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Astronomie populaire (Arago)/XXXIII/03

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GIDE et J. BAUDRY (Tome 4p. 650-654).

CHAPITRE III

la semaine


Goguet, adoptant sans réserve les opinions de Philon, de Josèphe, de saint Clément d’Alexandrie, a prétendu qu’une période de sept jours fut en usage chez tous les peuples de l’antiquité. D’autres, Costard par exemple, ont soutenu que les seuls Juifs employèrent la semaine dans ces temps reculés. (On peut voir cette opinion développée par M. Alfred Maury dans une note d’une dissertation de M. Biot, sur la Chronologie astronomique, insérée au tome xxii des Mémoires de l’Académie des sciences.) Il en est enfin, parmi lesquels je citerai Daunou, qui repoussent l’une et l’autre de ces deux opinions extrêmes. Suivant eux, la semaine figura, comme division du temps, chez les anciens Chinois, chez les Juifs, les Égyptiens, les Chaldéens et les Arabes. D’autre part, l’institution leur paraît avoir été inconnue en Perse, en Grèce, à Rome, à Carthage, etc. Telle est aujourd’hui l’opinion qui a le plus d’adhérents ; mais nous ne pourrions pas, sans sortir de notre cadre, nous livrer à la discussion minutieuse des passages qui ont semblé l’appuyer sur des bases solides. On suppose que la semaine pénétra en Grèce et dans l’Occident vers le iiie siècle de notre ère.

Il faudrait porter le scepticisme à l’extrême et n’avoir pas remarqué combien les mots des langues parlées se sont quelquefois modifiés en vieillissant, pour refuser de voir les noms plus ou moins corrompus des planètes, dans ceux que portent les jours de notre semaine. Examinons chacun de ces noms séparément, et tous les doutes au reste disparaîtront.

Prenons d’abord le nom des jours de la semaine dans les langues du midi de la France, nous trouverons pour ces noms : di-luns, di-mars, di-mercres, di-jous, di-vendres, di-sate, di-menge.

L’origine des six premiers noms est évidente ; quant au dimanche, il vient de dies dominica dont nos ancêtres ont fait, suivant les étymologistes, dominque, puis dominche, dimenche, et enfin dimanche.

Dans le calendrier anglais, le dimanche a conservé le nom du Soleil (sunday), le second jour porte le nom de la Lune (monday) ; dans la désignation des quatre jours qui suivent, les noms des divinités septentrionales ont pris la place de ceux des divinités grecques ; quant au septième jour, samedi (saturday), jour de Saturne, on est revenu à la mythologie des peuples méridionaux. Ainsi, on ne saurait le contester, les jours de la semaine portent les noms des sept astres que les anciens appelaient les sept planètes.

Suivant Dion Cassius (il était consul en 229), ces dénominations tirent leur origine d’une pratique généralement en usage chez les Égyptiens : celle de consacrer, dans un certain ordre, les diverses planètes aux vingt quatre heures de la journée, et d’appeler chaque jour du nom de la planète qui présidait à la première heure.

L’ordre suivant lequel les jours de la semaine se succèdent porte l’empreinte indélébile d’un ancien système d’astronomie, d’après lequel les planètes étaient d’autant plus distantes de la Terre qu’elles mettaient plus de temps à faire dans le ciel leurs révolutions apparentes. Ainsi, dans ce système, la Lune était la planète la plus voisine ; venait ensuite Mercure, puis Vénus, puis le Soleil que l’on considérait comme une planète, puis enfin, et dans cet ordre, Mars, Jupiter et Saturne.

On avait ainsi, en affectant à chaque planète le signe par lequel on les représente, la série suivante :

Saturne Jupiter Mars Soleil Vénus Mercure la Lune

De cette série, en suivant l’indication donnée par Dion Cassius, va résulter l’ordre actuel des jours de la semaine :

Samedi Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi
dont il serait impossible, sans cela, de trouver l’explication, ni dans le temps des révolutions des astres, ni dans les considérations relatives à leur éclat, à leur aspect physique, ni dans l’importance accordée aux divinités dans la mythologie ancienne. Pourquoi, en effet, le jour du Soleil succéderait-il au jour de Saturne, le jour de la Lune à celui du Soleil, le jour de Mars à celui de la Lune, ainsi de suite ? Prenons, au contraire, l’ordre des planètes signalé plus haut ; affectons chacune d’elles aux heures du jour, en comptant de gauche à droite, et lorsque la série des sept est épuisée, revenons de la Lune à Saturne. Pour tout dire, en un mot, comptons comme si les signes étaient disposés en cercle. Ainsi la première heure du samedi, saturday, chez les Anglais, étant consacrée à Saturne , la septième devait être consacrée à la Lune , ainsi que la quatorzième et la vingt et unième. La vingt-deuxième de ce même samedi était consacrée à Saturne , la vingt troisième à Jupiter la vingt-quatrième à Mars , la vingt-cinquième, ou la première du jour suivant, devait être consacrée au Soleil qui prenait ainsi son nom (sunday) du nom de cet astre. Partons maintenant du jour du Soleil, et nous trouverons que la septième, que la quatorzième et la vingt et unième heure de ce jour-là étaient consacrées à Mars, la vingt-deuxième l’était au Soleil, la vingt-troisième à Vénus, la vingt-quatrième à Mercure, et la vingt-cinquième, ou la première heure du jour suivant, à la Lune. Le jour qui suivait le sunday devait donc être le monday des Anglais, ou le di-luns des Méridionaux. En partant maintenant de lundi, on trouve que la vingt et unième heure de ce jour-là était consacrée à Mercure , la vingt-deuxième à la Lune , la vingt troisième à Saturne , la vingt-quatrième à Jupiter , la vingt-cinquième, ou la première heure du jour suivant, était consacrée à Mars . Nous voyons naître ainsi le di-mars. En faisant la même opération sur toutes les autres planètes, on arriverait définitivement à l’ordre actuel des jours de la semaine :
Samedi Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi
ordre dans lequel, comme nous l’avons dit plus haut, on trouve la trace évidente du plus ancien système astronomique.