Anthologie des poètes français du XIXème siècle/Valéry Vernier

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Anthologie des poètes français du XIXème siècle, Texte établi par (Alphonse Lemerre), Alphonse Lemerre, éditeur** 1818 à 1841 (p. 208-210).




VALÉRY VERNIER


1828




Valéry Vernier, né à Lille, donna en 1857 Aline, histoire d’un jeune homme, roman en vers, dont la critique a justement loué la délicatesse et la grâce attendrie. Il a publié en outre les Filles de minuit.

A. L.






Cette heureuse maison, ce nid où l’on m’abrite
Est au bord du chemin que le silence habite.
Devant la grande grille et la première cour,
Trois sentiers se croisant forment un carrefour ;
Au centre un petit mont s’élève, et sur la crête
Un noyer, où souvent le voyageur s’arrête.

Au tournant du chemin, contre un saule chenu,
Est un vieux mendiant qu’on a toujours connu :
Son manteau gris de mur, dont jamais il ne change,
Et le chapeau qu’il tend, sont d’une forme étrange ;
On ne sait ni son nom, ni le trou dont il sort.
Il est là, voilà tout, contre son arbre mort.


On ne lui parle pas : c’est comme une statue
Qu’à voir au même lieu le regard s’habitue.
Lui, ne dit rien non plus ; son immobilité
Semble, dans son malheur, un reste de fierté ;
Et c’est ce qui le fait respecter au village.
Chez le docteur on l’aime : il sert au paysage.
Donc, en ce lieu paisible, on n’entend jamais rien
Que le cri du berger qui gourmande son chien ;
Seulement, par instants, une voix qui querelle,
Un bruit de chariots et de chevaux rappelle
Qu’à cent pas environ, derrière des taillis,
Passe en se repliant la route de Paris.

Entrez : la vieille grille est constamment ouverte,
Et le pauvre le sait : une corbeille verte,
Où des rosiers de Chine en tout temps sont fleuris,
Au milieu de la cour pare le pavé gris.
À gauche, est un hangar où serpente une vigne ;
À droite, l’écurie où, d’un air calme et digne,
La Grise, c’est le nom de la bonne jument,
Tourne la tête au bruit que l’on fait en passant.

Devant vous, la maison, façade régulière
Que précède un perron à balustres de pierre.
Au-dessus de la porte était un écusson,
Qu’insulta récemment le marteau du maçon,
Quoique cette maison, de mœurs hospitalières,
Eût porté dignement ces traces nobiliaires.

Le perron, où souvent l’on déjeune à midi,
S’ombrage d’un auvent en coupole arrondi.

Montez les six degrés en granit bleu de Flandre.
Poussez la porte : on vient, car on ne fait attendre

Ici personne. Alors, dans ce gai corridor,
D’où l’on voie le jardin, et loin, bien loin encor,
La campagne, les bois et la belle lumière,
Si c’est en ce moment Aline la première
Qui s’offre et vous reçoit, votre cœur enchanté
Saluera ce palais de l’hospitalité.

(Aline)