Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Dionys Ordinaire

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Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 196-198).




DIONYS ORDINAIRE


1826




Dionys Ordinaire, né à Jougue (Doubs) en 1826, est passé par l’École Normale, et a exercé près de trente ans le professorat. Il a écrit une Mythologie et une Rhétorique nouvelle (1866), très goûtées de Sainte-Beuve, et collaboré à la Revue des Deux-Mondes et à la Revue politique et littéraire. Il fonda en 1871 la Petite République Française. Élu membre de l’Assemblée nationale en 1870, il représente encore le département du Doubs à la Chambre des Députés.

Comme poète il a publié Mes Rimes, petit volume Rabelaisien, critique et gouailleur, fort bien apprécié en quelques lignes par l’éminent critique des Débats.

« Nourrisson d’Horace et de Rabelais, dit M. Weiss, M. Ordinaire n’est pas un simple imitateur qui s’adonne à l’artificiel et fait de l’anachronisme. Il est de son temps ; il al’humour ; il a le sentiment pur et frais de la nature. Dans Mes Rimes, tout est de verve, de flamme et de mouvement. Qui sait si ce modeste petit livre n émergera pas sur les ans ? La Fare et le chevalier Bertin n’ont-ils pas survécu ? M. Ordinaire a désormais son coin dans l’histoire des lettres. Pas bien large, ce coin, ni bien haut ! mais il est bien à lui. Quelque chose comme un arpent de terre, où rit le pampre et où sonne le franc baiser, sur une pente du Jura, à mi-chemin d’Arbois et de Saint-Amour. »

Les poésies de M. Dionys Ordinaire ont été publiées par A. Lemerre.

A. L.

AU SOLEIL DE PlCARDlE




Point de soleil qui leur sourie,
Point de ciel bleu !
Comment font-ils en Picardie
        Pour croire en Dieu ?

Ils ont là-haut une lanterne
        De papier blanc,
Qui vacille dans un ciel terne
        Au moindre vent.

C’est le soleil de l’Angleterre,
        C’est l’Apollon
Qui mûrit la pomme de terre
        Et le houblon.

Ô splendeur et magnificence
        Des pays plats !
Les brouillards rampent en silence
        Sur les colzas ;

Tandis qu’entre la betterave
        Et le froment
La Somme au pas tranquille et grave
        Passe en dormant.

Hélas ! j’ai bien froid, dit la terre,
        Et le soleil
Répond en clignant la paupière :
        J’ai bien sommeil !


Astre douteux, lumière brune,
        Quand tu nous luis,
On croit voir grelotter la lune
        Au fond d’un puits.

Tu n’es que le Sosie indigne
        Du vrai soleil
Qui fait circuler dans la vigne
        Un sang vermeil,

Écumer les jeunes automnes
        Dans les pressoirs,
Et pétiller des vigneronnes
        Les grands yeux noirs.