Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Émile Augier

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 65-67).

ÉMILE AUGIER

1820


Émile Augier, l’auteur applaudi des Effrontés, de Philiberte, de l’Aventurière et de tant d’œuvres vigoureuses et charmantes, naquit à Valence en 1820. Son théâtre constitue une vraie fortune pour la Comédie française, qui n’a pas entendu de langage plus franc contre les fantoches et les Tartuffes de notre siècle.


« Émile Augier, le mâle observateur qui prit
« La droiture à Molière, à Beaumarchais l’esprit. »

Aug. Dorchain.


Émile Augier a sa place dans notre recueil par un tout petit volume de poésies diverses ayant pour titre Les Pariétaires. Nous en détachons deux pages.

Ses œuvres se trouvent chez M. Calmann Lévy.

A. L.



OCTOBRE


Puisque Cybèle a clos ses amours de l’année,
Puisqu’elle a, jusqu’à mai, veuve du beau soleil,
Feuille à feuille, quitté sa robe d’hyménée,
Et que, froide déjà, triste et découronnée,
Elle va réparer ses flancs dans le sommeil ;


Puisque les vignerons ont fini la vendange,
Que le vin a coulé sous l’effort des pressoirs,
Que, pour les soins d’hiver, le village s’arrange,
Que l’attirail des champs s’abrite sous la grange,
Et que les froids matins se rapprochent des soirs ;

Quittant les champs mouillés et les vignes désertes,
Regagnons à Paris nos gîtes enfumés :
Ce n’est plus la saison des vestes entr’ouvertes,
Des chaleurs qui faisaient aimer les ombres vertes,
Des levers matinaux et des toits mal fermés.

Ce qu’il faut maintenant, c’est une chambre close,
Un foyer où pétille un fagot de genêts,
De la bière, une pipe, et, dessus toute chose,
Deux compagnons qu’on aime, avec lesquels on cause
Bien avant dans la nuit, les pieds sur les chenets.




À UNE BOURSE


 

De doigts mignons œuvre mignonne,
Petit filet de soie et d’or,
Charmant toi-même et plus encor
Charmant par la main qui te donne,
Va, ne crains pas que je t’ordonne
D’enfermer un pauvre trésor.

D’argent, les rimeurs n’en ont guère ;
Mais en eussent-ils par monceau,
Il salirait ton frais réseau.

Ton destin sera moins vulgaire.
Et tu seras le reliquaire
De mon cœur et de mon cerveau.

J’emplirai tes mailles de soie
De mes vers les plus parfumés,
De ces confidents bien aimés
Que nous ne voulons pas qu’on voie,
Car dans leurs plis sont notre joie
Et nos désespoirs enfermés.

Et, quand l’âge, glaçant la source
De la joie et de la douleur,
Laissera languir sans chaleur
Mon âme à la fin de ma course,
Je t’ouvrirai, petite bourse
Qui tiens l’épargne de mon cœur.