Astronomie populaire (Arago)/XXI/26

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GIDE et J. BAUDRY (Tome 3p. 471-473).

CHAPITRE XXVI

explication de la lumière cendrée


Nous avons trouvé dans l’explication des phases de la Lune la preuve décisive que la lumière de notre satellite provient de celle du Soleil (chap. iv}).

On ne peut présenter contre cette explication qu’une seule difficulté. La totalité de la Lune se voit dans les circonstances où, d’après la théorie, on devrait n’en apercevoir qu’une petite partie. La lumière qui fait ainsi découvrir l’astre bien au delà de la portion directement éclairée par le Soleil, est comparativement très-faible et a été appelée du nom de lumière cendrée.

Après bien des hésitations on est parvenu à en découvrir la cause avec une entière évidence.

Le jour de la pleine Lune, les rayons réfléchis par cet astre éclairent la Terre assez fortement pour qu’on puisse supposer qu’un observateur situé dans notre satellite, verrait toute l’étendue d’un hémisphère terrestre. On l’apercevra aussi, mais plus faiblement, le jour du premier quartier lunaire, plus faiblement encore lorsqu’un croissant délié éclairera seul notre globe. Or, quels sont les faits sur lesquels nous nous sommes appuyés pour expliquer les phases de la Lune ? Le fait que la Lune est un corps opaque, non lumineux par lui-même et éclairé par le Soleil ; en second lieu, le fait qu’en vertu des changements qui s’opèrent de jour en jour dans les positions relatives de la Terre, de la Lune et du Soleil, des portions plus ou moins considérables de l’hémisphère éclairé de la Lune sont visibles de la Terre.

La démonstration serait donc applicable de point en point à des phases de la Terre pour un observateur situé dans la Lune. Seulement, les phases terrestres seraient toujours inverses des phases de la Lune telles qu’elles se présentent à un observateur situé sur la Terre ; ainsi, à la nouvelle Lune correspondrait la pleine Terre. Quand la Lune se montrerait à l’observateur placé sur la Terre, sous la forme d’un croissant très-délié, la Terre se présenterait, à un observateur situé sur la Lune, comme un cercle de lumière dans lequel une portion semblable par son étendue comparative au croissant de la Lune, serait obscure. Aux quartiers de la Lune correspondraient les quartiers de la Terre ; enfin, le jour de la pleine Lune, la Terre vue de notre satellite serait nouvelle ou totalement obscure. Or, si l’on se rappelle (chap. ix) que l’étendue superficielle de la Terre est environ 13 fois plus grande que l’étendue superficielle de la Lune, on concevra que les rayons solaires qu’elle lance par réflexion sur la surface lunaire, soient assez forts pour qu’après une seconde réflexion, ils puissent rendre visible la portion de notre satellite que n’éclairaient pas les rayons du Soleil.

Si l’explication de la lumière secondaire qui nous fait voir la portion de la Lune non éclairée par le Soleil, si l’explication que nous venons donner de ce qu’on appelle la lueur cendrée, est exacte, on concevra que cette lueur diminue d’intensité à mesure que la Lune marche vers son plein et croît, au contraire, de jour en jour pendant le décours de l’astre, c’est-à-dire, dans l’intervalle compris entre le jour de la pleine Lune et la disparition de notre satellite, le matin, dans les rayons du Soleil ; or, c’est ainsi que les phénomènes se passent généralement.