit la nouvelle de la mort de son frère, il témoigna une douleur indicible : « Pauvre Bruno ! » s’écria-t-il, et pendant longtemps il ne dit plus un mot.

Il ordonna de rechercher le corps, et le lendemain ses frères allèrent à la découverte.

Ricciotti, poussant l’audace à l’extrême, réussit à voir de loin le cadavre, mais ne put l’emporter, empêché qu’il en était par le feu des Allemands.

Le corps de Bruno était étendu à quelques mètres seulement de cette partie de la tranchée ennemie qu’ils n’avaient pu reprendre. Alors Ricciotti décida de creuser un tunnel pour arriver jusque sous le corps. Vers 6 heures du soir, la petite galerie était parvenue sous le cadavre de Bruno. Le lieutenant Pattarino et le caporal Salgemma se chargèrent de le transporter.

Mais quoique ce fut de nuit, à peine avaient-ils essayé de prendre le corps qu’ils furent visés par le feu des Allemands. Toutefois, ils réussirent à le soulever et à l’emporter…

Après l’avoir enseveli, les frères de Bruno transportèrent le cercueil jusqu’au cimetière où est la sépulture des soldats français morts jusque dans les premiers jours de décembre.

L’héroïsme d’un capitaine et d’un soldat italiens.

Une compagnie de chasseurs alpins italiens avait été chargée d’avancer dans un endroit particulièrement dangereux.

Au cours de la nuit, la présence de l’ennemi fut découverte à 2 ou 3 kilomètres de distance. La compagnie fit alors halte, tandis que le capitaine, accompagné d’un seul soldat, continuait la mission.

C’était un acte audacieux. Les deux hommes se tenaient par la main, lorsque soudain un bruit formidable s’éleva. Leurs pieds venaient de toucher une petite mine qui avait aussitôt fait explosion, et les deux hommes, projetés en l’air, étaient retombés à une grande distance l’un de l’autre. Ce fut pendant quelques minutes un silence complet, interrompu par cette plainte du soldat :

« Je ne vois plus rien, je suis aveugle. »

Le malheureux avait, en effet, été atteint aux yeux.

Le capitaine l’entendit, mais, grièvement blessé et à moitié enseveli, il n’eut pas la force de répondre. Enfin, au bout de quelques instants, il parvint à lui crier :

« Parle, parle fort, que je sache où tu es, j’irai près de toi. »

Le soldat obéit, mais il entendit alors ces mots :

« Je ne puis bouger ; attendons le jour. »

Le soldat, à tâtons, se dirigea vers son chef, guidé par la voix de celui-ci. Un effort encore. Il l’atteint. Il l’aide alors à sortir de sa position périlleuse.

Alors fraternellement, tous deux regagnent le poste le plus proche où on leur prodigue les soins nécessaires.

Ajoutons que le vaillant soldat ne perdra pas la vue : les médecins lui garantissent qu’il sera tout à fait guéri dans quinze jours.

Fils héroïques, mère romaine.

Une dame qui revient de la frontière où ses trois fils se trouvent sous les drapeaux, nous disait que, partie de chez elle en pleurant, elle réintégrait son foyer pleine d’enthousiasme et de foi.

— J’ai trouvé mes fils pleins d’ardeur, déclare-t-elle. Ils paraissent se préparer à une grande fête. Jamais je ne les avais vus si gais ! L’attente avait été cruelle pour eux et lorsqu’ils surent que la guerre avait été déclarée, ils ne purent contenir leur enthousiasme.

— Nous sommes tous ainsi, maman, se sont-ils exclamés en m’embrassant ; tous pleins de courage ; des officiers jusqu’aux soldats vous ne trouverez personne qui ne désire le moment du combat. Avec tant d’ardeur nous ne pouvons que vaincre.

Et la mère ajoute :

— Je retourne chez moi, le sourire aux lèvres et l’espoir au cœur. Mes trois soldats m’ont donné beaucoup de courage et une grande foi dans la victoire de l’Italie. En les quittant, ils ont voulu que je crie avec eux : « Vive l’Italie ! » L’écho de cette exclamation a retenti comme un heureux augure et a fait disparaître ma douleur.