Anthologie féminine/Anne de Rohan

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Anthologie féminineBureau des causeries familières (p. 49-50).

ANNE DE ROHAN

(1580-1646)


Fille de René de Rohan et de Catherine de Parthenay[1], Anne de Rohan était d’un esprit très supérieur, comme celui de sa mère. Elle lisait couramment l’hébreu et écrivait de fort beaux vers. On lui attribue même une grande influence sur le poète Malherbe, au sujet de règles de la versification qu’elle le décida à adopter.

SONNET

Nature avoit encore un beau chef-d’œuvre à faire
Quand elle fist au jour naistre tes blonds cheveux,
Et dont la splendeur rend tous les cœurs furieux ;
De celuy qui son trait allonge pour y voir,

En vain viendroit Cérès au combat de ta gloire.
Pour emporter le prix entre tes blonds cheveux,
Car sa divinité n’a rien plus précieux
Pour imprimer dessus le tableau de mémoire.

Plustôt desmêlerait l’antre dédalien,
Mon cœur banny de soy, qu’il rompe le lien
Qui le tient enserré dans cette tresse blonde.

N’ayant rien de plus beau ny de plus lumineux
Aux flambeaux allumés sur le lambris des cieux,
Au point que leur clarté éclaire tout le monde.


  1. Voir page 42.