Annales de pomologie belge et étrangère/Première année/Texte entier

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Annales de pomologie belge et étrangère/Première année

ANNALES

DE POMOLOGIE.

Annales
de pomologie
belge et étrangère ;
publiées
Par la Commission royale de Pomologie
Instituée par S. M. le Roi des Belges.

première année.
(1853.)
Annales de pomologie belge et étrangère — ornement.jpg
Bruxelles,
F. Parent, imprimeur-éditeur,
Montagne de Sion, 17.

1853.

Introduction.


SOMMAIRE.

Considérations générales sur les fruits. — Contraste entre les régions équatoriales et les climats Européens. — But des recherches de la Pomologie. — Persistance des genres et des espèces de la création. — Vie bornée des variétés. — Nécessité de les remplacer à mesure de leur décrépitude. — Moyen naturel par les semis spontanés. — Artificiel, par les travaux de l’homme. — Fruits cultivés dans l’antiquité. — Influence de la marche et des conquêtes des armées romaines sur la dissémination des espèces fruitières. — Fruits indigènes à l’Italie d’après les agronomes latins. — Espèces importées de l’Asie et de la Grèce en Europe. — Richesse de la Pomone antique suivant Pline et Pallardius. — Installation d’un fruitier romain d’après Varron. — Époque de l’invasion des barbares et de la féodalité. — Renaissance de la Pomologie au xve siècle, Olivier de Serres. — Petit nombre de fruits de cette époque encore cultivés de nos jours ; — xvie siècle, Merlet et la Quintinie. — xviie siècle, Duhamel. — Comparaison de leurs nomenclatures. — Preuves à l’appui du principe de la dégénération des variétés du poirier, posé par Van Mons. — Travaux et semis des horticulteurs du Hainaut, 1730 à 1790. — Van Mons, sa naissance, sa vie, ses travaux, son système sur la régénération des variétés par le moyen des semis successifs, 1790 à 1842.

§ Ier.

Le Créateur, dans sa munificence infinie, en couvrant notre globe des productions du règne végétal, ne s’est pas contenté de pourvoir ainsi à l’existence des êtres vivants sur cette terre, il a voulu, en outre, leur accorder toutes les jouissances des sens. À côté des céréales, richesse et alimentation principales des peuples ; des plantes textiles qui leur fournissent le vêtement ; des plantes fourragères à l’usage de nos animaux domestiques, l’Auteur de toutes choses a placé les fleurs, qui réjouissent nos yeux par leurs couleurs aussi éclatantes que variées, et dont une grande partie donnent naissance aux fruits, afin de satisfaire à toutes les exigences du goût.

Pour le botaniste, un fruit n’est qu’un ovaire fécondé, succédant à une fleur, et dont la destination est de pourvoir, par la formation et la fécondation des graines, au grand but de la nature, la reproduction des individus et la durée des genres et des espèces. D’après une telle définition, le blé serait un fruit au même titre que le raisin ; le gland ; les légumineuses figureraient à côté de la noix, de la poire ou de la pêche.

Les vues du pomologue sont moins générales : il considère comme fruits proprement dits, ceux qui sont immédiatement comestibles et propres à l’usage de l’homme, sans aucune transformation préalable. Les arbres, les arbustes et les autres végétaux qui produisent les fruits, se trouvent répandus dans une proportion très-inégale, et selon les climats, sur toutes les parties de la terre. Dans les régions équatoriales, la nature les produit avec une libéralité sans égale, et presque spontanément. L’habitant des contrées tropicales récolte sans beaucoup de travail, les fruits du cocotier, de l’arbre à pain, de l’ananas, de la grenadille, etc., etc. ; il semble que la nature, en bonne mère, ait voulu lui épargner des fatigues incompatibles avec la chaleur énervante de son climat.

L’Européen, moins favorisé, doit pourvoir à ses besoins, à ses goûts, d’une manière plus laborieuse, tandis que, sous nos latitudes, les espèces fruitières indigènes ont nécessité des efforts persévérants, un travail obstiné de la part de l’homme, pour se perfectionner, se civiliser en quelque sorte, avant d’obtenir la place qu’elles occupent dans nos cultures. Entre les calvilles, les beurrés si fins, si parfumés et les petits fruits acerbes du pommier et du poirier de nos forêts, la distance n’est-elle pas énorme ?

Peut-on comparer la cerise des bois avec les belles variétés de cerises et de bigarreaux introduites dans nos jardins ? Pour nous procurer ce que les peuples méridionaux obtiennent avec tant de facilités, nous avons dû vaincre la nature, la modifier par les semis, la culture et les croisements, transplanter des autres contrées les espèces qui nous manquaient ; ces besoins ont fait naître et grandir l’art de l’horticulteur, et créé une branche de connaissances, la pomologie, que les travaux de Van Mons ont fait notablement progresser, en traçant, pour l’avenir, des règles applicables à l’amélioration des espèces.

Le temps, dans sa course rapide, emporte les générations et fait disparaître également les sous-variétés de végétaux : si les genres et les espèces de la création actuelle se maintiennent à la surface du globe, la plupart de ces types y sont représentés par des variétés, individualités passagères qui n’ont qu’une existence bornée. C’est à l’homme, doué d’une intelligence supérieure, à s’en servir pour réparer ces pertes, et remplacer les variétés éteintes ou languissantes par des individus nouveaux doués de l’énergie et de la vitalité de la jeunesse.

Tel doit être le but des recherches du pomologue ; la nature elle-même lui en a donné l’exemple, en faisant naître, par des semis spontanés, les variétés utiles destinées à remplir les vides qui se forment sans cesse dans nos cultures. Les meilleures règles à suivre dans ce genre de recherches, ont préoccupé, dans les temps modernes, un grand nombre d’hommes distingués.

Van Mons, en ouvrant cette voie nouvelle, a été suivi, en Angleterre, par Knight, Davy, William Herbert ; en France, par Sageret, Poiteau, Puvis et Vilmorin ; en Allemagne, par Diel.

Ces naturalistes sont unanimes pour constater la dégénération des fruits au bout d’un certain temps. Van Mons entre autres fixe la durée moyenne du poirier à environ deux ou trois cents ans, et cette loi de la nature se prouve encore à l’évidence, par la comparaison des richesses pomologiques des trois derniers siècles. On peut la confirmer aussi par le mode de végétation et de production actuelles des fruits gagnés vers l’époque de La Quintinie, de 1650 à 1680. Cet auteur, d’accord avec Merlet, son contemporain, enregistre, pour ainsi dire, l’acte de naissance d’une partie de ces fruits, encore cultivés de nos jours, et déjà arrivés à la caducité.

Pour être complètes, les Annales de la Pomologie devraient remonter aux temps primitifs du genre humain. La Genèse, parlant du premier séjour de l’homme, le décrit comme un jardin rempli de fruits délicieux, et attribue à l’attrait de l’un de ces fruits, la convoitise de la femme et la désobéissance de nos premiers aïeux.

Mais la connaissance de ces époques mystérieuses sera toujours un secret impénétrable pour nous : Moïse ne s’est pas occupé de décrire l’horticulture et la pomologie du monde sortant des mains de son Créateur. Les annales de l’antiquité jusqu’aux temps des Romains, jettent fort peu de lumières sur les fruits cultivés par les Grecs et les Égyptiens. La vigne échappe cependant à cette indifférence, à cet oubli des historiens ; car, dans l’antiquité, comme de nos jours, on tirait de son fruit la boisson la plus agréable et la plus bienfaisante. On sait que les chefs des hébreux, marchant à la conquête de la Palestine, excitaient l’ardeur du peuple en étalant sous ses yeux des grappes énormes, comme témoignage de la fertilité de cette terre promise.

Chez les nations païennes, la découverte d’un fruit précieux ou des jouissances qu’il peut procurer, était considérée comme un bienfait des dieux. On érigeait des autels à Bacchus pour avoir introduit l’usage du vin. Pour les Athéniens, l’olivier était le plus beau présent de la Divinité, qu’ils adoraient sous le nom de Minerve. Homère, en décrivant les jardins du roi des Phéaciens, mentionne le peu d’espèces fruitières que l’on y cultivait. Théophraste, qui écrivait 300 ans environ avant l’ère chrétienne, énumère dans son traité des végétaux, un grand nombre de fruits connus de son temps et donne des instructions sur la greffe et la culture en général.

Les conquêtes d’Alexandre et la marche envahissante des armées romaines, ne furent pas inutiles aux progrès de la pomologie antique. Le peuple-roi, en étendant sa domination du centre de l’Italie jusqu’aux confins du monde alors connu, transportait les productions d’un climat vers l’autre. Ses généraux, gorgés des riches dépouilles des peuples vaincus, abandonnaient les mœurs austères des premiers temps de la république ; ils ne se contentaient plus, dans leurs festins, des fèves de Curius-Dentatus, et laissaient à d’autres le soin de préparer leur cuisine. Les animaux et les végétaux les plus rares, envoyés à grands frais des extrémités du monde romain, contribuaient au luxe de leur table, et, sans aucun doute, les fruits faisaient partie d’une telle recherche. Lucullus, cet illustre gourmand du salon de Diane, rapporta du fond de l’Asie, la meilleure espèce de cerise connue. L’abricotier et le pécher, importés de l’Arménie et de la Perse, se répandirent dans les autres provinces.

La culture de la vigne, négligée longtemps par les Romains, au dire de Pline, avait acquis une grande importance sous les empereurs. L’un d’entre eux, Probus, s’attacha à la propager ; sous ses auspices, elle pénétra dans la Germanie, et la plantation des vignobles de Tokai, vers l’an 280 de l’ère chrétienne, est attribuée à cet empereur. Les sombres forêts de la Gaule firent place à des vignobles dans beaucoup de localités du centre et du midi. Cette culture prit une telle extension que le tyran Dioclétien crut nécessaire d’en arrêter les progrès ; il lança un décret qui la prohibait entièrement.

Pline l’Ancien, dans les livres XIV et XV de son Histoire naturelle, constate les richesses pomologiques de son temps. Nous y voyons que la plupart des arbres fruitiers sont exotiques par rapport à l’Italie, et probablement au reste de l’Europe. L’olivier y était inconnu dans les quatre premiers siècles après la fondation de Rome, sous le règne des Tarquin, et cet arbre n’existait pas davantage alors en Espagne ni dans le midi de la Gaule, pays peuplés d’oliviers aux temps de Pline. Il est probable qu’on les fit venir de la Grèce, qui possédait cet arbre dès les temps les plus reculés.

Le prunier était également un arbre nouveau pour les Romains, car le même auteur atteste qu’il était fort peu répandu du temps de Caton, c’est-à-dire 250 ans avant lui, et il cite onze variétés de prunes cultivées ; on en possédait des pourpres, des jaunes, des noires ; celles qui venaient de l’Arménie étaient particulièrement estimées pour leur odeur.

On comptait peu de variétés de pèches, fruit introduit de l’Asie et déjà fort estimé à cette époque ; il se vendait très-cher.

Les abricots, apportés de l’Arménie, étaient connus alors depuis environ 30 ans ; notre auteur ne mentionne aucune variété de cet arbre et se borne à dire qu’il produit un bon fruit d’été, qui se vendait un denier romain la pièce.

Le poirier et le pommier, arbres indigènes à l’Italie, ainsi qu’il résulte de plusieurs passages des auteurs anciens, occupaient le même rang, la même importance qu’on leur assigne de nos jours dans l’économie domestique. Les variétés de poires, mentionnées par Pline, sont au nombre de 43, et il compte 29 pommes. À l’instar de ce qui se fait encore aujourd’hui, on donnait souvent à ces variétés le nom de leurs inventeurs ; c’est ainsi que les Romains cultivaient la poire Décimienne, en mémoire de Décimus, qui l’avait greffée le premier. On citait encore les poires Licériennes, Séveriennes et celle de Dolabella ; une variété plus grosse et très-colorée avait reçu le nom de Tibérienne, en l’honneur de l’empereur Tibère, qui les aimait beaucoup. Un assez grand nombre de ces fruits portaient le nom des localités d’où on les avait reçues. Les poires de Falemes étaient brunes et fort estimées pour l’abondance de leur jus. Celles d’Améria étaient les plus tardives de toutes. La même nomenclature comprend les poires de Soria, d’Ancône, de Tarente, de Barbarie, de Grèce, etc. ; les Laurines et Nardines, ainsi nommées à cause de l’odeur aromatique qu’on leur trouvait. La Volumiene ou Sementine était déjà fort ancienne : Caton l’estimait particulièrement. On peut donc conclure des noms cités plus haut, que la culture du poirier s’était répandue dans une grande partie des pays soumis à la domination romaine composant alors l’univers civilisé.

« Pourquoi dédaignerais-je, ajoute Pline, de nommer les autres espèces, puisqu’elles ont assuré un renom éternel à ceux qui les ont découvertes, à titre de service éclatant rendu à l’humanité ; il n’est rien de si petit qui ne puisse procurer la gloire. »

La nomenclature de la pomone antique nous montre encore le figuier, qui comptait 29 espèces ou variétés, dont l’une, la figue africaine, servit un jour à Caton pour attiser le feu de la guerre contre les Carthaginois.

« Brûlant d’une haine mortelle contre Carthage, inquiet pour la sécurité à venir des Romains, et répétant, à chaque séance du Sénat, qu’il fallait détruire la rivale de Rome, il apporta un jour, au sein de l’assemblée, une figue précoce qui provenait de cette province, et la montrant aux sénateurs : Je vous demande, dit-il, quand vous pensez que ce fruit ait été cueilli ? Eh bien ! sachez qu’il l’a été à Carthage il y a trois jours, tant l’ennemi est près de nos murs. Bientôt on entreprit la troisième guerre punique, où Carthage fut détruite. »

Ainsi cette grande ville, qui avait disputé, pendant plus d’un siècle, l’empire du monde à Rome, qu’elle avait mis à deux doigts de sa perte, fut renversée par un argument tiré d’un fruit. Ce que n’avait pu faire le souvenir des terribles défaites du Trasymène, de Cannes, de la Trébie, fut décidé par une figue dans la main de Caton.

Le cerisier comptait aussi un certain nombre de variétés. Cet arbre parait n’avoir pas existé en Italie avant les victoires de Lucullus sur Mithridate, et y fut apporté du royaume de Pont vers l’an 680 de l’ère romaine : un siècle plus tard, il était répandu jusque dans la Grande-Bretagne.

Le citronnier, le noyer et le châtaignier étaient également des arbres exotiques relativement à l’Italie. Selon Pline, le premier tirait son origine de la Perse ; le second venait de Sardes. D’après Pallodius, le citronnier a été tiré de l’Assyrie. Ainsi l’Asie aurait doté l’Europe d’une grande partie de ses espèces fruitières ; mais le grenadier, la vigne, le pommier, le poirier, le coignassier semblent avoir été indigènes à l’Italie ; le plus ancien des agronomes latins, Caton, dans son Traité d’économie rurale, les cite comme composant le fond d’un verger romain de son temps, vers l’an 550 de Rome.

Deux ou trois siècles après, Varron et Columelle mentionnent un grand nombre de variétés de ces espèces. Le premier donne des préceptes curieux sur l’installation d’un fruitier. « Il faut, dit-il, avoir soin d’en ouvrir les fenêtres au nord, et laisser un libre cours aux vents qui soufflent de ce côté ; il importe toutefois de les garnir de volets, car le vent continu finit par ôter aux fruits leur suc, et par les rendre insipides. Pour plus de fraîcheur encore, on recouvre en stuc les voûtes, les murailles et même les planchers de ces fruiteries. On voit même certaines personnes y faire dresser des lits pour y prendre leurs repas ; et en effet, quand on est assez riche pour forcer l’art à faire d’une salle à manger une galerie de peintures, pourquoi se refuserait-on la jouissance toute naturelle de contempler, en dînant, une variété de bons fruits, arrangés dans une agréable symétrie ? N’imitons pas toutefois ceux qui, donnant un dîner à la campagne, étalent somptueusement, dans leur fruiterie, la dépouille de tous les marchés de Rome. »

Le néflier, le mûrier, l’arbousier et le fraisier complètent la nomenclature des espèces fruitières cultivées sous les premiers empereurs. On comptait dès lors un grand nombre de variétés dans toutes ces espèces. Cette partie de la civilisation, suivant Pline, était arrivée au plus haut degré, depuis longtemps on ne trouvait plus aucun fruit nouveau. Le prunier, entre autres, comptait une foule immense de variétés. Il en était de même de la vigne, selon Columelle.

Mais Palladius, qui écrivit son livre sur l’agriculture (De re rusticâ) vers le ive siècle de notre ère, se plaignait déjà de la disparition d’un grand nombre de ces fruits. La plupart durent se perdre dans les siècles qui suivirent la chute de la puissance romaine. Les hordes barbares qui se jetèrent sur les débris de cet empire, étaient plus pressées de jouir que de cultiver ; de détruire que de créer.

L’époque de la féodalité, qui suivit ces temps effroyables, ne fut pas meilleure pour la pomologie. Les seigneurs, les chevaliers, sans cesse en lutte avec des voisins, se reposaient sur leurs serfs des soins de la culture. Ceux-ci, dans leur situation précaire, devaient s’occuper avant tout des premiers besoins de la vie ; ils étaient sans doute peu soucieux de procurer des jouissances nouvelles à leurs tyrans.

Mais à côté de ce monde turbulent, des hommes paisibles et laborieux, dans le silence des monastères, dévouaient leurs moments de loisir à la conservation de tout ce qui restait de l’antiquité ; réunis par un lien religieux, ils défrichèrent une grande partie des forêts, et furent les premiers pionniers de l’agriculture.

Autour de leurs cloîtres, attirés par les immunités et les privilèges dont ils jouissaient, on vit les populations s’agglomérer et former de nouveaux centres.

On ne peut douter que les types fruitiers, échappés aux orages des siècles précédents, n’aient été recueillis par les moines, dont le goût pour l’horticulture s’est perpétué jusqu’à leur suppression. On dut conserver également avec soin, les variétés nouvelles que le hasard faisait trouver ou que la nature faisait naître par des semis spontanés. Les anciennes nomenclatures françaises prouvent ces faits, par le grand nombre de fruits portant le nom générique de Bézy ou sauvageon, tels sont les Bézy d’Héri, de Chasse, de Chaumontel. En Belgique, plusieurs de nos meilleurs fruits portent encore le nom des abbayes qui les firent connaître.

Le xve siècle, cette époque si remarquable par les révolutions et les découvertes nouvelles, ne fut pas moins intéressant pour la pomologie. De même qu’autrefois les Romains avaient disséminé, transporté dans toutes les parties de l’ancien monde, les végétaux et les fruits trouvés par eux dans les diverses provinces de leur empire, une mission providentielle analogue, et plus vaste encore, était dévolue aux nations occidentales de l’Europe. Christophe Colomb venait de découvrir l’Amérique ; les peuples navigateurs : Espagnols, Hollandais, Français, Anglais, dirigeaient leurs expéditions de ce côté ; il devait en résulter, pour les modernes, la connaissance complète de toutes les parties du globe, ainsi que l’échange, entre elles, des productions et des divers fruits particuliers à chaque pays, en perfectionnant même ces fruits par leur déplace ment. En effet, la culture européenne a amélioré l’ananas, introduit du Mexique vers le xvie siècle, tandis que les États-Unis d’Amérique commencent à nous renvoyer des variétés nouvelles de nos anciennes espèces fruitières.

On peut fixer à la fin du xvie siècle la renaissance de la pomologie ; elle date en réalité des travaux d’Olivier de Serres, qui peut être considéré comme le père de l’agronomie française. Né en 1539, il fut d’abord, comme seigneur de Pradel, mêlé aux guerres civiles de son époque ; fatigué des Luttes religieuses, il se réfugia dans le repos de la campagne et le plaisir de cultiver ses domaines. On doit à ces goûts paisibles, le Théâtre d’agriculture et de ménage des champs qui parut vers l’an 1600. Cet ouvrage, d’un immense intérêt pour les contemporains, donnait pour la première fois, depuis les agronomes latins, un code d’instructions rurales ; il remplaçait à la fois Pline, Columelle, Varron et Palladius, dont les œuvres, non traduites, n’étaient guère accessibles qu’aux savants.

La plus grande partie des fruits mentionnés par Olivier de Serres, ne se retrouvent déjà plus dans l’Instruction pour les jardins, de la Quintinie, publiée vers 1680 ; il en reste fort peu qui soient encore admis dans les cultures actuelles ; de ce nombre sont les pommes de Court-Pendu, d’Api, la Pigeonnelle, le Fenouillet, la Calville ; les poires de Doyenné, Rousselet, Épargne, Blanquet, Catillac, Longue-Verte, Bon-Chrétien ; les prunes Reine-Claude, Perdrigon, Isle-Verte, Damas et Sainte-Catherine ; les pêches Madeleine, Rossane, Brugnon Musqué et avant Pêche blanche ; les cerises de Mont-morency, la Griotte, le Bigarreau.

Le Jardinier français, petit traité imprimé à Rouen, en 1580, mentionne en outre plus de trois cents variétés de fruits inconnus aujourd’hui, dont les noms barbares et les descriptions n’ont aucune analogie avec ce que nous possédons maintenant [1].

La Quintinie et Merlet nous ont laissé des nomenclatures descriptives assez complètes de la Pomone française du xviie siècle. Un volume du premier de ces auteurs est consacré à des discussions sur la prééminence à accorder à certains fruits sur d’autres : véritables plaidoiries dans lesquelles, au lieu d’avocats, notre auteur fait intervenir des poires ou des pèches, défendant leur cause par tous les moyens que la chicane peut inventer. Parmi les poires admises en première ligne par la Quintinie, et qualifiées de merveilleuses, on s’étonne de voir figurer des Robine, des Ambrette d’hiver, des Petit-Oin, des Échasserie, des Bergamotte d’automne, etc., etc., dont plusieurs sont rejetées maintenant des bonnes collections d’amateurs, mais avaient sans doute, à cette époque, des qualités qu’elles ont perdues. Néanmoins, nous trouvons dans ce travail du jardinier de Louis XIV, un point de départ précieux ; il comprend l’étude de trois cent dix variétés de fruits de divers genres et espèces.

Si l’on compare cette Pomonomie avec celle de Duhamel, auteur non moins consciencieux et non moins complet, qui écrivait un siècle plus tard, on trouve pour résultat, que cent soixante-neuf variétés décrites par la Quintinie ont disparu dans le Traité des arbres fruitiers de Duhamel. Elles y sont remplacées par un nombre presque égal d’acquisitions plus récentes. Ainsi, dans l’espace d’un siècle, ces renouvellements portaient sur plus de la moitié des fruits connus.

Si l’on réunit les nomenclatures des deux auteurs précités, l’ensemble se compose de quatre cent soixante à quatre cent quatre-vingts variétés distinctes. Il est curieux et important, pour la question qui nous occupe, de déterminer celles de ces variétés qui sont ou qui peuvent encore être cultivées aujourd’hui.

Il résulte de nos recherches [2], qu’environ deux cents fruits de ces nomenclatures ont disparu, sans doute pour jamais. Leur culture est abandonnée ; on n’en trouve plus de traces. Cent seize autres subiront bientôt le même sort ; car, si elles figurent encore dans les catalogues du commerce, elles y sont indiquées comme étant de deuxième ou de troisième ordre, et devront disparaître devant les conquêtes dont la pomologie s’enrichit sans cesse. Les cent cinquante-six variétés de fruits anciens qui mériteraient encore les soins du cultivateur, ne constituent pas une objection sérieuse contre le principe de la dégénération posé par Van Mons. Il est, sans aucun doute, dans le règne végétal, des individualités dont la solidité et l’énergie vitale sont telles qu’elles se soutiennent contre les causes incessantes de dégénération auxquelles d’autres ne résistent pas ; d’ailleurs, cet abâtardissement se montre plus encore dans l’infertilité et la difficulté de culture, que dans la qualité d’un fruit. Il est facile d’alléguer à l’appui de cette règle des faits nombreux et concluants ; nous nous bornerons à en citer un seul.

La Quintinie désigne comme tout à fait nouvelles à l’époque où il écrivait son instruction pour les jardins, trois poires de premier ordre, très-connues, ce sont : la Bergamotte Crassanne, le Colmar et la Virgouleuse ou Virgoulée. Ces variétés ont donc environ deux cents ans d’existence, ainsi que l’affirme également Merlet. Sous le rapport de la saveur et de la qualité, ces fruits ne semblent nullement dégénérés ; mais, pour les cultiver avec quelque succès, l’abri d’un mur au midi ou au levant leur est maintenant indispensable. Cette nécessité est constatée, non-seulement en Belgique et dans nos départements du nord de la France, mais aussi au delà de la Loire. Peut-être pourrait-on citer un petit nombre de localités privilégiées, dont la position, le sol, de bons abris, permettent encore d’élever ces arbres en plein-vent ; mais ces exceptions admises, partout où l’on voudra les cultiver sans le secours de l’espalier, leur dégénération se trahira par la coulure de la plupart des fleurs, la petitesse des fruits, les taches et les gerçures dont ils seront couverts.

Cependant, lors de l’apparition de ces variétés, de l’année 1650 à 1680, on les considérait comme des fruits de grande culture et non d’espalier. Merlet cite la Virgouleuse pour le plein-vent ou le buisson. La Quintinie, dans la longue énumération des poiriers dont il propose de garnir sept à huit mille pieds de murailles, n’indique ni Colmar ni Bergamotte crassane, mais il réserve ces trois variétés pour ses buissons, forme qui tenait lieu, à cette époque, de celle de la pyramide [3].

On doit prendre aussi en considération que le jardinier de Louis XIV écrivait évidemment sous l’impression du climat de Versailles, dont les jardins royaux étaient placés sous sa direction ; or, on sait que Versailles est situé sur un plateau élevé, entouré de vastes forets de plusieurs côtés, et que sa situation ne saurait être considérée comme chaude et abritée.

Ces observations sont applicables à la plupart des meilleurs fruits anciens, tels que les Beurré gris, les Saint-Germain, les Bon-chrétien d’hiver, etc., et déjà même à plusieurs fruits remarquables gagnés dans le Hainaut depuis moins d’un siècle, tels que le Passe-Colmar, le Beurré d’Hardenpont et le Bon-Chrétien de Rance. Au surplus, beaucoup de pomologues ont reconnu le principe de la dégénération des fruits. Il résulte de là qu’il est nécessaire de remplacer ces variétés dégénérées, et, à cet effet, de rechercher les meilleurs procédés de semis. L’ardeur avec laquelle on est entré dans cette voie, tant en Belgique qu’en France, en Angleterre et aux État-Unis, prouve l’utilité des travaux et des recherches de Van Mons.

Avant lui, notre pays peut revendiquer l’honneur des premières tentatives d’amélioration. Pendant la seconde moitié du xviiie siècle, beaucoup d’horticulteurs, dans la province du Hainaut, produisirent à l’envi des nouveautés fruitières, souvent de premier ordre ; une vive émulation existait entre eux. M. Hardenpont fit connaître, en 1758, le Passe-Colmar ; en 1759, le Beurré qui porte son nom (en France Beurré d’Arenberg) ; la même année, le Délice d’Hardenpont ; en 1762, le Bon-Chrétien de Ranc. Dans les années suivantes, MM. Liart, Duquesne, Capiaumont, Lhoir, Derlain, firent connaître d’autres belles variétés. Duhamel, contemporain de M. Hardenpont, n’a cependant pas décrit les fruits de premier ordre gagnés par ce pomologue, car leur introduction en France est encore assez récente. Van Mons lui-même se plaignait de ne les avoir pas connus assez tôt pour les prendre comme point de départ de ses expériences sur la régénération des fruits, expériences sur lesquelles nous nous étendrons un peu, car il nous a paru que les Annales de Pomologie, dans lesquelles nous nous proposons de décrire bon nombre de fruits dus aux semis persévérants de notre célèbre pomologue, semis opérés sur une large échelle et à l’aide d’une méthode raisonnée qu’on est convenu d’appeler sa théorie, ne pouvaient mieux inaugurer ce premier volume, qu’en plaçant dans son introduction un exposé aussi succinct que possible de cette théorie.

A. Royer.


§ II.

Théorie Van Mons.

Van Mons, dans sa Pomonomie belge, expérimentale et raisonnée, ouvrage en deux volumes, qui a été imprimé à Louvain en 1836 et 1837, a souvent émis des hypothèses quelque peu hasardées, il est vrai, mais cette œuvre, écrite à la hâte et contenant de nombreuses répétitions, n’est, comme il le dit lui-même, qu’une réunion de notes que d’autres travaux importants et l’incertitude de l’avenir ne lui ont pas permis de coordonner. Nous sommes certain que, s’il avait pu revoir son œuvre, ces hypothèses, qui font douter bien des personnes de la solidité de son système, en eussent été retranchées ou tout au moins reléguées dans les probabilités.

Nous n’extrairons de cette théorie que ce qui concerne spécialement son opinion touchant la décadence des variétés fruitières anciennes, et sa méthode de les rajeunir par le moyen des semis successifs. Sur ces faits nous marchons d’accord avec l’auteur, et son système, continué avec persévérance jusqu’à ce jour, nous promet une grande partie des résultats qu’il en avait attendus.

Jean-Baptiste Van Mons est né à Bruxelles, le 11 novembre 1765. La capitale était privée à cette époque d’un bon enseignement humanitaire, et son père, receveur du Grand-Béguinage de Bruxelles, l’envoya faire ses classes au collège de Moll, dans la Campine, où il contracta un goût prononcé pour l’étude des sciences.

À l’âge de 20 ans, il publia son premier ouvrage ; c’était un Essai sur les principes de la chimie antiphlogistique, et deux ans plus tard, il subit, avec distinction, les épreuves de la maîtrise en pharmacie.

En 1789 arriva la révolution brabançonne ; Van Mons était vonkiste et grand partisan des réformes ; après l’arrestation de Vandermeersch, il fut emprisonné à la porte de Hal, et n’échappa qu’avec peine à la sentence de mort prononcée contre lui, comme coupable du crime de lèse-majesté ou de lèse-nation.

En 1792, après la bataille de Jemmapes, Van Mons, alors âgé de 27 ans, fut nommé représentant du peuple, et se lia, dès cette époque, avec l’élite des savants français. Ses travaux en chimie et en physique, ainsi que la connaissance de plusieurs langues vivantes, le mirent plus tard en communication avec la plupart des savants étrangers.

Nommé membre associé de l’Institut de France en 1796, professeur de chimie et de physique expérimentale à l’école centrale du département de la Dyle en 1797, Van Mons se fit recevoir docteur à la faculté de médecine de Paris en 1807, faisant ainsi marcher de front l’art de guérir avec les soins de sa pharmacie.

Lorsque, après les événements de 1815, le roi Guillaume rétablit l’Académie royale des sciences et des belles-lettres de Bruxelles, le nom de Van Mons fut compris dans la première nomination, et en 1817 le gouvernement lui confia la chaire de chimie et d’agronomie à l’université de Louvain, fonction qu’il occupa jusqu’à la suppression légale de cette université, remplacée depuis par l’Université catholique.

Par suite de ce changement et du refus de Van Mons de remplir les mêmes fonctions à l’université de Gand, le gouvernement lui accorda, avec l’éméritat, le maximum de la pension de retraite, et bientôt après, le Roi lui conféra, en récompense de ses travaux, la décoration de son ordre.

Nous avons extrait ce qui précède, de la notice historique écrite en 1843 par M. Quetelet, directeur de l’Observatoire de Bruxelles et neveu par alliance de Van Mons. Nous renvoyons à cette notice, pour ce qui regarde ses ouvrages de physique et de chimie ; nous n’avons à apprécier le professeur que dans ses rapports avec la pomologie exclusivement.

Van Mons était né avec le goût du jardinage ; dès sa tendre jeunesse, il s’occupait à semer dans le jardin de son père, les graines de plantes annuelles et de rosier, afin d’obtenir des variétés nouvelles plus méritantes. Du semis des espèces florales, il passa à celui des espèces fruitières, en suivant, avec persévérance, la solution d’un système dont ses premiers essais lui avaient donné l’idée, et, en peu d’années, il réunit dans sa pépinière de la Fidélité, à Bruxelles, une masse d’arbres fruitiers, la plupart provenus de ses semis ; leur nombre s’élevait en 1815 à plus de 80,000.

En 1819, ex abrupto, le terrain qui contenait la pépinière de la Fidélité fut exproprié pour utilité publique, et Van Mons fut sommé de le vider dans le délai de deux mois. Il fut vivement affecté, mais non abattu d’une telle injonction. Professeur à l’université de Louvain, il résolut de transporter sa pépinière en cette ville, afin de l’avoir constamment sous les yeux ; mais l’époque assignée pour vider les lieux était malheureusement celle du fort de l’hiver, et Van Mons n’avait de disponible que deux jours de la semaine ; il ne put donc que cueillir des greffes, marquer les arbres les plus précieux, et sauver ainsi à peu près la vingtième partie de ce qu’il possédait.

Après une telle catastrophe, Van Mons aurait dû prendre des mesures pour en prévenir le retour ; mais, incapable de méfiance, il loua, à Louvain, un terrain appartenant encore une fois à la ville, pour y déposer les débris de sa pépinière de Bruxelles et y continuer ses expériences.

Ici commence une source de nouveaux chagrins ; l’autorité, qui aurait dû protéger ces jardins, fut la première à les abandonner à un véritable pillage. Mais nous laisserons parler l’ami de Van Mons, le vénérable M. Poiteau, à qui nous empruntons la plupart de ces détails.

« L’utilité publique avait juré qu’elle empoisonnerait enfin ses vieux jours. En 1832, nous allâmes faire le siège de la citadelle d’Anvers, et quoique la pépinière de M. Van Mons fût éloignée de l’armée, les ingénieurs n’ont pu trouver un endroit plus commode que cette pépinière pour cuire le pain de nos soldats. En conséquence, une grande partie des arbres de Van Mons fut détruite ; on construisit, à leur place, des fours pour nourrir nos soldats, et les fruits du reste furent exposés au gaspillage des allants et des venants. La philosophie de Van Mons le soutint encore dans cette dévastation inattendue : il loua deux nouveaux terrains, plus grands l’un que l’autre, pour repiquer ses jeunes plants de septième, huitième et neuvième génération, sans interruption de mère en fils. Il se consolait même, parce qu’il eut le temps de cueillir des greffes sur les arbres sacrifiés pour faire place à la construction des fours ; mais l’utilité publique n’avait pas encore épuisé toutes ses rigueurs contre lui. Il n’y avait malheureusement pas de chaptal dans le conseil du prince, et les ingénieurs n’y voyant goutte, décidèrent encore, en 1834, au nom de l’utilité publique, que la pépinière de Van Mons, fût-elle aux antipodes, était le seul et unique point du globe propre à l’établissement d’une fabrique de gaz d’éclairage. Fasse le ciel que ces messieurs y voient plus clair par la suite ; mais il ne sera plus en leur pouvoir d’empêcher que les véritables amis des lumières et de la prospérité publique ne regardent leur décision comme un acte d’ignorance et du plus grossier vandalisme. » « Ce jugement est sévère, ajoute M. Quetelet, mais nous ne pouvons qu’y souscrire en voyant surtout avec quelle incroyable légèreté l’on traite parfois les établissements scientifiques. Il est bon que les Vandales des temps modernes sachent qu’il existe un tribunal de l’opinion, et que l’histoire inflexible est là pour y dénoncer leurs noms et leurs actes. »

Depuis 1834 jusqu’à sa mort, qui arriva le 6 septembre 1842, Van Mons cultiva en paix les débris de sa pépinière : mais son grand âge et surtout la douleur qu’il éprouva de la mort du second de ses fils, en 1857, l’empêchèrent de donner à ses arbres fruitiers les mêmes soins qu’auparavant. Il ne paraissait plus en public, et la direction de ses cultures était confiée à un homme incapable de comprendre, ni la haute importance de ses travaux antérieurs, ni celle de les continuer. Il n’est donc pas étonnant qu’à la suite de trois transplantations successives et de la négligence apportée en dernier lieu dans le classement de la pépinière, plusieurs erreurs aient été commises, soit dans l’envoi des greffes, soit dans les annotations concernant l’appréciation des fruits nouveaux.

En 1844, ce qui restait de la pépinière Van Mons passa entre les mains de M. Alexandre Bivort et fut transplanté à Geest-Saint-Remy, où, à dater du 1er janvier 1854, cette pépinière servira de jardin à une société, formée sous les auspices du gouvernement et la protection du Roi, dans le but de conserver et de continuer les travaux du professeur dont elle portera le nom.

Van Mons peut passer, à juste titre, pour le père des pomologues belges ; non-seulement, il a procréé par ses semis un grand nombre de bons fruits, mais il est presque le seul auteur régnicole qui se soit occupé spécialement de cette branche importante de l’agronomie, et le seul qui réellement l’ait fait progresser.

Déjà avant nous, à l’époque de sa mort, la Société d’agriculture de Nancy l’avait proclamé le prince des horticulteurs contemporains. Ce titre, la postérité l’admettra peut-être, lorsque ses théories, aussi profondes et aussi anticipées en pomologie qu’elles l’étaient en chimie et en physique, loin de paraître des utopies ou des paradoxes, seront admises comme point de départ ou base de cette science.

Lorsque, vers la fin du siècle dernier, Van Mons commençait ses essais et jetait les fondements de sa théorie sur la régénérescence des arbres fruitiers par le moyen des semis successifs, la pomologie, entièrement délivrée des langes de l’enfance et de la routine dont elle avait été si longtemps enveloppée, se montrait, par suite des travaux de la Quintinie, Merlet, Legendre et Duhamel, à la hauteur des autres sciences. La culture, la taille et la monographie des arbres fruitiers étaient dès lors parfaitement établies. Un seul point n’était pas même effleuré dans les ouvrages des auteurs que nous venons de citer. C’était celui de la dégénérescence ou détérioration de ces mêmes arbres. C’est cette dégénérescence, reconnue par Van Mons, qui l’a engagé à chercher les moyens de la combattre. Il nous semble donc utile de la bien établir d’après ses écrits, avant de développer les moyens qu’il a trouvés pour y porter remède.

D’après Van Mons, la cause de la dégénérescence du fruit résulte de l’âge de la variété. Voici comment il s’exprime à cet égard dans sa Pomonomie :

« On se plaint généralement et avec raison de la décadence des espèces fruitières anciennes ; tout le monde remarque les vices des anciens fruits, tout le monde les avoue, s’en plaint et s’en désole. Je ne connais rien d’aussi déplorable, en fait de culture, que d’élever un arbre dans l’espoir de jouir de son fruit et de le voir tomber en ruine, au moment où cet espoir devrait se réaliser. Est-il rien de plus décourageant que de perdre ses peines dans l’éducation d’arbres greffés, sans espoir d’être récompensé de ses soins par leur beauté future ? Ils sont assaillis dès leur berceau par toutes les souffrances de la vieillesse ; on accuse le sol, on en veut au temps, le sujet reçoit sa part des reproches ; enfin ce qui est seul répréhensible, l’âge de la variété, reste à l’abri du soupçon.

» Quand la cause provient de l’âge, aucun remède ne peut le guérir, le mal est persistant.

» Quand des causes étrangères, et qu’il dépend de nous d’éviter, rendent le mal passager, l’effet cesse dès que la cause discontinue d’agir, car l’art peut faire disparaître ce qu’il a contribué à faire naître. Une forme vicieuse qu’on s’obstine à faire prendre et garder à l’arbre ; une taille intempestive, trop longue ou trop courte ; un sol infécond ou trop humide ; une exposition où le jour et l’air ne peuvent circuler librement, sont autant de causes de la souffrance artificielle que l’arbre et son fruit, peuvent éprouver.

» L’âge d’une variété date du moment où elle a pris naissance de graine ; son premier pas vers la vieillesse ou la décadence, date de l’époque où elle rapporte son premier fruit ; la qualité bonne ou mauvaise de ce fruit, la fertilité plus ou moins grande de l’arbre qui le porte, font seules une différence dans la longueur de la vie d’un arbre fruitier ; celui qui produit abondamment et chaque année des fruits excellents, s’épuise bien plus tôt que celui qui ne produirait que de mauvais fruits et en petite quantité. »

La vieillesse chez l’arbre fruitier s’annonce par la perte de sa vigueur et par son impuissance à remplir les fonctions de la nutrition et de la propagation.

Avant son entière décadence et pendant que l’arbre produit encore du fruit, ce fruit porte déjà des marques de l’état chétif de l’arbre. Dans le genre poirier, qui est le plus attaqué, la poire ou n’arrive pas à sa maturité ou devance son époque ordinaire ; elle est percée de vers, se fendille, se gerce, et sa chair, sans eau ni parfum, est remplie de gravelle et de pierres.

Le pepin est encore plus fortement atteint, car le vice dont il est entaché, y est établi en permanence, non pour la reproduction de l’arbre, mais pour celle du fruit ; car, s’il peut, par le moyen d’un premier semis, reproduire un arbre d’autant plus vigoureux et robuste que l’affection a été plus profonde, il ne peut plus reproduire qu’un mauvais fruit.

La dernière décadence de l’arbre fruitier, celle qui annonce sa fin prochaine, se fait sentir dans l’ensemble du sujet même ; le bois est attaqué de gangrène sénile, les branches meurent une à une sans cause apparente. Son impuissance dans l’acte de la propagation, se dévoile par l’absence de bourgeons à fleur, et lorsqu’il fleurit encore, par l’impuissance dont sont frappés les organes de la génération.

Selon Van Mons (et le fait nous semble suffisamment prouvé), toutes nos anciennes variétés de poires sont en pleine décadence ; chez plusieurs même, et des meilleures, cette décadence est parvenue à un tel point, que leur culture est presque abandonnée, et reléguée dans des contrées plus méridionales que la nôtre ; il résulte non-seulement de l’expérience du savant professeur, mais des faits qui se passent journellement sous nos yeux, que les variétés anciennes, et même celles d’âge moyen, qui ne sont plus d’aucun rapport en Belgique, quand elles ne sont pas cultivées en espalier, sont encore vigoureuses et productives en haut-vent et eu pyramide dans certaines parties de la France.

À l’appui de ce qui précède, nous avons cité les poires Beurré d’Hardenpont, Passe-Colmar, Bon-chrétien de Rance, Délices d’Hardenpont, Reine des poires (L’hoir), Beurré Diel, etc., fruits nés en Belgique vers l’époque où Van Mons commençait l’application de sa théorie, et qui, à cause du lieu de leur naissance, auraient dû, nous parait-il, échapper un peu plus tard à la loi naturelle de la décadence, et qui se trouvent déjà dans ce cas, en ce qui regarde le fruit particulièrement.

Comme on le voit par ces exemples, il devient très-difficile de fixer, non pas l’âge où une variété cessera d’exister, car, par le moyen de la greffe, cette existence peut se prolonger jusqu’à un laps de temps qui nous est inconnu ; mais bien celle où cette variété aura atteint l’âge de la décrépitude. Cette époque, qui se fait attendre longtemps pour quelques fruits, et que Van Mons avait fixée comme hypothèse à 200 ou 500 ans, est plus rapprochée pour d’autres ; il nous est cependant dès maintenant démontré par des faits, que les arbres très-fertiles et produisant les meilleurs fruits, sont ceux dont la vieillesse sera la plus hâtive, et que les fruits de médiocre qualité et dont la fructification est moins abondante, s’avanceront moins rapidement vers leur décrépitude.

Si nous nous étendons aussi longuement, et si nous insistons encore sur la cause de la décadence de nos arbres fruitiers, c’est afin de bien établir que cette cause n’est autre que la vieillesse de la variété, et parce que cette cause reconnue maintenant par un bon nombre de pomologues distingués, n’est pas encore assez généralement admise et qu’elle sert, comme nous l’avons dit plus haut, de base au système de Van Mons. Lorsque chacun sera bien pénétré de cette vérité, nous ne verrons plus planter, pour être cultivées sous la forme pyramidale ou en haut-vent, toutes ces variétés ancienne dont on ne retirera jamais aucune jouissance.

Avant de terminer cette introduction pour arriver à l’exposition du système de Van Mons sur la régénération des fruits par les semis, il ne nous paraît pas inutile de mettre sous les yeux de nos lecteurs une lettre que ce professeur écrivait à M. Poiteau en 1834. Cette lettre, la voici :

« Je remarque que les plus jeunes variétés, les plus fines surtout, résistent moins aux ravages de la vieillesse, sont plus tôt vieilles que les variétés dont la naissance a précédé la leur : elles ne peuvent atteindre au-delà d’un demi-siècle, sans que des symptômes de décrépitude s’y manifestent. Le premier de ces symptômes est de rapporter moins constamment et de se mettre plus tard à fruit. La souffrance du bois, la perte des belles formes de l’arbre, l’altération des fruits surviennent beaucoup plus tard. Les variétés qui n’ont qu’un demi-siècle d’existence, ne connaissent pas encore le chancre des bouts des branches ni les escarres de la tige ; les fruits ne se gercent pas encore, ne se remplissent pas de carrière, ne coulent pas à la nouûre, ne sont pas encore insipides et secs ; les alternats ne sont encore que d’un an, on peut encore greffer ces variétés sans que leurs infirmités augmentent. Il faut un demi-siècle de plus pour que le comble soit mis à leur souffrance, et que la suppression générale de la variété soit le seul remède à apporter à ses maux.

» Il est pénible de penser que bientôt le Saint-Germain, le Beurré gris, la Crassane, le Colmar, le Doyenné, devront subir cette suppression. Aucune de ces variétés ne réussit plus chez nous (en Belgique) qu’en espalier ; mais ce succès est aux dépens de leurs louables qualités.

» Dans ma jeunesse, au jardin de mon père, ces variétés formaient encore des arbres superbes, d’une belle santé, et rarement leurs fruits avaient des vices. O quantum distans ab illis ! Quelle déchéance au bout d’un temps si court, dans l’espace de 60 ans ! Je le répète, l’avantage de la variation jeune est d’être sans aucun vice [4]. »

Entièrement convaincu de la dégénérescence des arbres fruitiers par l’âge, Van Mons se mit à rechercher les moyens d’y remédier ; un seul se présentait avec quelque chance de succès, la nature elle-même l’emploie dans le but de la conservation et de la propagation des végétaux existant sur la surface de notre globe terrestre ; mais le but de la nature est bien différent de celui de l’homme ; en effet, il lui importe peu, à elle, que le fruit qu’elle procrée soit selon nos goûts ; une seule chose lui importe, c’est la conservation de l’espèce, et le semis ordinaire y pourvoit largement : il s’agissait donc ici d’obliger la nature à varier, et à entrer dans une variation non interrompue et, en quelque sorte, sans bornes.

Déjà, selon Van Mons et vers l’époque où ses idées étaient fixées sur les secrets de la nature dans son mode de reproduction, de nombreux semis de poires et d’autres fruits avaient eu lieu en France par les moyens ordinaires, et n’y avaient produit rien de bon. Un peu plus tard, M. Sageret citait des semis considérables et longtemps continués, n’ayant donné naissance à aucun bon fruit. Il en était de même en Allemagne (à cette époque) ; car on y voit une académie célèbre couronner un auteur éminent pour avoir soutenu (en réponse à la question sur la possibilité ou l’impossibilité d’obtenir de bons fruits par les semis), que tous les fruits domestiques dont nous étions alors en possession, nous étaient parvenus des anciens peuples, et avaient été primitivement extraits des bois, aux lieux où la nature les a fait naître tels qu’ils sont, et qu’il est de toute impossibilité que la graine de ces sortes fournisse jamais un bon fruit.

Nous extrayons ce qui précède de la Pomonomie Van Mons, et nous faisons cette citation, afin de prouver quelle confiance avait l’auteur, dès l’abord, dans une théorie contraire à tout ce qu’il y avait de plus haut placé alors en pomologie.

Van Mons, dès l’âge de 45 ans, s’était occupé du semis des plantes annuelles et des rosiers ; il avait remarqué :

1° Que le semis successif et fait de père en fils, devait éloigner les espèces de leur condition de plantes sauvages et les rapprocher de la variation, avec la condition que le semis soit répété plus souvent et avec moins d’interruption ;

2° Qu’une plante une fois entrée dans la variation, n’en sortait plus, si, par un semis non interrompu, on ne lui laissait pas le temps de se poser définitivement dans sa première variation, et que l’interruption dans le semis produit du plant d’autant plus mauvais, que cette interruption a été plus longue ; qu’au second semis fait de la graine du premier, l’amélioration était sensible et que le plant de celui-ci et encore plus celui du semis suivant se distinguaient par des fleurs de forme singulière et de coloration remarquable ; que les semis suivants, tout en donnant les fleurs les plus parfaites pour la plénitude, en donnaient de moins parfaites pour la forme et la couleur ;

3° Que plus le semis en ligne directe était répété, plus la floraison était rapprochée en même temps que la variation devenait moins tranchée ;

4° Que les retardataires à la floraison produisaient les plus belles fleurs ;

5° Que la fertilité croissait avec la répétition des semis ;

6° Que la plante, régénérée un certain nombre de fois, perdait en vigueur ce qu’elle gagnait dans sa forme : c’est-à-dire, qu’en déposant sa forme rude et agreste, pour en prendre une délicate et domestique, elle devenait plus sensible aux rigueurs de la saison ;

7° Que la dégénérescence avait lieu principalement dans la graine ;

8° Et enfin, que les plantes ont d’autant plus d’aptitude à varier, qu’elles s’éloignent de leur station naturelle.

Après avoir reconnu l’exactitude de ces observations sur les fleurs annuelles et sur les rosiers, Van Mons pensa à les appliquer aux arbres fruitiers et posa ainsi, dès l’âge de 22 ans, les fondements de sa théorie. Ses premiers semis furent exclusivement composés des pepins de bons fruits anciens, et à cet égard il regrette deux choses : la première, de n’avoir pas connu les fruits nouvellement gagnés dans le Hainaut, etc. ; la seconde, de n’avoir pas semé au lieu de pépins de bons fruits anciens, des pepins des poires de verger du pays wallon, qu’il pouvait acheter en grande quantité sur le marché de Bruxelles. Quant au premier point, il reconnaît dans la suite de son ouvrage, qu’il a mieux valu, pour la confirmation de sa théorie, qu’il en fût ainsi, car, en semant des pepins d’excellents fruits nouvellement procréés, il n’eût pu manquer d’obtenir du bon et il eût alors indubitablement abandonné la suite de ses recherches, comme il l’a fait pour les pommes, les pèches et autres fruits, lorsqu’il eut reconnu leur facilité à ne plus produire que du très-bon dès la quatrième génération. Quant au second point, il dit que les pepins de ces mauvais fruits de verger qu’on présentait alors sur le marché de Bruxelles, étant eux-mêmes le produit d’un premier semis de bons fruits anciens, pouvaient former la seconde génération de sa théorie, ce qui eût pu rapprocher son affirmation de douze à quatorze années ; cependant, comme indépendamment de ses semis de pepins d’anciens fruits, Van Mons se mit à rechercher de tous côtés les sauvageons dont l’aspect lui promettait la production de fruits plus ou moins bons, et que plusieurs de ces sauvageons déjà assez forts lui fournirent bientôt les pepins devant former sa seconde génération, il nous paraît que le retard dont il se plaint plus haut, au lieu d’être de quatorze à quinze ans, n’a été en définitive que de trois à quatre.

Le résultat du premier semis de Van Mons fut une première génération dont la physionomie en général très-variée, s’éloignait beaucoup de celle de leur mère ; ces jeunes arbres furent soignés avec tous les soins convenables et l’on hâta leur croissance par tous les moyens connus ; au bout d’un laps de temps plus ou moins long, de dix ans pour les uns et de vingt pour les autres, soit en moyenne quinze ans, ils donnèrent tous, ainsi qu’il s’y attendait, des fruits petits et mauvais. Il sema immédiatement et sans interruption, c’est-à-dire la même année, les pepins de ces mauvais fruits, et en obtint des arbres toujours différents de leur mère, mais ayant cependant un aspect moins sauvage.

Ces arbres, cultivés avec les mêmes soins que les précédents, donnèrent une récolte de fruits meilleurs, mais n’ayant cependant encore aucune des qualités des bons fruits de table, seulement leur production se fit moins attendre. Les pepins de cette seconde génération furent également semés de suite et toujours sans interruption (ce qui est essentiel), et déjà une bonne partie de ces jeunes plants lui montra des arbres ayant le faciès de nos bons poiriers domestiques.

Enfin, continuant de cette manière jusqu’à la cinquième génération, Van Mons parvint à obtenir de celle-ci des fruits généralement bons et dont le rapport avait lieu entre six à dix ans. La réussite de sa théorie était déjà presque complète, et une triple progression avait eu lieu. L’arbre et le fruit s’étaient entièrement améliorés, et la hâtiveté moyenne de la production était descendue de quinze à huit ans.

Ces expériences ont été continuées jusqu’à ce jour avec le même succès (les derniers semis de M. Bivort proviennent de pepins de la onzième génération et forment ainsi la douzième). Ce serait cependant une erreur de croire que les fruits provenant des derniers semis, faits d’après cette méthode, soient tous d’une assez bonne qualité pour paraître avec avantage sur nos tables et soutenir la comparaison avec nos variétés de premier ordre ; il ne faut pas perdre de vue qu’à l’époque où Van Mons récoltait sa cinquième génération, le nombre des bons fruits était assez restreint et souvent peu connu : ce qui paraissait très-méritant alors, n’est plus, maintenant que le domaine de la pomologie s’est étendu, que du médiocre ; or, ce médiocre se retrouve encore dans la provenance des derniers semis, et forme environ 20 pour cent du tout ; seulement d’absolument mauvais est très-rare. Peut-être ces médiocrités proviennent-elles du mélange des pepins des générations antérieures avec les postérieures, mélange que Van Mons avoue lui-même et qu’il eût évité en apportant par la suite, dans le triage de ses pepins, la même exactitude que celle qu’il y mettait avant la récolte de sa cinquième génération ; mais le savant professeur étant alors parvenu au point où sa théorie lui semblait assise sur des bases inattaquables, ne se préoccupa plus autant de la suite de son œuvre ; c’est en la continuant que nous obtiendrons plus tard sa complète réalisation, si toutefois elle est réalisable dans toutes ses parties.

Nous voici bientôt arrivés à la fin de notre travail ; nous l’avons écrit dans le double but de vulgariser la théorie de Van Mons et de la faire connaître aussi succinctement et aussi clairement qu’il nous a été possible, en extrayant seulement de sa Pomonomie les faits les plus essentiels, les moins controversés et les mieux prouvés par les succès de l’auteur ; car, il faut bien l’avouer, il a longtemps prêché dans le désert, et le grand nombre de bons fruits provenus de ses semis et répandus dans tous les pays du monde où le poirier se cultive, ont bien plus servi à universaliser son nom parmi le vulgaire, que les deux volumes qu’il a écrits sur ce sujet, volumes d’ailleurs très-rares et dont la correction a été très-négligée.

La théorie Van Mons, au point de vue de la production des bonnes variétés fruitières nouvelles, n’a certainement plus la même valeur qu’à son début, alors que l’on ne possédait que peu de bons fruits ; mais elle présente cependant encore trop d’intérêt, sous le rapport de la science, pour être abandonnée. Laissant de côté les faits accomplis, il nous reste à savoir : 1° jusqu’à quel point l’époque de la fructification hâtive pourra être supportée par le semis sans que sa vigueur en soit altérée ; 2° si les semis successifs, continués d’après ce système, parviendront, comme le dit Van Mons, à produire un plus grand nombre de fruits tardifs, et enfin, si ces fruits seront généralement bons et sans mélange de médiocrités.

Ces trois points sont essentiels, et nous pensons que celui qui s’en occupera pour les résoudre, pourra encore rendre de grands services à la pomologie.

Nous conseillerons donc à ceux qui s’occupent de la multiplication des variétés, de semer exclusivement de la graine de leurs dernières procréations, et de choisir, en premier lieu, les pépins de fruits d’hiver, comme leur offrant plus de chances de réussite, à cause de la maturation de la graine, qui n’ayant pas eu lieu pendant que le fruit était attaché à l’arbre, n’est jamais aussi complète. De plus, nous leur dirons de choisir les pepins des meilleurs fruits : car c’est une erreur que de croire, avec quelques personnes qui n’ont pas bien compris le système Van Mons, qu’il a conseillé dans sa Pomonomie, de semer les pepins de mauvais fruits de préférence aux bons. L’auteur a seulement dit qu’il vaut mieux semer le pepin d’un mauvais fruit d’une dernière génération, que le pépin d’un bon fruit d’une génération antécédente et dont la variation avait eu le temps de se poser.

Nous pensons faire plaisir à la majorité de nos lecteurs en finissant cet article par l’exposé des augures et des présages qui annoncent ordinairement un bon fruit, dans les semis du genre poirier.

Le jeune semis doit avoir une tige droite et assez forte pour se maintenir perpendiculairement sans tuteur ; ses branches latérales doivent être d’une vigueur modérée, ni trop grosses, ni trop grêles, ni trop longues, ni trop courtes et légèrement relevées vers le haut, de manière à former, avec le tronc, un angle de 45 degrés environ. Elles doivent se rompre nettement et sans esquilles, se casser au moindre ploiement ; l’écorce doit être brillante, lisse et douce au toucher, ponctuée de lenticelles plus ou moins nombreuses, et teinte en brun, en noisette, en gris-plomb, en gris foncé ou en rouge duveté. Les yeux, roux, bruns ou gris, ne doivent être ni trop ni trop peu développés, ni trop comprimés, ni trop allongés en pointe, ni implantés à la surface, mais bien portés par des supports saillants. Les épines doivent être distribuées avec ordre et placées aussi bien sur la tige que sur les branches latérales et sur les lambourdes ; elles doivent être longues ou courtes, selon la place qu’elles occupent, et garnies d’yeux dans toute leur longueur, depuis la base jusqu’au sommet. Elles doivent être perpendiculaires, bien implantées à la surface de la branche et ridées à leur base.

L’épine est une condition sine quâ non de bon augure, excepté peut-être dans les semis de dernière génération.

La feuille doit être élégante, brillante, distribuée avec goût et placée régulièrement. La forme est indifférente, pourvu qu’elle soit belle. Elle doit être lisse, luisante, d’un vert pur, foncé ou clair ; ne se repliant pas dès sa naissance, vers le bas, ronde ou longue, plane ou à bords latéraux légèrement relevés et seulement arquée vers sa pointe. Le tissu doit être serré, la page mince, les incisions ou la serrature profonde et régulière. Les nervures apparentes, saillantes, et la médiane, bien prononcée et droite, doit s’étendre jusqu’au sommet de la feuille. Le pétiole doit être long et grêle.

Le semis à bois inerme et à feuilles épaisses et cotonneuses, dénote un fruit d’été musqué ou un fruit d’hiver à cuire.

Un beau bois sans épines et à feuilles en cuiller, dénote également un fruit d’été.

Le caractère le plus mauvais est celui d’un bois mal porté, diffus, court, grêle et formant charmille.

D’après M. Bouvier, il faut examiner le semis lorsque les deux premières feuilles se montrent après les cotylédons : si elles sont fortement incisées, c’est un signe de bon augure ; si elles sont entières ou peu incisées, les jeunes plants sont à rejeter.

Enfin, un caractère général de bon augure dans le semis est un faciès ayant des rapports avec celui de nos bonnes variétés connues.

Depuis les premiers travaux de Van Mons et des pomologues du Hainaut, suivis de ceux du major Esperen et de S. Bouvier, de nombreux émules et continuateurs ont surgi de tous côtés et viennent journellement apporter leur contingent d’efforts pour l’amélioration des espèces fruitières. Pendant que la Belgique continue à faire progresser le genre poirier, sans toutefois négliger les autres fruits, et que la France suit son exemple, l’Angleterre et l’Amérique nous fournissent, en quantité, de magnifiques pommes, prunes et pêches nouvelles. Enfin, dans tous les pays, on forme des sociétés et des jardins d’expérience pour centraliser les collections d’élite et pour répandre ensuite ces richesses horticoles.

Espérons que cet élan général en faveur de la pomologie, produira de grands résultats, et qu’il en sortira de nouvelles sources de bien-être et de jouissances pour les nations.

A. Bivort.

Nomenclature.

explication des termes de pomologie, de botanique et de jardinage, nécessaires à l’intelligence des descriptions des arbres fruitiers

Les descriptions pomologiques offrent, nous le savons, fort peu d’attrait à la plupart des lecteurs. À part l’inévitable aridité des détails techniques, à quoi faut-il surtout attribuer ce résultat regrettable ? À l’emploi fréquent de termes plus ou moins inintelligibles pour le plus grand nombre. Ce langage scientifique n’est que trop souvent lettre close pour les gens du monde, et en particulier pour les hommes de pratique, étrangers aux notions de grec, de latin et de botanique.

Il nous a donc paru utile d’exposer ici les notions préliminaires indispensables, y compris l’explication des termes de jardinage les plus usuels, sous une forme que nous avons tâché de rendre claire, brève et précise.

Indépendamment de la nécessité de faciliter l’accès de la science à toutes les classes de lecteurs, il fallait aussi, dans l’intérêt de l’unité de notre œuvre collective, nous mettre préalablement d’accord sur la valeur de tous les termes. La terminologie pomologique, on le sait, n’est pas encore près d’être parfaitement arrêtée ; et, de plus, notre nomenclature n’est pas toujours celle de la botanique.

Grâce à ce vocabulaire, qui est en quelque sorte la clef de la science, tous les lecteurs pourront sans peine connaitre le sens que nous attachons à chacun des mots, et se familiariser promptement avec des notions jusqu’à présent réservées à quelques adeptes. Puisse la pomologie arriver ainsi à une nomenclature, à des définitions précises, généralement acceptées, conditions essentielles de tout progrès scientifique !

ACUMINÉE (feuille). Dont l’extrémité en se rétrécissant forme une pointe allongée. Si l’angle est moins allongé, on la dit aiguë ; pointue, si l’angle est plus court et moins prononcé encore.

ADHÉRENT (calice). Soudé en tout ou en partie avec l’ovaire.

AFFRANCHIR (s’). On dit qu’un arbre s’affranchit, quand, sur le bourrelet de la greffe, qui se trouve enterrée, naissent des racines, lesquelles ne tardent pas à remplacer celles du sujet.

AIGRIN ou ÉGRAIN. Nom par lequel on désigne les jeunes poiriers et pommiers sauvages.

AISSELLE. Partie intérieure de l’angle formé par une feuille avec un rameau, par un rameau avec une branche, etc.

ALTERNES (feuilles). Disposées à des distances à peu près égales alternativement d’un côté et de l’autre.

AMANDE. Semence des fruits nommés drupes.

ANNULAIRE. Qui ressemble à un anneau. L’incision annulaire, pratiquée sur les arbres à fruits à pepins, et principalement sur la vigne, consiste à enlever un morceau d’écorce circulaire d’un demi à un centimètre au plus.

ANTHÈRE. Petit tube ou capsule contenant la poussière fécondante. (Voy. étamine.)

AOUTÉ (rameau). Qui a mûri suffisamment pour résister aux rigueurs de l’hiver.

APPRIMÉ (gemme ou bouton). Qui adhère fortement au rameau ; qui s’y trouve implanté dans une direction plus ou moins verticale.

ARBRE. Végétal ligneux dont la hauteur excède 6 mètres.

ARBRISSEAU. Végétal ligneux dont la hauteur ne dépasse jamais 6 mètres[5].

ARCURE. Opération qui consiste à courber en demi-cercle plus ou moins ouvert, les rameaux ou branches dont on rapproche ainsi du sol l’extrémité ou œil terminal.

ARQUÉ (rameau). Qui se courbe, s’abaisse à son extrémité, de manière à décrire à peu près un arc de cercle.

ARTICULÉE. Tige munie de nœuds comme dans la vigne.

ASCENDANT, ÉRIGÉ (rameau). Qui tend à se dresser, à s’élever verticalement.

AUBIER. Nouveau bois qui se forme chaque année sur le corps ligneux, et qui se trouve immédiatement sous l’écorce.

BACCIFÈRE. Qui porte des baies.

BACCIFORME. Qui a la forme d’une baie.

BAIE. Fruit pulpeux, mou, succulent, contenant une ou plusieurs graines éparses (baies du framboisier, du groseillier, de la vigne, etc.).

BASE (d’un fruit). C’est la partie qui surmonte le pédoncule (ou queue) ; et le sommet, c’est celle qui avoisine le calice ou ombilie.

BILOBÉ, TRILOBÉ. — (Voy. au mot lobe.)

BLANC, MEUNIER ou LÈPRE. Maladie propre au pêcher, au prunier, que l’on reconnaît à une poussière blanchâtre qui couvre entièrement les feuilles et les jeunes bourgeons.

BOUQUET DE MAI, BOUQUET DU PÊCHER. Petit rameau à fruit, long de 0m,02 à 0m,08 au plus, couronné par un bouquet de fleurs et portant à son sommet un bouton à bois. (Fig. 1.)

BOURGEON, RAMEAU, BRANCHE. Ces diverses dénominations servent à désigner les trois phases du développement d’un gemme ou bouton à bois.

Le bourgeon, c’est la pousse printanière d’un gemme ; c’est le jeune rameau en voie de croissance et de développement, avant la formation de l’œil ou bouton terminal qui arrête la croissance de l’année.

Cela fait, il passe à l’état de rameau. Celui-ci n’est alors autre chose que la nouvelle pousse aoûtée.

Dans l’année qui suit, le rameau développe ordinairement à son tour ses gemmes en bourgeons ; il perd alors son nom et devient une branche.

La branche est l’état définitif de la ramification.

BOURRE. Bourgeon naissant de la vigne.

BOURSE. Terme de jardinage, par lequel on désigne un organe éminemment fertile, d’une contexture tendre, charnue, tronquée à sa partie supérieure. Il se rencontre principalement sur les branches à fruit, là où étaient attachés les fruits ou les fleurs. (Fig. 2.)

BRACTÉES (syn. : feuilles florales). Petites feuilles qui naissent, s’entremêlent avec les fleurs (fraisier).

BRINDILLE. Petit rameau, grêle, allongé, flexible, ayant de 0m,10 à 0m,50 de longueur, dont les yeux sont petits et qui se forment sur toutes les parties des branches. (Fig. 3.)

BUISSON. (Voy. cépée.)

BULLÉE (feuille). Bosselée ou boursouflée en dessus, concave en dessous.

CALLEBASSIFORME. Se dit d’un fruit qui, se rétrécissant vers le milieu, se termine vers le pédoncule par un renflement remarquable.

CALICE, OMBILIC. Les pomologistes donnent ces noms à la cavité placée à la partie opposée au pédoncule, laquelle a été le siège de la fleur et en présente encore quelques vestiges plus ou moins desséchés. Cet organe étant peu apparent dans les fruits à noyaux, on le désigne sous le nom de point pistillaire.

Le mot sépales s’applique aux parties ou divisions du calice. En pomologie, on se sert plus communément du mot divisions (sous-entendu, calicinales) [6].

CAMBIUM. Séve élaborée et presque gélatineuse, servant à la formation des tissus.

CANALICULÉ (pétiole). Creusé longitudinalement d’une légère gouttière ou canal.

CANNELÉ. Creusé à la surface. Se dit d’un objet qui offre des espèces de petits sillons ou stries profondes.

CASSANTE (chair). Se dit des poires dont la chair est ferme et dure. Telles sont en général les poires à cuire et quelques poires à couteau. Ce mot est l’opposé de fondante.

CAULINAIRE. Attaché à la tige (insertion caulinaire d’une branche).

CÉPÉE. Forme particulière au framboisier, au groseillier épineux, etc., dans laquelle les branches partent près du collet de la racine en prenant toutes les directions. Ce terme est synonyme de buisson.

CHAIR. C’est le tissu cellulaire, la pulpe ou la partie édule (mangeable) du fruit.

Dans la terminologie botanique, cette substance a reçu le nom de Sarcocarpe ; la partie interne (noyau, trognon) qui sert d’enveloppe aux semences, celui d’endocarpe, et la pellicule, peau ou enveloppe externe, celui d’épicarpe.

CHEVELÉE. Plant enraciné de la vigne.

CHEVELU ou RADICELLES. Filaments très-déliés, capillaires, qui prennent naissance sur les ramifications de la racine, et qui sont munies, à leur extrémité, de spongioles, par l’intermédiaire desquelles s’opère l’absorption des fluides servant à la nutrition du végétal.

CISELLEMENT. Opération qui consiste à couper au moyen de ciseaux un certain nombre de grains sur les grappes trop serrées ou à supprimer la pointe des grappes très-longues.

CLOISONS. (Voy. loge.)

CLOQUE. Maladie qui attaque les feuilles naissantes du pécher à la suite de brusques variations atmosphériques. Ces feuilles se crispent, se boursouflent et finissent par jaunir et tomber.

COLLET ou NŒUD VITAL. C’est le point d’où part la racine et d’où s’élève la tige.

CONGÉNÈRE. De même genre.

CONIQUE. En forme de cône (de pain de sucre) ou, diminuant insensiblement de la base au sommet et se terminant en pointe.

CONNIVENT. Se dit des parties d’une plante qui tendent à se rapprocher.

CORDIFORME. En forme de cœur ( tel qu’il est représenté sur les cartes à jouer).

COULANTS. Syn. : Stolons ou filets. Rejetons rampants, susceptibles de s’enraciner, qui partent du pied de certaines plantes et notamment du fraisier.

COURSON. Branche à fruit de la vigne, lorsqu’elle a été soumise à la taille.

COURSONNE. Rase des branches à fruit du pêcher, sur laquelle s’opère le remplacement.

CRÉNELÉE (feuille). Bordée de dents larges et arrondies.

CRÉPITANTE. Se dit de la chair de certains fruits, qui craque sous la dent, qui produit un petit bruit. On dit dans le même sens, mais moins fréquemment, chair craquetante.

CROCHET (tailler en). Terme de jardinage ; c’est tailler un rameau ou une branche sur un œil ou deux.

CYLINDRIQUE. De forme ronde, allongée, sans saillies ni angles.

DARDS. Ce sont de petits rameaux, d’une longueur de 1 à 8 centimètres, placés à angle droit sur la branche ou sur le rameau, et dont les yeux se convertissent avec le temps en boutons à fleurs. (Fig. 4.)

DENTÉ. (Voy. serreté.)

DÉPRIMÉ (fruit). Plus ou moins aplati du sommet à la base, de manière qu’il ait moins de hauteur que de largeur.

DIFFUS (arbre). Dont les branches et les rameaux ne gardent entre eux aucun ordre.

DIVARIQUÉ (arbre). Dont les rameaux s’écartent beaucoup.

DIVISIONS. (Voy. calice.)

DRUPE. Fruit à enveloppe ou péricarpe succulent, renfermant un noyau (pêche, prune, etc.).

DURIUSCULE. Un peu dur.

EAU. Expression consacrée en pomologie pour désigner le suc des fruits.

ÉBOURGEONNEMENT. Opération de jardinage par laquelle on supprime les bourgeons inutiles ou mal placés.

ELLIPTIQUE (forme). En ovale, dont les deux extrémités sont de même largeur.

EMPATEMENT ou COURONNE. Terme de jardinage, qui sert à désigner la base des rameaux et des branches où la nature a placé les sous-yeux en réserve. (Voy. sous-yeux.)

ENDOCARPE. Partie interne des fruits — parcheminée dans les poires et les pommes — enveloppant les semences. (Voy. chair.)

ENTIER, syn. d’indenté. Une feuille entière a les bords unis. Elle n’est ni dentée ni serretée.

ENTRECUEILLIR. Cueillir les fruits avant leur parfaite maturité.

ÉPAMPRER. C’est supprimer une partie des feuilles d’une vigne.

ÉPICARPE. Peau ou pellicule qui recouvre les fruits.

ÉPIDERME. Première enveloppe, ordinairement mince et transparente de l’écorce et recouvrant toutes les parties d’un végétal, etc. — On emploie parfois improprement ce terme comme synonyme de pelure ou épicarpe.

ÉRIGÉ. Voy. (ascendant.)

ESPALIER, CONTRE-ESPALIER. Le mot espalier se dit à la fois et d’un mur garni d’arbres fruitiers, et d’un ou plusieurs arbres dressés et assujettis contre un mur. — Par le terme contre-espalier, on désigne une rangée d’arbres fruitiers, disposés sur des treillages, vis-à-vis d’un espalier.

ÉTAMINE. Organe mâle des fleurs. Il se compose ordinairement d’un filet surmonté d’une anthère.

FACIES (du latin facies). Exprime la physionomie, le port, l’aspect particulier d’un arbre.

FALCIFORME. En forme de faux (du latin falx, faux).

FASTIGIÉ (arbre). Terminé par des branches qui s’élèvent à la même hauteur.

FILIFORME. Se dit des stipules déliées et allongées comme un fil.

FLÈCHE. Rameau supérieur terminal. Sommet d’un arbre dressé en pyramide.

FLEXUEUX. Ce terme s’applique aux rameaux qui dévient de la ligne droite, qui décrivent une légère inflexion (coude) à chaque gemme.

FOLIACÉ. Qui est de la nature des feuilles, ou qui en a l’apparence.

FRANC. Arbre qui n’a pas été greffé.

GÉMINÉ. Naissant deux à deux du même point.

GEMME, syn. d’œil, bouton. Embryon naissant dans l’aisselle d’une feuille et destiné à produire une pousse nouvelle ou bourgeon.

GÉNICULÉ, syn. de genouillé (du latin genu, genou). Noueux, articulé, infléchi.

GIBBEUX, GIBBOSITÉS, syn. de bossu, bosses.

GLABRE. Sans poils ni duvets.

GLANDES. Petits corps vésiculeux répandus sur diverses parties d’un végétal. Celles qui se trouvent sur les feuilles de quelques pêchers servent à déterminer les variétés.

GLAUQUE. Se dit d’un fruit couvert d’une poussière blanchâtre, très-ténue (qu’on nomme vulgairement fleur) ; ce qui lui donne une couleur glauque, c’est-à-dire vert-bleuâtre farineux.

GLOBEUX. Arrondi en forme de globe. On emploie comme diminutif le mot

GLOBULEUX. Il se dit aussi de ce qui est composé de globules ou petits corps sphériques.

GOMME. Maladie propre aux arbres à fruits à noyau. Elle consiste en une altération et extravasation de la sève à travers l’écorce qui se fend et livre passage à la gomme.

GOURMAND (terme de jardinage). Rameau qui a pris un accroissement disproportionné avec ceux qui l’avoisinent, et que l’on reconnaît aisément à son volume, à son empâtement. (Fig. 5.)

GRANULEUX. Qui se compose de petits grains amoncelés.

GRAVELEUX ou PIERREUX. Se dit d’un fruit qui contient vers le cœur une sorte de gravier.

HAMPE. Tige herbacée, communément sans feuilles, partant immédiatement de la racine, et terminée par des fleurs auxquelles elle sert de pédoncule (hampes du fraisier, etc.).

HERMAPHRODITE. Se dit des fleurs munies des deux sexes, c’est-à-dire d’étamines et de pistils.

INCISÉ. Dont le limbe ou les bords sont découpés en pointe.

INERME (arbre). Privé d’épines.

INFLORESCENCE. Se dit de l’arrangement, de la disposition des fleurs sur une plante.

INFUNDIBULIFORME ou INFUNDIBULÉ. Qui a la forme d’un entonnoir (en latin infundibulum).

LACINIÉE (feuille). Se dit d’une feuille déchiquetée, découpée en lanières fines, inégales. (Ex. : Vigne Cioutat.)

LAMBOURDE. Sorte de production fruitière dans le poirier. Ce n’est d’abord qu’un petit prolongement charnu, surmonté d’un seul bouton, et qui n’a d’ordinaire dans la première année que 0m,005 à 0m,015 de long. Chaque année ce petit rameau à fruit s’allonge quelque peu (1 centimètre environ), et se garnit de feuilles nouvelles (depuis 3 jusqu’à sept), lesquelles doivent à leur disposition le nom de Rosette. Ce n’est qu’après trois ou quatre ans que le bouton terminal, qui s’est grossi progressivement (Fig. 6, A, B, C.), s’ouvre et laisse épanouir un corymbe de fleurs.

LANCÉOLÉE (feuille). Ressemblant à un fer de lance, c’est-à-dire oblongue, élargie vers le milieu et se terminant en pointe. — On la dit ovale-lancéolée, si elle est trop longue pour être simplement ovale, et trop courte pour être lancéolée. — On la dit aussi ovale-cordée, quand elle se rapproche à la fois de la forme ovale et de celle dite en cœur.

LENTICELLES. Petites taches, ordinairement arrondies et rousses, éparses sur l’écorce des arbres.

LIMBE. Partie plane de la feuille.

LOBES. Divisions larges et arrondies de certaines feuilles. On les dit bilobées, trilobées, etc., quand elles ont deux lobes, trois lobes, etc.

LOGE. Se dit des petites cellules ou cavités intérieures de certains fruits, contenant les semences, et séparées ordinairement par des cloisons. (Voy. trognon.)

MACULE. Tache plus ou moins large, d’une couleur différente du fond. — Les mouchetures sont de petites taches rondes plus ou moins symétriques.

MÉRITHALLE ou ENTRE-NŒUD. On donne ce nom à l’espace compris entre chaque gemme ou insertion de feuilles sur le rameau.

MOUCHETURE. (Voy. macule.)

MUCRONÉE (feuille). Terminée brusquement par une pointe étroite et aiguë.

NAVICULÉ (en forme de nacelle). Se dit des feuilles dont les bords sont relevés de manière à figurer une nacelle. On dit à bords relevés en gouttière, lorsque ceux-ci sont moins relevés, et que l’extrémité de la feuille reste plane.

NERVURES ou COTES. Filets ou petites côtes fibreuses d’une feuille. — La nervure dite médiane est celle du milieu. (Fig. 7.)

OBLONG. Plus long que large ou dont la largeur est à peu près le tiers de la longueur.

OBTUS (l’opposé d’aigu). Se dit des feuilles, fruits, etc., dont la pointe est émoussée, arrondie.

ŒIL. C’est, en termes de botanique et de jardinage, le gemme ou bouton avant son développement. — Il se dit aussi vulgairement de la cavité (ombilic) qui existe au sommet des poires et des pommes.

OMBILIC. Voy. (oeil, calice.)

ONDÉ, ONDULÉ. On dit d’une feuille qu’elle est ondée, lorsqu’elle forme sur ses bords des plis assez gros et arrondis. — Elle est ondulée seulement (diminutif), lorsque ces plis sont moins prononcés.

OPPOSÉES (feuilles.) Placées en face l’une de l’autre et à la même hauteur.

ORBICULAIRE ou ORBICULÉE (feuille). Dont la circonscription approche de la figure d’un cercle.

OVAIRE. Partie inférieure du pistil, qui contient les ovules ou embryons des graines. De son gonflement après la fécondation résulte le péricarpe ou fruit.

OVALE, OVIFORME, OVÉ, OVOÏDE. Ayant à peu près la forme, l’aspect d’un oeuf.

OVULE. (Voy. ovaire.)

PAGE. Surface supérieure ou inférieure d’une feuille ; lame mince et étalée que supporte le pétiole.

PALISSER. Terme de jardinage ; c’est étendre et fixer contre un mur, un treillage, etc., les diverses ramifications d’un arbre.

PALMETTE (formes en). On en distingue plusieurs, dont deux principales : la simple et la double ou à deux tiges.

La première consiste en une tige verticale sur laquelle des branches latérales sous-mères sont disposées horizontalement à droite, à gauche et à égale distance (Fig. 8.)

Dans la palmette double, l’arbre, au lieu d’une seule tige, en présente deux, d’où partent les branches latérales (Fig. 9.)

PANACHÉ. Nuancé de plusieurs couleurs.

PAPILLE. Petit mamelon.

PARENCHYMATEUX. Qui a rapport au parenchyme ; qui abonde en parenchyme.

PARENCHYME. Tissu cellulaire, substance molle, spongieuse, qui remplit les interstices des vaisseaux dans les feuilles, les fruits charnus, etc.

PEAU. Pellicule externe d’un fruit ; nom vulgaire de l’épicarpe.

PÉDICELLE. Petit pédoncule, résultant de la ramification d’un pédoncule commun, et ne portant qu’une seule fleur.

PÉDONCULE. Vulgairement queue : support du fruit sur l’arbre.

PELLICULÉ. À peau mince.

PÉRICARPE. C’est le nom donné en botanique à l’ovaire mûr. On distingue dans un fruit deux parties principales : le péricarpe et la semence.Tout ce qui n’est pas la semence compose ce qu’on désigne du nom collectif péricarpe. Pour les subdivisions, voy. chair.

PÉTIOLE. Support de la feuille.

PIRIFORME. De forme pyramidale, mais avec une légère retraite vers le milieu.

PISTIL. Organe femelle d’une fleur. Il se compose de l’ovaire (voy. ce mot), du style, filet qui la surmonte, et du stigmate placé au sommet du style. Si ce dernier manque, on dit que le stigmate est sessile. (Fig. 10.)

PIVOT (d’une racine). C’est le corps principal de la racine, lequel apparaît d’abord quand celle-ci commence à se développer.

PIVOTANTES, TRAÇANTES (racines). Elles sont pivotantes, lorsqu’elles tendent à pénétrer verticalement dans le sol. Elles sont traçantes, lorsqu’elles se dirigent horizontalement près de la surface du sol.

PLEIN VENT, HAUT-VENT ou HAUTE-TIGE. Forme sous laquelle les arbres, cultivés à l’air libre, ont leurs premières ramifications sur un tronc élevé d’environ 2 mètres.

POINTILLÉ. Diminutif de ponctué, marqué de très-petits points.

POINTU. (Voy. acuminé.)

POLLEN. Poussière fécondante renfermée dans les anthères.

PULPEUX (fruit). Composé d’une pulpe ou chair plus ou moins succulente.

PYRAMIDE. Forme sous laquelle un arbre a ses branches formant avec sa tige un angle plus ou moins ouvert, et s’élevant obliquement de manière à représenter un cône, à partir de 0m,33 du sol. (Voy. plus loin, fig. 11.)

La forme pyramidale diffère notablement de celle en quenouille, avec laquelle on la confond à tort encore fréquemment. Dans cette dernière, le plus grand diamètre est situé vers le milieu de la hauteur, comme on le voit dans la figure ci-après. (Fig. 12.)

La forme en quenouille, assez commune encore dans quelques pépinières, présente de graves inconvénients et doit être définitivement proscrite.

RAMEAU. (Voy. bourgeon.)

RAPPROCHEMENT, RAVALEMENT, RECEPAGE. Rapprocher, c’est tailler sur le bois des années antérieures ; et de la sorte la taille se rapproche de l’axe ou centre de l’arbre.

Ravaler est une opération plus énergique. On supprime toutes les branches, de manière à former une nouvelle charpente.

Receper, c’est couper tout l’arbre près du collet.

RÉCEPTACLE. Fond du calice.

RÉNIFORME. Ayant la forme d’un rein. Les glandes réniformes des feuilles de certains pêchers sont l’un des caractères qui servent à les classer. (Voy. glande.)

RUGUEUX. Se dit de tout objet à surface raboteuse et comme ridée.

SARCOCARPE. (Voy. chair.)

SARMENTS. Se dit des rameaux de la vigne en général. On les nomme broches, quand ils ont reçu plus d’une taille.

SCABRE. Rude au toucher, parsemé de petites aspérités.

SCUTELLIFORME (feuille). Qui a la forme d’un bouclier.

SÉPALES. Folioles composant un calice ; c’est le synonyme de divisions. (Voy. calice.)

SERRETÉE. Diminutif serrulée (feuille). Dentée en scie. Qui a les dents tournées vers la pointe de la feuille. On dit aussi dans le même sens serrature des feuilles.

Il faut dire feuilles dentées, si, au contraire, les découpures sont régulières, et présentent leurs deux cotés égaux en longueur et en inclinaison.

SOUS, SUB. Préposition employée comme diminutif et qui équivaut à presque ou à un peu. Ainsi l’on dit : sous-cordiforme, qui est presque en forme de cœur ; sub-acide, qui est un peu acide.

SOUS-YEUX. Ce sont des yeux supplémentaires que la nature tient en réserve à la base de chaque œil et de chaque rameau, et qui ne se développent ordinairement qu’alors qu’un accident est arrivé à l’œil principal ou quand l’art les y contraint. (Voy. empatement.)

SPONGIOLES. (Voy. chevelu.)

STIGMATE. (Voy. pistil.)

STIPULES. On désigne ainsi certains appendices foliacés (petites feuilles), qui se trouvent à la base du pétiole des feuilles.

STOLONIFÈRE. Qui pousse des stolons par le pied.

STOLONS. (Voy. coulants.)'

STOMATES. Pores ou petits orifices des feuilles, par lesquels s’opère l’absorption et l’exhalation des fluides contenus dans l’air et servant à la nutrition du végétal.

STRIES. Sortes de petites cannelures latérales à la base du gemme ; petites lignes creuses d’une longueur très-variable, et communément de la largeur d’un trait de plume. On les voit, sur l’écorce de certaines variétés d’arbres, prenant naissance à la base du gemme, et se prolongeant en descendant vers la base du rameau.

SUPPORT. On désigne sous ce nom, en pomologie, la partie à laquelle le pédoncule est attaché directement, et qui part de la lambourde, dont elle forme ainsi l’extrémité.

TOMENTEUX. Couvert de poils courts et serrés.

TRAÇANTES (racines). Voy. pivotantes.

TREILLE. Ce terme s’applique non-seulement aux berceaux recouverts de vignes, mais encore aux ceps élevés contre un mur, etc.

TROCHET. Bouquet de fleurs ou de fruits partant du même point.

TROGNON. Centre parcheminé d’une pomme ou poire. Partie interne du péricarpe qui contient les semences ou pepins. (Voy. loge.)

TURBINÉ. En forme de toupie (en latin turbo) ou de cône court et renversé. Se dit d’un fruit un peu plus haut que large, ayant son plus grand diamètre vers le sommet (ou calice), et se terminant en pointe plus ou moins obtuse vers la base (ou pédoncule).

UNISEXUEL. Se dit d’une fleur à un seul sexe, c’est-à-dire ou mâle ou femelle seulement.

VASE ou GOBELET. Sous cette forme les arbres fruitiers ont l’intérieur entièrement creux, de manière à simuler une sorte de vase. (Fig. 13.)

VERRUQUEUX. Qui a la forme d’une verrue.

VERTICILLE. Se dit d’un assemblage de feuilles ou de fleurs disposées en anneau.

C. Aug. Hennau.

DU POIRIER

Pyrus. — Famille des Rosaeées, Icosandrie Monogynie (Linné).


Cet arbre précieux parait être indigène dans tous les climats tempérés de l’Europe ; il y végète dans les forêts à l’état sauvage, et s’élève de 15 à 20 mètres. Il n’est même pas rare de trouver des arbres de cette dimension parmi les variétés cultivées dans nos vergers.

La tige du poirier s’élève naturellement droite ; dans les variétés cultivées, l’écorce, d’un gris brun, se nuance de diverses teintes ; elle est parfois d’un gris très-pâle, jaunâtre ou rouge, et même striée de lignes jaunes.

Les feuilles, simples, alternes, sont plus ou moins ovales, lancéolées, aiguës ou arrondies, lisses, souvent serretées, quelquefois dentées, entières, plates, ou plus ou moins arquées ; elles sont portées sur un pétiole assez long.

Ces différences, imperceptibles pour des yeux peu exercés, servent aux connaisseurs expérimentés, à distinguer les variétés.

Les racines sont pivotantes et pénètrent assez facilement les divers terrains.

Une partie des bourgeons qui garnissent la tige, donnent lieu à la production des rameaux ; ceux-ci deviennent des branches et composent la charpente ou forme de l’arbre. Une autre partie des yeux du poirier se transforment en lambourdes ou productions fruitières.

Dans le poirier franc, les rameaux sont habituellement garnis de dards épineux sur toute leur étendue ; ces dards deviennent des lambourdes. On a cru longtemps que ces épines indiquaient un fruit sauvage, acerbe, sans valeur, un plant enfin à modifier par la greffe : l’expérience et des observations suivies ont démontré l’insignifiance de ce caractère pour déterminer la nature du sujet ; on a même remarqué, dans les nombreux semis de Van Mons, que les arbres épineux donnent souvent des fruits d’hiver, tandis que le bois non épineux est l’indice d’une variété d’été ou d’automne.

Les yeux à fruits sont, dans leur origine, minces, pointus et garnis de deux ou trois feuilles ; ils se gonflent, s’arrondissent, après deux ou trois ans, et s’entourent de cinq à sept feuilles. Dans cet état, on peut prévoir une prompte fructification.

Les fleurs sont rarement solitaires ; elles se trouvent réunies en corymbes, au nombre de 5 à 9. Leur caractère commun se compose, selon Duhamel : 1° d’un calice en forme de godet peu profond, divisé par les bords en cinq échancrures épaisses, terminées en pointes, qui subsistent souvent jusqu’à la maturité du fruit ; 2° de cinq pétales un peu creusés en cuiller ; blancs, excepté dans un petit nombre de variétés, où les bords sont teints de quelques traits rouges, mais beaucoup moindres et plus légers qu’aux fleurs des coignassiers ; leur grandeur et leur forme varient selon les espèces ; 3° de vingt à trente étamines assez longues, blanches, terminées par des sommets en forme d’olive, sillonnés, suivant leur longueur ; 4° d’un pistil formé de cinq styles déliés, moins longs que les étamines, surmontés par des stigmates, et d’un embryon qui fait partie du calice.

Lorsque la fleur est épanouie, le fruit noue, c’est-à-dire que l’ovaire ou embryon se transforme en un fruit charnu, succulent, porté sur un pédoncule qui devient ligneux ; le sommet est ombiliqué. Dans l’intérieur, au centre, se trouvent cinq petites loges cartilagineuses, contenant des graines ou pepins oblongs, pointus ; la couleur en est noir brun ou jaune noisette. La pulpe ou chair est protégée par une peau dont la couleur est très-variable, ainsi que la forme du fruit et son volume.

Voici les diverses formes qu’affectent les poires : elles sont pyriformes, rondes, longues, turbinées, ovales, obtuses, etc. Ces formes sont caractéristiques de certains types anciennement connus, tels que les doyennés, les bergamottes, les bon-chrétien et autres.

La pulpe est fondante, beurrée ou cassante ; la saveur en est parfois sucrée, parfumée, musquée, vineuse, acidulée, etc., selon la variété. Cette diversité, le goût exquis d’un grand nombre de poires, leur succession pendant la plus grande partie de l’année, tout concourt, dans les cultures, à donner au poirier une prééminence généralement reconnue. Aussi de tous les arbres fruitiers est-il le plus répandu dans les jardins.

On place en espalier les variétés délicates et d’hiver, ainsi que les fruits d’un fort volume, afin de les obtenir dans toute leur beauté.

Les poires d’automne, d’été et beaucoup de variétés modernes de toutes les saisons, se cultivent sous la forme de pyramide, de contre-espalier et de haut-vent.

Les pyramides ont remplacé presque partout la forme en quenouille, qui est surannée et défectueuse.

Les poiriers conduits en vase et en buisson, formes si connues du temps de la Quintinie, existent encore dans quelques parties de la France, mais on en voit très-peu en Belgique.

Le poirier se greffe sur franc ou sur coignassier ; on emploie rarement l’épine, sur laquelle on peut cependant le greffer avec quelque succès.

Le poirier sur franc est préférable, lorsque l’on veut utiliser de grands espaces, obtenir des arbres très-élevés et d’une longue durée. La greffe sur coignassier convient mieux, si l’on ne peut disposer, pour espalier, que de murs très-bas.

Le coignassier est souvent préféré par les personnes pressées de jouir ; en effet, ces arbres poussent moins à bois et élaborent leurs productions fruitières beaucoup plus tôt, mais ils vivent moins longtemps.

Nous ne parlons pas de la taille ; le cadre de cet ouvrage ne le comporte pas. Nous renvoyons nos lecteurs aux traités spéciaux.

Le bois du poirier est pesant, dur, serré, fin et rougeâtre ; il prend un très-beau poli et n’est pas sujet à être piqué par les insectes ; il convient à divers emplois de l’ébénisterie, à la confection d’outils de menuisier, et de planches à l’usage de la gravure sur bois.

La poire s’utilise de mille manières dans l’économie domestique et dans le commerce. Les plus estimées se mangent sans aucun apprêt, et forment un des plus beaux ornements de la table. Les variétés à chair dure ou cassante sont réservées pour la cuisson ; d’autres, telles que le rousselet, sont estimées pour la dessiccation.

L’art du confiseur tire parti de ces fruits ; dans les provinces méridionales de la Belgique, les poires trouvent un emploi très-commun dans la fabrication du poiré, confiture économique, dont la préparation fort simple consiste dans l’extraction du jus des fruits par le moyen d’une presse, et dans l’évaporation des parties aqueuses, par une cuisson lente.

En France, on fabrique un produit analogue qui doit sa qualité supérieure à l’adjonction d’une partie de jus de raisin. La plus renommée de ces préparations est le raisiné de Bourgogne.

Le jus de poire, conservé et fermenté dans les tonneaux, devient une liqueur enivrante dans le genre du cidre ; au moyen de l’acidification, il peut être transformé en vinaigre.

Sous toutes les formes que nous venons d’indiquer, ce genre de fruit est un aliment aussi sain qu’agréable, dont l’usage devrait être plus répandu dans l’intérêt de l’hygiène et du bien-être populaires. Cette utilité est reconnue dans quelques contrées de l’Europe, surtout en Allemagne, où l’on a introduit l’usage des plantations d’arbres fruitiers le long des routes.

Le poirier convient essentiellement à ce genre de plantation par sa végétation élancée et vigoureuse. Son bois est d’une plus grande valeur que celui de la plupart des arbres qui bordent généralement nos routes [7].

La conservation des poires exige des soins particuliers au moment de la récolte ; les variétés d’été et d’automne doivent être cueillies quelques jours avant d’être consommées ; la plupart deviennent pâteuses, si on les laisse trop longtemps sur l’arbre.

Les poires d’hiver et de printemps se récoltent depuis la fin de septembre jusqu’au 25 octobre. Le moment précis, pour chaque variété, est indiqué par l’imminence de la chute des fruits que l’on constate en les soulevant légèrement. Il convient de choisir, autant que possible, un temps sec pour cette récolte, et de placer les poires, pendant quelque temps, dans des greniers, des remises ou autres locaux aérés, d’où on les descend au fruitier dans la première quinzaine de novembre. Il est essentiel de rebuter tous les fruits tachés, fendillés ou défectueux, dont le contact gâterait les autres. Les conditions essentielles d’un bon fruitier sont une température très-égale, de 3 à 5 degrés au-dessus de zéro, et une atmosphère plutôt sèche qu’humide.

L’importance de la culture du poirier était déjà reconnue dans l’antiquité ; dans l’Odyssée (chant vi), Homère en parle en donnant la description des jardins du roi de l’île des Phéaciens. Le plus ancien des agronomes latins, Caton, le mentionne parmi le petit nombre d’arbres fruitiers dont un verger romain se composait, alors que le cerisier, le pêcher et l’abricotier n’avaient pas encore été apportés d’Asie.

Un siècle plus tard, Pline donne les noms d’environ 60 variétés de son époque. Cet écrivain fait un grand éloge de ces fruits et en décrit les qualités particulières. Parmi ces variétés, en est-il qui se seraient perpétuées jusqu’à nous, à travers les siècles de barbarie qui séparent la civilisation romaine de la nôtre ? Certaines traditions font remonter jusqu’aux Sabins la conquête du poirier de Rousselet, mais ces assertions manquent de preuves solides et resteront toujours controversées. En comparant entre elles les nomenclatures de poirier qui nous ont été laissées par Olivier de Serres, écrivain du xvie siècle, la Quintinie, dont l’ouvrage date du xviie, et Duhamel, qui fit paraître une Pomologie dans le xviiie, on remarque d’abord ce fait dominant : un grand nombre de variétés anciennes disparaissent successivement ; elles sont remplacées par de plus nouvelles. De toutes les poires mentionnées par le patriarche de l’agronomie française, on ne rencontre plus dans les jardins que le rousselet, la bergamotte, le bon-chrétien, le blanquet, le messire Jean et le franc-réal ; soixante autres noms ne se retrouvent pas dans les nomenclatures, depuis et y compris Duhamel. À la vérité, ces pertes sont largement compensées par les gains modernes.

Le poirier est incontestablement l’arbre dont les produits sont le plus variés ; ne serait-il pas aussi celui dont les variétés arrivent le plus vite à la dégénération ? D’après Van Mons, cette dégénérescence se manifeste après deux ou trois siècles. Sans discuter ici cette question, qui trouvera sa place dans une autre partie de cet ouvrage, qu’il nous soit permis de citer un exemple remarquable à l’appui de l’opinion de ce pomologue.

Vers le milieu du xviie siècle, trois poires de premier ordre, le colmar, la virgouleuse et la bergamotte crassane, furent gagnées en France. Cette date est constatée par Merlet et la Quintinie. L’auteur du Traité des jardins, malgré l’éloge qu’il fait de ces fruits, les réserve formellement pour la culture en buisson. Dans les minutieux détails sur la disposition d’un jardin composé de 800 poiriers en espalier, la Quintinie fait entrer des martin-sec, des messire-Jean, des Saint-Lezin et une foule d’autres médiocrités, dont les amateurs abandonnent aujourd’hui la culture ; mais il n’admet ni colmar, ni crassane. Ces deux dernières variétés ne sont cultivables, de nos jours, qu’à l’abri d’un mur, même sur les bords de la Loire, contrées plus méridionales que Versailles, dont les jardins royaux étaient sous la direction de la Quintinie.

Il résulterait donc de ces faits, qu’une grande partie des poires si vantées par cet auteur ont été successivement abandonnées dans les cultures ou ne tarderont guère à l’être, tandis que les nouveautés de son époque arrivent déjà à un état de décadence réel ; semblables à des vieillards décrépits, ces arbres confirmeraient la théorie de Van Mons, par le besoin absolu d’abri et de chaleur. S’il existe des exceptions à cette règle, on les trouvera dans les jardins situés à l’abri du froid, des vents du nord et de l’ouest, et favorisés d’un sol léger et calcaire ; telles sont, par exemple, en Belgique, un grand nombre de localités de la vallée de la Meuse.

Dans les terrains argileux et froids, l’abri de l’espalier est indispensable pour ces anciennes poires, ainsi que pour les passe-colmar, les beurré d’Hardenpont et autres de ce genre, qui sont encore l’honneur de nos jardins. Il n’en est pas de même des variétés récemment obtenues ; presque toutes réussissent admirablement en plein vent et beaucoup conviennent même à la culture des vergers. À mesure qu’elles sont mieux connues, on abandonne des médiocrités telles que les amadottes, les bezy d’Heri, les messire-Jean, les royale d’hiver et tant d’autres fruits surannés, à chair sèche et sans parfum ; ils cèdent la place aux gains nombreux dont la pomologie s’enrichit sans cesse, grâce aux travaux de Van Mons, de ses émules et de ses continuateurs.

Nous ne saurions trop conseiller aux amateurs, lorsqu’il s’agit déplanter des pyramides ou des hauts-vents, de donner la préférence aux variétés modernes, dont un grand nombre joint la beauté et la fertilité à une chair fondante, exquise : telles sont les colmar d’Arenberg, duchesse d’Angoulême, Williams, comte de Flandre, triomphe de Jodoigne, soldat laboureur, conseiller de la cour, beurré Bosc, nouveau Poiteau, etc., etc. Il semble que ces arbres, dans toute la sève et la vitalité de la jeunesse, soient pressés de produire, sans être influencés par leur situation ou par la forme que l’art du jardinier leur impose.

[bon-chrétien d’hiver]Cette richesse de la pomologie moderne doit conduire à une grande sévérité dans le choix des variétés anciennes. Nous ne pouvons cependant oublier de mentionner, dans les Annales de Pomologie, la plus ancienne des poires, ce bon-chrétien d’hiver, si vanté par tous les auteurs. Citée par Olivier de Serres dans le Théâtre d’agriculture, cette poire est, suivant la Quintinie, la meilleure de son époque. Cet auteur prétend que les Romains l’ont connue et cultivée sous le nom de Volemium ou Crustemium, si bien, dit-il, qu’elle y a fait souvent figure, dans les magnifiques festins qui s’y faisaient, soit pour augmenter l’éclat des triomphes, soit pour honorer les rois tributaires, qui venaient rendre hommage aux maîtres du monde.

Des écrivains du xvie siècle disent que ce fruit est dû à saint Martin de Tours, qui, selon Merlet, l’apporta de Hongrie ; d’autres en attribuent l’honneur à saint François de Paule, surnommé le bon-chrétien, à la cour de Louis XI ; il aurait trouvé cette poire en Calabre [8]. Quoi qu’il en soit de ces diverses origines, le bon-chrétien était si estimé, que, selon de vieilles chroniques, de belles poires de cette espèce étaient offertes aux souverains dans les circonstances solennelles. Sous Louis XIV, un présent de ce genre était fort distingué. Molière constate cet usage dans l’une des scènes de la Comtesse d’Escarbagnas.

Le bon-chrétien n’est plus aussi en faveur que jadis ; il mérite cependant d’être cultivé dans les situations et les terrains qui lui conviennent, à cause de son beau volume, de sa longue durée, de sa chair sucrée et parfumée, enfin, de sa qualité de premier ordre pour la cuisson. Sa forme est si connue comme l’un des principaux types du genre poirier, qu’il est presque inutile de la décrire.

Dans les pays méridionaux, le bon-chrétien est plus généralement cultivé qu’en Belgique, où il exige, pour donner de beaux et bons produits, une exposition chaude et un sol léger et calcaire. Nous connaissons plusieurs localités réunissant ces conditions, où l’on obtient, même sur pyramides, d’abondantes récoltes et de magnifiques fruits de cette variété. Mais les terrains froids et argileux ne conviennent pas au bon-chrétien ; ses fruits y sont le plus souvent gercés et toujours sans saveur.

On greffe cette variété sur franc et sur coignassier.

Une longue culture, dans des climats très-divers, a modifié cette poire à tel point que l’on trouve dans le commerce des bon-chrétien verts, dorés, voire même panachés ; ce fait était connu des anciens auteurs, qui s’accordent à considérer ces prétendues variétés comme des déviations du type primitif.

Ce fruit commence à mûrir en janvier et dure jusqu’au printemps. Une poire de bon-chrétien, parvenue à sa parfaite maturité, peut se conserver un mois et plus sans se gâter.

Nous ne saurions mieux décrire le bon-chrétien que ne l’a fait Duhamel, et nous lui empruntons la description suivante :

« Le bourgeon est gros, court, droit, gris clair, tiqueté de points imperceptibles, très-aplati au-dessous des supports.

» Le bouton est gros, allongé, pointu, brun, écarté de la branche ; son support est très-large et peu élevé.

» Les feuilles sont de moyenne grandeur, allongées, terminées en pointe, les unes dentées finement et peu profondément, les autres ayant seulement quelques dents vers la pointe ; les bords forment de grandes sinuosités ; le pédicule est long de deux pouces et souvent davantage.

» La fleur a quinze lignes de diamètre ; les pétales sont presque ronds, creusés en cuilleron ; quelques-uns légèrement teints de rouge sur les bords. Les sommets des étamines sont d’un beau pourpre vif.

» Les fruits sont très-gros, les uns pyriformes, les autres imitant un peu la calebasse, la plupart figurés en pyramide tronquée. Le côté de la tête est très-renflé. L’œil est placé dans une cavité large et profonde, souvent ovale ou aplatie, bordée de bosses, qui s’étendent sur une partie du fruit, et y forment des côtes, de sorte qu’il est tout anguleux ; le côté de la queue diminue de grosseur, sans se terminer en pointe ; il est tronqué obliquement ; la queue est ordinairement longue de quinze lignes, et un peu charnue à sa naissance ; elle est plantée dans une cavité dont les bords sont relevés de bosses ou côtes. Il se trouve de ces fruits qui ont jusqu’à 4 pouces de diamètre sur 6 pouces de hauteur.

» La peau est fine, d’un jaune clair tirant sur le vert du côté de l’ombre, et frappé d’incarnat du côté du soleil.

» La chair est fine et tendre, quoique cassante ; l’eau est assez abondante, douce, sucrée et même un peu parfumée ou vineuse. »

A. Royer.

DU FRAMBOISIER

Rubus idæus. — Famille des Rosacées


Le framboisier, qui porte encore aujourd’hui le nom de ronce du mont Ida, où il se trouvait en abondance, a été connu pendant bien longtemps sans que ses fruits, abandonnés aux habitants des campagnes et aux écoliers en expédition buissonnière, fussent employés aux usages de la table. Ce n’est qu’au xviie siècle qu’on l’a introduit dans les jardins des montagnes des Alpes et du Dauphiné, où il croit naturellement, et qu’on en a obtenu de bons fruits qui n’ont pas été connus des anciens.

La framboise, dont l’arôme est particulier et fort agréable, se marie parfaitement avec la fraise et la groseille, avec lesquelles on l’associe souvent sur nos tables. Elle est également propre à la confection des confitures, mais comme addition à la confiture de groseilles, dans la proportion d’un tiers, elle en relève et en améliore le goût. On en fait aussi des vinaigres aromatisés et un sirop alcoolique qui se conserve assez bien, quoique, en général, il perde assez facilement son arôme.

Le framboisier comprend des arbrisseaux et des sous-arbrisseaux des deux mondes ; ils ont pour caractères communs :

Un calice profondément découpé en cinq segments lancéolés, aigus, persistants, très-ouverts ;

Cinq pétales insérés à l’orifice du calice et alternant avec ses divisions ;

Les étamines en nombre indéterminé, insérées comme les pétales, à filaments élargis à la base, en alêne à leur sommet, qui est toujours terminé par une anthère biloculaire ovale ;

Un ovaire libre, composé de plusieurs ovules ayant un style latéral, long comme les étamines et à stigmate obtus ;

Le fruit composé d’autant de petites baies qu’il y avait d’ovules dans la fleur, lesquelles sont caractérisées par un petit mamelon, ayant au centre une petite graine dure, réniforme, mais renfermée dans leur substance propre ; ce qui les distingue surtout des fraises.

On propage le framboisier par les drageons qui se développent sur les racines des vieux pieds. On les plante depuis novembre jusqu’en mars. On éclate aussi les touffes, dont on sépare les racines en autant de morceaux qu’on peut en trouver munis d’un ou de deux bourgeons. On plante les framboisiers en carré et on les sépare d’un mètre en tout sens. Ainsi plantés, ils rapportent pendant six ou sept ans, si l’on a soin, à chaque automne, de donner une fumure.

À la fin de chaque hiver, on supprime toutes les tiges qui ont fructifié l’année précédente, et qui périssent spontanément. On taille en même temps les jeunes tiges sur une longueur de 70 centimètres à 1 mètre, pour faire ouvrir tous les boutons maintenus, jusqu’à environ 30 centimètres du sol. Ils se convertissent tous en brindilles, qui s’allongent d’autant plus qu’elles approchent du sommet, se terminent par une grappe de fleurs et développent, sur leur longueur, des feuilles à l’insertion desquelles se forment d’autres grappes ; ces brindilles meurent après avoir fructifié. On ne doit pas cependant conserver toutes les jeunes tiges à chaque printemps, car on épuiserait les framboisiers : il suffit d’en laisser cinq ou six à chaque touffe. On donne ensuite un labour peu profond, pour ne pas endommager les racines, qu’on rehausse d’environ 3 centimètres de bonne terre.

On plante les framboisiers en terre légère, fraîche et un peu ombragée. C’est à l’exposition du nord qu’ils poussent avec le plus de vigueur ; mais leurs fruits n’y acquièrent ni saveur, ni parfum. On doit donc donner la préférence à celle du midi, pour les espèces bifères ou remontantes, et à celle du levant ou du couchant, pour toutes les autres.

Les framboises ne mûrissent pas toutes en même temps ; il est nécessaire d’en faire plusieurs cueillettes ; car celles qu’on laisse sur pied, après qu’elles ont atteint leur maturité, tournent promptement.

On ne sème le framboisier que pour en obtenir des variétés ; on en a obtenu ainsi de très-intéressantes.



Framboise Victoria.


(Spécimen récolté le 2 octobre.)

Cette très-précieuse variété, qui nous vient d’Angleterre, doit être considérée plutôt comme la plus tardive du genre que comme remontante ; car elle produit trop peu au mois de juillet, tandis qu’elle est d’une très-grande fertilité depuis la fin d’août jusqu’en novembre.

Ce framboisier ne donne que sur les rameaux de l’année, qu’on obtient en rabattant le plant rez-terre au mois de mars. Il est le seul peut-être qui exige, pour bien développer ses fruits, une exposition à la fois ouverte et chaude.

Tiges cylindriques, d’un vert clair, rougissant sous l’action du soleil, peu aiguillonnées, à aiguillons espacés et grêles.

Feuilles ternées, blanches en dessous et garnies d’un duvet très-court, d’un vert foncé, à pétiole cylindrique à peine épineux. Les folioles sont cordiformes, pointues, à dents obtuses, à nervures saillantes en dessous, profondes en dessus ; ce qui fait paraître les feuilles adultes comme chagrinées.

Rameaux fructifères terminaux, cylindriques comme les tiges.

Fleurs blanches en grappes axillaires de trois à neuf, portées sur un pédoncule hérissé de petits piquants.

Fruits gros, rouges, nombreux depuis août jusqu’en novembre, peu velus, d’une saveur très-agréable, quoique acidulée.

L. de Bavay.

Poire Conseiller de la Cour.


(Spécimen récolté sur pyramide.)

Cette variété, dédiée par Van Mons à son fils, conseiller à la cour d’appel de Bruxelles, est certainement un de ses meilleurs et de ses plus beaux gains. Lorsqu’en 1845, je fis l’acquisition de la pépinière de ce savant pomologue, j’y ai trouvé non plus l’arbre mère de cette variété, mais une centaine de jeunes sujets greffés sur franc depuis deux et trois ans ; ils nous mettront sur la voie pour trouver l’âge de cette variété, dont le premier rapport aurait ainsi eu lieu vers 1840.

Le fruit, un des plus gros dans les variétés dites poires à couteau, mesure ordinairement, quand il est le produit d’un plein-vent, placé dans un sol peu riche, 9 à 10 centimètres en hauteur sur 8 de diamètre ; quand il provient d’une pyramide convenablement placée, il acquiert jusqu’à 12 centimètres sur 10.

Sa forme est régulière, pyriforme, renflée vers son centre, rétrécie vers ses deux bouts, mais plus fortement vers la base que vers le sommet. L’épiderme, vert clair, jaunit très-légèrement à l’époque de la maturité ; il est finement ponctué et panaché de brun roux, ombré de même couleur autour du pédoncule ; celui-ci, grêle, ligneux, verdâtre, un peu arqué, long de 20 à 25 millimètres, est placé à fleur du fruit ou dans une cavité peu profonde. Le calice est irrégulier et assez enfoncé ; ses divisions sont noires et souvent caduques. La chair est blanche, fine, demi-fondante, demi-beurrée ; l’eau en est suffisante, sucrée et d’un parfum très-agréable.

L’époque de la maturité du conseiller de la cour a ordinairement lieu vers la fin d’octobre, mais les fruits de grosseur moyenne et les plus petits peuvent se conserver dans un bon fruitier jusque vers la fin de novembre.

L’arbre, très-vigoureux et très-fertile, produit ses fruits par trochets de trois à quatre ; il affecte naturellement la forme pyramidale, et se comporte également bien sur franc et sur coignassier. Il est déjà cultivé avec succès dans plusieurs sols d’une nature très-différente. Son bois, gros et grisâtre, forme un angle très-ouvert avec le tronc.

Ses branches à fruits sont courtes, de grosseur moyenne, grises et très-subdivisées dans leur vieillesse.

Les supports sont très-longs, grêles, gris blanc, fortement annelés.

Les bourgeons à fleur sont moyens, coniques pointus, brun clair ombré de brun marron et lavé de gris.

La fleur est ample et noue facilement.

Les jeunes rameaux sont longs, de grosseur moyenne, lisses et sans stries, un peu cotonneux et arqués vers le sommet. L’épiderme, gris brun du côté du soleil, gris verdâtre du côté de l’ombre, est ponctué de larges et nombreuses lenticelles gris roux, proéminentes, très-apparentes et irrégulièrement distribuées.

Les mérithalles sont inégaux.

Le gemme, conique, pointu, brun ombré de gris, est écarté du rameau par son sommet et forme avec lui un angle aigu ; cependant, vers le centre, il est ordinairement écarté et porté sur un rudiment de lambourde.

Les feuilles sont moyennes, planes, luisantes, ovales, aiguës ou arrondies vers leur sommet et courtement pointues ; leur serrature, parfois partielle, est fine et régulière ; leur couleur est vert clair ; elles ont, en moyenne, 5 à 7 centimètres de longueur sur 4 à 5 de largeur.

Le pétiole, long de 2 à 4 centimètres, est grêle, cannelé, vert jaunâtre.

Les stipules sont linéaires.

Sur les lambourdes, les feuilles sont lancéolées, pointues et plus largement serretées ; le pétiole y est plus long et moins gros.

Alex. Bivort.

du Pommier

Pyrus malus. — Icosandrie, Polygynie.



On peut dire, avec vérité, que l’origine du pommier se perd dans la nuit des temps ; car lors même qu’on remonte aux siècles les plus reculés, elle est tout à fait inconnue. On ne peut contester son ancienneté, lorsqu’on le voit mêlé à l’origine du monde, par l’allégorie de l’arbre de la science du bien et du mal, et jouant un rôle dans les fables de l’antiquité, par les pommes du jardin des Hespérides, par la pomme de discorde. Ici le flambeau de l’histoire n’éclaire que faiblement la science pomologique ; en effet, si l’on songe au climat du paradis terrestre, à sa végétation luxuriante et sans culture, à la saveur exquise de ce fruit, qui devait tenter la première femme, on doit croire qu’il s’agit ici, non de la pomme, mais de la banane. Les pommes dorées du jardin des Hespérides sont bien évidemment des oranges. Enfin, quant à la pomme de discorde, bien que son nom de pomme d’or puisse faire supposer qu’il s’agit d’une orange, si nous songeons qu’elle portait l’inscription À la plus belle, nous devons croire qu’elle a le même sens allégorique que la pluie d’or, dont Jupiter prit la forme pour pénétrer auprès de la beauté, et qu’elle était bien et dûment en or. Ce sont donc des objets ou des fruits bien différents l’un de l’autre qui sont désignés sous le nom générique de pomme, et la seule conclusion logique qu’on puisse tirer de ces faits, c’est que l’ancienneté du pommier est incontestable.

La pomme était connue des Juifs avant leur dispersion. On sait que le pommier était commun chez les Scythes, les Thraces, les Perses, ainsi que dans l’Asie Mineure et l’Éthiopie ; il existait partout dans l’ancienne Grèce ; et du temps de Virgile, l’Italie le connaissait. On peut remarquer qu’en Perse, comme en Grèce, la pomme était un aliment nuptial obligé, et les époux devaient en manger chacun une avant de rester seuls. Les Béotiens offraient des pommes à Cérès en commençant la récolte.

La pomme lancée par Alexandre à la tête de Clitus, prouve que l’Afrique connaissait les pommiers ; et c’est probablement de la Mauritanie qu’ils furent introduits en Espagne, dans la Navarre et dans la Biscaye. On pense que c’est de cette dernière contrée que les Normands rapportèrent à Dieppe ces arbres devenus si précieux pour leur province.

L’insuccès des greffes du pommier sur poirier avait engagé Tournefort à séparer ces deux genres ; Linné les a réunis plus tard en y ajoutant le coignassier ; enfin, de Jussieu a établi l’ordre des Pomocées, ayant pour type le pommier ; il l’a composé du pommier, du poirier, du coignassier, du néflier, de l’alisier et du sorbier.

Le pommier, qui croît spontanément dans les forêts d’Europe et qu’à tort ou à raison on y croit indigène, a :

Un calice à cinq divisions oblongues, aiguës ;

Cinq pétales insérés à l’orifice du calice et plus grands que lui ;

Une vingtaine d’étamines, rassemblées en boule, plus courtes que les pétales, et ayant la même insertion.

Le fruit est un péricarpe charnu et sphéroïde qui porte le nom de pomme ; il est glabre, ombiliqué au sommet, où restent adhérents les fragments du calice, et à la base, où est implanté le pédoncule. Son centre offre cinq loges parcheminées, renfermant chacune deux graines. Les semences ou pepins sont enveloppés d’une membrane cartilagineuse ; ils sont ovales, irréguliers et presque toujours aigus à leur point d’attache sur les parois des loges.

On divise les pommes en pommes douces ou à couteau, en pommes à cuire et en pommes amères qui, mêlées avec des douces, dans une proportion qu’indique l’expérience, constituent un cidre de bonne qualité.

Les pommes à couteau sont une ressource précieuse pour les desserts d’hiver ; aussi la culture de ce fruit, en vue de la production des plus belles espèces, est-elle, de la part du pomologue, l’objet d’efforts incessants et de soins assidus.

Outre la conservation des pommes dans un fruitier, où on les maintient assez facilement à l’aide des soins ordinaires, on en obtient du sucre de pommes, des compotes, des gelées, des pâtes, des sirops, de la pommée ou sorte de raisiné dans lequel on fait entrer des poires, du melon et quelques légumes ; enfin, on produit, avec les pommes, le cidre universellement connu, et, en Amérique, une sorte de vin cuit, doux et capiteux, qui y est assez estimé ; on en fait aussi de l’eau-de-vie et du vinaigre de cidre.

Les diverses variétés du pommier se reproduisent généralement par les greffes en fente et en écusson. On greffe sur franc, sur doucin et sur paradis. Les francs sont le résultat du semis des pepins de marc de cidre ; on les nomme égrins ; ils sont vigoureux et employés à greffer à haute tige pour former des pleins vents et de grandes pyramides. Il leur faut une terre douce, franche et un peu humide ; il n’est pas nécessaire qu’elle ait une grande profondeur, les racines étant un peu traçantes.

Le doucin est un pommier de moyenne grandeur, qui n’est cultivé que pour servir de sujet aux variétés dont on veut former des vases, des gobelets, des contre-espaliers et des pyramides de moyenne grandeur. On l’emploie de préférence dans les terrains légers et profonds.

Le paradis, le plus petit des pommiers, n’est employé que pour la greffe des pommiers qu’on veut tenir nains. Le terrain qui convient aux francs est celui qu’il préfère. C’est sur le paradis qu’on obtient les meilleurs et les plus beaux fruits.

On greffe en fente et en écusson les pommiers sur franc, et, en écusson seulement, les doucins et les paradis.

La conduite du pommier doit se calquer sur celle du poirier ; on le taille généralement plus court, surtout quand il est greffé sur doucin et sur paradis, dont le développement est toujours plus restreint.

Desfontaines a formé six groupes de toutes les pommes que nous connaissons.

Le premier groupe est la pomme sauvage, malus sylvestris ; le deuxième, la reinette, malus prasomila ; le troisième, le paradis, malus paradisiaca ; le quatrième, le châtaignier, malus castanea ; le cinquième, le calville, malus calvillea ; et le sixième, l’api, malus apiosa.

Ce classement, dans lequel il est difficile de placer, avec exactitude, tous les fruits du pommier, qui, depuis le temps immémorial auquel remonte sa culture, ont éprouvé tant de modifications, ne concorde pas avec la manière dont Duhamel les a présentés. Il faudrait que des caractères bien déterminés fussent appliqués à chacun de ces groupes, et peut-être obtiendrait-on ainsi une classification régulière.

Le pommier est l’arbre des pays tempérés ; il y a prodigué ses fruits pendant plusieurs siècles avant d’être l’objet d’une culture soignée qui tendit à améliorer ses produits. Ce n’est guère que vers le siècle de Louis XIV qu’on voit les pommiers devenir l’objet de soins particuliers, et c’est sous Louis XV qu’on les dresse en contre-espalier, en vase, en gobelet, etc.

La pomme est un fruit très-sain, surtout quand elle est cuite. Les malades et les convalescents trouvent en elle le premier aliment que puisse digérer un estomac délabré par une diète prolongée. Nous avons vu que l’art du confiseur sait, dans un grand nombre de productions d’une extrême variété, tirer de ce fruit un excellent parti.

L’existence du pommier franc ou greffé sur franc est fort longue ; elle se prolonge au delà de 200 ans. Son bois a le grain fin, et, quand il a un certain âge, il est veiné de brun rougeâtre d’un assez bel effet.

Comme tous les arbres, il est exposé aux mêmes maladies et aux ravages des insectes qui se réfugient, en grand nombre, dans les crevasses de sa vieille écorce. Celle-ci se couvre de mousses, de lichens, de plantes parasites qui obstruent les pores et absorbent la séve. Un chaulage appliqué au printemps est un excellent moyen de raviver l’écorce et de la débarrasser des mousses et des insectes. Mais l’ennemi le plus redoutable du pommier est le puceron lanigère, qui vit exclusivement sur lui. Cet insecte, qui a fait irruption en Belgique depuis une vingtaine d’années, infeste rapidement les plantations ; c’est à lui qu’il faut s’en prendre de la perte de plusieurs bonnes variétés. On le combat par les moyens suivants : on gratte jusqu’au vif les exostoses ou protubérances qu’il fait naître sur les branches, dont il suce la séve, et l’on donne à toutes les parties grattées, comme à toutes celles où son duvet indique sa présence, une couche d’huile, la plus infecte possible, en se gardant bien toutefois d’en mettre sur les bourgeons. Cette opération doit se faire en hiver.


Pomme d’Api étoilée.

Pomme étoilée, Double Api, Belle fille [9].

(Spécimen récolté sur un haut-vent.)

Il parait qu’à Rome les pommes étaient désignées par les noms des familles qui les avaient fait connaître. C’est ainsi qu’on citait les claudiennes, les mariennes, les manliennes, de Claudius, Manlim, Marins, etc. C’est pourquoi l’on attribue à un Romain du nom d’Appius le groupe des pommes d’api, qu’il fixa par la greffe.

La pomme d’api, qui nous occupe, mérite d’être plus propagée qu’elle ne l’est, à cause de sa forme à cinq côtes et de ses qualités, auxquelles Duhamel n’a pas, selon nous, rendu justice, ce qui a été défavorable à cette variété.

Cette pomme, qui, nous le répétons, mériterait d’être beaucoup plus cultivée, était très-estimée dans les pépinières des Chartreux de Paris, qui, jusqu’en 1789, furent en possession de fournir au public des fruits de choix et dont l’authenticité n’a jamais été douteuse. Dans un vaste jardin qu’ils possédaient aux Moulineaux, sous Meudon, près de Paris, ils entretenaient un grand nombre d’arbres fruitiers, parmi lesquels les pommiers d’api éloilé occupaient leur place. Ce fut vers 1830 que les derniers de ces arbres furent abattus, non toutefois sans avoir fourni une ample moisson de greffes, qui ont été recueillies par plusieurs pépiniéristes, et, entre autres, par MM. Jacquin aîné et Découflé, de Paris.

Il est donc encore facile de se procurer et de multiplier ce pommier, dont les fruits non-seulement forment un dessert fort agréable à l’œil, mais dont les qualités sont encore fort estimables. Cette pomme doit être consommée dans le courant de mai, car, en hiver, sa chair est sèche et peu agréable. C’est donc à tort que Couverchel la dit fade et cotonneuse, en conseillant d’en faire usage en janvier et février.

Arbre vigoureux et de moyenne force, comme tous les pommiers d’api ; ainsi que ces derniers, il est également très-productif.

Bourgeon plus gros, assez long, tiqueté de gros points, brun violet.

Boutons gros, assez saillants.

Feuilles petites, profondément dentelées, s’élargissant vers le sommet, à nervures peu saillantes et souvent feintes de couleur rose ; elles sont soutenues par des pétioles assez courts.

Ce fruit, porté par une queue fort longue, est de grosseur moyenne ; il forme cinq côtes arrondies et régulières, et mûrit depuis janvier jusqu’en juin.

La peau est lisse et brillante, verdâtre avant la maturité, jaunâtre ensuite et teinte de rouge sur le côté que frappe le soleil.

La chair, sans être fine, est ferme, cassante, légèrement acide ; elle est surtout très-recommandable par sa longue conservation, qui se prolonge jusqu’au mois de juin.

Pepins gros et noirs.

L. de Bavay.

Poire Marie Parent.


(Spécimen récolté sur pyramide.)

Cette nouvelle variété provient de mes semis de 1844, lesquels avaient été extraits des fruits récoltés à Louvain, cette même année, parmi diverses variétés provenant d’une dernière génération de semis du professeur Van Mons.

Les numéros composant le semis n’ayant pas été annotés, je ne puis dire si le faciès de la variété qui nous occupe a quelque analogie avec celui de ses ascendants.

Cette poire se rangera dans la famille des Colmar ; l’aspect général de l’arbre, la forme de son fruit et son acabit justifient également cette classification. Sa première production a eu lieu en 1851 ; sa maturité, commencée dès les premiers jours d’octobre, s’est prolongée jusqu’à la fin de ce mois. Dégustée à cette époque par plusieurs personnes compétentes, elle a été jugée de premier rang et l’une des meilleures de la saison. Notre éditeur a bien voulu m’autoriser à donner à cette variété le nom de sa femme.

Le fruit est gros, pyramidal pyriforme ou pyriforme turbiné, parfois même calebassiforme, bosselé et côtelé ; l’épiderme vert clair passe au jaune d’or à l’époque de la maturité, il est maculé, panaché et ponctué de brun fauve, et se colore, en mûrissant, de jaune orange du côté frappé par les rayons solaires ; le pédoncule, long de 2 centimètres, moyen, ligneux, brun, est placé un peu obliquement à fleur du fruit, ou droit, au sommet d’une légère protubérance charnue ; le calice est irrégulier et se trouve dans une cavité assez profonde, évasée et irrégularisée par plusieurs bosses ; les divisions sont jaunâtres et en partie caduques ; la chair est blanche, très-fine, fondante, demi-beurrée ; son eau est très-abondante, sucrée et d’un parfum délicieux.

Cette excellente poire se conserve fort bien au fruitier sans blettir.

L’arbre mère est d’une vigueur moyenne ; son bois forme un angle aigu avec le tronc ; ses branches à fruits sont courtes, grosses, grises ; le bourgeon à fleur est moyen, conique, pointu, brun, lavé de gris et de marron ; les supports sont de moyenne grosseur, gris, fortement annelés à leur base, très-renflés et jaune noisette à leur sommet ; les jeunes rameaux sont assez longs, grêles, droits, striés ; l’épiderme, jaune noisette sur ceux qui sont placés à l’ombre, brun rougeâtre lorsqu’ils sont exposés au soleil, est inégalement ponctué de quelques lenticelles rousses, ovales, peu apparentes ; le gemme est triangulaire, pointu, apprimé, brun lavé de gris ; les mérithalles sont longs et inégaux ; les feuilles sont larges, ovales pointues, planes ou à bords légèrement relevés en gouttière, ordinairement entières, mais parfois finement et irrégulièrement serretées ; leur longueur est de 6 à 8 centimètres et leur largeur de 4 à 6 ; le pétiole est grêle, vert clair, cannelé, long de 3 à 5 centimètres ; les stipules sont linéaires.

Alex. Bivort.

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du Fraisier

(Fragalia.)


Le fraisier doit-il être considéré comme appartenant à la famille des arbres fruitiers, ou classé parmi les plantes potagères, et recevoir la dénomination de fruit légumier ? Les avis sont partagés sur ce point. S’il n’a pas trouvé place dans le Nouveau Traité des arbres fruitiers de Duhamel, en revanche, MM. Poiteau et Turpin l’ont compris dans leur Traité des arbres fruitiers, et le comte Lelieur, dans sa Pomone française. Quoi qu’il en soit, et tout en croyant fermement que le fraisier doit être maintenu parmi les fruits légumiers, nous imiterons MM. Poiteau et Turpin, et le comte Lelieur, et nous lui ferons prendre rang dans nos Annales, à cause de ses qualités, de sa fertilité et du rôle important qu’il joue parmi les fruits qu’admettent les tables les plus opulentes.

Le fraisier appartient, au reste, comme nos poiriers et nos pommiers, à la famille des Rosacées. Il a pour caractères génériques :

Des feuilles ternées ; un calice persistant à dix segments, dont les cinq extérieurs plus étroits ; une corolle à cinq pétales arrondis ou cunéiformes, se rétrécissant à l’onglet, adhérant au calice et alternant avec ses divisions internes ; les fleurs blanches ; vingt étamines au moins, attachées à la base des onglets, à filets courts, élargis à leur point d’insertion, et surmontées par des anthères cordiformes, à deux loges, s’ouvrant sur le côté ; réceptacle commun à un nombre indéterminé d’ovales réniformes, portant chacun un style simple terminé par un stigmate obtus ; fruit succulent, de formes variables, résultant du réceptacle devenu charnu, et autour duquel sont logées, dans de petites alvéoles, un grand nombre de graines nues, presque toujours réniformes, et contenant, sous une tunique extérieure coriace, une petite amande membraneuse renfermant un embryon bilobé.

Tous les fraisiers sont rangés en six groupes ; les trois premiers sont d’une origine européenne, les autres nous viennent de l’Amérique. Ce sont : Premier groupe, les fraisiers communs, dont le feuillage est petit ou moyen, vert tendre, les fleurs petites, les fruits ronds ou obronds, parfumés. Deuxième groupe, les fraisiers étoilés. C’est l’étoile que forme le calice en se rabattant sur le fruit, qui leur a valu cette dénomination. Le feuillage en est petit, vert sombre ou glauque ; le fruit petit, rond. Le troisième groupe comprend les fraisiers capronniers, dont le feuillage est grand, vert clair, velu, dont les fleurs sont moyennes et dont le fruit est gros, arrondi, d’un beau rouge. Les fraisiers écartâtes constituent le quatrième groupe ; leur type est originaire de la Virginie. Le feuillage en est grand, vert glauque ; les fleurs sont petites ou moyennes, et le fruit, ordinairement moyen, est écarlate, plus hâtif que les fraisiers des autres groupes. Cinquième groupe, les fraisiers ananas, dont le feuillage est très-grand, et dont les folioles sont plus larges que dans ceux du groupe précédent ; les fleurs en sont grandes et le fruit en est gros, rond ou oblong, d’un rouge variable et blanc. Sixième groupe, les fraisiers du Chili, à feuillage soyeux, peu élevé, à fleurs très-grandes et à fruit se redressant pour mûrir.

La terre qui convient généralement aux fraisiers est une terre un peu légère, douce, substantielle et chaude, rendue très-meuble par le labour, et engraissée par du terreau de fumier consommé. Ils préfèrent l’eau de l’arrosoir à celle de la pluie et à une humidité inhérente au sol. On les multiplie de semis, de filets ou coulants, et par éclats enracinés des variétés qui, comme le fraisier Desportes, en sont dépourvues.

Le semis, qui a pour but l’obtention de nouvelles variétés, se fait en pleine terre convenablement amendée, soit au printemps, soit au mois de juin, dès qu’on a des graines mûres. On nivelle bien la terre, puis on la bassine ; on jette ensuite à la volée la graine mêlée avec autant de terre de bruyère. On tamise, au-dessus de la planche semée, du terreau fin ou de la terre de bruyère, de manière que la graine soit couverte d’une couche très-mince. On étend sur le semis des paillassons pour le garantir du soleil et de l’action desséchante du vent. Jusqu’au moment où la graine lève, ce qui exige quinze ou dix-huit jours, on a soin de bassiner assez souvent pour entretenir une humidité constante et favorable. Six semaines ou deux mois après la levée, on peut repiquer le plant en pépinière ou en place.

La graine doit être prise sur les plus belles fraises qu’on laisse bien mûrir ; on les écrase et on les lave plusieurs fois dans l’eau, jusqu’à ce que la semence soit suffisamment nette. Si l’on sème en juin, on emploie les graines dans cet état ; si l’on sème au printemps, on les fait sécher complétement pour les conserver jusqu’à cette époque.

Dans la culture ordinaire des fraisiers, les plantes restent trois ans en place : la première année, pour qu’ils prennent une force et un développement favorables à une abondante fructification, et la deuxième et la troisième année, pour qu’on jouisse de leurs fruits, qui sont toujours plus médiocres dans la dernière période. Après cette sorte d’assolement, on arrache les fraisiers, et pour établir une autre culture sur la planche débarrassée et singulièrement épuisée, on la travaille, on la fume copieusement et le plus souvent même on lui accorde un repos de six mois au moins.

Voici une nouvelle méthode plus sûre, et par laquelle le terrain n’est occupé que pendant un an, ce qui permet de le consacrer immédiatement à d’autres plantes, sans qu’il soit nécessaire de le fumer, parce qu’il n’est pas épuisé. D’abord, il faut, au mois d’avril, placer entre les rangs d’une planche de fraisiers cultivés selon l’ancien mode, et après qu’ils ont été binés et sarclés, des pots remplis de bonne terre bien préparée, en nombre égal à celui des touffes de fraisiers. Ces pois ont un diamètre de 10 centimètres et sont enterrés jusqu’au bord. Lorsque les vieux pieds poussent un premier filet qui montre un nœud, on dirige ce filet sur le pot le plus voisin de son point de départ, et l’on fixe le nœud au milieu, à l’aide d’une petite fourchette en bois piquée dans la terre. Ce coulant développe un nouveau fraisier qui s’enracine, et lorsqu’il l’est suffisamment, on le sèvre en coupant la tige qui l’unit au pied mère. On supprime, par le même moyen, tous les filets qui voudraient se former au sommet de ce coulant, et tous ceux qui se développeraient sur les anciens pieds au détriment de leur force et de leur fructification. On paille à l’ordinaire pour maintenir la fraîcheur et l’on arrose au besoin. Aucun autre soin n’est nécessaire jusqu’au mois d’octobre, époque où l’on procède à la plantation des nouveaux fraisiers, qui ne devront occuper la place que jusqu’au mois d’octobre de l’année suivante, et donner, pendant ce temps, une récolte abondante.

Sur une planche convenablement travaillée à la bêche, fumée, nivelée et large d’un mètre, on trace quatre lignes à 25 centimètres l’une de l’autre, et les deux extérieures distantes chacune de 12 ½ centimètres de leur bord. On fait, avec une bêche étroite, des trous à 33 centimètres d’intervalle et en quinconce. C’est dans ces trous qu’on plante les jeunes fraisiers élevés en pots, après les avoir dépotés. Ce jeune plant, provenant du
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premier coulant de chaque pied, et qui a eu cinq mois de végétation, est très-vigoureux, souvent même il a donné quelques fruits en août ou septembre ; aussi ne souffre-t-il aucunement de la transplantation ; il a d’ailleurs tout le mois d’octobre pour assurer sa reprise et acquérir une force plus grande afin de résister aux intempéries de l’hiver. On lui donne, après la plantation, une mouillure proportionnée à l’état de la terre. Il suffit ensuite de le couvrir de paille longue, pour le garantir des gelées ; et il arrive ainsi au mois d’avril, époque où ont lieu le

sarclage, le binage et la mise en terre, dans l’intervalle de ses pieds, des pots destinés à recevoir le premier nœud de ses coulants, qui constituera le plant à mettre en place en octobre suivant.

Nous devons faire remarquer que cette méthode donne des résultats égaux à ceux de trois planches de l’ancien mode de culture. Elle sauve les jeunes pieds de l’atteinte des vers blancs qui, comme on le sait, en sont très-friands ; enfin, elle n’occupe le terrain que jusqu’à la fin de septembre pour les fraisiers remontants, et jusqu’à la fin de juillet pour les espèces qui ne fructifient qu’une fois ; et ce terrain ne demande, pour recevoir une autre culture, qu’un simple labour à la bêche.

On doit avoir soin de mettre au mois d’avril plus de nœuds qu’il n’en faut pour la plantation de l’automne suivante. Ces jeunes fraisiers sont excellents pour être chauffés, et d’ailleurs il est rare qu’au mois d’avril il n’y ait pas nécessité de remplacer quelques pieds morts de la plantation d’automne.

Les jeunes pieds des espèces non remontantes qu’on relève à la fin de juillet, pour débarrasser la planche, doivent être enterrés de nouveau, avec leur pot, dans un lieu frais, pour y attendre le mois d’octobre, qui est pour eux aussi l’époque de la plantation. On conserve de même les pots nécessaires aux remplacements éventuels, avec la précaution de les couvrir d’un paillis pendant l’hiver.

Les fraisiers qui ne fournissent pas de filets ou coulants, sont, comme nous l’avons déjà dit, multipliés par éclats enracinés du pied, et par les œilletons qui se forment sur les touffes. Il suffit de séparer les uns et les autres de façon que chaque fragment conserve quelques racines. La plantation se fait en planche ou en bordure, en laissant très-peu d’intervalle entre les multiplications.

On peut chauffer, sur place, les fraisiers plantés en automne, en couvrant la planche d’un coffre et de panneaux, qu’on entoure de réchauds. Le point essentiel est de donner le plus d’air et de lumière possible. En réunissant les fraisiers en pots, on obtient le même résultat. Il va sans dire que la terre des pots doit être binée et arrosée au besoin. On peut enfin distribuer de ces pots sur toutes les places vides des tablettes des serres chaudes les plus rapprochées des vitraux, condition essentielle pour assurer la fructification.

Les fraises, qui paraissent ne pas avoir été connues des anciens, sont aujourd’hui un fruit fort estimé et très-recherché. Malheureusement, il est très-difficile de le conserver longtemps dans son état naturel ; c’est par le procédé Appert que l’on conserve assez bien son arôme pour pouvoir le communiquer à diverses préparations des arts du confiseur et du glacier. La fraise est l’un des fruits auxquels s’applique, avec avantage, la culture forcée.

Suivant l’avis de Linné, l’usage des fraises est très-favorable aux goutteux.


Fraisier Princesse Royale. (pelvilain.)

Cette variété a été obtenue en 1844, au château de Meudon, par M. Pelvilain, qui en était le jardinier en chef, et dédiée à madame la duchesse d’Orléans. Elle appartient à la section des ananas ; elle est très-favorable à la culture forcée, et elle donne, en abondance, de beaux fruits.

Feuilles radicales, à pétioles longs de 20 à 22 centimètres, à peine velus ; trois folioles égales, longues de 9 centimètres sur 5 ou 6 de largeur, d’un beau vert et à dentelure ronde mucronée.

La plante fournit beaucoup de coulants.

Fruit gros, turbiné, à pointe obtuse, de 5 centimètres de hauteur sur 12 de circonférence, de couleur rouge foncé et à chair très-pleine ; saveur peu relevée.

Fraisier Reine des belges. (loriot.)

Ce fruit a été obtenu, il y a quatre à cinq ans, par M. Loriot, horticulteur à Liége ; il appartient à la section des ananas.

Feuilles radicales à pétioles à peine velus et longs de 20 centimètres, à folioles égales, d’environ 9 centimètres de longueur sur 6 de largeur, d’un beau vert, moins glauques en dessous que dans les autres de la section des ananas, à dentelure large et mucronée.

La plante est assez abondante en filets.

Fruit gros, de forme variable, le plus souvent turbiné, pointu, haut de 6 centimètres sur 12 de circonférence. Chair pleine, d’un goût et d’une saveur très-agréables.


Fraisier Royal pink.

Ce fruit, qui appartient également à la section des ananas, nous vient de l’Angleterre.

Feuilles radicales portées sur des pétioles très-velus, longs de 20 à 23 centimètres ; folioles d’un vert foncé, peu glauques en dessous, à dents larges et grandes, de 10 centimètres environ de longueur sur 8 de largeur.

Fruit gros, de forme obronde, assez régulière ; sa hauteur est de k centimètres et sa circonférence de 12 ; il est d’un rouge foncé. La chair assez ferme est d’un goût et d’un parfum très-agréables.


Fraisier Goliath. (kitley.)

Feuilles radicales à pétioles longs de 20 à 22 centimètres et légèrement velus. Les trois folioles sont inégales, la médiane est la plus grande ; elle a 9 centimètres de longueur sur 6 de largeur ; les latérales ont la même largeur, mais sont longues seulement de 8 centimètres. Elles sont teintes d’un vert foncé ; dentelure arrondie et comme mucronée.

Ce fraisier fournit assez de coulants ou filets.

Le fruit est gros, irrégulier de forme et de volume. Les plus gros ont 3 centimètres de hauteur sur 3 de diamètre ; il est rouge foncé. La chair est fondante et légèrement parfumée.


Fraisier Mammouth. (myatt.)

Feuilles radicales à pétales longs de 13 centimètres et peu velus ; les folioles sont petites, presque rondes, longues et larges de 6 centimètres, d’un vert intense et à large dentelure.

Les filets sont peu abondants.

Le fruit est très-irrégulier dans sa forme : il y en a de coniques, de bilobés, d’arrondis, etc. ; il est également très-irrégulier dans son volume ; il est d’une belle couleur rouge clair. La chair est pleine et d’une saveur très-agréable.

L. de Bavay.

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Poire Duchesse d’Angoulème.

Synonymie : Poire des Éparonnais. — Poire de Pézenas.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

L’arbre qui a produit la poire qui nous occupe, est né dans le domaine des Éparonnais, appartenant à M. le comte d’Armaillé. Ce domaine est situé sur la commune de Cherré, a une lieue et demie de Château-Neuf (Maine-et-Loire).

Il avait acquis vingt ans qu’il ne portait point encore de fruits. Le jardinier donna l’ordre de l’abattre, mais il se ravisa, quand déjà plusieurs coups de hache avaient été portés aux racines.

L’année suivante (1819), l’arbre donna des fruits en abondance ; ils furent portés chez M. d’Armaillé, où se trouvait alors M. Audusson, pépiniériste à Angers. Il dégusta ces poires, dont le goût et la forme lui étaient inconnus, mais qui lui parurent assez remarquables pour devoir être propagés. Il reçut l’autorisation d’en prendre des greffes et de les mettre dans le commerce sous le nom de poire des Éparonnais.

En 1820, M. le comte d’Armaillé étant de service aux Tuileries, comme officier supérieur des gardes de Monsieur, présenta une corbeille de ces poires à madame la duchesse d’Angouléme, qui permit qu’on lui donnait son nom.

Voici une excellente description de l’arbre et du fruit faite par M. Prévost, de Rouen, notre savant confrère :

« Arbre vigoureux et très-fertile, prospérant sur franc et sur coignassier, et se formant bien en pyramide.

» Rameaux verticaux ou obliques ascendants, un peu flexueux, ayant une teinte générale gris fauve, verdâtres d’un côté, souvent rosés ou rouge pâle de l’autre, et maculés de petits points gris assez nombreux et apparents.

» Gemmes étroits, longs, saillants, coniques, aigus, brun et fauve.

» Feuilles lancéolées, aiguës ou ovales lancéolées ; denture peu apparente et très-peu profonde, souvent nulle, surtout à la base des feuilles.

» Boutons à fleurs petits, étroits, aigus, laissant entrevoir entre leurs écailles une sorte de duvet jaune.

» Fruit gros, irrégulièrement turbiné, obtus, quelquefois placé au fond d’une petite cavité ou bien entouré à sa base de quelques gibbosités charnues. L’ombilic est petit et placé au fond d’une cavité souvent entourée de bosses.

» Chair demi-ine, fondante ; eau abondante, sucrée, d’un goût agréable.

» Mûrit en octobre et novembre.

» Cette belle et bonne poire a été injustement dépréciée, il y a quelques années, par des gens qui ne savaient ni la cueillir, ni la manger en temps utile.

» Comme presque toutes les poires d’automne, elle est dure et sans saveur lorsqu’on la mange trop tôt, et, conservée trop longtemps, elle devient pâteuse. Mais ce ne sont point là des défauts, et, pour manger cette poire bonne, il ne faut que savoir reconnaître son état de maturité complète ; ce qui n’est pas difficile. »

Bien qu’on puisse cultiver ce poirier en haut-vent, en espalier et en contre-espalier, il réussit parfaitement en pyramide, forme qui paraît lui convenir le plus. L’exposition du levant, ou celle du couchant lui est le plus favorable ; il est d’ailleurs moins difficile sur ce point que sur la nature du sol ; car ce n’est que dans les terres sèches que ses fruits acquièrent un parfum prononcé et agréable.

L. de Bavay.

Poire Duchesse d’Angoulême panachée.


(Spécimen récolté sur pyramide.)

Nous venons de voir comment était née la poire duchesse d’Angoulême ; de même que le bon-chrétien d’hiver, le Saint-Germain et quelques autres poires, la duchesse d’Angoulême a sa variété panachée. Cette panachure est résultée d’un accident qui s’est produit dans les pépinières de M. Audusson, à Angers, l’un des fils de M. Audusson qui a mis le type dans le commerce, au moyen des greffes prises sur le pied mère de M. le comte d’Armaillé.

Nous n’avons rien à dire des qualités de cette poire, qui ne diffère du type que par les panachures assez irrégulières qui la distinguent, et par un pointillé brun plus multiplié. Elle a été signalée la première fois par le comice horticole d’Angers, il y a trois ou quatre ans ; elle mûrit à la même époque que la duchesse d’Angoulême.

Il serait fort intéressant de rechercher la cause des panachures dans les fruits ; mais jusqu’à présent la physiologie végétale, malgré les progrès remarquables que les travaux des botanistes lui ont fait faire, n’a pu établir que des hypothèses plus ou moins ingénieuses pour expliquer les phénomènes qui ont lieu dans cette circonstance. Les panachures sont produites, les unes par les lois naturelles qui président à l’organisation des corps, les autres par des accidents aussi imprévus que peu connus. Il est certain que la lumière est l’unique cause de la coloration des feuilles, des fleurs et des fruits. Mais son influence, d’autant plus marquée que sa pureté est plus parfaite, est modifiée par les variations de la température, les qualités bonnes ou mauvaises de l’eau et du sol, et enfin par la spécialité des sucs propres à chaque végétal. Dans les panachures qui résultent de la volonté du créateur, les sucs propres ou les liquides particuliers qu’elle a doués de la faculté de se colorer, exercent cette faculté sous l’influence du fluide lumineux. Des accidents peuvent modifier ces panachures et en créer en dehors des prescriptions régulières de la nature. Les fruits sont, comme les feuilles et les fleurs, munis d’utricules sous-épidermiques pleines de fluides, capables de recevoir la coloration que la lumière leur communique ; et c’est ainsi que se produisent les marbrures pointillées et maculées qui en bigarrent quelques-uns. Les anomalies qui ont lion dans l’organisation des utricules, peuvent permettre une plus grande affluence de sucs propres ou la restreindre au point de modifier, en plus ou en moins, la réflexion ou l’absorption de la lumière ; de là, les accidents panachés qu’on voit se déclarer inopinément.

C’est ainsi que se sont produites les variétés panachées dans la bergamotte suisse, le bon-chrétien d’hiver, le Saint-Germain, etc., dans quelques raisins et dans quelques pommes. C’est aussi inopinément que s’est manifesté l’accident qui a donné naissance à la poire qui nous occupe. Les panachures qui affectent les fruits, se conservent identiques au moyen de la greffe, qu’il faut toujours prendre sur les rameaux qui les portent, car les rameaux voisins peuvent ne pas en être pourvus. Il n’en est pas de même dans les plantes annuelles, qui, en se reproduisant de graines, varient à l’infini.

Nous nous contenterons de l’aperçu que nous venons d’exposer sur ce phénomène, parce qu’il faudrait, pour y donner tout le développement qu’il comporte, et qui peut-être ne le rendrait pas plus clair, un espace dont nous ne pouvons disposer. Ce que nous affirmerons, sans crainte de nous tromper, c’est que le hasard est le plus grand inventeur des panachures, comme il l’est des variétés.

L. de Bavay.

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du Cerisier



Le genre cerisier, ce présent de l’Asie, que Lucullus introduisit en Italie il y a environ 2,000 ans, forme quatre tribus : les merisiers, les guigniers, les bigarreautiers et les cerisiers proprement dits. Toutes quatre ont la même végétation naturelle. Chaque rameau est garni, dans toute son étendue, d’yeux simples, qui, sur les cerisiers à bois droit, sont très-saillants. L’année suivante, ces yeux se convertissent en boutons à fleurs, réunis par huit ou dix, dont l’épanouissement a lieu au printemps suivant, ou à la troisième année de la naissance de la branche. Il n’y a d’exceptions que pour les deux ou trois yeux les plus rapprochés du terminal, qui s’ouvrent ordinairement en bourgeons, formant, l’année suivante, des rameaux mixtes ou à bois et à fleurs. Au milieu des boutons à fleurs s’élève presque toujours un œil, qui s’allonge de 3 à 5 centimètres, et forme une nouvelle lambourde, dont la croissance est extrêmement lente.

Les rameaux sont terminés par un œil à bois, et les boutons sont toujours plus agglomérés vers le sommet. S’il ne se forme pas d’œil au milieu de la lambourde, on doit, après sa fructification, la rapprocher sur son insertion, pour y faire développer un œil capable de remplir le vide que produirait son desséchement naturel. Ce mode de végétation oblige à tailler long les rameaux, afin de ne pas abattre trop de fruits. On pourrait, dans tous les cas, s’abstenir de tailler, et l’arbre ne s’en trouverait pas plus mal ; car, s’il est un arbre qu’on peut se dispenser de tailler, c’est assurément le cerisier.

Il convient mieux qu’aucun autre pour garnir des murs en espalier ; en effet, ses branches souples et droites se prêtent parfaitement au palissage et à la régularité la plus symétrique. On n’a jamais à craindre que celles qu’on attache verticalement, acquièrent une prédominance nuisible à leurs voisines. On peut donc appliquer au cerisier toutes les formes en éventail ; sous chacune d’elles, les fruits prennent une maturité et un volume des plus satisfaisants.

Le cerisier ne réussit pas moins bien en plein vent à haute tige ; dans cette forme, qu’il prend aussi facilement que le prunier, il n’a besoin d’aucun secours, et peut être à peu près abandonné à lui-même ; la forme en pyramide ne lui convient pas autant.

Le cerisier s’accommode de toute espèce de terre, pourvu qu’elle soit peu argileuse et fraîche sans être humide. On le greffe sur merisier, excepté quand on veut lui donner une dimension plus petite ou bien quand il s’agit de le planter en terres crayeuses ou marneuses, où le mahaleb ou Sainte-Lucie convient mieux pour sujet.


Cerisier Reine Hortense.

Synonymes : Cerise monstrueuse de Bavay, hybride ou belle de Laeken, Louis XVIII, Morestin, Rouvroy, Guigne de petit Brie, Reine des cerises.

(Les cerises figurées sur la planche ont été récoltées en pyramide.)

Nous avons dit ailleurs : « Cette variété, trouvée dans le couvent des Carmes, à Vilvorde, a été mise, en Belgique, dans le commerce vers 1826, c’est-à-dire dix ou douze ans avant qu’on l’ait cultivée en France, sous le nom de reine Hortense. » Cette note exige quelque explication ; et puisque l’occasion s’en présente, nous croyons devoir faire ici l’historique de cette cerise, qui a particulièrement occupé les pomologues français.

Lorsque la cerise reine Hortense fut annoncée pour la première fois en 1838, par les Annales de Flore et Pomone, la paternité en fut attribuée à M. Girault, dit Larose, ancien jardinier de l’impératrice Joséphine, à la Malmaison. Une cerise identique ayant été présentée comme nouvelle, en 1840, par M. Jamain, et le 5 juillet 1841 (sous le nom de cerise Morestin), par M. Mouchelet, de Saint-Denis, au cercle des conférences horticoles, M. Camuzet, chef des pépinières du Jardin-des-Plantes à Paris, fit, à cette occasion, insérer l’historique de ce fruit dans ces mêmes Annales (livraison d’août 1841). L’identité avec la cerise reine Hortense ayant été immédiatement reconnue, une commission fut nommée et M. Camuzet en fut le rapporteur. Nous empruntons à son rapport les détails qui suivent :

« En 1816, un nommé Louis Gros-Jean, vigneron dans la vallée de Montmorency, trouva, dans ses vignes, un cerisier venu spontanément de noyau. Il le trouva beau et le nomma cerisier Louis XVIII. Il en donna des greffes à un amateur nommé Morestin, qui le multiplia comme fruit nouveau, et le transmit à divers cultivateurs et notamment à M. Duro de Pierfitte, qui le donna lui-même à M. Mouchelet, sous le nom de cerisier Morestin. En 1820, M. Camuzet avait reçu d’un amateur qui l’avait remarqué dans les environs de Lille, un nouveau cerisier qu’il ne put pas lui désigner nominativement et que, pour le distinguer, M. Camuzet appela cerisier Rouvroy, du nom de cet amateur.

» Il eut l’idée, à son retour de Saint-Denis, où la commission était allée chez M. Mouchelet, pour examiner le cerisier dit Morestin qui fut encore une fois reconnu pour le cerisier reine Hortense, de confronter avec son arbre des rameaux de ce dernier cerisier, des cerisiers de M. Mouchelet, de M. Jamain et de celui cultivé au potager de Versailles sous le nom de guigne de petit Brie. La comparaison fit connaître l’identité de tous ces arbres ; ce qui a amené M. Camuzet à penser que le cerisier reine Hortense pouvait être né à différentes époques et dans diverses localités. »

Cette opinion nous paraît d’autant plus fondée, que la monstrueuse de Bavay (nous parlons d’après l’expérience de deux générations embrassant plus d’un demi-siècle) se reproduit de noyau plus ou moins identiquement. Ainsi la Reine des cerises et tant d’autres qu’on présente comme autant de variétés, ne sont que la reproduction, par noyau, de la cerise qui nous occupe.

Loin de nous la pensée de prétendre que le cerisier séculaire, connu sous le nom de monstrueuse de Bavay, soit fondé à réclamer la paternité de tous ces cerisiers ; nous croyons toutefois que cette paternité ne peut être contestée pour l’hybride ou belle de Laeken. Voici, en effet, l’historique de ce cerisier : Vers 1812, M. Latour du Pin, préfet du département de la Dyle, ayant entendu parler d’un cerisier appartenant à mon père, et qui était connu sous le nom de monstrueuse de Bavay, lui en demanda un écusson qu’il fit planter dans le jardin de la Préfecture. Lorsque, sous le règne de Guillaume Ier, l’hôtel de la préfecture fut démoli pour faire place au palais du Roi, cet arbre fut transplanté à Laeken, où il a acquis une sorte de célébrité sous le nom d’hybride ou belle de Laeken.

En résumé, si parmi les cerisiers identiques que nous venons de passer en revue, il en est qui ne sont que les rejetons de cerisiers déjà connus, nous croyons qu’ils peuvent avoir été obtenus, par noyau, sur divers points de la Belgique et de la France, et qu’ils ne sont pas, pour cela, des variétés, mais que leur identité est parfaitement constatée.

L’arbre, assez vigoureux, est de grandeur moyenne ; il réussit également en pyramide et en haut-vent ; il mérite d’être cultivé en espalier au levant ou au couchant. Ses rameaux sont étalés presque horizontalement ; ses bourgeons sont d’un vert frais et lavés de rouge du côté du soleil. Les feuilles, d’un vert foncé en dessus, plus pâles en dessous, sont très-nervées et gaufrées, ovales, allongées, acuminées, longues de 13 à 18 centimètres, garnies, sur leurs bords, de dents larges, émoussées et surdentées ; le pétiole, long de 27 à 40 millimètres, est canaliculé, rougeâtre, muni à sa base de deux stipules pinnatifides, et à son sommet, de glandes fauves, variables en nombre, et qui quelquefois se trouvent sur les premières dents du disque.

Les fleurs sont blanches.

Les fruits, de toute première qualité, le plus souvent réunis par deux, trois et quatre, sont portés par un pédoncule mince, long de 6 centimètres, inséré sur le fruit dans une large fossette. Leur forme est ou arrondie ou en cœur obtus. Ils sont légèrement comprimés ou aplatis sur deux faces et souvent marqués, au milieu de l’une d’elles, d’un sillon longitudinal ; ils ont ordinairement 3 ½ centimètres de hauteur et 10 à 11 centimètres de circonférence.

La peau est mince, luisante, transparente, d’un rouge clair d’abord qui devient foncé à la maturité.

La chair est jaune, fondante et pleine d’un jus incolore, sucré, sans acidité.

Le noyau, assez gros, est ovale et aplati.

La monstrueuse de Bavay, il faut le dire, n’est pas très-productive, mais elle possède une qualité assez précieuse, indépendamment de ses autres titres de recommandation, pour que nous croyions devoir la signaler. Elle peut être aisément transportée à de grandes distances sans altération : avantage que sont loin d’offrir, au même degré, la plupart des autres cerises, guignes et griottes, en particulier, comme l’expérience me l’a démontré. La culture de cette belle variété ne saurait donc être trop encouragée en vue de l’exportation.

Cette cerise mûrit dès le commencement de juillet ; elle n’offre aucune particularité qui puisse faire exception à la culture ordinaire du cerisier.



Cerisier Bigarreau Napoléon.

Synonymes : Bigarreau Wellington.
(Les cerises figurées sur la planche ont été cueillis sur un haut-vent.)

Ce bigarreau est un gain de M. Parmentier, d’Enghien, qui l’a obtenu vers 1820, et qui lui donna le nom de Napoléon, pour indiquer que c’était une variété extraordinaire. À la faveur de ce nom, qui était alors un mot de ralliement pour l’opposition et pour l’opinion libérale, ce fruit pénétra en France, d’où il fut bientôt importé en Angleterre. Dans ce pays, il fut débaptisé : au nom du héros français, on substitua celui du général illustre que les Anglais aiment à représenter comme ayant contre-balancé la fortune de l’empereur, et à qui seul, comme ils le disent, il fut donné de le vaincre ; le bigarreau Napoléon devint le bigarreau Wellington.

C’est un arbre de haut-vent ; il est de moyenne grandeur et produit beaucoup. Les branches et les rameaux se dirigent horizontalement et pendent légèrement à leur extrémité. Ces derniers sont d’un vert tendre.

Les feuilles alternes sont obrondes, entières, à dents obtuses, de couleur vert foncé, longues de 10 centimètres, larges de 6. Le pétiole, garni de deux stipules à sa base, est gros, canaliculé, vert clair en dessous, de couleur rougeâtre en dessus, ayant à son sommet quatre ou cinq glandes arrondies, rougeâtres.

Les fleurs sont blanches.

Les fruits sont ronds, marqués d’un sillon, hauts de 3 à 3 ½ centimètres sur 11 à 12 de circonférence.

La peau est fine, luisante, d’un rouge clair, jaunissant à la maturité.

La chair en est croquante et de première qualité ; ce fruit mûrit vers la fin de juin.

L. de Bavay.

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de la Vigne



Notre position géographique nous place sur la limite de la culture de la vigne. Cet arbrisseau si précieux pour la France et pour d’autres contrées de l’Europe, n’est encore pour nous qu’un objet de luxe. Sa culture exige des soins et de la dépense dont ne nous indemnisent pas toujours la qualité et la quantité des produits qu’elle nous donne. La vigne a surtout de l’importance comme élément de la fabrication du vin ; or, cette industrie est nulle dans notre pays, sauf dans une partie de la province de Liége ; et la fabrication des vins mousseux, dont nous avons entendu vanter les produits, a pris jusqu’ici peu de développement, et ne doit être mentionnée que pour mémoire. Mais, même dans les contrées du nord, comme la nôtre, où la production du raisin n’est que le privilége des rares et excellentes années, la vigne est l’un des plus beaux ornements des jardins ; dans certaines expositions, et moyennant quelques précautions que nous indiquons plus loin, le raisin arrive à un degré de maturité tel, que sans pouvoir lutter avec les produits du midi, il a une saveur fort agréable ; enfin, nous obtenons dans nos serres des résultats remarquables, qui ont acquis une certaine célébrité. C’est ainsi que le raisin qui a été servi, à Paris et à Reims, lors des fêtes du sacre du roi Charles X, provenait des serres de la ville de Gand. Enfin, nous nous flattons de l’espoir que les Annales de Pomologie franchiront nos frontières. Nous avons donc pensé qu’elles seraient incomplètes, si elles ne contenaient pas la monographie de la vigne.

La vigne est chez nous un arbrisseau sarmenteux et grimpant, à racines fibreuses, chevelues, au moins aussi traçantes que pivotantes. Le bois en est dur, fistuleux, à tube rempli d’une substance médullaire. Le tronc acquiert, dans certaines contrées, un volume considérable. L’écorce, de couleur cannelle sur le jeune bois, est brune sur le vieux. L’épiderme se fend et se divise en lanières longitudinales qui tombent d’elles-mêmes. Les feuilles sont alternes, à cinq lobes inégaux, rarement trilobées, plus ou moins velues, laciniées et dentées, selon la variété ; elles sont à limbe plane, fortement nervurées et portées sur un pétiole cylindrique, renflé à sa base, quelquefois contourné et opposé à une grappe ou à une vrille insérée sur le même nœud. Les mérithalles sont plus ou moins longs. Les fleurs, rassemblées en grappe, sont petites et composées d’un calice à cinq dents, d’une corolle capuliforme à cinq pétales verdâtres, de cinq étamines à anthères jaunâtres et d’un stigmate sessile.

Le fruit est une baie charnue dont la forme est presque toujours sphérique, mais qui varie de couleur et de volume, selon la variété ; il est couvert d’une pellicule mince et lisse, dorée dans les raisins blancs et poudrée d’une poussière glauque, appelée fleur, dans les raisins de couleur ; la pulpe en est fondante, sucrée, plus ou moins parfumée, et contient d’une à cinq semences ligneuses ou pepins.

Dans la vigne, la séve se porte toujours vers les sommités. Cet arbrisseau ne fructifie que sur les pousses de l’année. Les yeux, que l’on nomme encore bourre, à cause du duvet qui enveloppe les rudiments du bourgeon, sont à bois et à fruit. Ils produisent, en effet, un bourgeon dont la tigette porte des feuilles et des grappes. Ces gemmes se forment de bonne heure dans l’aisselle des feuilles. Ils sont toujours accompagnés, en nombre indéterminé, de sous-yeux qui restent ordinairement latents, à moins qu’une cause favorable ne provoque leur évolution. Aussi longtemps que le bourgeon, produit de l’œil principal, pousse avec une vigueur normale, ils restent stationnaires. Mais, si l’on rabat ce premier bourgeon sur sa couronne, ou si la gelée ou tout autre accident vient à le détruire, on voit alors plusieurs sous-yeux existant dans cette couronne, se gonfler et fournir de nouveaux bourgeons, capables aussi de donner du fruit.

Dans une vigne convenablement taillée, tous les yeux nés l’année précédente et conservés sur le cep, se gonflent aussitôt que la température est favorable ; le bourgeon en sort, se développe et montre bientôt des feuilles et des grappes toujours opposées les unes aux autres, et que surmonte le prolongement du sarment, qui finit par ne produire, à son sommet, que des feuilles et des vrilles également opposées. Dans les jeunes ceps, comme dans ceux qui ont une grande vigueur, le bourgeon est souvent dépourvu de grappes ; il en est de même lorsqu’il est le résultat d’un œil qui a percé à travers l’écorce d’un bois âgé de plus d’un an. Plus une vigne est vigoureuse, plus les mérithalles sont distants ; mais, dans tous les cas, ils sont plus rapprochés à la base et au sommet des bourgeons qu’au centre.

Les yeux ou gemmes dans la vigne sont d’une seule sorte, c’est-à-dire constitués de façon à fournir du bois et du fruit. Il n’y a donc qu’une seule production à étudier. Les yeux apparaissent dans le cours de l’été, et se conservent, malgré la chute des feuilles, leurs premières nourrices, jusqu’au moment de leur éclosion. Il est bon de faire remarquer aussi que la vigne reperce facilement sur les vieux bois ; ce qui permet, au moyen du rapprochement, d’amener presque assurément l’émission de bourgeons qui résulte des yeux latents auxquels cette taille raccourcie vient rendre la vitalité.

L’histoire de la vigne, s’il s’agissait de l’aborder, embrasserait celle du monde entier. L’Ancien Testament nous montre Noé s’empressant, après le déluge, de planter des sarments qu’il avait sauvés des eaux ; les Juifs, missionnaires de Moïse, qui rapportent du pays de Chanaan une grappe si volumineuse que deux hommes suffisent à peine pour la porter ; la fête des tabernacles se célébrant à la suite des vendanges, en action de grâces d’un produit si précieux pour la Judée, dont les vignes ont été vantées par les plus anciens historiens.

Selon la mythologie, c’est Osyris ou Bacchus, qui, de l’Arabie, transporte la vigne dans toutes les contrées où il pénètre. À Rome, dès sa fondation, on voit Romulus favoriser la culture de la vigne, pour la production de ses fruits, et Numa, pour la vinification ; on y ordonna que tout vin employé pour le service des autels, devait provenir d’une vigne soumise à la taille.

Si la Belgique était une contrée où la vigne jouât un rôle aussi important qu’en France, par exemple, il y aurait un intérêt majeur à chercher une méthode de classement convenable des nombreuses variétés ; mais la difficulté d’établir une classification rationnelle est si grande, qu’aucun auteur viticole n’a pu y parvenir d’une manière satisfaisante. Au reste, le feuillage plus ou moins velu, lisse, découpé ou lacinié ; la couleur, la forme et le volume des grains, leur arôme particulier, sont autant de moyens bien suffisants pour reconnaître les espèces et les variétés qu’on cultive chez nous.

On multiplie la vigne de boutures, de crossettes, de marcottes enracinées ou chevelées, de provins ou couchage, de semis et par la greffe sur elle-même.

Les boutures sont des sarments de la dernière pousse, d’une longueur d’environ 40 centimètres, que l’on plante en terre.

Les crossettes diffèrent des boutures, parce qu’on leur conserve, à l’extrémité inférieure, un talon en bois de deux ans.

On appelle marcottes enracinées, celles qu’on obtient par le provignage total ou partiel d’un cep.

On provigne un cep en entier en le déchaussant complétement au-dessous de la souche que l’on couche dans une tranchée peu profonde et que l’on comble ensuite. On taille à deux yeux, au-dessus du sol, chacune des extrémités des sarments qui sortent de terre. Ces sarments, alimentés par la souche et les nombreuses racines qui se développent de leurs yeux enterrés, poussent vigoureusement. Lorsque après un an, on les sépare de leur souche, ils ont le nom de chevelées, qu’ils doivent aux faisceaux de racines formés à chaque œil sur la longueur de leur partie enterrée. Le provignage partiel ne diffère du précédent que parce qu’on n’agit que sur quelques sarments et non sur tous ceux du cep. Les chevelées se mettent beaucoup plus tôt à fruit que les boutures ou crossettes.

Le provinage peut se faire en plaçant les sarments couchés dans un panier ou dans un pot. Il en résulte l’avantage qu’après avoir sevré le sarment au-dessous du panier ou du pot, on lève le tout en une motte que l’on transporte et plante à volonté, sans risque pour les racines.

La greffe en fente sur tige et sur racines, ainsi que celle en navette, sert à multiplier le cépage que l’on désire et à changer, sans perte de récolte, celui qui ne convient pas.

Il n’y a que les pomologues qui essayent de semer, dans le but d’obtenir des variétés dont la nature se montre, du reste, prodigue par tous les moyens qu’elle emploie pour disséminer les graines et favoriser leur fécondité.

La vigne, pour produire sous notre climat peu favorable à sa culture, a besoin d’abris. Le plus simple est le mur surmonté d’un chaperon. On peut, dans cette situation, lui imposer trois formes différentes : 1° la tige surmontée d’un cordon simple ; 2° la thomery ou à cordons horizontaux ; 3° la palmette.

Dans ces trois cas, la plantation est la même. On choisit de préférence des chevelées enracinées. On trace une rigole dirigée à angle droit vers le mur et profonde de 16 à 20 centimètres. On y couche, dans toute sa longueur, la partie de la chevelée qui a été enterrée. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit longue de plus de 50 centimètres. On taille à deux yeux le sommet qui restait du sol et qu’on redresse contre le mur. On comble la rigole de terre à moitié de sa profondeur, pour laisser arriver plus facilement aux racines les influences de l’air atmosphérique ; on achève de la remplir en septembre. La plantation se fait en mars et avril.

Les deux yeux sur lesquels on a taillé la chevelée, en la plantant, sont destinés : le supérieur à prolonger la tige, l’inférieur à fournir un sarment, dont on fera un courson pour fournir des bourgeons à fruit. Cette production, après avoir concouru à l’alimentation de la tige, sera supprimée dans les treilles à cordons, lorsqu’elles seront arrivées au point où ceux-ci seront établis, afin de ne pas nuire à leur formation. Elle sera conservée dans la palmette et deviendra branche à fruit.

Chaque année, on taille successivement le bourgeon de prolongement, selon sa vigueur, pour que les yeux, qui sont conservés sur sa longueur, puissent se développer convenablement ; et, si les bourgeons qui en résultent, prenaient trop de force, il conviendrait de leur faire subir un pincennent, dans le but de maintenir la séve à leur base. Le bourgeon terminal croît ; on le maintient par un palissage vertical, et il est rare qu’on doive jamais le pincer ; s’il s’emportait, on le ramènerait, à la taille suivante, à sa juste proportion.

À chaque, taille, on coupe chaque rameau latéral d’un an sur ses deux yeux les plus rapprochés de son insertion, et chacun des rameaux de deux ans ou davantage, sur l’œil de ses deux sarments le plus près de la tige, et finalement cette dernière, sur ses deux yeux les plus bas. On continue à tailler ainsi chaque année.

S’il s’agissait d’établir une treille à un cordon (le moyen est commun à la vigne à cordon simple comme à celle à la Thomery), on agit comme nous venons de le dire, jusqu’au moment où la vigne a atteint la hauteur où doit régner le cordon.

La formation de la vigne à un cordon est fort simple. On taille le prolongement de la vigne à deux ou trois yeux au-dessus de l’œil qui se trouve le mieux placé pour la hauteur, mais plutôt un peu au-dessous de la ligne qu’il doit occuper que plus élevé. On palisse ensuite horizontalement la portion qui le dépasse, de façon que la courbe existe au niveau de l’œil qui doit former le bras opposé. Cette position favorise la croissance, et à mesure qu’il pousse, on le tient plus verticalement, pour qu’il prenne plus de force. À la taille suivante, on rapproche les deux bras à 20 centimètres de la vigne. On ne forme des coursons qu’au-dessus des cordons, à une distance de 16 à 18 centimètres les uns des autres, en annulant les yeux qui naissent au-dessous. Ces coursons sont taillés, comme nous l’avons dit tout à l’heure pour les branches latérales à fruit. Dans les vignes à cordons, on a soin de supprimer toutes les branches qu’on a formées provisoirement sur les tiges. On les maintient dans les treilles en palmette, dont on arrête la tige, en la coupant rez le courson le plus élevé ; de même qu’on arrête la longueur de chaque bras, en le coupant au niveau du dernier courson de son extrémité.

La différence qui distingue la vigne à un cordon, dont nous venons de parler, d’une treille à la Thomery, consiste tout simplement en ce que, dans le premier cas, la vigne est seule appliquée contre le mur, et a son cordon à une élévation plus ou moins grande, déterminée par la disposition du jardin, et en ce que, dans le second cas, l’espalier est entièrement couvert de ceps plantés les uns près des autres, à distance calculée, et formant chacun un cordon établi à une hauteur qui dépend du rang qu’il occupe. Il résulte de cette disposition plusieurs rangées de cordons horizontaux superposés les uns sur les autres.

Nous allons expliquer uniquement la disposition des ceps, leur plantation et leur conduite ; la formation des bras étant la même que celle que nous venons de décrire.

La seule difficulté que présente la formation d’une Thomery, consiste à combiner le nombre de ceps nécessaires pour couvrir le mur, et à espacer régulièrement les pieds et les cordons qu’ils forment. Supposons un mur de 3 mètres de hauteur ; on peut y établir sept cordons : le premier à 20 centimètres du sol, et les autres à 40 centimètres d’intervalle, soit entre eux, soit de distance du chaperon. On plante les pieds en les distançant aussi de 40 centimètres. Le premier cep forme le cordon n° 1 ; le deuxième, le n° 2, et ainsi de suite jusqu’au septième cep, qui constitue le n° 7. On établit autant de séries de sept plants que peut en comporter la longueur de l’espalier. À mesure que les ceps arrivent à la hauteur où doit régner leur cordon, on le forme. Dans cette disposition, chaque cordon a 2 mètres 80 centimètres de longueur (1 mètre 40 centimètres par bras). Nous préférons cette disposition, parce qu’elle rend plus facile l’emploi des châssis vitrés. On peut toutefois espacer davantage les pieds et les cordons, mais il est de règle que la distance entre les cordons soit égale à celle qu’il y a entre les pieds. À Thomery, près de Fontainebleau, où cette forme a pris naissance, les intervalles sont de 50 à 55 centimètres.

En France, où le climat favorise la maturité du raisin, on la hâte encore par l’emploi des châssis mobiles, placés devant les treilles, depuis la fin de décembre. C’est que la qualité de ce fruit dépend du degré de sa maturité. Chez nous, où la température est si défavorable, nous devons suivre cet exemple, non avec la prétention d’obtenir des fruits forcés, mais dans le légitime désir d’assurer leur maturité au moins pour leur époque naturelle. Nous dirons, à l’article Pêcher, comment on dispose ces châssis vitrés.



Muscat blanc hâtif du jura.

Synonymes : Muscat blanc précoce.
(La grappe figurées sur la planche a été récoltée sur un espalier cultivé en plein midi et à l’air libre.)

Nous avons quelques doutes sur ces deux dénominations. La première est celle avec laquelle nous avons reçu cet excellent raisin. Mais nous ne l’avons trouvée que dans les catalogues de MM. Vibert d’Angers et Croux de Villejuif. Nous l’avons vainement cherchée ailleurs, et nous avons constaté qu’elle ne se trouve, pas plus que la seconde, mentionnée dans la seconde édition que le comte Odart a publiée, en 1849, de son Ampélographie universelle ou Traité de tous les cépages connus, renfermant la description de 700 à 800 espèces et variétés, parmi lesquelles est décrite la famille des muscats.

M. Vibert, l’un de nos savants correspondants, à qui nous nous sommes adressé pour avoir quelques renseignements sur cette variété, a bien voulu nous dire que ce muscat a fait partie d’une collection de vignes donnée autrefois, par M. de Candolle, à M. Millet, président de la Société d’horticulture d’Angers et membre correspondant de notre commission de Pomologie ; il croit que cette vigne est la même que le Frontignan blanc musqué. Malgré la ressemblance que nos propres observations nous ont fait trouver entre le muscat blanc hâtif du Jura et le Frontignan blanc musqué, nous pouvons affirmer que le premier de ces raisins mûrit toujours chez nous en même temps que le chasselas blanc de Fontainebleau, tandis que le second n’est guère que de quelques jours plus précoce que le Frankenthal, qui mûrit, comme tout le monde sait, très-difficilement en espalier à l’air libre. Nous supposons, d’après tout cela, que le muscat blanc hâtif du Jura est une variété précoce du Frontignan blanc musqué, et nous le recommandons, par conséquent, comme un raisin précieux pour la Belgique, où la précocité est un grand mérite. Il est très-rare qu’il manque de mûrir chez nous, quand il est exposé au midi.

Ce muscat a les feuilles petites, profondément dentées, le pétiole gros, à peine canaliculé et rougissant légèrement. Les grappes sont moyennes, coniques, jamais ailées. Les grains plutôt serrés que lâches, sont marqués de taches fauves ou marron, d’un vert jaunâtre transparent ; ils sont croquants et musqués, d’une saveur douce et très-agréable.

Il est nécessaire de défendre le muscat blanc hâtif du Jura contre la voracité des oiseaux, qui en sont très-friands.

L. de Bavay.

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Beurré gris.

Synonymes : Beurré gris d’automne, Beurré doré, Beurré roux ou rouge, pour quelques-uns : Beurré d’Amboise. — Beurré d’Isambert.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

Le beurré qui nous occupe est probablement la première poire fondante qui ait mérité le titre de beurré ; son ancienneté est donc incontestable. C’est sans doute parce que les poires de cette catégorie étaient peu nombreuses, que Duhamel s’est contenté de lui donner le nom de beurré sans qualificatif ni déterminatif. Ajoutons que cet auteur et les pomologues qui ont suivi sa nomenclature, l’ont signalé comme variable de couleur, et que c’est cette variation, résultant de l’état constitutif de l’arbre et des conditions dans lesquelles il est placé, qui a motivé les diverses synonymies qu’il a reçues. Ainsi, le beurré gris, le beurré gris d’automne, le beurré doré, le beurré roux ou rouge ne sont qu’une seule et même variété.

Quelques pomologues sont d’avis que le beurré d’Amboise ou d’Isambert n’est qu’un synonyme du beurré gris : mais les opinions sont très-divisées à cet égard. La Quintinie connaissait déjà le beurré d’Amboise, qu’il admettait comme une variété. Couverchel, dans son Traité des fruits, prétend que les caractères du beurré d’Amboise sont assez constants pour qu’on ne puisse pas les attribuer à l’influence de l’exposition, et qu’ils sont suffisants pour qu’on ne confonde pas ce dernier avec le beurré gris.

On ajoute aujourd’hui le déterminatif d’automne au nom de beurré gris, pour le distinguer plus complétement du beurré gris d’hiver nouveau ou beurré supérieur de Luçon.

Comme on le voit, le beurré gris d’automne est très-ancien. Le temps n’a toutefois rien ôté à la saveur de cette variété, qui tient toujours le premier rang parmi nos meilleures poires. Mais peut-on en dire autant de l’arbre qui la produit ? Nous ne le pensons pas, car Duhamel avance positivement que « cet arbre s’accommode de tous les terrains, de toutes les formes, espalier, buisson, éventail, plein-vent et presque de toutes les expositions, » tandis que, de nos jours, il est peu vigoureux et ne réussit plus qu’en espalier dans les terres légères et chaudes ; il offre rarement de bons résultats en plein-vent, si ce n’est dans quelques jardins privilégiés du Hainaut et des provinces de Liége et de Namur ; assez généralement, en Belgique, le plein-vent le rend rachitique, et alors ses fruits se gercent ou restent petits. Notre planche représente deux poires : l’une récoltée sur un haut-vent ; l’autre sur un espalier, afin de rendre sensible la différence qui distingue ces produits. Nous ne conseillerons donc la culture de cet arbre qu’en espalier, où il donnera de belles et bonnes poires, quelle que soit la forme qu’on adopte d’ailleurs.

Le pomologue anglais Knigt est l’un des premiers qui aient signalé combien cet arbre est déchu de ses bonnes et belles qualités.

Lorsque le beurré gris fournit une végétation normale, la production en est abondante et ne se fait pas attendre autant que dans les autres variétés. Ses bourgeons ont généralement une teinte rouge clair ; ses feuilles planes, terminées en pointes allongées, recourbées en dessous, sont d’un vert tendre ou légèrement jaunâtre et bordées de petites dents obtuses ; il y en a de grandes et de petites : les unes ont des stipules grandes et lancéolées ; les autres, des espèces de papilles noires et pointues à la base du limbe. Les pétioles sont de longueurs diverses.

Le fruit est pyriforme obtus, arrondi au sommet. Son plus fort diamètre est de 5 à 7 centimètres et sa hauteur varie de 6 à 9 centimètres ; son calice est placé dans une cavité peu profonde. Le pédoncule, épaissi à son insertion et à son extrémité, est long de 2 centimètres et demi à 3 centimètres.

La peau est fine, de couleur variable, comme nous l’avons dit, généralement vert tendre, recouvert de nombreux points gris ou roux, dont la réunion forme des plaques plus ou moins grandes : si ces points sont rares, le fruit reste plus vert ; si, au contraire, celui-ci se teint de rouge du côté du soleil, il ressemble au beurré d’Amboise.

Cette excellente poire, qui mûrit à la fin de septembre, a la chair fine, fondante sans être jamais pâteuse. Dans les terrains peu favorables, elle a ordinairement des pierres autour des loges. Ses pepins avortent souvent, ce qui est encore un témoignage de l’ancienneté de sa culture.

L. de Bavay.

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du Pêcher

Persica. — Famille des Rosacées, Icosandrie (Linné).


Le pêcher, dont nous ont dotés l’Asie et la Perse, a produit en Europe un assez grand nombre de variétés. En France, aux environs de Paris, et à plus forte raison chez nous, il lui faut l’abri du mur, à défaut duquel ses fruits, n’arrivant pas à maturité, n’ont aucune des bonnes qualités qui en font le mérite.

Cet arbre a les feuilles alternes simples ; un calice en cloche, divisé en cinq coupures arrondies ; cinq pétales ovales et une vingtaine d’étamines attachés les uns et les autres à l’orifice du calice ; un ovaire libre surmonté d’un style simple égal à la longueur des étamines, et terminé par un stigmate à échancrure latérale.

L’arbre s’élève peu, même sous le climat qui lui est le plus favorable. L’écorce du vieux bois est grisâtre, peu rugueuse ; celle des bourgeons est lisse, verte à l’ombre, rouge du côté du soleil ; elle a une teinte pourpre plus foncée sur les rameaux et les branches à fruit d’un an.

Les feuilles sont lancéolées et pointues, dentées plus ou moins finement, d’un joli vert frais généralement plus foncé en dessus qu’en dessous ; elles ont le pétiole court, canaliculé, vert, quelquefois pourpré, se prolongeant au milieu en nervure principale de laquelle partent des nervures horizontales alternes se terminant sur le bord et s’y ramifiant ; elles exhalent une odeur d’amande, quand on les froisse entre les doigts.

Les fleurs sont d’un rose plus ou moins intense.

Le fruit est un drupe charnu, succulent, à peau lisse ou duveteuse, à chair adhérant au noyau ou s’en détachant.

Le noyau est généralement gros, dur, rustiqué, comprimé, creusé à sa base, pointu au sommet, ayant d’un côté un renflement longitudinal saillant, et de l’autre une rainure par laquelle on ouvre le noyau, en y introduisant une lame de couteau ; il est brun, gris clair ou rouge foncé selon la variété ; son intérieur est lisse et renferme une amande qui est couverte d’une enveloppe blanc jaune quand elle est fraîche, et de couleur marron quand elle est sèche.

La grandeur des fleurs, le rose plus ou moins foncé de leur corolle, la peau duveteuse ou lisse des fruits, la fermeté ou la succulence de la chair, la facilité ou la difficulté avec laquelle celle-ci se détache du noyau, enfin, l’absence ou la présence, au sommet du pétiole, des petites glandes de formes différentes, sont les caractères à l’aide desquels on peut distinguer les espèces et les variétés entre elles, et les classer en groupes ayant des analogies déterminées et constantes.

Autrefois, les caractères sur lesquels était basé le classement des diverses variétés du pêcher, se rapportaient tous aux organes de la fructification ; ainsi, les fruits sont à peau duveteuse ou à peau lisse ; de là deux grandes divisions : la première comprenant les pèches duveteuses ; la deuxième, les pêches lisses. Le degré d’adhérence de la chair au noyau formait le second caractère. Chacune de ces divisions se subdivisait donc en deux sections : l’une dont la chair quitte le noyau ; l’autre dont la chair y est adhérente. Le troisième caractère résultait de la grandeur des fleurs, distribuées en grandes, en moyennes et en petites fleurs.

Les classes suivantes, constituées d’après ces observations, réunissaient les espèces ou variétés connues.

Première division.Pêches duveteuses.

Première section. À chair quittant le noyau (pêches proprement dites).

Première sous-division. — Fleurs grandes.
Deuxième sous-division. — Fleurs moyennes.
Troisième sous-division. — Fleurs petites.

Seconde section. À chair adhérant au noyau (Pavies).

Première sous-division. — Fleurs grandes.
Seconde sous-division. — Fleurs petites.
Seconde division. — Pêches lisses (violettes).

Première section. À chair quittant le noyau.

Première sous-division. — Fleurs grandes.

Seconde section. À chair adhérant au noyau (brugnons).

Première sous-division. — Fleurs grandes.

Ces caractères étaient ceux au moyen desquels on classifiait les pêches longtemps encore après Duhamel ; car telle était la classification du catalogue des pépinières du Luxembourg en 1809, placées alors sous la direction d’Hervy. Ce fut en 1810 que M. Desprez, juge à Alençon et député au corps législatif, qui s’occupait avec ardeur de l’étude des pêches, fit remarquer la présence des glandes sur le sommet du pétiole des feuilles, et parvint à en former trois nouveaux moyens de reconnaissance tirés de la présence et de la forme des glandes ou de leur absence totale. Il remarqua que les feuilles qui étaient glanduleuses avaient constamment ces organes de la même conformation dans tous les sujets d’une même variété ; que celles qui ne l’étaient pas, en étaient également toujours dégarnies dans tous les sujets identiques, et que, dans ce cas, ces feuilles étaient plus profondément dentées. Ces glandes affectent deux formes constantes et régulières : les unes petites, en général, et de forme arrondie, ont reçu le nom de globuleuses ; les autres, plus grandes que les premières, de près du double, sont creusées, de forme allongée et régulières ; ce qui a engagé M. Desprez à les appeler glandes réniformes. Ainsi, bien que Duhamel ait eu connaissance de ces organes, il ne leur avait pas trouvé la valeur des caractères que leur a attribués M. Desprez, et que l’on a aujourd’hui généralement adoptés pour grouper les pèches.

Ainsi donc, il peut y avoir, dans chaque sous-division, des pèches chez lesquelles les glandes sont globuleuses, ou réniformes ou nulles.

La constance de ces caractères ne s’était pas encore démentie, lorsque notre savant confrère, M. Rousselon, rédacteur en chef des Annales de la Société d’horticulture de Paris et centrale de France, dans un rapport qu’il a lu à cette Société sur le pêcher Reine des vergers, a signalé la présence presque égale de glandes globuleuses et réniformes déclarées jusqu’alors exclusives l’une de l’autre. Il pose, sans la résoudre, la question de savoir s’il ne conviendrait pas de créer un quatrième groupe pour réunir les pêchers dont les feuilles offriraient des glandes ainsi conformées.

La pêche est l’un des fruits les plus intéressants ; malheureusement, sa culture a besoin chez nous de beaucoup de précautions. C’est principalement parmi les fruits de la première section (les pêches proprement dites), et surtout parmi les plus hâtives, qu’il faut choisir les variétés à cultiver. Les Pavies et les Violettes réussissent mal, et parmi les brugnons, deux ou trois seulement offrent quelques avantages.

Le pêcher se greffe sur amandier, sur prunier et sur franc (le franc, c’est la pêche de noyau). L’amandier à amande douce et à coque dure est celui que l’on préfère généralement en France, où on ne le rebute que pour les terrains qui sont exposés à être submergés ; mais en Belgique, la végétation trop prolongée de l’amandier l’expose à être frappé par les premières gelées.

Le choix des pêchers à planter est fort important, et quelle que soit l’espèce, on ne doit jamais admettre que des arbres sains, dont l’écorce soit claire et vive et la tige convenablement munie d’yeux à sa base. La grosseur est un point secondaire, parce qu’elle est relative à la vigueur de l’espèce, et que d’ailleurs des tiges comparativement plus minces donnent des résultats tout aussi bons.

Chez nous, le pêcher ne peut guère réussir qu’adossé à un mur chaperonné et protégé par des auvents ou paillassons. Il lui faut l’exposition du midi dans les sols froids, et du levant dans les terrains chauds et légers. Quant aux variétés tardives, elles ne mûrissent pas toujours, même au midi, et encore sont-elles rarement bonnes.

Il importe, pour le succès dans la culture du pêcher, d’en bien connaître la végétation. Le développement en est plus restreint à mesure qu’il s’avance vers le nord. Sa végétation commence avec les premiers beaux jours du printemps, et, comme les fleurs précèdent l’apparition des feuilles, les gelées tardives leur sont très-funestes : de là, la nécessité des abris dont nous avons parlé. Une fois la végétation commencée, elle est incessante jusqu’au mauvais temps de l’automne, sauf les arrêts que peuvent apporter les intempéries printanières. C’est cette vie, continuellement active, qui impose au cultivateur de pêchers une grande surveillance, pour remédier aux désordres que peuvent entraîner à chaque instant, dans notre climat, les variations subites de température.

À mesure que les feuilles deviennent adultes, ce qui a lieu successivement de mai en août, il se forme dans leur aisselle des yeux ou boutons qui restent le plus souvent stationnaires jusqu’au printemps suivant. Quelque fois cependant des yeux ou gemmes, toujours rapprochés du sommet de bourgeons vigoureux, s’ouvrent par anticipation, et prennent le nom de faux bourgeons ou de bourgeons anticipés.

Ces productions sont de deux sortes, l’une à bois, l’autre à fleurs. L’œil à bois donne naissance à un bourgeon qui peut devenir un arbre. Le bouton à fleurs ne peut produire que du fruit ; il ne naît, sauf de rares exceptions, que sur du bois d’un an ; d’où la nécessité d’en faire produire chaque année de cette nature pour remplacer celui qui a fructifié.

Nous n’avons pas l’intention d’entrer dans les détails de la taille. Nous dirons toutefois que les formes que nous conseillons pour le pêcher, sont l’espalier carré, l’espalier en U, l’espalier à la Montreuil ou en éventail.

Le mois d’août est la meilleure saison des pêches en Belgique ; celles qui doivent mûrir dans la seconde quinzaine de septembre, et qui ne mûrissent pas toujours à point, sont loin de leur être comparables.

La maturité des pêches s’annonce, en général, par la teinte jaune qu’elles prennent sur le côté qui est resté à l’ombre. Pour les cueillir, on les saisit avec précaution et elles doivent rester dans la main, si elles sont à point ; si l’on cueille un jour ou deux avant la parfaite maturité, on les tourne un peu avec la main. On ne doit jamais s’assurer de la maturité par le toucher, parce que la moindre pression laisse une tache sur le fruit. Après la cueillette des pêches, on les dépose, avec précaution, et chacune enveloppée séparément de feuilles de vigne, dans un panier plat, sur un lit de ces mêmes feuilles. On les manie le moins possible, et l’on a soin de les brosser légèrement, pour les débarrasser de leur duvet.

Dans tous les pays où le climat favorise peu la maturité des pêches, on a intérêt à la hâter au moyen d’appareils mobiles plus efficaces que les murs et leurs chaperons. Indépendamment de ce que la récolte est assurée, les arbres ne sont pas fatigués, quand on a principalement pour but de les garantir de ces intempéries printanières, qui interrompent si souvent la végétation, détruisent les fleurs et causent presque toutes les maladies des pêchers.

Quand on cultive dans l’intention de protéger la récolte des pêches, il faut ne garnir l’espalier que d’espèces hâtives. On taille à l’époque convenable, selon que l’on veut hâter plus ou moins la fructification, et l’on place aussitôt des châssis mobiles devant l’espalier, pour garantir des intempéries les jeunes pousses que provoque la taille. Ces châssis sont inclinés à l’angle de 60 degrés. Pour cela, on fixe solidement, sous le chaperon du mur, une forte tringle de bois, destinée à supporter les châssis, dont il faut un double rang. Les châssis du premier rang sont fixés chacun par deux charnières vissées sur cette tringle et sur la traverse supérieure, tandis que celle du bas repose sur la traverse supérieure des châssis du second rang. Leur base est appuyée sur une forteplanche, placée de champ, à la distance nécessaire du mur, sur le sol, où elle est maintenue, à l’intérieur et à l’extérieur, par un rang de piquets plantés de chaque côté. Des chevrons, allant du mur à la planche, coupés obliquement à chaque bout et cloués en haut sur la sablière, en bas sur la planche de champ, servent de support aux châssis. Les extrémités de cette serre mobile sont fermées en planches, avec une porte ménagée au centre, et les joints sont calfeutrés avec de la mousse.

Cet appareil peu coûteux est suffisant, lorsqu’on veut seulement assurer la récolte. Une couche de litière appliquée à l’extérieur, sur le sol, contre son pourtour ; des paillassons déposés sur les châssis pendant la nuit durant les froids, une toile claire ou une claie à brins longitudinaux opposée aux rayons du soleil, quand il darde trop fort ; le soin de renouveler l’air, d’abord par l’ouverture des deux portes, et ensuite en soulevant les châssis ; celui de combattre les insectes par des fumigations de tabac ; voilà à peu près toutes les précautions à prendre.

Dès la floraison, on suspend aux espaliers des fioles pleines d’eau miellée ou de jus de pruneaux, pour détruire les fourmis et les guêpes. Quand les fruits sont noués, on répand sur les arbres de l’eau en pluie très-fine à l’aide d’une pompe à main. Lorsque la chute des feuilles a eu lieu naturellement, au moment de la formation du noyau, on inspecte l’état général de la fructification, afin de ne conserver que le nombre de fruits proportionnés à la vigueur des arbres et placés convenablement. Il faut se garder d’en laisser trop, pour ne pas les épuiser ; d’ailleurs, un trop grand nombre de fruits sur ces arbres aurait pour résultat d’en diminuer la qualité. Le palissage, l’ébourgeonnement et le pincement doivent être faits avec tout le soin possible, afin de favoriser la circulation de l’air, et de ne pas laisser développer des productions inutiles.

Dés le mois de juin, on enlèvera les châssis du bas, et l’on tiendra constamment ouvertes les portes des extrémités. On arrosera de temps en temps le feuillage, et l’on déposera au pied de chaque arbre, un ou deux arrosoirs d’eau, selon le besoin ; enfin, lorsque les fruits auront atteint leur grosseur normale, on les découvrira, pour qu’ils se colorent, soit en supprimant des feuilles, dont on conserve le pétiole, soit en les détournant simplement.

Après la récolte, on enlève tous les châssis pour les remettre en temps opportun, après que les arbres ont ressenti l’influence de l’hiver, condition essentielle à l’accomplissement régulier de leurs fonctions.

Si, au lieu d’assurer simplement la récolte des pêches, on avait l’intention de la forcer, on pourrait employer le même appareil, en y ajoutant un chauffage dont le foyer serait à l’extérieur des châssis et dont les tuyaux passeraient en dedans, le long de la planche du bas. Un épais réchaud de fumier garantirait le pourtour, et des paillassons et de la litière couvriraient les châssis, ainsi que les clôtures des extrémités. Le minimum de la chaleur produite doit être de 15 degrés. Les soins sont les mêmes que ceux qui ont été indiqués plus haut, la seule difficulté consiste à entretenir cette chaleur tout en donnant le plus possible de lumière et d’air. On peut commencer dès le mois de décembre, après que les arbres ont subi quelques degrés de froid.


Pêche grosse mignonne hâtive.


La Grosse Mignonne hâtive est l’une des meilleures pêches connues, et celle qui ouvre la saison des bonnes espèces. C’est une variété de la Grosse Mignonne ordinaire, que Duhamel n’avait pas signalée, et qui ne remonte guère qu’à l’année 1800.

L’arbre est vigoureux et très-productif. Les bourgeons sont grêles, verts à l’ombre et très-colorés aux places frappées par le soleil.

Les feuilles, frisées, très-finement dentées, ont des glandes globuleuses au sommet des pétioles, mais elles sont très-petites et d’un vert frais.

La fleur est belle, grande et d’un rose très-vif.

Le fruit est rond, d’un diamètre et d’une hauteur de 8 centimètres ; il est marqué d’un sillon étroit, peu sensible au sommet, où se trouve une partie plate, au centre de laquelle surgit un très-petit mamelon, qui manque quelquefois.

La peau, rouge brun foncé du côté du soleil et pointillée de pourpre sur le restant, est couverte d’un duvet grisâtre ; elle se pèle facilement.

La chair est fine, fondante, d’une saveur agréable ; elle est blanche, excepté autour du noyau, où elle est teinte de pourpre carminé, et dans la portion que recouvre la peau colorée par le soleil ; elle tient au noyau, qui en conserve toujours quelques lambeaux.

Le noyau est moyen, oblong, pointu, rouge et profondément rustique.

La maturité de cette excellente pêche a lieu vers le 15 août ; elle est avancée ou retardée, selon que l’exposition est plus ou moins chaude. La Grosse Mignonne hâtive est une des six variétés les plus estimées et les plus cultivées par les jardiniers de Montreuil.

L. de Bavay.

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Poire Saint-Germain.

et sa sous-variété panachée.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

L’origine et l’âge du Saint-Germain sont bien connus ; ils sont constatés par Merlet. On lit dans cet auteur, édition de 1680 :

« Nous devons cet excellent fruit à un sauvageon qui s’est trouvé sur le bord de la petite rivière de la Fare, dans la paroisse de Saint-Germain, près le Lude. »

Il est assez singulier que Merlet, un peu plus loin, semble croire que la poire de Saint-Germain et l’Inconnue la Fare pourraient être deux fruits différents, sous le rapport de la forme et de l’époque de maturité. Duhamel penche vers cette opinion, mais il avoue n’avoir pas remarqué la moindre différence dans le bois, la feuille et la fleur.

Le Saint-Germain, de même que la plupart des variétés anciennes, a subi l’influence d’une longue culture, qui a fait surgir des sous-variétés assez tranchées comparativement au type primitif. La variété panachée dont nous donnons ici le dessin, se distingue entre toutes ces déviations : les panachures du bois et des fruits sont très-apparentes, et suffiraient pour faire rechercher ce poirier comme arbre d’ornement, son fruit n’eût-il pas les qualités qui le font apprécier des amateurs.

La question des panachures dans les fruits ayant été traitée à propos de la duchesse d’Angoulême panachée (voir cet article), nous n’y reviendrons pas ici.

La maturité de la poire de Saint-Germain commence vers la fin de novembre, et l’on en garde souvent jusqu’au mois de mars. Ce mérite est une compensation au défaut qu’a cette variété d’être souvent pierreuse.

Le fruit, allongé, assez gros, mesure en moyenne 10 centimètres de hauteur sur 7 de diamètre vers le milieu ; le côté de la tête se rétrécit légèrement. Il se termine en pointe obtuse vers la queue, qui est grosse, brune, longue de 2 à 3 centimètres, et placée obliquement, presqu’à fleur de fruit, sous une espèce de bosse. Le calice, petit, étoilé, se trouve dans une cavité étroite, arrondie et entourée de quelques gibbosités. L’épiderme est rude, bosselé, vert, roux-gris ou panaché, selon la variété que l’on cultive. La chair est blanche, très-fondante, demi-fine, sapide, sucrée et relevée d’un peu d’aigrelet ; on ne peut lui refuser un mérite précieux, c’est de ne jamais mollir.

Le meilleur mode de culture est l’espalier au midi ou au levant ; sur pyramide et haut-vent, les fruits se gercent souvent.

Selon Duhamel, Noisette et d’autres auteurs, le Saint-Germain demande un sol substantiel un peu humide ; cette opinion est conforme à notre expérience personnelle. Mais si ce fruit manque quelquefois de saveur et de jus dans les terrains trop secs, il y acquiert en revanche le mérite de se conserver plus longtemps.

Le Saint-Germain réussit sur coignassier et sur franc ; néanmoins la sous-variété panachée ne prospère bien que sur franc et ne réussit pas dans les sols froids et compactes.

Le bois du poirier de Saint-Germain est gris jaunâtre et nuancé de lignes jaunes, tirant sur le rouge du côté du soleil. Les jeunes rameaux sont un peu cotonneux ; les branches, longues et grêles ; les supports, gros, ridés à leur base et renflés ; les boutons à fleur, courts, pointus, assez gros, bruns ; les mérithalles sont courts. Les feuilles pointues, lancéolées, fortement arquées, sont finement serretées et ont les bords relevés en gouttière. Le pétiole est long, cannelé et pâle.

A. Royer

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du Groseillier épineux

(RibesLinné)




Le groseillier épineux, Ribes uva crispa et Ribes grossularia, dont Linné avait fait deux espèces distinctes, par la glabréité des fruits de l’une, tandis qu’ils sont hérissés dans l’autre, ne forme plus qu’une espèce, de l’avis de tous les botanistes.

L’épithète d’épineux lui vient des aiguillons plus ou moins forts et aigus qui arment ses branches et ses rameaux, et la dénomination de groseillier à maquereau, sous laquelle il est également connu, lui a été donnée, parce que, dans quelques provinces, ses fruits non encore complétement mûrs, remplacent le verjus et le citron comme assaisonnement de ce poisson.

Le groseillier, qui appartient à la pentandrie monogynie de Linné et aux Grossulariées, Jussieu, Tournefort et Mérat, est d’Europe et plus particulièrement originaire des contrées alpines. Il prospère parfaitement sous notre climat ; tout terrain et toute exposition lui conviennent, mais ses fruits sont plus doux et plus gros dans une terre douce, sablonneuse, un peu fraîche et richement fumée d’engrais consommé.

On le multiplie de graines et de boutures faites en automne ou en février, et qui reprennent facilement. Il réussit bien aussi par le moyen des marcottes et des éclats des vieux pieds.

Il a des boutons à fruit sur le bois de l’année. On peut le tailler assez long, et l’on supprime, après quatre ou cinq ans, les branches qui ont fructifié ; on les remplace alors par un rameau qu’on prépare à sa base. La forme la plus ordinaire du groseillier est celle du buisson, qu’on débarrasse le plus possible de jets intérieurs, afin que l’air et la lumière qui concourent puissamment à la qualité et au volume de ses fruits, puissent y pénétrer facilement.

On peut en former des haies impénétrables, en plantant sur une ligne à intervalles rapprochés. Ces haies s’élèvent à près de deux mètres, et produisent abondamment, si l’on a soin de les débarrasser de leur bois mort.

On peut aussi cultiver cet arbuste en espalier et utiliser ainsi un mur exposé au nord ; on plante alors à 2 mètres ou 2 mètres 50 centimètres de distance, et, par le moyen de l’ébourgeonnement et du pincement, on ne conserve que les jeunes pousses nécessaires, qu’on palisse au fur et à mesure de leur développement. Ainsi cultivés, les groseilliers garnissent bien un mur et produisent abondamment.

Les fruits varient de volume depuis la grosseur d’une petite cerise jusqu’à celle d’une prune moyenne. Ils prennent différentes couleurs qui s’échelonnent du vert clair au jaune ambré, et du violet pourpre au violet brun. Ils sont sains et agréables, quand ils sont complètement mûrs, mais indigestes, lorsque la maturité n’est pas à point. Ce sont les groseilles à fruits lisses qui méritent la préférence par leur bonne qualité, et surtout quand on veut en consommer en nature. Verts, on les conserve au vinaigre avec d’autres fruits et légumes également verts ; on en fait aussi des gelées et des confitures.

Les groseilles à maquereau sont très-estimées en Angleterre, où on les admet sur les tables les plus somptueuses. On en fait, dans ce pays, des boissons économiques pour les habitants des campagnes. On en fait de plus, avec quelques précautions, un vin de dessert qu’on a la prétention, bien mal fondée assurément, de mettre en parallèle avec les meilleures espèces de Champagne mousseux.

C’est en Angleterre qu’on s’est le plus occupé de l’amélioration de ce genre de fruits. Au dire de Fatsyth, on en compte environ cinq cents variétés dans les trois royaumes. Pour nous renfermer dans les termes du prospectus des Annales de Pomologie, nous nous bornerons à publier les plus remarquables.



Groseillier épineux Band Europe.

Buisson épineux à rameaux vert jaunâtre. Aiguillons peu abondants, rougeâtres, minces, pointus. Feuilles alternes à cinq lobes réguliers et à laciniures arrondies et peu profondes, d’un vert frais. Pétioles verts, parfois brunâtres, hérissés. Fruit oblong, plus mince vers le pédoncule ; de o centimètres au moins de hauteur et de 10 à 11 de circonférence ; vert, lisse, juteux et sucré. Pédoncule court et vert. Ombilic moyen et noir.


Groseillier épineux Chorister.

Buisson épineux. Rameaux couleur de cannelle. Aiguillons moyens et pointus, parfois géminés, rougeâtres. Feuilles moyennes alternes, d’un gris vert, à cinq lobes irrégulièrement découpés et laciniés. Pétioles minces, d’un vert rougeâtre, peu hérissés. Fruit oblong, de l à 5 centimètres de hauteur et de 10 à 11 de circonférence ; lisse, vert jaunissant, juteux et sucré. Pédoncule court et vert. Ombilic petit et brun.


Groseillier épineux Invincible.

Buisson épineux à rameaux d’un vert jaunâtre. Aiguillons gros et aigus, rameaux géminés, bruns. Feuilles alternes, moyennes, à cinq lobes, à laciniures obtuses et à pétioles brunâtres et hérissés. Fruit oblong, de 4 à 5 centimètres de haut sur 10 à 11 de circonférence ; lisse, de couleur jaune-ambrée, juteux et sucré. Pédoncule court, verdâtre.
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Groseillier épineux Écho.

Buisson épineux et à rameaux vert olive. Aiguillons moyens, très-aigus, bruns. Feuilles alternes, moyennes, à cinq lobes, à laciniures pointues et à pétioles hérissés, munis à la base d’un aiguillon solitaire. Fruit oblong, de 4 à 5 centimètres de haut sur 10 à 11 de circonférence, lisse, de couleur rouge lie de vin, juteux, sucré. Pédoncule court et rouge foncé. Ombilic petit.


Groseillier épineux Angler.


Buisson épineux à rameaux vert jaunâtre. Aiguillons larges à la base et très-pointus. Feuilles alternes, moyennes, irrégulièrement lobées et laciniées, d’un vert clair. Pétioles du même vert, presque généralement nus. Fruit oblong, de 5 ½ à 6 centimètres de hauteur sur 10 à 11 centimètres de circonférence ; d’un vert olive, lisse, juteux et sucré. Pédoncule moyen, vert. Ombilic petit.


Nous ne terminerons pas cette revue sans faire remarquer qu’il est assez difficile de trouver des nuances de saveur entre les fruits des différentes variétés du groseillier épineux. Nous croyons toutefois être dans le vrai, en disant qu’il y a plus de sucre dans les groseilles rouges et ambrées que dans les autres ; ce mérite, joint à celui d’une peau très-fine et transparente est, pour plus d’un amateur, un titre de prédilection. Les efforts du cultivateur doivent être principalement dirigés sur le volume de ces baies. Il est essentiel, pour obtenir du gros fruit, de placer les groseilliers de manière qu’ils jouissent de beaucoup d’air et de beaucoup de lumière, et de modérer leur production. Peut-être obtiendrait-on des résultats avantageux d’une application raisonnée de l’incision annulaire, dont nous aurons occasion de parler dans la suite de ce recueil.

L. de Bavay.

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Pêche belle et bonne.

Première division ; troisième classe (Poiteau)..

Lorsque je commençai, vers 1827, à m’occuper des semis d’arbres fruitiers, la théorie du professeur Van Mons, posant des règles fixes et déterminant la méthode à suivre pour semer avec succès, était encore peu connue, et quoique des essais renouvelés depuis plus de 30 ans lui en eussent déjà démontré la bonté, il s’était borné jusqu’alors à communiquer à quelques correspondants les faits qu’il avait observés ; son ouvrage sur cette matière n’avait pas encore paru. Ce n’est donc nullement d’après son système que j’ai semé, mais bien au hasard, comme chacun le faisait à cette époque.

Je m’occupai presque exclusivement, dans mes premiers semis, du genre pécher, comme étant l’un de ceux dont la production se fait le moins attendre ; les noyaux employés provenaient de la Madeleine blanche.

En 1831, je récoltai, pour la première fois, la pêche qui nous occupe, et lui donnai le nom de Belle et Bonne, eu égard à sa grosseur et à sa qualité.

Le fruit est gros, arrondi, déprimé ; il mesure 7 centimètres de hauteur sur 8 centimètres de diamètre ; le point pistillaire, petit, brun noir, est parfois placé au sommet d’un petit mamelon, mais ordinairement il se trouve dans une légère cavité. La couture, assez profonde et bien tranchée, a son point de’départ près du pistil, elle s’efface graduellement, et disparaît en approchant du pédoncule. La peau, duveteuse, jaune clair, pointillée de rouge du côté de l’ombre, se colore de rouge vif du côté exposé aux rayons solaires ; elle est assez épaisse et se détache facilement de la chair à l’époque de la maturité du fruit. La chair, blanche, fine, fondante, est remplie d’une eau abondante sucrée, vineuse et d’un parfum exquis ; elle se détache bien du noyau, auquel restent cependant attachées quelques libres et parfois quelques lambeaux de chair.

Le noyau est assez gros, épais, ovale, obtus à sa base, pointu à son sommet ; sa longueur est de 30 millimètres, sa largeur de 26 et son épaisseur de 48. Les joues sont convexes, rugueuses ; l’arête dorsale est assez large et les sillons sont profonds. Les arêtes du ventre sont proéminentes, obtuses.

Lorsque, sous le climat de la Belgique, la Belle et Bonne est placée en espalier au midi, sa maturité a lieu du 15 au 31 août. Il convient de l’entre-cueillir, car en lui laissant atteindre sa complète maturité sur l’arbre, elle est sujette à cotonner, défaut que l’on remarque dans la plupart des fruits de ce genre, lorsque leur cueillette n’a pas lieu en temps opportun. Au surplus, nous partageons entièrement l’avis de plusieurs pomologues distingués qui conseillent de cueillir les pèches, même celles qui ne cotonnent pas, quelques jours avant de les faire paraître sur la table, afin que leur parfum puisse acquérir toute sa qualité.

L’arbre est vigoureux et très-fertile ; son jeune bois, rouge brun du côté du soleil, est vert clair du côté de l’ombre. Les feuilles sont longues, étroites, pointues, finement dentées, vert clair ; elles sont dépourvues de glandes.

La fleur est grande, étalée, rose vif.

M. Decaisne, professeur de culture au Jardin des plantes à Paris et M. Poiteau [10], tous deux membres correspondants de notre commission, divisent les pêchers en quatre grandes divisions et douze classes, suivant les caractères du fruit, de la fleur et des feuilles. Si l’on admet cet ordre de classification, notre variété doit se ranger dans la première division, troisième classe, à côté de la Madelaine blanche, de la pêche de Malte et de la Pucelle de Malines.

A. Bivort.

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Tokay des jardins.

Synonyme : Chasselas Tokay des jardins, Fondant roux.

Le vin de Tokay [11] est si renommé auprès des gourmets, que partout on désire posséder le cépage qui le produit. On désigne généralement, hors de Hongrie, sous le nom de vin de Tokay, tous les précieux vins de liqueur des crus les plus estimés de l’Hegyallya, qui se récoltent non-seulement dans cette contrée, mais plus spécialement sur le coteau de Mézés-Mali, à Tokay [12]. Bien que récoltés entre les 48° et 49° degrés de latitude septentrionale, ces vins passent pour les meilleurs de l’Europe. Toutefois, cette opinion n’est pas admise en France, où l’on oppose aux vins muscats de l’Hegyallya les produits les plus fins de la Côte-d’Or et les délicieux muscats des départements méridionaux. La pomologie n’a pas à intervenir dans ce débat, que nous devons nous borner à mentionner.

Rien n’indique que le raisin qui nous occupe soit originaire de Hongrie. Il existe beaucoup de cépages dans les vignobles de ce territoire ; et aucun n’y est connu sous le nom de Tokay ; selon M. le comte Odart, il n’y est pas même cultivé. Cette variété, dont on ignore l’origine, a reçu dans la Collection des raisins d’Angers, la dénomination de Tokay des jardins. Lelieur, dans sa Pomone, cite un Tokay dans le département des Hautes-Pyrénées, mais c’est un raisin noir. Celui qui fait l’objet de cet article, ne proviendrait-il pas du département du Haut-Bhin, où il existe depuis longtemps ? Il est à présumer qu’il y aura été importé de la Suisse, où l’on estime le vin qu’il produit. Il est connu, dans ce pays, sous le nom de Fondant roux.

L’arbre est vigoureux et productif. Les sarments sont gros, de couleur cannelle verdâtre, à mérithalles espacés de 10 centimètres. Les feuilles sont grandes, à cinq lobes légèrement dentés, d’un vert ordinaire. Le pédoncule est rouge, cylindrique, long de 12 centimètres. Les grappes sont grosses ou moyennes. Les grains sont moyens, ronds, peu serrés ; leur couleur est rose clair, un peu jaunissant ; ils sont demi-cassants et d’une saveur fort analogue à celle du chasselas de Fontainebleau.

Cette variété, qui est exposée chez nous en plein midi, a mûri l’année passée (1852) vers le 15 septembre. C’est un raisin de table très-estimé, et, dans les contrées où l’on peut cultiver la vigne en vue de la vinification, les produits qu’il donne, ne sont pas à dédaigner.

L. de Bavay.

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du Prunier

Prunus.Icosandrie, Monogynie (Linné).


Cet arbre, originaire de l’Asie et de la Grèce, et que les croisés rapportèrent des environs de Damas, où il croît en abondance, appartient à la famille des Rosacées.

Son bois est très-estimé pour sa dureté et sa belle couleur rougeâtre veinée.

Le fruit est un drupe charnu, oviforme ou sphérique marqué, d’un côté, d’un sillon peu sensible, renfermant un noyau de même forme, à enveloppe raboteuse, plus ou moins pointue et contenant une ou deux semences appelées amandes.

Linné admet deux espèces de pruniers : l’une, sous le nom de Prunus insititia, comprend toutes les variétés qui croissent spontanément dans les bois par suite de semis accidentels, dont il est dillicile de se rendre compte, et qui n’ont eu lieu que depuis l’introduction des pruniers exotiques ; l’autre, sous le nom de Prunus domestica, réunit toutes les variétés cultivées, introduites de l’étranger, ou résultant des croisements et modifications qu’ont pu produire les semis faits par la main des hommes et les multiplications par rejetons et par greffes.

Aujourd’hui cette dernière espèce, qui compte plus de cent variétés jardinières, tandis que les anciens, au dire de Pline, n’en connaissaient que onze, est, d’après Duhamel, partagée en deux grandes divisions : la première, sous la dénomination de prunes rouges ou violettes, renferme toutes celles de ces deux couleurs ; la seconde, sous la dénomination de prunes blanchâtres, jaunes ou vertes, réunit toutes celles qui se présentent ainsi.

La grosseur du fruit est extrêmement variable ; on en voit qui atteignent au plus le volume d’une cerise, tandis qu’il en est dont le périmètre est de 15 à 16 centimètres sur une hauteur de cinq centimètres. La peau est lisse et, dans un grand nombre de variétés, couverte d’une poussière d’un gris bleuâtre, généralement connue sous le nom de fleur. C’est une parure qui indique la fraîcheur, mais qui disparaît au moindre attouchement. Avant la maturité, la chair est ferme et cassante et résiste très-bien, sans meurtrissure, aux heurts occasionnés par l’agitation des branches. À la maturité, elle est, au contraire, molle et pulpeuse, et cède à la moindre pression.

Le prunier se multiplie de noyaux, de rejetons, de boutures et par la greffe. Il n’est pas difficile sur la nature du terrain, quoiqu’il préfère une bonne terre franche, un peu légère ; ses fruits y acquièrent plus de saveur et de parfum.

Le semis du prunier a pour but, non-seulement la recherche de variétés nouvelles, mais encore la création de sujets propres à recevoir la greffe. Celle-ci se pratique toutefois plus particulièrement sur le Myrobolan et le Gros Damas noir, qui donnent des pruniers plus vigoureux et plus élevés, et sur la Cerisette et le Saint-Julien, qui produisent des arbres d’une force moyenne. Si l’on voulait obtenir des nains, on grefferait sur prunellier. Mais il faut renoncer, sauf l’exception signalée plus loin, à prendre pour sujets l’amandier et l’abricotier, dont les résultats sont généralement moins favorables que ceux fournis par les variétés de prunier.

Il y a des espèces qui se perpétuent de noyaux : la reine-claude est dans ce cas. Toutefois l’identité n’est pas toujours exacte ; et c’est ce qui produit les variétés qu’on remarque dans cette race.

On greffe le prunier en fente et en écusson, à la hauteur de deux mètres, quand on veut faire des hauts-vents, forme sous laquelle on le cultive généralement dans les contrées où la température lui est propice ; mais en notre Belgique, où les pleins-vents ne donnent de bons résultats que dans les provinces de Hainaut, de Liége et de Namur, il est bon d’en cultiver en espalier. Si l’on craint d’être incommodé par les rejetons, on peut greffer sur abricotier venu de noyaux.

La taille du prunier a beaucoup d’analogie avec celle du pêcher, quand il s’agit de le conduire en espalier, où on lui donne plus généralement la forme de palmette simple ou double. Lorsqu’on le dresse en vase ou en pyramide, on le gouverne comme le poirier. Il redoute l’emploi de la serpette, dont il faut user sobrement. La taille ne doit avoir lieu que pour obtenir les rameaux dont on constitue la charpente ; pour rapprocher les lambourdes épuisées, et enfin pour provoquer les productions nécessaires à remplir les vides. On fait également peu d’usage du pincement et de l’ébourgeonnement, qu’on n’emploie que pour arrêter les gourmands ou pour s’en débarrasser. Quant au haut-vent, une fois qu’il a reçu sa première taille, qui établit les trois ou cinq membres principaux de sa tête, il prend presque naturellement une forme ovale et gracieuse qu’il suffit de débarrasser du bois mort et des gourmands qui peuvent s’y former.

La cueillette des prunes se fait, pour celles de qualité inférieure et à pruneaux, en secouant l’arbre ou les branches, et à la main pour les variétés estimées et notamment pour celles dont il importe de conserver la fleur.

La maturité des prunes a lieu de juillet aux premiers jours d’octobre.

Presque toutes les prunes peuvent être conservées par une simple dessiccation au soleil ou au four, procédé par lequel on obtient ce qu’on nomme les pruneaux, dont il se fait une consommation immense. On en obtient du sucre et de l’esprit-de-prune, auquel on donne par extension le nom de kirsch-wasser, qui, d’après son étymologie [13], indique une liqueur faite avec des cerises ; on les confit à l’eau-de-vie ; on les glace au sucre ; on en fait une pâte et des confitures.


Prune de Monsieur, jaune.

Cette prune, qui ne remonte qu’à 1845, a été gagnée par M. Jacquin aîné, horticulteur-pépiniériste distingué, à Paris. Ce fut vers 1820, qu’il sema à Ollainville, près d’Arpajon, un grand nombre de noyaux, presque exclusivement produits par des pruniers de Monsieur et de reine-claude. Il lui resta de ce semis un arbre qui fructifiait depuis quelques années, lorsqu’il en reconnut le mérite et le fit greffer pour le mettre dans le commerce ; ce qui en explique l’apparition tardive.

L’arbre est vigoureux ; sur le vieux bois, l’épiderme est fin, brun, piqueté ou glacé de grisâtre. Les rameaux sont courts et vert brun. Les mérithalles sont espacés de 3 à 4 centimètres. Les boutons sont de couleur brune. Le bourgeon se compose de trois à cinq feuilles inégales. Le plus grand nombre de feuilles adultes ont le pétiole long de 2 centimètres, grêle, canaliculé, vert pâle. Le limbe, de forme ovale elliptique, finement et régulière ment bordé de dents à pointes obtuses, est long de 8 centimètres et large de 5 dans sa plus grande dimension.

Le fruit est de la grosseur de la prune de Monsieur ; il naît solitaire dans l’aisselle des bourgeons. Le pédoncule, long d’un centimètre et demi, est de couleur vert cannelle. La forme est un peu plus haute que large. Le diamètre est presque régulièrement de 4 centimètres. La peau est mince et se détache facilement de la chair, comme dans la prune de Monsieur ; elle est de couleur jaune, lavée et piquetée de pourpre, et couverte, comme la reine-claude, d’une fleur abondante. La chair, jaunâtre, douce et agréable, rappelle la saveur des prunes de Monsieur et de reine-claude réunies.

C’est là ce qui a déterminé M. Jacquin à donner à cette nouvelle prune le nom de Monsieur jaune. Il a, sans doute, voulu jouer sur les mots, en plaçant l’épithète jaune de telle sorte qu’elle semble s’appliquer à Monsieur plutôt qu’à la prune. Va donc pour Monsieur jaune, quoiqu’il eût été plus simple et plus grammatical de dire :prune jaune de Monsieur.

C’est un fruit digne de l’attention des amateurs, et de première qualité ; il mûrit huit jours après la prune de Monsieur, c’est-à-dire vers la mi-août.

L. de Bavay.

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Doyenné de juillet.

(Van Mons.)
Synonymies : Doyenné d’été, Saint-Michel d’été.

(Spécimens récoltés sur pyramide.)

Cette variété, une des meilleures de la saison, nous a toujours paru appartenir aux semis de Van Mons. On la trouve, en effet, mentionnée comme telle dans son catalogue dès 1823 ; de plus, elle faisait partie de l’envoi composé d’environ 320 variétés de poires, provenant la plupart de ses semis, que Van Mons expédiait, en 1833, à M. Poiteau, membre correspondant de notre commission.

Sa description a paru dans les Annales de la Société d’horticulture de Paris [14], à la suite de l’exposé de la théorie de Van Mons, et en 1850 dans le Bulletin de la Société centrale d’horticulture du département de la Seine-Inférieure.

Le fruit du Doyenné de juillet est petit, parfois arrondi en forme de Bergamotte, et mesurant 45 millimètres en hauteur et en diamètre ; d’autres fois en forme de Doyenné, c’est-à-dire un peu plus haut que large et légèrement turbiné. L’épiderme, vert clair, passant au jaune d’or à la maturité, est coloré de carmin vif du côté exposé au soleil, finement ponctué de roux et légèrement lavé de rouille du côté de l’ombre ; il est, en outre, ordinairement strié de jaune autour du pédoncule, dans le sens de la hauteur du fruit. Le pédoncule, brun, cannelé, gros, long de 2 centimètres, parfois ligneux ou charnu, est placé au centre du fruit dans une cavité étroite, bosselée et peu profonde. Le calice, petit, couronné, se trouve presqu’à fleur du fruit ; ses divisions calicinales sont violacées, conniventes, ordinairement caduques. La chair est blanc-jaunâtre, un peu grenue, demi-fondante, sucrée et musquée. Les pepins sont petits, noirs, allongés, en grande partie avortés.

À l’époque de sa maturité (fin de juillet), le fruit est très-odorant.

L’arbre, très-vigoureux lorsqu’il est greffé sur franc, l’est beaucoup moins sur coignassier : sur ce dernier sujet, sa fertilité est tellement grande que sa pousse est presque nulle. Ses branches à fruits sont moyennes, gris brun. Les supports sont gris, très-ridés à leur base, renflés, lisses, brun noisette à leur sommet. Le bourgeon à fleur est gros, conique pointu, brun fauve ombré de brun marron et parfois lavé de gris. Sur franc, les jeunes rameaux sont assez gros, longs, arqués, droits, lisses ou très-légèrement striés et cotonneux. L’épiderme, gris du côté de l’ombre, brun rouge du côté du soleil, est ponctué de quelques larges lenticelles blanc sale, rondes et proéminentes. Sur coignassier, le rameau est plus court, plus brun, plus fortement strié et ses lenticelles sont allongées. Le gemme est gros, conique, pointu, écarté du rameau par son sommet, brun clair ombré de brun noir et nuancé de gris. Les mérithalles sont inégaux, très-courts ou très-longs. Les feuilles sont longues, étroites, lancéolées ou ovales-lancéolées pointues, régulièrement et profondément serretées, d’un vert terne, arquées et à bords relevés en gouttière ; elles mesurent 8 centimètres en longueur sur 3 ½ à 4 en largeur. Il s’en trouve aussi sur les lambourdes et à la base des rameaux vigoureux, qui sont plus larges, plus arrondies et dont la serrature est large et obtuse. Le pétiole, long de 15 millimètres, profondément canaliculé, vert ombré de rouge sur les feuilles des rameaux, est grêle, vert jaunâtre, sans cannelure et long de 45 millimètres lorsqu’il est attaché aux feuilles des lambourdes. Les stipules sont linéaires.

Pour obtenir un grand rapport du Doyenné de juillet, il convient de le cultiver sur franc en haut-vent, comme les Rousselets. Dans les jardins de peu d’étendue, où l’on désire des arbres nains, on peut l’élever en pyramide sur coignassier.

A. Bivort.

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Poire Beurré de Wetteren.

(Berckmans.)

(Spécimen récolté sur pyramide.)

Cette variété a pris naissance dans les vastes et beaux jardins de M. Louis Berckmans, à Heyst-op-den-Berg, parmi un grand nombre d’arbres sauvages, provenant en partie de ses semis et en partie de ceux de M. le major Esperen, de Malines, dont il s’était rendu acquéreur après la mort de ce célèbre pomologue.

Nous présumons que c’est parmi ces derniers sauvageons que le Beurré de Wetteren a été trouvé.

L’arbre a donné son fruit pour la première fois en 1846, et sa dégustation a eu lieu en février 1847 ; il avait dès lors les qualités que je lui ai retrouvées à sa troisième production, en 1850. Sa forme, sa grosseur et son époque de maturité, tout était identique, tandis qu’au second rapport, le fruit s’était montré beaucoup plus gros et beaucoup plus hâtif, sa maturation ayant eu lieu en novembre. Son nom patronymique lui a été donné par l’auteur, à la demande de M. Papeleu, de Wetteren, qui en a obtenu les premières greffes.

Le fruit est moyen, turbiné ; l’épiderme entièrement couvert de rouille, légèrement coloré du côté frappé par les rayons solaires, est ponctué de gris et de brun noir ; le pédoncule, assez gros, ligneux, brun foncé, long de trois centimètres, est placé obliquement dans un enfoncement peu profond et entouré de petites bosses. Le calice, couronné, ouvert, se trouve dans une cavité profonde, arrondie et évasée à son orifice ; ses divisions sont caduques. La chair est fine, blanc-jaunâtre, demi-fondante, beurrée ; son eau est assez abondante, sucrée, agréablement parfumée, et même un peu musquée ; elle a du rapport avec la saveur des Rousselets et des Bergamottes ; les pepins sont gros, ovales, pointus, d’un brun très-clair.

L’arbre est très-vigoureux et des plus épineux ; il prend facilement la forme pyramidale, qui n’est pas cependant entièrement dans la nature de l’arbre mère, dont le bois est très-diffus et la forme quelque peu sphérique. Ses branches à fruits sont moyennes, brun clair ombré de gris et ponctué de lenticelles rondes, grises, peu apparentes. Les supports sont gros, courts, ridés et gris à leur base, brun noisette et renflés à leur sommet. Le bourgeon à fleur est assez gros, arrondi, pointu, brun clair ombré de brun noir et légèrement lavé de gris. Les jeunes rameaux sont gros, longs, striés, presque droits ou un peu flexueux ; l’épiderme en est brun rouge ou brun violacé, lisse, luisant, ponctué de très-petites lenticelles rousses, arrondies, ovales, assez nombreuses et distribuées par groupes. Le gemme est gros,’épaté, pointu, brun foncé, fortement lavé de gris, totalement écarté du rameau et porté sur un fort renflement du bois z ce renflement, qui existe à chaque gemme, est cause que le rameau paraît plus coudé qu’il ne l’est réellement. Les mérithalles sont moyens, réguliers. Les feuilles sont amples, ovales ou ovales-allongées, pointues, entières, arquées à partir du pétiole, parfois planes, mais ayant ordinairement leurs bords relevés en gouttière ; elles sont peu épaisses, d’un vert tendre qui se rouille et se tache facilement. Leur longueur est de 6 à 8 centimètres et leur largeur de 4 à 6. Le pétiole est moyen, canaliculé, vert clair, long de 15 à 40 millimètres. Les stipules sont linéaires.

Cette variété est encore trop nouvelle et trop peu étudiée pour que nous puissions affirmer qu’elle se comportera bien en espalier, où nous ne pensons pas qu’elle ait été placée jusqu’à ce jour ; il convient donc de la cultiver sous la forme pyramidale, et, vu sa vigueur, en haut-vent dans un sol plutôt léger que compacte.

Le Beurré de Wetteren réussit également bien sur franc et sur coignassier.

A. Bivort.

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Cerise Belle de magnifique.

Synonymies : Belle de Chatenay, Belle de Sceaux.

À ces synonymes, nous pourrions en ajouter un quatrième : Belle Magnifique, car la cerise qui nous occupe figure dans la plupart des catalogues sous cette dénomination ; nous ne le ferons pas, parce qu’il y a là une rectification inadmissible du nom primitif Belle de Magnifique. Sans doute, ces deux adjectifs, qui sont le complément l’un de l’autre, ont quelque chose de choquant pour le grammairien, et la disparition de la particule de, dans les catalogues, est probablement due au purisme de quelque correcteur-typographe. Mais la mission du pomologue est, à notre avis, de maintenir aux fruits les dénominations propres à en expliquer l’origine ; et devant ce besoin doivent fléchir les règles de la grammaire, quelque respectables qu’elles soient d’ailleurs. Or, la dénomination de Belle de Magnifique indique parfaitement l’origine de cette cerise, obtenue, en 1795, par Chatenay dit le Magnifique, moins connu par son nom patronymique que par son surnom, qu’il a légué à ses descendants. Ceci n’a rien de hasardé : la commune de Vitry-sur-Seine (arrondissement de Sceaux), célèbre par ses pépinières, qui l’ont fait surnommer Vitry-aux-Arbres, possède une famille de pépiniéristes distingués du nom de Chatenay. L’un des membres de cette famille porte encore aujourd’hui, en vertu de son acte de naissance, le nom de Chatenay-Magnifique. Ainsi, le surnom et le nom de celui qui a obtenu cette variété, l’arrondissement où elle a été gagnée, donnent l’explication de ses trois synonymes.

Arbre vigoureux et des plus fertiles ; pour haut-vent. Rameaux horizontaux. Bourgeons d’un vert clair, rougissant au soleil. Feuilles alternes, d’un vert foncé, ovales pointues, à dents larges, pointues au sommet, en gouttière, à pétiole canaliculé, vert clair, rougissant, garni de stipules à sa base et de deux ou trois glandes à son sommet ; elles sont longues d’environ 10 centimètres et larges de 6.

Les fruits sont ronds, d’un rouge foncé et luisant, hauts d’environ 3 centimètres et d’une circonférence de 9 à 10.

La chair est jaunâtre, douce, de première qualité.

Ce fruit mûrit fin de juillet-août.

L. de Bavay.

Cerise Belle de Choisy.

Synonymies : De la Palembre, Doucette.

Cette variété a été gagnée en 1760, par M. Gondouin, alors jardinier de Louis XV, à Choisy-le-Roi.

Arbre assez élevé, donnant peu de fruits ; pour haut-vent et pyramide. Rameaux effilés, verticaux et ouverts. Bourgeons verts, rougissant au soleil. Feuilles ovales, lancéolées, pointues, d’un beau vert en dessus, plus pâle en dessous, où elles sont un peu velues près de la nervure médiane, à dentelure inégale et obtuse, à pétiole assez gros, canaliculé, rouge foncé, muni de stipules à la base et de quelques glandes au sommet.

Les fleurs sont blanches d’abord, roses en se fanant, et par quatre ou six.

Les fruits sont gros, peu nombreux, roses, marqués d’un sillon léger, d’un joli rouge luisant se fonçant à la maturité, qui a lieu en juillet. Chair jaune-rougeâtre, aussi douce que celle de la Royale-hâtive ; de là vient son nom de Doucette.

Ce fruit est de première qualité.

L. de Bavay.

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Verte-longue panachée.

Synonymies : Mouille-bouche, Culotte suisse.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

La Verte-longue est une poire fort ancienne, dont on ne connaît pas précisément l’origine ; il n’en est pas de même de sa variété panachée, dont nous donnons ici le dessin : on doit celle-ci à Merlet, qui le constate dans les termes suivants :

« J’en ai fait la découverte l’année dernière à Bandeville, où ce fruit a été trouvé aussi excellent que rare. »

L’un de ses noms lui a sans doute été donné à cause de ses panachures jaunes, très-nombreuses, tranchant avec netteté sur un fond vert persistant, souvent nuancé ou ligné de rouge.

Cette variété était fort estimée dans le xviie siècle ; elle succédait au Beurré gris dans l’ordre de maturité des bonnes poires. La Quintinie la considère comme indispensable dans les jardins, et la préfère à presque toutes ses rivales de la même époque ; mais, de nos jours, l’automne est trop riche en variétés de premier ordre, pour que nous la maintenions à ce rang ; toutefois, beaucoup d’amateurs l’ont conservée dans leurs cultures à cause de sa fertilité.

Comme la Verte-longue, la variété qui nous occupe donne ses fruits par bouquets ou trochets de 3 à 5 poires, moyennes, pyriformes, renflées vers la moitié de leur longueur, diminuant du côté de la tête, où l’œil se trouve dans un petit enfoncement ; elle finit en pointe obtuse vers la base. La queue, placée à fleur du fruit, ne tient pas fortement à l’arbre ; elle s’en détache facilement vers la fin de septembre ; on doit récolter cette poire assez tôt pour prévenir sa chute. La chair est blanche, fine, très-fondante, douce et sucrée ; son eau, des plus abondantes, lui a mérité le nom synonymique de Mouille-bouche. On reproche à cette poire de mollir assez vite ; elle doit donc être surveillée au fruitier ; sa maturité a lieu dans la première quinzaine d’octobre.

La greffe se place sur toute espèce de sujets ; toutefois l’arbre n’étant pas des plus vigoureux, le franc lui convient mieux que le coignassier ; il produit beaucoup en espalier, même aux expositions du couchant et du nord ; mais on le cultive ordinairement en pyramide. La saveur de ce fruit est plus relevée dans les terrains chauds et légers que dans les sols froids ou humides.

Les rameaux sont d’une longueur et d’une grosseur médiocres, un peu coudés, verts du côté de l’ombre, brunissant légèrement du côté du soleil, parfois veinés de jaune. Les boutons sont renflés, assez longs, pointus ; leurs supports sont gros. Les fleurs, moyennes, ont cinq à sept pétales plats et arrondis. Les feuilles sont ovales, vert-clair et dentées finement.

A. Royer.

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Poire Beurré Colmar.

(Van Mons.)

(Spécimen récolté sur plein-vent.)

Cette variété est encore un gain du professeur Van Mons.

L’arbre, assez vigoureux, affecte la forme du poirier Marie-Louise de Van Mons, autrement nommé Marie-Louise Delcourt. Comme lui, il a les branches inclinées vers la terre ; ce qui ne doit pas empêcher de lui donner la forme pyramidale, la seule qui convienne à la nature de son fruit. Les rameaux sont lisses, olivâtres, parsemés de rares lenticelles allongées et peu proéminentes. Le gemme est brunâtre, cordiforme. Les feuilles, longues de 8 à 10 centimètres et larges de 3 à 4 ½, sont lancéolées, finement serretées, pointues, lisses ; elles ont les bords relevés en gouttière. Le pétiole est grêle, très-long (6 ½ centimètres), plat au-dessus, rond en dessous.

Le fruit est moyen ; il a ordinairement de 7 à 8 centimètres de hauteur sur 6 à 7 de diamètre. Sa forme a beaucoup de rapport avec celle du Beurré-Diel. Le pédoncule, gros, ligneux, long d’environ cinq centimètres, est implanté un peu obliquement, par rapport à l’axe du fruit, dans une cavité très-peu profonde et bordée de bosses d’une forme régulière. La peau est fine, quelquefois rude, souvent lisse, vert-clair, jaunissant légèrement à la maturité ; on remarque, à travers les taches de rouille qui la recouvrent, surtout autour du pédoncule et du calice, une infinité de petits points noirs très-apparents. La chair est d’un blanc verdâtre, fondante, beurrée, fine, pleine d’une eau vineuse, acidulée et un peu parfumée. Les pepins sont d’un brun clair, nuancés brun-noir aux extrémités ; les loges, qui les contiennent, Sont placées vers le milieu du fruit.

Cette poire mûrit en octobre ; c’est un fruit exquis, surtout lorsqu’il est cueilli quelques jours avant sa maturité, et qu’il a le temps de parfaire son eau au fruitier.

Le Beurré-Colmar a été envoyé à M. le baron d’Ingelmunster, par le jardinier de Van Mons, vers 1842 ; cependant il se trouve déjà mentionné sur des catalogues antérieurs.

Scheidweiler.

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de l’Abricotier

Armeniaca. — Famille des Rosacées.



L’abricotier est au nombre des arbres d’origine asiatique, dont les cultures européennes s’enrichirent par suite des conquêtes des armées romaines en Orient. Les Lucullus, les Pompée, les Crassus, au milieu des préoccupations de la guerre, ne négligeaient pas le luxe de leurs tables, dont ils rendirent tributaires toutes les productions de l’ancien monde ; les exploits de ces hommes célèbres, l’immense empire qu’ils crurent consolider pour toujours, ne sont plus qu’un souvenir historique, tandis que nous jouissons encore de leurs conquêtes plus pacifiques en arboriculture.

L’abricotier, ainsi que l’indique son nom latin, fut trouvé primitivement en Arménie. Pline, dont l’Histoire naturelle date de l’an 80 de notre ère, rapporte que les Romains ne possédaient l’abricot que depuis 30 ans ; il en signale deux variétés. « C’est, dit-il, un fruit innocent qu’aiment les malades ; il y en a eu de vendus jusqu’à 30 sesterces (6 fr. 30 c). Aucun fruit n’a été payé davantage, chose étonnante, car il n’y en a point qui passe plus vite. »

Cultivé d’abord en Grèce et en Italie, contrées dont le climat est plus en rapport avec le pays dont il est originaire, l’abricotier s’est propagé dans toutes les parties tempérées de l’Europe, où il a produit diverses variétés assez tranchées.

Les recherches des voyageurs modernes ont constaté qu’il est indigène dans plusieurs pays de l’Asie centrale, notamment dans le Népaul et la vallée de Cachemire. Lors du séjour de Victor Jacquemont sur le revers septentrional de l’Hymalaya, de 1829 à 1830, on lui apportait en abondance des abricots très-petits et inférieurs en mérite, dit-il, à nos variétés cultivées. Louis Noisette, qui fit venir l’espèce du Népaul, il y a environ 23 ans, la décrit d’une manière identique. C’est à peine si cet abricot atteint un pouce de diamètre ; son goût et son parfum diffèrent essentiellement de ceux de nos bonnes variétés cultivées. Cependant, quand on réfléchit à l’influence d’une longue culture sur la plupart des végétaux, on peut supposer, avec assez d’apparence, que le type primitif, trouvé en Arménie, ne diffère pas de celui du Népaul. Il serait intéressant de chercher à résoudre cette question au moyen de semis de cette dernière espèce. D’un autre côté, sir Alexandre Burns, cet intrépide voyageur anglais, qui parcourut l’Asie centrale dans toute son étendue, depuis Calcutta jusqu’à Teheran et le pays des Turcomans, en passant par Lahore, le Caboul, le Kandahar, etc., rapporte avoir vu l’abricotier dans plusieurs de ces contrées. Dans les vastes ruines de Balk, il a vu et mangé des abricots d’une beauté et d’un parfum supérieurs aux variétés cultivées en Europe. À Herat, dans un climat où cependant le froid est souvent plus intense, il reconnut encore que ce fruit est supérieur à ceux dont on fait le plus de cas en Angleterre.

L’abricotier, arbre de moyenne grandeur, s’élève peu et présente beaucoup d’analogie avec le prunier et le pécher, sur lesquels on peut le greffer. De même que ce dernier, il forme des boutons à fruits en une seule séve ; il a des yeux simples, doubles, triples et même rassemblés par groupes beaucoup plus nombreux. Son bois est lisse, ordinairement brun rougeâtre du côté du soleil ; les feuilles sont alternes, cordiformes, plus ou moins grandes, pointues et dentées, suivant la variété ; leur pétiole faible, assez long, soutient mal la feuille.

Les fleurs sont composées d’un calice, de cinq pétales blancs creusés en cuiller, de 20 à 30 étamines et d’un pistil qui repose sur l’ovaire. Celui-ci devient un fruit arrondi ou ovale, charnu, divisé dans le sens de sa hauteur par une rainure et attaché à l’arbre par un pédoncule très-court, placé dans une cavité assez profonde.

La peau qui recouvre l’abricot est mince, adhérente à la chair, très-peu velue ; le centre est occupé par un noyau dur, ligneux, renflé vers le milieu, aplati sur les bords, relevé sur un des côtés par des arêtes saillantes, et contenant une amande composée de deux lobes, dont le germe est à la pointe. Le noyau de ce fruit se détache bien de la chair.

L’abricotier, transplanté depuis si longtemps dans nos climats du Nord, continue à se ressentir de son origine méridionale : il devance les autres arbres fruitiers, et ses fleurs s’ouvrent aux premiers rayons du soleil printanier. Cette floraison précoce compromet fréquemment la production, qui, dans ce genre de fruit, est très-chanceuse.

Les abricots cultivés en haut-vent sont, comme on sait, d’une qualité supérieure à ceux que l’on récolte sur des espaliers ; mais ils sont plus exposés aux effets des gelées tardives, et ne donnent des résultats convenables que dans des positions exceptionnelles, par exemple, des cours abritées. Dans les jardins exposés aux vents du nord ou de l’ouest, nous en avons connu qui, pendant douze à quinze ans, n’ont donné aucun fruit.

On peut invoquer un autre motif contre la culture de l’abricotier en haut-vent, c’est que cet arbre exige, comme le pêcher, une taille suivie, afin d’obtenir du jeune bois, et de maintenir le centre bien garni de rameaux à fruit. Si on le néglige sous ce rapport, on voit de longues branches se dénuder entièrement et présenter le plus triste aspect.

Ces divers inconvénients font donner, en Belgique, la préférence à la culture en espalier.

Les amateurs qui possèdent des situations favorables et abritées peuvent cultiver l’abricotier en pyramide, mais cette forme offre des difficultés. Celle en vase ou buisson, si souvent appliquée en France aux fruits à pepins, paraîtrait convenir assez à l’abricotier, à en juger par l’essai que nous suivons depuis trois ans.

Il est d’usage de placer les abricotiers en espalier au midi ou au levant ; ce sont les meilleures expositions sous quelques rapports, mais on trouvera un avantage réel à en planter également à l’ouest et au nord : c’est le moyen de mieux assurer et de prolonger la production. Depuis vingt ans, nous avons garni de cette manière un mur exposé au nord-est ; ces abricotiers nous procurent des récoltes aussi abondantes que régulières ; et il arrive parfois qu’ils portent encore des fruits à la fin de septembre et dans les premiers jours d’octobre.

Si l’on choisit dans ce but des variétés de premier ordre, un peu tardives, telles que l’abricot de Nancy et celui de Moulins, les résultats n’en souffriront pas ; car, même au nord, ces variétés sont bonnes. Ce mode de culture était déjà recommandé il y a deux siècles par Merlet, qui s’exprime ainsi :

« Pour en avoir toutes les années, il faut en mettre des arbres à toutes les expositions ; celle du nord donne, le fruit plus tardif et moins coloré, qui est le plus propre à foire des confitures, et comme cette exposition est froide, la fleur, plus tardive presque d’un mois, parait quand les frimas sont passés, qui ont souvent perdu et gâté les fleurs exposées en plein midi. »

Ce précepte de Merlet offre aussi l’avantage de prolonger la saison de chaque variété, en retardant l’époque de la maturité. Si le vent du nord menace de la gelée au moment de la floraison de l’abricotier, on le garantit au moyen d’abris, tels que paillassons, toiles, etc. Nous aimons néanmoins tout autant les garnir de branches de genêts ou autres ramilles, ce qui donne un résultat analogue et laisse circuler l’air dans les branches. L’essentiel est d’empêcher les rayons solaires de frapper trop brusquement sur le givre qui reste attaché aux branches le matin.

Parfois, les fruits nouent en si grande abondance, qu’il est nécessaire d’en abattre une bonne partie dès qu’ils atteignent le volume d’une grosse noisette ; si l’on néglige cette précaution, les abricots restent petits, sans saveur, et l’arbre est compromis.

La saison de ce fruit commence au mois de juillet et se prolonge jusqu’en septembre pour quelques variétés. La maturité s’annonce par le changement de couleur, qui commence par le côté exposé au soleil : on s’assure si les autres parties du fruit ont également jauni. L’abricot ne s’améliore pas au fruitier, comme la pèche. Si l’on compare entre eux ces deux fruits, le dernier obtiendra souvent la prééminence, mais l’abricot présente l’immense avantage de se prêter à un grand nombre d’usages économiques, et de fournir d’amples ressources à l’art du confiseur et du pâtissier. Les marmelades et autres conserves d’abricots, tant sèches que liquides, sont des plus recherchées. C’est une véritable calamité pour le commerce et les amateurs quand ce fruit manque complétement ; il serait donc avantageux de cultiver l’abricotier en grand, et dans les conditions les plus propres à en assurer les récoltes.

Cet arbre prospère dans tous les terrains ; toutefois, il préfère un sol meuble un peu léger ou sablonneux. On le multiplie par semis, moyen qu’il conviendrait d’employer davantage, afin d’obtenir des variétés rustiques ou mieux acclimatées. Les noyaux doivent être stratifiés avant d’être semés ; on les place en terre à environ deux pouces de profondeur. Si le semis se fait à l’automne, il est prudent de le couvrir de feuilles ou d’un paillis.

Les variétés existantes se multiplient par la greffe en écusson, sur le prunier de Damas. En France, on emploie aussi l’amandier et le prunier de Saint-Julien ; mais ces derniers plants conviennent peu en Belgique, où ils seraient trop exposés, lorsque l’hiver est rigoureux. Depuis quelques années, on emploie avec succès dans les pépinières royales de Vilvorde, le prunier Myrobolan, qui donne des sujets plus rustiques et moins sujets à la gomme.

On peut aussi se servir de la greffe en fente pour l’abricotier ; nous en avons fait un excellent usage pour rabattre des arbres dont le fruit ne convenait pas. Il faut avoir soin, alors, de couper les rameaux en janvier, et de s’en servir aussitôt que la température le permet, c’est-à-dire vers la fin de février, quelquefois même plus tôt.

Nous terminerons cet article en indiquant, d’après l’un de nos collègues, d’excellents principes sur la conduite de cet arbre [15].

« On taille l’abricotier, quant aux branches de la charpente, d’après les mêmes principes que le pêcher, sur lequel il a l’avantage de repousser bien plus parfaitement du vieux bois. Il faut le tailler de bonne heure, et surtout avant l’épanouissement des fleurs. Il importe de répartir exactement la séve dans toutes les parties de la charpente, et de la débarrasser du bois mort, en coupant dans le vif bien au-dessous du point où elle s’arrête, parce qu’elle a une tendance à descendre assez rapidement de proche en proche. Il est utile de couvrir chaque coup, de cire à greffer. Le pincement et l’ébourgeonnement très-suivis évitent la multiplicité des amputations à la taille, ce qui est une bonne chose. Les branches charpentières doivent être plus rapprochées que dans le pêcher, parce que les branches fruitières des arêtes prennent moins de développement.

» L’ébourgeonnement doit porter essentiellement sur les bourgeons doubles et triples. Le pincement doit se faire soigneusement sur les deux ou trois bourgeons qui avoisinent de plus près le terminal de chaque rameau. Ce pincement les met ordinairement à fruits pour l’année suivante ; mais son principal but est d’empêcher que leurs yeux terminaux se convertissent en petites brindilles de 5 à 15 centimètres de longueur et qui se garnissent d’yeux et de boutons. Ces brindilles, qui se forment dans les abricotiers vigoureux vers la fin de juillet, n’ont pas le temps de s’aoûter et périssent pendant l’hiver. Il en résulte que l’arbre se dénude dans sa partie supérieure.

» Dans l’abricotier, il n’est pas question, pour les branches à fruits, de l’opération du remplacement. Elles fructifient plusieurs fois, mais il ne faut pas attendre qu’elles cessent de pousser, pour les rapprocher sur un œil à bois près de leur insertion.

» Au reste, il est difficile d’obtenir de l’abricotier une régularité de forme pareille à celle qu’on donne au pécher, son bois poussant peu parfois et rarement droit. Le palissage doit tendre à le redresser le plus possible, ce qui facilite la circulation de la séve, et prévient d’autant mieux l’envahissement de la gomme. Nous avons dit que l’abricotier reperce facilement sur le vieux bois ; aussi obtient-on à volonté de jeunes rameaux pour renouveler, au besoin, les branches qui succombent. Cette faculté concourt encore à lui assurer une longue existence, que l’on prolonge par plusieurs ravalements et recepages. »



Abricot-pêche ou de Nancy.

Cette variété mérite la première place dans nos Annales, car il n’en est pas de plus méritante : partout elle est cultivée avec une prédilection bien connue, et depuis Duhamel, qui la donne également pour la meilleure du genre, aucune variété nouvelle ne l’a remplacée dans l’estime des amateurs. Son volume surpasse celui de l’abricot commun ; sa forme, un peu aplatie et irrégulière, le rend très-reconnaissable ; sa peau, d’un jaune foncé fauve du côté du soleil, est ordinairement marbrée de points rouges, très-multipliés quand le fruit est exposé au midi ou récolté sur un plein-vent.

La queue est courte et placée dans une cavité peu profonde, d’où part une rainure moins prononcée que dans les autres variétés.

La chair, très-fondante, est d’un jaune tirant sur le rouge orange, surtout à l’état de maturité parfaite ; l’eau est abondante, sucrée, relevée et parfumée d’un goût particulier.

Le noyau est gros, aplati, assez raboteux, bordé d’un côté par trois arêtes saillantes ; de l’autre, par une rainure entièrement creuse et qui peut être traversée au moyen d’une aiguille.

L’arbre est vigoureux ; ses bourgeons sont gros, forts, rouges-bruns du côté du soleil, verts et tiquetés de points gris du côté de l’ombre.

Les boulons sont gros, courts et larges à la base, triples et souvent réunis par groupes.

Les feuilles sont larges, arrondies vers la queue et terminées en pointe ; leur pétiole est assez long, faible, et supporte mal le poids de la feuille ; ce qui donne à cet arbre un aspect particulier et fatigué.

Cet excellent fruit mûrit ordinairement du 15 au 30 août ; il est facile d’en prolonger la jouissance jusqu’aux derniers jours du mois de septembre, en cultivant l’arbre au couchant et au nord. Nous en avons parfois récolté dans les premiers jours du mois d’octobre.

On cultive l’abricot-pêche en espalier et en plein-vent, quand on peut le garantir des vents du nord. Cette variété se reproduit assez identiquement de noyau.

A. Royer.

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Poire Prince Albert.

(Bivort.)

(Spécimen récolté sur pyramide.)

La nouvelle et excellente poire dont nous venons donner ici la description et l’historique, nous paraît devoir être classée au premier rang parmi les fruits dont la science et les travaux d’infatigables semeurs viennent chaque jour enrichir nos jardins. Sa grosseur n’est que moyenne ; mais sa maturité tardive, en février et mars, et surtout l’exquise qualité de sa chair, dont l’arôme rappelle les Colmars, font de cette poire l’un des fruits les plus estimés.

À un fruit d’un mérite aussi transcendant, il fallait un nom patronymique distingué ; il y a été pourvu en lui donnant, sur la présentation de M. Thomas Rivers, pomologue à Sawbridgeworth (Angleterre) et membre correspondant de notre Commission de pomologie, celui de S. A. R. le prince Albert.

C’est parmi les semis retardataires de la huitième génération de Van Mons que nous avons découvert la variété qui nous occupe ; elle se trouvait inscrite sur son catalogue, sous le n° 2190 ; dégustée, lors de sa première production en mars 1848, par divers pomologues distingués et entre autres par M. Royer, notre président, elle fut notée comme ayant d’excellentes qualités ; et le désir d’acquérir une complète certitude quant à sa tardiveté nous a engagé à ne la faire connaître au public horticole qu’en 1852.

Ce n’est donc qu’après plusieurs dégustations successives qui ont eu lieu en février et en mars que nous l’avons classée comme fruit de cette saison en Belgique.

L’arbre est vigoureux ; son facies se rapproche de celui des Colmars ; il affecte naturellement la forme pyramidale et se comporte également bien sur franc et sur coignassier ; il est même rare de voir une nouvelle variété réussir aussi bien sur ce dernier sujet. Son bois s’élance droit et vigoureux vers sa cime, s’écarte, avec l’âge, vers sa base, et forme avec le tronc un angle plus ou moins ouvert. Ses branches à fruits sont longues, grêles ; les supports sont moyens, gris, ridés à leur base, légèrement renflés, lisses et gris verdâtre à leur sommet.

Le bouton à fleur est petit, conique, pointu, brun clair ombre de brun marron et de noir.

Les jeunes rameaux sont assez gros, longs, fortement coudés ou flexueux ; une strie longitudinale peu apparente part au-dessous de chaque gemme et se prolonge jusqu’au suivant. L’épiderme lisse, luisant, jaune verdâtre est ponctué de quelques lenticelles rondes, blanc sale, peu apparentes sur les rameaux de l’arbre mère.

Les rameaux des jeunes arbres greffés depuis trois ans sur coignassier ont l’épiderme couleur noisette ; les lenticelles sont rondes, rousses et peu visibles.

Le gemme est gros, ovale pointu, brun clair ombré de brun foncé, totalement écarté du bois et porté sur un soubassement notable ou sur des rudiments de lambourde.

Les Mérithalles sont longs et assez égaux.

Les feuilles grandes, oblongues, lancéolées ou ovales-lancéolées, pointues, d’un beau vert clair, sont un peu arquées, planes ou à bords légèrement relevés en gouttière et finement serretées ; leur longueur varie entre 6 à 10 centimètres et leur largeur entre 3 ½ à 5.

Le pétiole est grêle, vert clair, légèrement canaliculé, long de 25 à 40 millimètres.

Les stipules sont linéaires.

Le fruit du Prince Albert est parfois ovale turbiné, mais ordinairement pyriforme-allongé ; sa hauteur moyenne est dans ces deux cas de 8 à 10 centimètres et sa largeur de 7. L’épiderme, assez épais, grenu, est lisse, vert clair, peu ou point coloré du coté exposé aux rayons solaires, lavé de roux autour du pédoncule, fortement maculé et pointillé de même couleur sur toute sa surface et en outre ponctué de quelques points noirs. À l’époque de la maturité, le fruit jaunit très-légèrement. Le pédoncule est moyen, ligneux, un peu arqué, brun verdâtre, renflé à son sommet comme à sa base et aminci vers le centre ; il est long de 20 à 33 millimètres et placé droit à fleur du fruit sans solution de continuité, ou obliquement au sommet d’une petite éminence charnue. Le calice, petit, étoilé, ouvert, se trouve dans une cavité peu profonde, arrondie et évasée ; ses divisions brun-noir sont ordinairement caduques. La chair est blanc jaunâtre, fine, fondante, beurrée ; son eau est assez abondante, sucrée, et d’un parfum des plus agréables, rappelant celui du passe-Colmar. Quelques concrétions pierreuses très-fines entourent le trognon, qui est petit, clos et contient 3 à 4 pepins ovales, allongés, pointus, brun-marron.

M. Royer qui, dès 1848, avait reçu sous le n° 2190 des scions du Prince Albert, les plaça sur les branches latérales d’une forte pyramide greffée sur coignassier, dans son jardin de Namur. L’arbre s’étant mis en rapport cette année (1852), il nous en envoya deux fruits : l’un, exactement semblable aux produits de l’arbre mère, se trouve dans notre tableau sous le n° 1, et l’autre dont la forme est ovale turbiné, sous le n° 2. L’épiderme de ce dernier est passé au jaune d’or en mûrissant ; ce qui est contraire à ce que nous avions observé jusqu’à ce jour sur les fruits provenant de l’arbre de semis.

Cette anomalie ne proviendrait-elle pas de la greffe sur coignassier ? Quant à la qualité du fruit et à son époque de maturité, elles étaient conformes à celle de la première production.

A. Bivort.

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Prune Impératrice.

Synonymie : Prune Diadème.

Cette prune est d’origine anglaise ou plutôt américaine ; elle a été introduite de France en Belgique, vers 1845.

L’arbre est vigoureux. Les rameaux, un peu horizontaux, sont lisses, de couleur brune, à mérithalles courts. Les yeux sont pointus, à écailles imbriquées, d’un vert foncé. Les feuilles sont petites, alternés, de forme arrondie, pointues, crénelées, d’un vert frais en dessus, jaunâtre en dessous où les nervures sont saillantes, tandis qu’elles sont profondes sur la page supérieure. Le pétiole est canaliculé, rouge brun, velu en dessus et muni, à son sommet, près de la naissance du limbe, de deux glandes arrondies.

Le fruit est gros, oviforme, plus renflé vers la tête que vers la queue ; il n’a point de sillon. La peau est fine et d’un violet clair, couverte, comme la prune Monsieur, d’une poussière glauque. La chair est d’un blanc rosé, fondante, parfumée ; elle se détache assez bien du noyau, qui est gros et ressemble à celui de l’abricot.

Cette prune, de première qualité, mûrit dans la seconde quinzaine de septembre.

Nous conseillons de cultiver cette variété en haut-vent dans les jardins chauds et abrités ; partout ailleurs on la cultivera en espalier au levant ou au couchant, où elle donnera des fruits à la fois plus beaux et plus abondants.

L. de Bavay.

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Poire Doyenné roux.

Synonymies : Doyenné gris de Duhamel.

(Spécimen récolté sur pyramide.)

Fruit d’automne d’une grosseur moyenne, forme turbinée dans le genre des autres Doyennés, et dont la hauteur moyenne est de 8 centimètres sur 7 de diamètre. La peau, avant et après la maturité, est d’un roux très-intense et uniforme. La queue, droite, assez grosse, est implantée dans une cavité un peu bosselée. L’œil est petit, peu enfoncé. La chair est douce, sucrée, beurrée, fondante.

Cette poire mûrit à la fin d’octobre et se garde jusque vers la mi-novembre.

Ce Doyenné, trop peu cultivé en Belgique, mérite, sous tous les rapports, la préférence sur le Doyenné ordinaire, qu’il égale au moins en qualité, sans présenter l’inconvénient de devenir pâteux si l’on ne saisit pas le point précis de sa maturité.

Aucun auteur n’indique l’origine de ce fruit ; ni Merlet ni la Quintinie n’en ont parlé. Duhamel, le premier, en fait un grand éloge, après l’avoir considéré d’abord comme un simple accident de culture du Doyenné jaune. « Mais, dit-il, ayant observé dans plusieurs jardins qu’elle varie constamment pour la grosseur, le temps de la maturité et les qualités et qu’il y a des différences notables entre le bourgeon, le bouton, la feuille de l’arbre et les mêmes parties du poirier de Doyenné jaune, le Doyenné gris doit passer pour une variété très-séparée de celui de Doyenné jaune, avec lequel il n’a presque rien de commun que la forme du fruit. »

M. Poiteau, dans sa Pomologie, et Noisette, dans le Jardin fruitier, recommandent aussi la culture de cette poire, dont ils modifient le nom, celui de Doyenné roux leur paraissant plus conforme à sa couleur réelle.

Cette variété réussit dans des terrains de nature très-opposée sa fertilité est moyenne, c’est-à-dire, qu’elle porte ses fruits isolés ou par groupes de deux au plus.

L’arbre se greffe sur franc et sur coignassier ; sa vigueur est moyenne ; il se prête bien à la forme pyramidale.

Les bourgeons sont menus, droits, lavés de rouge du côté du soleil, d’un gris verdâtre du côté de l’ombre.

Les boutons sont assez gros, un peu aplatis ; leurs supports sont gros.

Les feuilles sont longues, très-étroites, un peu arquées, souvent pliées en gouttière, dentées finement et portées par un pétiole assez long.

A. Royer.

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Pomme royale d’Angleterre.


(Spécimen récolté sur haut-vent.)

Le fruit, gros ou très-gros, légèrement côtelé, est assez variable dans sa forme, ordinairement arrondie et déprimée à la base et au sommet ; il a de 7 à 8 centimètres de diamètre et une hauteur un peu moindre ; il se trouve parfois sur le mémé arbre, des fruits dont la forme est plus allongée, plus rétrécie vers le sommet et dont la hauteur dépasse le diamètre. La peau est fine, lisse, luisante, vert-clair d’abord, jaune d’or ensuite ; elle est ponctuée de points bruns du côté de l’ombre ; du côté du soleil elle est lavée et panachée de rouge et lignée de longues et larges stries de même couleur. Le pédoncule grêle, ligneux, long de 2 centimètres, est placé dans une cavité infundibuliforme, légèrement ombrée de rouille. Le calice, souvent irrégulier, se trouve dans une cavité spacieuse, assez profonde et bosselée ; ses divisions sont longues, étroites et divergentes. La chair, d’un blanc jaunâtre, est assez fine, tendre, fondante ; son eau est sucrée, acidulée, et son parfum, à l’époque de sa parfaite maturité, est très-agréable. Le trognon est gros, cordiforme ; les loges sont larges, ouvertes et contiennent un à deux pépins allongés, pointus, brun-foncé.

Ce bel et bon fruit commence à mûrir dès les premiers jours d’octobre ; sa maturation parfaite a lieu vers la fin du même mois et se prolonge jusqu’à la fin de novembre ; mais, à cette époque, la chair devient souvent pâteuse et se tache intérieurement.

L’arbre de la Royale d’Angleterre est très-vigoureux et très-fertile ; il forme, en haut-vent, une belle tête bien arrondie ; ses rameaux sont gros et assez longs ; ses feuilles sont amples, épaisses, ovales, pointues, d’un beau vert-clair.

Cette variété est assez répandue dans les vergers du Brabant wallon, où elle porte le nom de Pomme de Roubau.

Nous croyons cette pomme très-ancienne, bien que Duhamel et ses devanciers n’en aient pas parlé.

A. Bivort.

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Cerise royale de Hollande.

Synonymies : Griotte de Portugal, Griotte douce royale, Cerise portugaise, Courte queue de Bruges.

Cette cerise est-elle originaire du Portugal, comme autoriseraient à le supposer deux de ses dénominations ? ou bien, au xvie siècle, les Espagnols qui occupaient nos provinces, trouvant quelque analogie entre cette variété et une cerise portugaise, lui en ont-ils donné le nom, comme ils ont donné à la bière de Bruxelles celui qu’elle a conserve d’un des vins les plus estimés de la Sicile (Faro), à force, prétend-on, de dire et de répéter : « Ah ! que cette bière est bonne ! C’est bon comme du faro ! » Ces deux opinions sont également admissibles. Transportée de Belgique en France, cette cerise y a reçu le nom de Royale de Hollande, de même que nos toiles fabriquées dans les Flandres, y sont connues sous la dénomination de toiles de Hollande.

L’un des synonymes de cette variété (Griotte douce royale) est dû à la saveur qui lui est propre ; en effet, ce fruit a une douceur relative dans ce sens, qu’il est beaucoup moins acide, beaucoup moins aigre que ne le sont les autres Griottes. Son goût tout particulier survit à la cuisson ; il devient très-agréable avec une certaine addition de sucre. Aussi c’est la variété dont nos confiseurs font le plus de cas.

Arbre moyen, vigoureux et fertile ; pour haut-vent et pyramide. Rameaux verts, rougissant au soleil. Feuilles alternes, ovales, lancéolées, pointues, dentées en scie, d’un beau vert. Pétiole canaliculé, rougeâtre, stipules grandes et colorées à la base.

Les fleurs sont blanches et par deux ou trois.

Le fruit est haut de 2 ½ centimètres et en a 9 de circonférence ; il est un peu comprimé.

La peau est luisante et d’un beau rouge foncé.

La chair en est rouge et ferme ; le goût, sans être acide, a une légère amertume qui est loin de la rendre désagréable ; elle est de première qualité et mûrit vers la mi-juillet.

L. de Bavay.

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Pomme dutch mignonne.


(Spécimen récolté sur haut-vent.)

Cette pomme, dont le nom indique suffisamment l’origine allemande ou hollandaise, est de grosseur moyenne, arrondie et fortement déprimée au sommet et à la base. Sa peau est fine, lisse, d’abord verte, ensuite jaune-clair ; elle est ponctuée de gris-roux, colorée et panachée de rouge cerise du côté du soleil et légèrement lavée de rouille autour de la queue et du calice. Le pédoncule est grêle, ligneux, long de 3 centimètres ; il est implanté dans une cavité étroite, profonde et bosselée ; le calice est irrégulier et se trouve placé dans un enfoncement de moyenne profondeur ; ses divisions sont brun-noir. La chair est d’un blanc-jaunâtre, ferme, assez fine ; son eau, en quantité suffisante, est sucrée, légèrement acidulée ; l’arôme en est des plus agréables. Le trognon est moyen, cordiforme ; les loges, closes, renferment ordinairement deux pépins bien venus, allongés, pointus, brun-clair.

Ce beau fruit mûrit vers la fin de novembre et en décembre.

L’arbre est d’une vigueur moyenne, très-fertile et se comportera mieux en pyramide sur franc, ou du moins sur doucin dans les bons terrains, que sous toute autre forme et sur tout autre sujet. Ses rameaux sont assez longs, grêles, cotonneux, brun-violacé, lavés de gris et ponctués de lenticelles ovales, blanc-sale, assez nombreuses et irrégulièrement distribuées sur toute sa surface. Ses feuilles sont moyennes, épaisses, cotonneuses en dessous, ovales-arrondies et courtement pointues ; leur dentelure est ronde et régulière.

Le pétiole est gros, cotonneux, vert-clair, lavé de rouge à sa base.

Le spécimen ci-contre a été récolté sur un haut-vent par notre collègue, M. Reynaert-Beernaert, de Courtrai ; il est à présumer que ce fruit acquerra plus d’ampleur, lorsque l’arbre sera placé dans des conditions plus favorables de culture.

La Dutch mignonne a été recommandée et propagée en Angleterre par Georges Lindley (Hort. Trans., vol. IV, p. 70). Il en avait reçu des greffons d’un gentleman du Norfolk, qui

l’avait importé de la Hollande, et lui avait donné ce nom, ne sachant pas apparemment le véritable. — C’est la Golden Reinette de Christ. Mayer, dans sa Pomona franconica, la décrit sous le nom de Reinette dorée. Il ne faut pas la confondre avec la Reinette dorée de Duhamel, Knoop et autres, ni avec la Reinette dorée d’Angleterre. Nous la croyons supérieure à ces diverses variétés, dont cependant nous ne méconnaissons pas les mérites. Cette excellente Pomme mérite une place distinguée dans tous les jardins, avec d’autant plus de raison qu’elle peut se conserver tard sans perdre ses qualités.

C.-Aug. Hennau.

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Pêche grosse noire de Montreuil.

Synonymies : Galande, Bellegarde.

L’arbre de cette variété est l’un de ceux que le meunier attaque le plus souvent ; mais, aujourd’hui que l’on sait que le blanc ou meunier est une macédinée, on le guérit par le soufre, comme l’oïdium ou champignon de la vigne.

Cet arbre est vigoureux et généralement productif. Les bourgeons sont forts et droits ; ils se teignent en pourpre-violacé du côté du soleil. Les feuilles, grandes et lisses, d’un vert intense, sont marquées de glandes globuleuses. Les fleurs sont petites et d’un rose vif. Le fruit, aussi gros que celui de la Grosse Mignonne hâtive, est plus large que haut et marqué d’un sillon peu profond. La peau est presque généralement teinte d’un rouge qui prend une nuance brune foncée du côté du soleil ; le surplus, qui est d’un jaune-verdâtre, est pointillé et strié de pourpre ; elle est finement duveteuse et adhère fortement à la chair. Celle-ci, un peu ferme, fine, fondante et de toute première qualité, est d’un beau blanc, mais de couleur carminée autour du noyau, qui est peu rustiqué, de grosseur moyenne et de forme longue et aplatie.

La maturité de la Grosse noire de Montreuil suit celle de la Grosse Mignonne et arrive dans les premiers jours de septembre. À Montreuil, on l’estime comme la meilleure des variétés répandues dans cette localité.

L. de Bavay.

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Poire Rousselon.

(Esperen.)

(Spécimen récolté sur pyramide.)

Cette nouvelle variété date de 1846 et appartient aux semis du major Esperen ; elle fut dégustée à cette époque par M. Berckmans, qui, peu après la mort du major, acquit l’exemplaire avec bon nombre d’autres, tous inédits.

Dès sa première production, ce fruit fut noté comme propre à être conservé, et des scions en furent envoyés à M. Dupuy-Jamain, pépiniériste à Paris, qui, par le moyen de la greffe sur coignassier, en obtint dès 1850 plusieurs fruits. Soumise à l’appréciation de pomologues français, ceux-ci jugèrent, à l’unanimité, cette variété digne d’être propagée sous le double rapport de la qualité et de la maturation tardive. Avec l’autorisation de M. Berckmans, cette poire fut dédiée, comme témoignage d’estime et de reconnaissance, à M. Rousselon, membre de la Société nationale d’horticulture de la Seine, rédacteur principal des Annales de Flore et Pomone et membre correspondant de notre commission de pomologie.

Nous avons dégusté cette poire, pour la première fois, en 1854, et c’est sur cet exemplaire reçu de Paris que nous allons établir notre description.

La poire Rousselon est moyenne, arrondie et se rétrécit légèrement vers le pédoncule ; sa forme appartient aux Doyennés et aux Bergamottes. L’épiderme, luisant, vert-clair, passant au jaune citron à la maturité, est ponctué de roux, ombré de même couleur autour du calice et fortement coloré de rouge du côté du soleil. Le pédoncule, gros, court, ligneux, brun à sa base, noir à son sommet, est placé presqu’à fleur du fruit, ainsi que le calice, qui est étoilé, ouvert et dont les divisions sont très-raides et brunes. La chair est blanche, fine, demi-fondante ; son eau, en quantité suffisante, est sucrée, légèrement acidulée et d’un parfum agréable ; le trognon est cordilorme, les loges sont larges et les pépins, ovales pointus, noirs, aplatis d’un côté, sont ordinairement au nombre de deux dans chaque loge.

Cette bonne variété mûrit en lévrier.

L’arbre est d’une vigueur moyenne ; ses branches à fruits sont grêles, gris verdâtre, ponctuées de grosses lenticelles blanc sale. Les supports sont moyens, courts, ridés, gris.

Les jeunes rameaux sont moyens, flexueux, fortement striés vers le sommet ; l’épiderme, vert-olive ou vert-jaunâtre, est couvert d’un léger duvet et ponctué de très-petites lenticelles ovales, blanc sale ou rousses, peu nombreuses et peu apparentes. Le gemme est gros, conique, pointu, brun-clair ombré de brun-foncé et lavé de gris ; il est écarté du rameau par le sommet et porté sur un renflement notable.

Les mérithalles sont courts et réguliers.

Les feuilles sont assez grandes, épaisses, rudes, raides, planes ou légèrement concaves, quelquefois ovales-lancéolées, mais ordinairement lancéolées, pointues et effilées par les deux bouts ; leur pagination supérieure est d’un vert terne assez foncé, l’inférieure est d’un vert bleuâtre ; leur dentelure est large et régulière ; elles mesurent 7 à 9 centimètres en longueur et 4 à 7 en largeur.

Le pétiole, gros, droit, raide, canaliculé, vert-clair, long de 4 à 5 centimètres, est recouvert d’un léger duvet qui se prolonge sur toute la médiane ou nervure principale de la feuille.

Les stipules sont linéaires et dentées.

A. Bivort.

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Raisin Angers rouge hâtif.


Ce raisin est l’un de ceux que M. Vibert, d’Angers, l’habile et patient semeur de vignes, a obtenu dans les nombreux semis auxquels il se livre depuis plus de vingt ans.

C’est une variété productive et vigoureuse, à serments de couleur cannelle-claire, dont les mérithalles sont espacés de 8 centimètres. Les feuilles sont moyennes, largement dentées, à cinq lobes, dont celui du milieu est profondément incisé, d’un vert frais et luisant, et à pétiole long et gros, marqué d’un sillon peu profond en dessus et élargi à son insertion.

Les grappes sont ordinairement de moyenne grosseur, et les grains d’un volume plus qu’ordinaire ; ces derniers sont peu serrés et d’une jolie couleur rouge-clair.

M. Vibert déclare que de tous les raisins rouges qu’il connaît, celui-ci est le plus doux ; ses grains cassants renferment, en effet, une pulpe très-sucrée.

Ce raisin réussit, en espalier, au midi et même au levant. L’année dernière (1852), il a mûri chez nous vers le 10 septembre ; il est le plus hâtif de tous les raisins rouges. Nous avons été surpris de ne pas le voir mentionné dans le catalogue que vient de publier M. André Leroy, d’Angers.

L. de Bavay.

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Poire Médaille d’or.


(Spécimen récolté sur pyramide.)

Les moines furent autrefois les plus actifs propagateurs des bons fruits. Obligés par état à une vie casanière, la culture des jardins occupait leurs loisirs, l’arboriculture spécialement faisait leurs délices.

Le beau fruit que nous présentons ici, tire son origine de l’ancienne abbaye de Sainte-Marie d’Oignies, sur les rives de la Sambre, province de Hainaut.

Vers 1795, un honorable magistrat de la ville de Namur eut l’occasion d’y voir la Médaille d’or ; il l’apprécia et la fit greffer chez lui. Nous lui devons probablement la conservation de cette variété, qui se serait sans doute perdue aux lieux de son origine, par suite des bouleversements occasionnés par la suppression et la vente des abbayes.

La belle couleur de la Médaille d’or, au moment de sa maturité, lui aura peut-être valu son nom, mais nous manquons de renseignements pour l’affirmer.

Cette variété n’a encore été décrite, croyons-nous, dans aucune publication pomologique ; elle doit être contemporaine des bons fruits gagnés dans le Hainaut (de 1750 à 1780), car, en 1795, l’arbre d’Oignies était déjà vieux et en plein rapport.

Au premier aspect, la Médaille d’or paraît identique avec la poire Frederick de Wurtemberg, de Van Mons. Sous le rapport de la forme, de la couleur et de l’époque de maturité, ces deux fruits montrent une ressemblance frappante : mis en parallèle, l’automne dernier, dans une séance de la Commission de pomologie, et dégustés avec attention, on leur a reconnu des nuances de saveur assez sensibles pour ne pas les confondre. La Médaille d’or a été trouvée supérieure, et les avis ont été partagés sur la question de synonymie.

On ne peut guère supposer que Van Mons se soit emparé d’un fruit déjà connu et dénommé, pour le dédier au roi de Wurtemberg ; d’ailleurs, ce savant affirme positivement avoir obtenu la poire qui porte ce dernier nom, dans un de ses semis de quatrième renouvellement [16] ; et à cette époque la Médaille d’or existait depuis longtemps. L’identité remarquable entre ces deux variétés prouverait, une fois de plus, que la nature doit se copier quelquefois, malgré ses ressources infinies pour varier ses productions.

Cette poire est pyriforme, allongée et se termine en pointe vers la queue, qui est arrondie au sommet. L’ombilic est à fleur du fruit ; la peau est lisse, verdâtre, devenant d’une belle nuance dorée à la maturité, et lavée de rouge vif du côté du soleil. La chair est fondante ; l’eau abondante, sucrée, relevée et un peu musquée.

L’arbre est droit, d’une vigueur moyenne et se forme bien et facilement en pyramide ; le bois est jaune-clair, luisant, tiqueté de points gris ; les yeux à bois sont courts et aigus ; ceux à fruits sont également courts, gros et obtus ; la feuille est ovale, allongée, plate et finit en pointe ; le pétiole est long et mince.

Ce beau fruit réussit également bien dans les sols légers ou argileux.

A. Royer

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Pêche grosse mignonne.


L’arbre, les bourgeons et les feuilles ne diffèrent en rien de ceux de la Grosse Mignonne hâtive. Quant aux fleurs, elles sont aussi grandes, mais d’un rose plus pâle. Le fruit est plutôt moins gros. La peau en est duveteuse, moins rouge et offre une plus grande partie teinte de jaune ; elle est de plus pointillée et marbrée de pourpre. La chair a les mêmes qualités que celle de la Grosse Mignonne hâtive, excepté dans les terres froides, qui ne lui conviennent pas ; mais elle est rose seulement autour du noyau, auquel elle adhère. Le noyau est un peu plus gros et tout aussi profondément rustiqué.

L’arbre est vigoureux, charge bien et manque rarement de donner. Le fruit est de première qualité ; sa maturité, qui peut avancer ou retarder, selon l’exposition, arrive huit ou dix jours après celle de la Grosse Mignonne hâtive ; c’est-à-dire fin d’août. C’est encore une des variétés favorites cultivées à Montreuil.

L. de Bavay.

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du Noyer

noyer commun. — noyer royal.

Juglans Regia, L. — Famille des Térébinthacées, J. — Des Junglandées, D. C.


Nous ne pouvons accorder au noyer une place proportionnée à son importance et à sa beauté, sans tomber dans des longueurs que nous devons ici nous interdire. Qui ne connaît cet arbre d’un aspect souvent imposant et d’une grande élévation (il atteint 16, 18 mètres et quelquefois plus), dont les rameaux cylindriques, glabres, étalés, forment une cime touffue, une sorte de voûte plus ou moins arrondie ; dont les feuilles, composées ordinairement de cinq à sept folioles d’un vert foncé, produisent un frais et épais ombrage ; dont les fleurs mâles sont de couleur verdâtre, tandis que les femelles sont d’un beau vert comme le péricarpe appelé brou, qui sert d’enveloppe externe ; dont le fruit ou drupe, comme l’appellent les botanistes, se compose d’une amande partagée en quatre lobes réunis par couples, et renfermée dans une seconde enveloppe ligneuse, bivalve et sillonnée en réseau ?

Originaire des montagnes de l’Asie Mineure et centrale, le noyer a été introduit en Europe à une époque fort reculée ; déjà il était naturalisé en Grèce au temps où Théophraste écrivait son Histoire des plantes (314 années avant l’ère vulgaire). Il paraît qu’il passa ensuite en Italie, et de là dans les autres contrées de l’Europe. Luttant difficilement contre les rigueurs de nos climats les plus septentrionaux, ses fruits ne mûrissent plus au delà du 55e degré. L’Amérique du Nord nous a fourni plusieurs variétés distinctes, dont on a cru devoir faire une section séparée, mais il ne paraît pas qu’on les rencontre au delà du 40e degré de latitude nord.

Indépendamment des noyers exotiques, on compte bon nombre de variétés du noyer commun, dont quelques-unes sont remarquables à divers titres ; elles feront ultérieurement l’objet d’articles spéciaux auxquels nous renvoyons nos lecteurs.

Le noyer n’est nullement difficile sur la nature du sol. On le voit se développer dans les terres les plus stériles ; mais, pour bien prospérer, il lui faut un sol calcaire, schisteux ou volcanique ; il refuse de croître dans les terrains granitiques, et ne s’accommode guère mieux des terres humides et argileuses.

Encore une fois, il faudrait faire un livre, si nous devions énumérer tous les avantages que procure l’arbre éminemment utile qui nous occupe, et qui nous rappelle les doux jeux de l’enfance (V. Ovide, De Nuce). Un rapide aperçu suffira. On sait que le bois du noyer est l’un des plus beaux que nous possédions en Europe. Il est doux, liant, flexible, susceptible de recevoir un beau poli, de prendre la couleur d’acajou, et n’est point exposé aux ravages des vers. Aussi est-il recherché pour la menuiserie, l’ébénisterie, la carrosserie et surtout pour la fabrication des armes ; dans ce dernier emploi il possède une supériorité reconnue, incontestée. Sa culture ne saurait donc être trop encouragée, en particulier dans nos provinces de l’est, où cette industrie a pris un si grand développement. Le noyer fournit une immense quantité d’excellente huile, soit pour la table, soit pour les arts. Les noix font nos délices, soit déjà avant leur maturité, à l’état de cerneaux, soit après leur maturité, soit encore préparées au sucre, à l’eau-de-vie comme confitures, ratafia, etc., etc. Rappelons, en outre, que de nombreuses cargaisons de noix vertes quittent tous les ans nos ports pour fournir aux palais blasés, aux estomacs paresseux de la Grande-Bretagne, ce condiment si recherché, connu de nos voisins sous le nom de Ketchup essence.

Mais voyez quelle est l’ingratitude humaine envers le noble végétal auquel nous devons tant de bienfaits ! Il a été condamné, proscrit avec une sorte d’acharnement dans un trop grand nombre de localités, et notamment dans le département de la Seine-Inférieure, autrefois couvert de noyers. Mais quel est donc le grand végétal auquel on ne puisse adresser des reproches souvent plus graves ? Il faut le reconnaître avec le savant professeur d’agriculture et de sylviculture au Jardin des plantes de Rouen (M. Dubreuil) : « Dans les terres qui ont peu de fond, les longues racines du noyer rampent à la surface et nuisent beaucoup aux plantes herbacées, même à de grandes distances. Aucune plante ne vient sous son ombrage… C’est donc surtout en bordure du côté du Nord, ou en avenue, et non au milieu des champs, qu’il convient de planter le noyer, à moins qu’il ne s’agisse d’un terrain impropre à d’autres récoltes ; mais dans ce cas même, il faudra l’espacer beaucoup, car il n’aime pas la culture en massif. »

De nos jours, une heureuse et sage réaction se fait remarquer presque en tous lieux, et nous pourrions citer bon nombre de localités où de grandes plantations sont entreprises, notamment au château d’Ardenne, par l’ordre exprès du roi.

N’oublions pas, avant de terminer, de faire observer que l’on doit faire subir l’opération de la greffe aux noyers dont on veut hâter et favoriser les récoltes en fruits ; mais si l’on tient surtout au bois, il convient de les élever francs de pied ; ils acquièrent ainsi plus de vigueur et de plus grandes dimensions.

On est dans l’usage d’abattre les noix à grands coups de gaules ou de perches longues et flexibles ; à la bonne heure, si l’on a des raisons suffisantes de préférer ce procédé sommaire, mais brutalement destructif. Seulement il faut dès lors s’attendre à une production moins continue, moins abondante. Dans les jardins, dans les lieux enclos où les déprédations sont moins à craindre, il serait mieux, croyons-nous, d’attendre la chute des noix et de les ramasser chaque matin.

C. Aug. Hennau.

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Poire petit rousselet.

Synonymie : Rousselet de Reims.

(Spécimens récoltés sur pyramide.)

Cette poire doit être citée parmi les plus anciennement connues ; plusieurs auteurs ont prétendu en faire remonter l’origine jusqu’aux temps des Romains. C’est au moins une opinion très-hasardée, car Pline et les autres agronomes latins, en indiquant quelques traits saillants des principaux fruits cultivés en Italie, ne donnent aucune description complète ou même suffisante pour fournir des points de comparaison avec nos fruits actuels. Contentons-nous de remarquer que le Rousselet fait partie du petit nombre de fruits cités par Olivier de Serres et qui existent encore de nos jours.

L’arbre se cultive en haut-vent, en pyramide et en espalier, sur franc comme sur coignassier ; il est vigoureux et d’une très-grande fertilité, particulièrement dans sa vieillesse et en espalier. Il n’est pas difficile sur l’exposition ; toutes lui conviennent.

Merlet constate cette fertilité en disant : « Ce fruit est si requis, que pour en manger pendant un temps considérable, on en met en muraille à toutes expositions. »

Cet arbre s’accommode aussi de tous les terrains ; cependant ses fruits sont plus parfumés dans un sol léger. C’est à cette cause que Duhamel attribue la supériorité reconnue des poires de Rousselet récoltées à Reims, où cette variété a toujours été fort cultivée.

Lorsque nous avons à décrire, dans ces Annales, des fruits nouveaux récemment introduits, aucun détail de la physionomie de l’arbre ne saurait être indifférent ; le cultivateur doit être en mesure d’en vérifier l’identité et d’en comparer le signalement avec les individus qu’il possède ; mais, lorsqu’il s’agit de fruits aussi connus que le Petit Rousselet, nous pouvons borner notre description à quelques traits principaux.

Les rameaux, dans cette variété, sont de grosseur moyenne, légèrement coudés à chaque œil, d’un rouge brun très-intense, lisses et marqués de points gris peu nombreux.

Les feuilles sont grandes, plates, lisses, ovales, pointues aux deux extrémités, dentées finement et portées par un pédicule assez long.

Le fruit est petit, turbiné, vert foncé, tiqueté de points gris, maculé de rouge-brun du côté du soleil et jaunissant très-peu à la maturité. La chair est demi-beurrée, fine, relevée et parfumée d’un goût musqué qui lui est particulier, et qui caractérise cette variété comme un des types du genre poirier.

Le Petit Rousselet mûrit en Belgique du 1er au 30 septembre, suivant les terrains et les expositions ; nous en avons récolté parfois jusqu’à la mi-octobre ; il mollit assez vite et l’on doit s’empresser d’en tirer parti, en faisant sécher au four ce que l’on n’a pas le temps de consommer en vert ; il est éminemment propre à cet usage.

A. Royer.

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Prune impériale violette.


(Spécimens récoltés sur pyramide.)

Les variétés du genre prunier sont très-nombreuses dans les nomenclatures françaises ; Merlet, la Quintinie et Duhamel mentionnent une foule de Damas, de Perdrigons, de Diaprées, d’lmpériales, et autres prunes, dont la plupart sont peu cultivées en Belgique. Nous ne devons pas le regretter au point de vue des fruits de table ; nos jardins sont assez riches en variétés de premier ordre, et nous n’avons, sous ce rapport, que l’embarras du choix, depuis surtout que l’Amérique, où cette culture se fait sur une très-grande échelle, nous a envoyé beaucoup de variétés précieuses. Mais il n’en est pas de même de la culture des vergers, qui fournit au commerce les fruits secs, d’une si grande importance dans l’économie domestique. Cette industrie est florissante dans les vallées de nos provinces méridionales, où l’on a toujours cultivé pour cet usage le Quëtsch ou Koëlsche ordinaire, connu dans ces contrées sous le nom inexact d’Altesse ; cette variété est très-productive sans doute, mais laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la qualité et du poids. Il en résulte la nécessité de recourir à la France pour les fruits de choix : on les importe de Bordeaux spécialement, en assez grande quantité et à des prix fort élevés.

Dans l’intérêt du progrès de nos cultures, il serait donc important de rechercher les variétés fertiles de qualité supérieure, et analogues au Quëtsch sous le rapport du goût, de la couleur et de la forme.

Ces conditions paraissent réunies dans les prunes Diaprées violettes et Impériales violettes, qui se ressemblent beaucoup, mais qu’il ne faut pas confondre. La première mûrit au commencement d’août ; la seconde, dont nous nous occupons ici, est une variété du mois de septembre.

Cette prune est grosse, ovale allongée, suspendue à une queue longue de 25 à 27 millim’, vert grisâtre, placée dans une cavité assez profonde, étroite et arrondie. Le sillon est bien prononcé, quoique peu creusé. Le point pistillaire est roux, assez large, très-apparent, concave. La peau, violette et fleurie, est épaisse et se détache avec quelque difficulté de la chair. Celle-ci est ferme, succulente, vert jaunâtre, remplie d’un jus abondant, sucré et d’un goût relevé. Le noyau est ovale, pointu à son sommet et obtus à sa base ; il mesure 30 millimètres en hauteur, 17 en largeur et 11 en épaisseur ; les arêtes du ventre sont obtuses, crénelées, divisées par un sillon étroit et profond, celles du dos sont obtuses ; les joues sont convexes et rugueuses ; il se détache bien de la chair, à laquelle il n’est adhérent que par ses extrémités.

La Quintinie estimait tellement ce beau fruit, que dans la liste des premiers pruniers à planter dans un jardin de peu d’étendue, il place l’Impériale violette en troisième ligne, immédiatement après la reine-Claude [17]. Cet auteur affirme qu’elle est également bonne à manger crue ou en pruneaux. Merlet cite aussi les Impériales comme propres à ce dernier usage.

Dans le courant de cet automne (1853), nous avons vérifié ces allégations par quelques essais comparatifs. L’Impériale violette séchée, soumise au jugement de la commission royale de pomologie, s’est trouvée au moins égale en qualité à la Quëtsch ordinaire.

En poids, nous avons constaté les résultats suivants, sur trente-cinq fruits de chaque variété :

Quëtsch 
 130 grammes.
Prune de Bordeaux ou d’Agen 
 250 grammes.
Impériale violette 
 300 grammes.

Il serait donc intéressant de chercher à faire sortir la variété qui nous occupe, du cadre des fruits de jardin pour l’introduire dans la grande culture, et d’essayer sa fertilité dans les vergers. Nous en possédons quelques arbres en espalier au nord-est ; à cette exposition, elle n’a jamais été sujette à l’alternat des récoltes ; depuis vingt ans, celles-ci sont aussi abondantes que régulières.

L’arbre de l’Impériale violette n’est pas de première grandeur, mais il est vigoureux et d’une grande fertilité ; il manque rarement de donner.

Les rameaux sont assez longs, rouge brun du côté du soleil, verts, un peu violacés du côté opposé, surtout vers la cime ; le vieux bois est brun, tiqueté de très-petits points gris.

Le bouton est pointu, écarté de la branche par un support peu élevé.

Les feuilles sont ovales lancéolées, pointues par les deux extrémités, dentelées régulièrement et finement.

Les fleurs sont assez grandes et leurs pétales arrondis.

A. Royer.

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  1. M. Decaisne, professeur au Muséum d’histoire naturelle de Paris, et l’un des membres correspondants de la commission de Pomologie, nous a transmis, en 1850, une assez longue liste de ces fruits, avec prière de rechercher s’ils existaient encore en Belgique. On désirait les obtenir pour les classer dans la collection du jardin. Nos recherches n’ont abouti à aucun résultat.
  2. Nous nous sommes servis, pour les tableaux comparatifs, des Pomologies françaises et des principaux catalogues belges, français et anglais ; il est inutile de faire entrer dans ces recherches les Pomologies publiées en Angleterre, en Allemagne et en Hollande dans le xviiie siècle. La plupart des fruits qui s’y trouvent mentionnés sont ceux de la Quintinie et de Duhamel. Les variétés particulières à ces contrées sont en petit nombre et étaient d’une médiocre importance avant les temps modernes, (Voir Batte-Langley, Pomona, or the fruits garden illait, London, 1729 ; Mayer, Pomona Franconina, Vurtebourg, 1776 à 1779 ; Knoop, Pomologie et fructologie, etc., Amsterdam, 1768.)
  3. Nous possédons, dans notre jardin de Namur, un poirier de Virgouleuse en haut-vent ; cet arbre séculaire, énorme, greffé sur franc, se charge régulièrement de magnifiques récoltes ; ses fruits sont exempts de gerçures, parfaitement sains, lisses et sans taches, tandis que nos poiriers de Virgouleuse en espalier au midi ou au levant, nous donnent si rarement un fruit présentable que nous sommes forcés de les réformer. Ne peut-on pas conclure de là que l’arbre séculaire, exempt des altérations causées par les vicissitudes de la greffe, est plus rapproché du type primitif, et qu’il en a conservé la vigueur et la santé ?
  4. Tout en admettant la dégénérescence des arbres fruitiers, nous avons cependant peine à croire qu’elle ait lieu aussi rapidement.
  5. On est d’accord sur les caractères qui distinguent l’arbre, l’arbrisseau et l’arbuste.
  6. Le mot calice nous semble préférable à celui d’ombilic, expression fréquemment usitée et, selon nous, moins heureuse.
  7. Il est déplorable de voir les marchés des villes si mal approvisionnés de fruits ; les populations ne peuvent s’y procurer, à grands frais, que des poires de second ou de troisième ordre ; cependant, il est peu de fruits d’un transport aussi facile et d’une aussi longue garde. Ces considérations doivent attirer l’attention des cultivateurs sur les plantations de poiriers, au point de vue de la consommation intérieure et de l’exportation.
  8. On trouve les vers suivants dans un journal de Verdun de 1730 :

    L’humble François de Paule était par excellence
    Chez nous nommé le bon chrétien,
    Et le fruit dont le saint fit part à notre France
    De son nom emprunta le sien.

  9. Ce dernier synonyme, qui est le nom sous lequel est connue une pomme à cidre, nous parait devoir être rejeté.
  10. Cours d’horticulture, 46e leçon (Annales de la Société d’horticulture de Paris et centrale de France, vol. XLIII, page 477).
  11. Bourg de Hongrie, au pied du massif de collines appelé montagne de Tokay, à 60 kilomètres à l’est de Presbourg.
  12. Petite chaîne de collines de la Transylvanie, formant l’extrémité d’un contre-fort des Karpathes, qui va s’abaissant jusqu’à la Theiss, le long de la rive droite du Bodrogh.
  13. Kirsche, cerise ; wasser, eau.
  14. Année 1834, page 60.
  15. Traite théorique et pratique de la taille des arbres fruitiers, etc, par L. de Bavay.
  16. Voyez Annales générales des sciences physiques, par Drapier, Bort de Saint-Vincent et Van Mons, tome VII, page 315.
  17. Instruction pour les jardins, etc., édition de 1740, deuxième volume, page 405.