Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Charles Coran

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur* 1762 à 1817 (p. 381-383).



CHARLES CORAN


1814




Charles Coran publia Onyx (1841), Rimes galantes (1847), Dernières élégances (1869).

Il exprima dans ces différents recueils la vie joyeuse et spirituelle, plutôt en poète qui a le regret de l’ancien régime que l’amour du nouveau. On a loué justement l’aisance de son rythme, son vers léger et badin qui a toute la grâce du dernier siècle.

André Theuriet, en parlant des Dernières élégances, dit que « son livre vous fait l’impression du château de la Belle au bois dormant ; seulement ce château est une petite maison de la fin du dix-huitième siècle, et la princesse, endormie pendant une lecture des Contes moraux, s’est réveillée en l’an 1869, vêtue à la mode ancienne, avec un œil de poudre et un soupçon de rouge. »

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LE VIN DE JURANÇON




Petit vin doux de Jurançon
Êtes-vous gai dans ma mémoire !
Avec mon hôte et sa chanson,
Sous les rosiers j’allai vous boire.


Passant par là, vingt ans après,
J’ai retrouvé sous la tonnelle
Mon hôte, assis, toujours au frais,
Chantant la même ritournelle.

Le jurançon d’hier pressé
Me traite en ami de la veille ;
Les souvenirs du temps passé
Coulent déjà de la bouteille.

Le verre en main, rubis dans l’œil,
On trinque, on boit… mais quel vinaigre !
Jamais piquette d’Argenteuil
À mon palais ne fut plus aigre.

Pourtant c’est le cru du bon temps,
Le jus pareil, la même tonne….
C’est vous, gaîté de mon printemps,
Qui manquez au vin de l’automne.


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ÉCRIT SUR UN ALMANACH DES MUSES




Bouts rimés, impromptus, quatrains et triolets,
Vous avez eu vos jours de gloire et de conquêtes ;
Vous avez illustré des hôtels, des palais :
Versaille et Trianon vous ont donné des fêtes.

Mais il n’est plus le temps où vous suiviez la Cour,
Où les petits marquis vous ouvraient les ruelles,
Où les petits abbés pour vous plumaient l’Amour,
Et trempaient dans le musc d’érotiques bouts d’ailes.


Vous revêtiez alors l’éclatant maroquin ;
Vous portiez des signets en faveur rose et blanche ;
Au rebut maintenant, vous mourez en bouquin,
Près de la houppe à poudre oubliés sur la planche.



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