Au Pays de Rennes/Canton de Janzé

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Hyacinthe Caillière (p. 206-211).


CANTON DE JANZÉ


Janzé ne ressemble pas aux autres petites villes de l’Ille-et-Vilaine. Celles-ci sont calmes, tranquilles, tandis que Janzé est d’une activité dévorante. On n’y rêve que commerce et de tous côtés s’en vont des voitures aux marchés voisins pour en rapporter les beurres, les œufs, la volaille qui sont ensuite expédiés sur Rennes ou Paris.

Les habitants sont constamment en voyage et n’ont ni l’esprit ni le caractère des autres habitants du département.

Le bourg de Janzé — à part sa nouvelle église, véritable cathédrale en pur style roman qui a coûté plus d’un million — n’offre rien d’intéressant.

C’est une ancienne dépendance de la seigneurie de Brie.

Un acte de 1118, relatif à la fondation de l’église de Saint-Martin, donne le nom de Janzioco à cette paroisse qui, dans d’autres titres, est appelée Janzey et Janzai.

Un fief appelé la Lanceule appartenait, en 1630, à Pierre Coupu, seigneur de la Lanceule et en 1420 à Jeanne de Rennes. Une chapelle en ruines du XVe siècle est tout ce qui reste de cette seigneurie.

La butte du châtellier, près de la rivière la Seiche, offre les vestiges d’un camp romain, résidence d’une station militaire qui protégeait la voie d’Angers à Carhaix, passant dans le voisinage.

En creusant sur cette butte on a découvert des tombeaux en schiste ardoisier et en calcaire coquillier, qui provenaient des sépultures du monastère de Saint-Pierre. D’autres tombeaux ont également été trouvés, en 1810, dans une prairie du manoir de Villeraut, dite le Clos-aux-Moines.

Une voie romaine traversait naguère la commune d’Amanlis ; on en retrouve la trace en plusieurs endroits. Elle se rendait, selon toute probabilité, du camp romain de la butte du Châtellier à Ker a ès ou chemin d’Aés. Elle traversait la Seiche sur le pont d’Epron en la commune de Nouvoitou. En faisant les travaux de terrassement d’un chemin vicinal d’Amanlis à Janzé, on découvrit, vers 1835, près de la ferme de Bois-Robert, un vase renfermant un assez grand nombre de monnaies gauloises. Le musée archéologique de Rennes en possède quelques-unes.

Toutes les communes du canton de Janzé rappellent un souvenir glorieux ou triste.

À Brie, par exemple, le premier seigneur connu dans l’histoire, s’appelait Robin Loaisel. Il prit part à l’association des nobles pour la défense de la Bretagne contre la France en 1375.

Jean Loaisel, président et juge universel de Bretagne, fut député près de Louis XI, et l’accompagna dans son voyage à Redon, en 1462.

À Boistrudan, c’est le recteur de la paroisse, M. Leroux, qui, en 1792, fut fusillé dans le cimetière. La croyance populaire en a fait un saint et l’on va en pélérinage sur sa tombe pour obtenir la guérison de diverses maladies.

L’ancien ministre Corbière est né aux Baluaux dans la commune de Corps-Nuds le 22 mai 1766. Il mourut à Rennes le 12 janvier 1853 et fut inhumé à Amanlis, où il avait une résidence d’été, le 14 du même mois à l’âge de 86 ans, 7 mois, 20 jours.

Il avait épousé la veuve du constituant Le Chapelier. Élu député en 1815, il fut nommé ministre de l’Instruction publique en 1820, ministre de l’Intérieur en 1821 et en même temps membre du conseil privé du roi et pair de France.

Exclu de la chambre des pairs, en 1830, pour refus de serment à Louis-Philippe, il se retira dans ses terres et resta étranger à la politique.

M. Corbière a écrit une notice inédite intitulée : Bibliographie des anciennes communes.

La maison noble du Plessix, commune de Piré, existait avant le XVIe siècle et appartenait à Guyar de Coëtlogon, sieur de Méjussaume, dont le double nom rappelle plus d’un gouverneur de Rennes.

Un château moderne, élevé par la famille Rosnyvinen de Piré, a remplacé l’antique manoir. Cet édifice, d’un aspect noble et élégant, quoique privé de ses bois séculaires, domine un riche vallon qui le sépare du bourg. Cette superbe propriété a été vendue par le dernier marquis de Piré à M. Caron député.

Ce marquis de Piré, qui est mort il n’y a pas plus de dix ans, avait été député sous l’Empire. Comme il avait l’esprit assez original, les journaux, et même l’officiel, lui prêtaient des interruptions à la chambre et des saillies spirituelles dont il n’était pas toujours l’auteur.

Ces bons mots étaient souvent d’Alphonse Daudet — peu connu encore comme écrivain — et qui était alors sténographe à la chambre des députés.

Quand par hasard le marquis de Piré le rencontrait il ne manquait jamais de lui dire : « Il y a bien longtemps, M. Daudet, que vous ne m’avez fait dire des choses drôles. »

Et quelques jours après les journaux signalaient une interruption du député Rennais avec des réflexions qu’il n’avait pas toujours faites.

M. de Piré devint le chevalier d’honneur de la princesse Bacciochi. À partir de ce jour il l’accompagna partout.

Un été ils allèrent se promener en Allemagne. La princesse voyageait sous le nom de duchesse de Camerata, nom qu’elle prenait toujours lorsqu’elle voyageait incognito.

Arrivés à Postdam, ils voulurent visiter le château royal de cette ville.

De nombreux gardiens les accompagnèrent pour leur faire admirer les merveilles de ce palais.

L’un d’eux, celui qui remplissait les fonctions de cicérone, les conduisit dans un vaste salon servant de musée. Là, il dit en montrant un tableau : « Voici, Madame, la bataille où le grand Frédéric battit à plate couture l’armée française. » Il en indiqua un second en faisant la même annonce, et ainsi de suite pendant un quart d’heure. Il s’agissait toujours, dans ces peintures, de la défaite de nos troupes.

La princesse bouillait d’indignation et donnait dans le dos à de Piré des coups de poings formidables.

Elle regardait le guide bien en face pendant ses explications comme si elle l’eût écouté avec intérêt.

La revue des tableaux terminée, au moment de sortir de la salle, elle prit tout-à-coup le larbin par le col de son habit et le secouant vigoureusement elle lui cria :

« C’est très bien ! maintenant tu vas me faire voir la fenêtre par laquelle ton maître le roi de Prusse s’est sauvé lors de l’entrée de l’armée française à Postdam après Iéna.

Il y avait effectivement, dans le palais, une croisée par laquelle le roi, surpris au moment de l’arrivée des Français, s’était enfui précipitamment.

Le marquis tremblant s’écria : Oh ! princesse, taisez-vous. » Elle lui appliqua un renfoncement sur son chapeau en disant : « Mais tu ne vois donc pas que ce sont tous des gredins ! »