Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Gustave Levavasseur

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 61-64).

GUSTAVE LEVAVASSEUR

1819


Gustave Levavasseur, est né à Argentan. Ancien avocat retiré dans l’Orne, il est bien Normand, celui-là. D’une instruction rare et d’une inspiration fraîche, ce maître rimeur vit tranquille au pays d’Olivier Hasselin, sans doute oublieux de Paris qui ne l’a pas oublié.

Il a publié en 1850 Farces et Moralités, et en 1846 Poésies fugitives.




VIRE ET LES VlROIS



Qu’il fait bon aller, en rimant,
Des vaux de Vire aux vaux de Bures !
Pour un poète Bas-Normand,
Qu’il fait bon aller en rimant !
On s’inspire du sentiment
Des vieux chantres aux voix si pures.
Qu’il fait bon aller, en rimant,
Des vaux de Vire aux vaux de Bures !


Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
— C’était un médecin de Vire ;
Il tournait fort bien un sonnet :
Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
Aux malades il ordonnait
De ne jamais boire de pire.
Connaissez-vous Thomas Sonnet ?
— C’était un médecin de Vire.

Connaissez-vous maître Le Houx ?
— C’était un avocat de Vire ;
Il buvait du sec et du doux :
Connaissez-vous maître Le Houx ?
Il avait pris son nom du houx
Qu’aux cabarets on voit reluire.
Connaissez-vous maître Le Houx ?
— C’était un avocat de Vire.

Connaissez-vous maître Olivier ?
— C’était un vieux foulon de Vire ;
Il ne voulait que son cuvier :
Connaissez-vous maître Olivier ?
Quant aux finesses du métier,
Il savait chanter, boire et rire.
Connaissez-vous maître Olivier ?
— C’était un vieux foulon de Vire.

— L’Olivier, le Houx, le Sonnet
Sont Paix, Cabaret, Poésie :
Tout bon rimeur aime et connaît
L’Olivier, le Houx, le Sonnet,

Dame raison perd son bonnet
Lorsque la rime est bien choisie :
L’Olivier, le Houx, le Sonnet
Sont Paix, Cabaret, Poésie.

Vire est un lieu délicieux,
Vire est une ville normande.
Ce n’est pas le séjour des dieux,
Vire est un lieu délicieux.
Mais ce que j’aime beaucoup mieux,
La paix que l’on y trouve est grande.
Vire est un lieu délicieux,
Vire est une ville normande.

Les cabarets y sont nombreux
Et les buveurs y sont solides.
Bien plus qu’autrefois dans Évreux,
Les cabarets y sont nombreux.
On n’y voit pas de cerveaux creux.
Mais on y voit des verres vides.
Les cabarets y sont nombreux
Et les buveurs y sont solides.

C’est le frais berceau des chansons
Et la mère du vaudeville ;
Les plaideurs s’y font échansons,
C’est le frais berceau des chansons.
Les foulons percent les poinçons,
Les médecins boivent en ville :
C’est le frais berceau des chansons
Et la mère du vaudeville.


Qu’il fait bon aller, en rimant,
Des vaux de Vire aux vaux de Bures !
Pour un poète Bas-Normand,
Qu’il fait bon aller, en rimant !
On s’inspire du sentiment
Des vieux chantres aux voix si pures.
Qu’il fait bon aller, en rimant,
Des vaux de Vire aux vaux de Bures !