Anthologie féminine/Clotilde de Surville

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Anthologie féminineBureau des causeries familières (p. 21-22).

CLOTILDE DE SURVILLE

(Marguerite-Éléonore-Clotilde de Vallon-Chalys)
(1405-1494)


L’origine des délicates poésies connues de Clotilde de Surville est contestée, par le motif qu’on n’en mentionne nulle trace dans les ouvrages du temps. On les attribue au marquis de Surville, capitaine au premier régiment de France, fusillé en 1798, lequel n’aurait fait que pasticher les rondeaux de Charles d’Orléans, en assurant qu’il les avait trouvées dans des papiers de son aïeule. La famille Millet, descendante des Surville, vivant aujourd’hui, proteste énergiquement, avec documents à l’appui ; malheureusement elle ne peut produire les manuscrits mêmes, qui ont été égarés.

Suivant le précepte « dans le doute abstiens-toi », nous croyons devoir soumettre néanmoins ici quelques pièces au jugement du lecteur, et il dira comme nous :

Se non è vero, è bene trovato.

D’abord, les Verselets à mon premier-né[1] mis en musique et tant chantés vers 1805 :

Ô cher enfantelet, vrai pourtraict de ton pere,
 Dors sur le seyn que ta bousche a pressé !
Dors, petiot, cloz, amy, sur le seyn de ta mere,
 Tien doulx œillet par le somme oppressé.

Bel amy, cher petiot, que ta pupille tendre
 Gouste ung sommeil qui plus n’est fait pour moy !
Je veille pour te veoir, te nourrir, te défendre ;
 Ainz qu’il m’est doulx ne veiller que pour toi…

Et un triolet extrait de la pastorale héroïque de Rosalyre :

Tant au loing du roy de mon cœur
C’est trop, hélaz ! languir seulette !
N’ay plus ny parler, ny couleur,
Tant au loing du roy de mon cœur !
N’a donc pitié de ma langueur,
Lui qui n’oyoit que sa poulette ?
Tant au loing du roy de mon cœur
C’est trop, hélaz ! languir seulette !

  1. Les Poésies de Clotilde de Surville ont été publiées par M. Ch. de Vanderbourg, membre de l’Académie française, en 1803. Un des motifs faisant croire à une supercherie littéraire, c’est qu’il est parlé dans ces poésies des satellites de Saturne, dont le premier ne fut découvert par Huygens qu’en 1655. Ensuite, on n’alternait pas encore à cette époque les rimes masculines et féminines, quoique M. de Vanderbourg en donne des exemples dans des prédécesseurs de Clotilde, mais que les bibliographes récusent également.