Mozilla.svg

Au-dessus de la mêlée/Notes

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Au-dessus de la mêléeLibrairie Paul Ollendorff (p. 162-163).

NOTES

De la page 5 (LETTRE à GERHART HAUPTMANN)

La lettre à Gerhart Hauptmann, écrite après la ruine de Louvain et dans l’émotion de la première nouvelle, a été provoquée par un article retentissant de Hauptmann, paru peu de jours avant. Il y repoussait l’accusation de barbarie lancée contre l’Allemagne, et la retournait… contre la Belgique. L’article se terminait par ces lignes :

«… Je donne à M. Maeterlinck l’assurance que personne en Allemagne ne songe à imiter les actes de sa « nation civilisée ». Nous préférons être et rester les barbares allemands, pour lesquels les femmes et les enfants de nos adversaires son sacrés. Je peux lui assurer que nous ne massacrerons et ne martyriserons jamais lâchement des femmes et des enfants belges. Nos témoins sont aux frontières ; le socialiste à côté du bourgeois, le paysan à côté du savant, le prince à côté de l’ouvrier ; et tous combattent avec une pleine conscience pour un noble et riche trésor national, pour des biens intérieurs et extérieurs qui servent et au progrès et à l’ascension de l’humanité. »



De la page 25 (ÀU-DESSUS DE LA MÊLÉE.)

Mes adversaires n’ont pas manqué d’utiliser ce texte pour m’attribuer des sentiments de mépris à l’égard des races d’Asie et d’Afrique. — Cette accusation est d’autant moins fondée que j’ai parmi les intellectuels d’Asie de précieuses amitiés, avec qui je suis resté en communion épistolaire, durant cette guerre ; et ces amis se sont si peu trompés sur ma véritable pensée qu’un d’eux, un des principaux écrivains hindous ; Ananda K. Coomaraswamy, m’a dédié une admirable étude parue dans The New Age (24 décembre 1914), et intitulée : Une Politique mondiale pour les Indes. — Mais :

1° — Les troupes d’Asie, recrutées parmi des races professionnelles de la guerre, ne représentent nullement la pensée de l’Asie, comme le déclare lui-même Coomaraswamy.

2° — L’héroïsme des troupes d’Afrique et d’Asie n’est pas en cause. On n’avait pas besoin des hécatombes qui en ont été faites depuis un an pour admirer leur magnifique dévouement.

3° — Quant à la barbarie, je me plais à reconnaître que désormais « les peaux blanches » n’ont plus de reproche à faire aux « peaux noires, rouges ou jaunes. »

4° — Ce n’est pas à celles-ci que mon blâme s’adresse, c’est à celles-là. Avec autant de vigueur qu’il y a quatorze mois, je dénonce aujourd’hui encore la politique à courte vue qui a introduit l’Afrique et l’Asie[1] dans les luttes de l’Europe. L’avenir se chargera de me donner raison.
R. R.
  1. (Il est bien entendu que ces dénominations d’Asie et d’Afrique n’ont pas un caractère géographique, mais ethnologique. La Turquie n’est pas, n’a jamais été européenne ; et c’est une question de savoir jusqu’à quel point le sont certaines des puissances Balkaniques.)