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Astronomie populaire (Arago)/XXXI/04

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GIDE et J. BAUDRY (Tome 4p. 523-526).

CHAPITRE IV

anciennes observations de neptune


Ainsi que je l’ai fait remarquer pour Uranus (liv. xxx, chap. iii), il était naturel de rechercher si Neptune n’avait pas déjà été observé comme étoile avant d’être trouvé comme planète. L’existence d’anciennes observations n’ôte rien absolument à la beauté de la découverte astronomique ; elle ne peut que lui donner un plus grand intérêt, en hâtant l’époque où les éléments de la nouvelle planète seront assez perfectionnés pour permettre de comparer l’orbite théorique avec l’orbite réelle et de découvrir, par la méthode qui a été couronnée de tant de succès en 1846, une planète troublante située au delà de Neptune. Les recherches faites par MM. Petersen, Walker et Mauvais dans l’Histoire céleste de Lalande (page 158) ont fait reconnaître que le 8 et le 10 mai 1795 Lefrançais de Lalande a effectivement observé Neptune comme étoile de huitième grandeur. M. Valz s’est étonné avec raison de trouver cette étoile dans les cartes publiées en 1822 par M. Harding, et dans la carte de Berlin publiée en 1831. Si, comme on l’a supposé, aucun astre n’avait été porté sur ces cartes qu’après une inspection personnelle faite par les auteurs, on serait conduit à admettre que l’étoile en question est périodique, qu’elle se trouvait au temps de Lalande dans sa phase d’invisibilité, et que la planète occupait exactement sa place ; mais la supposition qui conduit à ces conséquences semble, en point de fait, pouvoir être controversée.

Outre celles de 1795, on connaît encore comme observations de Neptune antérieures à sa découverte, deux observations indiquées par M. Hind dans les zones de Lamont (Munich), l’une pour le 25 octobre 18Û5 et l’autre pour le 7 septembre 1846. Dans le premier cas la planète est notée comme étoile de neuvième grandeur et dans le second elle figure comme étoile de huitième grandeur.

On a prétendu que la planète Neptune avait déjà été vue comme planète avant le travail de M. Le Verrier ; on a cité notamment des observations de Cacciatore et de M. Wartmann. Cacciatore, en effet, a soupçonné avoir vu en mai 1835, à Palerme, une planète qui n’a pu être retrouvée ; mais cette planète aurait occupé en 1846 une région du ciel diamétralement opposée à celle dans laquelle Neptune a été découvert. M. Wartmann a pensé avoir vu à Genève, les 6 et 25 septembre 1831, le 15 octobre et le 1er novembre de la même année, un astre très-faible, doué d’un mouvement propre rétrograde. Les astronomes n’ont tenu aucun compte de ces observations ; ils ne les ont pas même citées : leur rigueur était fondée sur les motifs qui, en 1759, les détournèrent pendant longtemps de faire usage des observations de Messier, relatives au retour de la comète de Halley, observations tenues secrètes sur l’inexcusable injonction de l’astronome De l’Isle, dont Messier était le subordonné. N’était-il pas étonnant, en effet, que M. Wartmann ne se fût pas empressé de communiquer au monde savant la découverte qu’il venait de faire d’un astre mobile, alors surtout qu’il n’avait personnellement aucun moyen d’en déterminer exactement la position ? Ne devait-on pas être surpris que l’observateur de Genève ne se fût décidé à révéler sa découverte qu’au moment où il était devenu impossible d’en constater la réalité ? D’ailleurs, en 1837, après s’être livré à un examen attentif des points du ciel où la prétendue planète avait pu se transporter, M. Wartmann s’arrêta à cette conclusion : L’astre a disparu ! conclusion inconciliable avec l’hypothèse d’un mouvement circulaire ou peu excentrique autour du Soleil, avec l’existence d’une planète réelle. Dans tous les cas, en septembre 1846, l’astre de M. Wartmann devait être plus loin de Neptune que Rigel d’Orion et toute confusion entre deux astres aussi distants est impossible.