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Au Pays de Rennes/La Vilaine

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Hyacinthe Caillière (p. 53-60).


LA VILAINE.[1]


Lorsque les Romains devinrent maîtres de la Gaule, leur premier soin fut de créer des voies de communication ; ils durent également s’occuper de l’amélioration du cours des fleuves et rivières, afin de faciliter la navigation. Des travaux de ce genre, exécutés sur quelques points de la Gaule, ne permettent pas de douter qu’il en fut ainsi pour la rivière de Vilaine et qu’un cours d’eau si utile, si vénéré (herius fluvius) ait été laissé sans soins. Quoi qu’il en soit, les barrages qui ont ralenti le cours de cette rivière sont très anciens, car quelques uns sont cités dans le cartulaire de Redon comme existant dès le IXe siècle.

Antérieurement au XVIe siècle, la navigation sur la rivière de Vilaine avait lieu au moyen de bateaux circulant dans les biefs compris entre les chaussées des divers moulins établis sur cette rivière. Depuis Messac, le transbordement se faisait à chacune des chaussées jusqu’à Pont-Réan et de là, les marchandises, chargées sur des voitures, étaient dirigées vers leur destination.

Vers le milieu du XVIe siècle, Léonard de Vinci ayant établi en Italie, au moyen d’écluses à portes tournantes, la communication entre les deux canaux de Milan, la ville de Rennes songea à s’occuper du projet de canalisation de la Vilaine par la construction d’écluses. Des projets furent dressés pour l’exécution de ce travail, depuis Rennes jusqu’à Messac, et le roi François Ier autorisa à cet effet, au mois d’Août 1539, la levée d’un impôt qui devait produire environ 6.000 livres par sa perception à Rennes et 18.000 livres dans tout le reste de la Bretagne.

Dès 1540, les travaux furent activement poussés mais ne purent atteindre le but proposé, tant par suite de l’incapacité des ingénieurs italiens et hollandais chargés de leur direction, que par les difficultés de toute nature soulevées par les riverains. Néanmoins, le vendredi 5 janvier 1542, le premier bateau chargé de vin arriva de Redon à Rennes.

Un habitant de notre ville, appelé Léon Hue, s’engagea à assurer le service de la navigation à l’aide des seules chaussées destinées à retenir les eaux. Les bateaux devaient être enlevés par un système de grues et de leviers, et franchir successivement tous les barrages. Par lettres patentes du 12 Octobre 1571, le roi consentit à ce nouvel essai qu’il fallut abandonner après quelques mois.

Plus tard, une association de capitalistes demanda, moyennant une concession d’exploitation exclusive de trente années de service des bâteaux de la rivière, à construire dix écluses sur le modèle de celle de Blossac. Henri III y consentit par lettres patentes de 1575, et pour faciliter l’entreprise, décida que tous les riverains devraient le passage aux bateliers sans autre indemnité à payer par les entre preneurs que la valeur des bois abattus. Les travaux furent poussés avec une très grande activité et, dès l’année 1585, la navigation fut assurée sur tout le parcours.

En 1610, une nouvelle écluse (la onzième), celle du moulin de la Poissonnerie, fut construite avec les deniers de la ville de Rennes.

En 1616, notre ville, maîtresse du cours de la rivière, abolit tout monopole et rendit la navigation libre sans autre condition que celle d’acquitter de modiques droits aux écluses, droits qui étaient affectés à l’entretien de ces constructions.

Un arrêt de 1635 avait ordonné la construction des écluses de Joué et de Saint-Hélier en amont de Rennes, mais il n’y fut donné suite que plus tard, et les travaux de ces deux écluses ne furent exécutés qu’en 1725 et 1726, d’après un projet dressé le 6 juillet 1722 par M. Robelin, ingénieur, et adjugé le vendredi 24 du même mois.

Le 2 Mai 1728, le Conseil d’Etat décida que sur le crédit de trois cent mille livres accordé pour divers travaux par délibération des Etats de la province de Bretagne, [2] une partie serait attribuée à l’établissement des ouvrages nécessaires pour rendre la rivière de Vilaine navigable toute l’année au moins, depuis Rennes jusqu’à Messac, d’après le projet dressé par le sieur Gabriel, contrôleur général des bâtiments du Roy, premier Ingénieur des Ponts-et-Chaussées et Directeur général des travaux pour la rectification de la partie incendiée de la ville de Rennes.

Pendant l’année 1761, on fit de nombreuses réparations aux écluses de la Vilaine et un mémoire à l’appui des dépenses fut présenté par M. l’Ingénieur Chocat de Grand Maison, le 13 Janvier 1762.

Vers 1780, les États de Bretagne, stimulés par M. de Rosnyvinen de Piré, entreprirent de doter la province d’un système complet de canaux et sentirent qu’une des premières nécessités était de se rendre maîtres de la canalisation de la Vilaine.

Les commissaires spécialement préposés à la navigation intérieure de la Bretagne furent en conséquence chargés de traiter avec la ville de Rennes, de l’acquisition de cette propriété. Les parties intéressées n’ayant pu se mettre d’accord, les commissaires des États soumirent la question au Parlement, qui rendit le 7 Août 1785, un arrêt par lequel la ville fut contrainte d’abandonner la navigation depuis Joué jusqu’à Messac, ainsi que tous les droits qu’elle en retirait, moyennant une rente annuelle. Rennes cessa d’être propriétaire de la navigation et reçut en échange un revenu de 8,425 livres. La Révolution en supprimant la province et les États, fit également disparaître le revenu.


Vue générale de Rennes prise du boulevard Laennec

Après l’incendie de Rennes, en 1720, un vaste plan avait été conçu pour le redressement du cours de la Vilaine dans la traverse de la ville, mais ce projet fut longtemps considéré comme une utopie. Néanmoins lors de l’achèvement du canal d’Ille-et-Rance, en 1834, il fut décidé que comme complément de ce travail, en même temps que comme tête du canal projeté de la jonction de la Vilaine à la Mayenne il serait procédé à l’ouverture des quais.

La loi du 8 juillet 1840 autorisa l’exécution des travaux, à la charge par la ville d’indemniser tous les propriétaires expropriés, et un emprunt de 800 000 francs fut autorisé à cet effet par la loi du 25 Juin 1841.

La dépense nette de cette expropriation s’est élevée à 848 164 fr. 92 centimes.

La construction des quais a coûté trois millions.

Trois ponts ont été exécutés par l’État sur la ligne des quais :

Le pont Saint-Georges, à l’entrée de l’avenue de la gare, avec culées en maçonnerie et arche en métal de 20 mètres d’ouverture (système Polonceau) établi en 1843, sous la direction de M. Guichard Ingénieur en chef directeur.

Le pont de Nemours, en pierre de taille, a été construit au bout de la rue de Rohan. La première pierre de ce pont, dont le projet avait été dressé par M. Le Pord, Ingénieur ordinaire, fut posée le 20 Août 1843 par Louis-Charles-Raphaël-Philippe d’Orléans, duc de Nemours, qui passait par Rennes pour se rendre au camp de Thélin près Plélan.

Le pont Napoléon (aujourd’hui de la Tour d’Auvergne), projeté également par l’Ingénieur Le Pord, a été établi en 1858, à l’entrée de l’avenue ouverte conformément aux ordres de l’Empereur, sur la demande du Génie militaire, pour mettre plus facilement en communication les divers établissements militaires.

Le pont de Berlin, joignant la rue de ce nom à la rue Chalais, a été construit vers la fin de 1836 aux frais de la ville de Rennes, sur les dessins de M. Millardet, architecte. Il s’écroula le 5 Septembre 1837 et ne put être livré à la circulation qu’en Décembre 1839.

La construction des quais, dans la traverse de Rennes, avait été interrompue par l’impossibilité où se trouvait la ville de livrer les terrains occupés par l’hospice Saint-Yves ; on n’a pu procéder à leur achèvement qu’après la translation de cet hospice, le 21 Novembre 1858, au nouvel Hôtel-Dieu construit au Nord-Ouest de Rennes.

Depuis cette époque, la ligne des quais a été prolongée en aval sur la rive droite de la Vilaine, jusqu’au bout de la promenade du Mail.

En amont de Rennes on s’est occupé d’un commencement d’exécution de la jonction de la Vilaine à la Mayenne par l’ouverture du canal du Mail-Donges et la construction de l’écluse de la chapelle Boby.

De grandes améliorations avaient d’ailleurs été apportées au service de la navigation depuis 1830. On avait procédé à la reconstruction de quatre écluses et cinq déversoirs et allongé les diverses autres écluses, pour les mettre en état de recevoir les bateaux provenant du canal d’Ille-et-Vilaine. Les bateaux ou péniches naviguant autrefois sur la rivière de Vilaine, étaient composés de deux parties qui se divisaient pour franchir les écluses.

En amont de Rennes, l’écluse de Joué, supprimée en 1840, a été restaurée au mois de juillet 1889. La navigation a été alors rétablie, entre Rennes et Cesson.

Un petit bateau à vapeur de plaisance (l’Abeille) a inauguré, le dimanche 29 septembre 1889, cette nouvelle voie de communication. Parti du palais du commerce, il a transporté un grand nombre de voyageurs au bourg de Cesson.



  1. Ce travail sur la navigation de la Vilaine est en entier de M. Gobaille. En sa qualité de conducteur des Ponts-et-Chaussés, il lui a consacré tous ses soins.
  2. Les Etats de Bretagne, à maintes reprises, s’intéressèrent à la question de la canalisation des rivières.
    En 1730, le 8 décembre, les Etats votaient 10.000 liv. pour la création d’un canal de jonction entre la Rance et la Vilaine
    En 1746, M. de Kersauson soumettait aux Etats un vaste projet de canalisation :
    1o Entre la Rance et la Vilaine (Rennes à Dinan) ;
    2o Entre l’Oust et le Blavet (Rohan à Pontivy) ;
    3o Entre la Vilaine et la Loire ;
    4o Entre la Vilaine et la Mayenne ;
    5o Eventuellement entre l’Aulne et le Blavet.
    Le projet était soumis à l’étude, et à la tenue suivante, le 3 nov. 1748, les Etats approuvaient les devis de l’ingénieur Abeille, pour la création de 3 canaux entre la Rance, la Vilaine, la Loire, l’Oust et le Blavet, mettant en communication St-Malo, Dinan, Rennes, Redon, avec Nantes, Josselin, Pontivy et Lorient.
    L’Empire réalisa les projets émis un demi-siècle auparavant, et abandonnés tante de fonds, et grâce à l’inertie du gouvernement central (canal d’Ille-et-Rance, canal de Nantes à Brest). Mais le canal de la Vilaine à la Mayenne est encore aujourd’hui à l’état de projet.