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Au Pays de Rennes/Le Palais Universitaire

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Hyacinthe Caillière (p. 60-71).
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LE PALAIS UNIVERSITAIRE


Ce monument assez vaste, mais de triste apparence, avait été construit sur la rive gauche de la Vilaine, près du pont Saint-Georges, pour recevoir les facultés de droit, des sciences, des lettres et les Écoles préparatoires de médecine et de pharmacie.

La première pierre de ce monument, construit d’après les plans de M. Boullé qui était alors architecte de la ville, fut posée le 4 Mai 1849, par M. de Caffarelli, Préfet d’Ille-et-Vilaine.

Une boîte en chêne, doublée de plomb, placée à l’angle Nord-Ouest de l’édifice dans une pierre creusée à cet effet contenait, outre le procès-verbal de la cérémonie, des pièces frappées à l’effigie de la République Française, en cette même année 1849.

Le procès-verbal indiquait, comme protocole, que le jour de la pose étaient :

Président de la République, Louis Napoléon
Ministre de l’Instruction publique, De Falloux
Ministre de l’Intérieur, Léon Faucher
Commandant la 15e Division militaire, Duvivier
Préfet d’Ille-et-Vilaine, E. de Caffarelli
Evêque de Rennes, Brossays Saint-Marc
Maire de Rennes, E. Pongérard
Recteur de l’Académie, Théry
Entrepreneur, Léofanti

Le palais universitaire, commencé en 1849, a été terminé en 1855. Il renferme, outre les facultés et les écoles dont il a été parlé plus haut, un superbe Musée de peinture, de sculpture, de dessins, d’antiquités et d’histoire naturelle.

L’inauguration des Musées au Palais universitaire eut lieu le 12 août 1855.

Le Musée de peinture est l’un des plus riches de province. On y voit un nombre assez considérable de tableaux de maîtres. Les principaux sont :

Ecole italienne.Persée délivrant Androméde, de Paul Véronèse. Ce magnifique tableau a été gravé par Louis Jacob. Il faisait jadis partie de la collection du Roi. Il fut envoyé à Rennes, avec 40 autres toiles, sous le gouvernement impérial de 1804 à 1808.

Jésus descendu de la Croix et pleuré par la Vierge, de Barbieri (Giovanni-Francesco), dit « il Guercino. »

Le Martyre de Saint-Laurent, de Luca Giordano. — Le Repos en Egypte, d’Annibal Carrache. — Le Baptême de Jésus-Christ, de Paul Véronèse. — Les Martyres de Saint-Pierre et de Saint-Paul, de Louis Carrache. — La Tête de Saint-Philippe, du même.

Un paysage représentant un Berger gardant son troupeau, de Lucatelli (Andréa). — Des Femmes lavant du linge, de Féti (Domenico). − Peneloppe, de Jacopo da Ponte « dit le Bassan ». − Bacchanale, de Primaticcio (Francesco). — Le Massacre des Innocents, du Tintoret (Robusti). — La Mort d’Abel, d’Elisabeth Sirani.

Écoles flamande, allemande et hollandaise. — Chasse au Tigres et aux Lions, de Rubens. − Le Christ en Croix, avec plusieurs personnages, de grandeur naturelle, de Jordaens. — Saint-Luc peignant la Vierge, superbe tableau de Van Veen « dit Heemskerk », (le Louvre ne possède rien de ce maître). L’Élévation en Croix et la Résurrection de Lazare, deux jolies toiles de Crayer (Gaspar de). — La Madeleine repentante, de Philippe de Champaigne. — La sainte famille, de Van Dyck. — Village au bord d’un canal, de Breughel, dit de Velours. — Cabaret sur le bord d’un chemin, près d’un grand chêne ; à la porte sont arrêtés des voyageurs. Ce tableau, signé Gnees, est attribué à Decker. C’est une erreur. Il doit être, en effet, de Gnees, élève de Rubens, qui a gravé plusieurs œuvres du maître. — Jésus chez Simon le Pharisien, de Franck (Franz le jeune). Les sujets des grisailles, qui entourent le tableau central, sont tirés de la vie de la Madeleine. — La Vierge au Chardonneret, de Van Herp. — Un trompette qui veut embrasser une servante, de Leermanns, signé et daté de 1677. — Jeune femme à laquelle une vieille coupe les ongles des pieds, de Rembrandt. — Intérieur de Cabaret, de Teniers (David), dit le Vieux. — Intérieur de Cabaret, avec Joueurs de Cartes et Fumeurs, de Teniers (David), dit le Jeune. — Intérieur hollandais, un vieillard se coupant les ongles, de Van Tol (Dominique). — Un Homme écoutant une femme qui lui dérobe un ornement de sa Toque, très joli tableau dont on ignore l’auteur. Il est attribué à Vuchel. — Un Marché aux Chevaux, grande composition de Wouwerman (Pieter). — Deux Paysages, avec figures, de Wynandts (Jan). — Des Nympbes jouant avec des Satyres, de Spieriekx, signé et daté de 1659. — Sainte Famille dans un Paysage, de Sandrart. — Jésus crucifié entre le bon et le mauvais larron, de Schwartz. — Portrait de Charron, écrivain de l’époque de Henri IV, de Porbus (Franz). — Convoi en marche sur le bord d’un canal, qui traverse une forêt, de Van der Meulen (Anton-Franz). Ce tableau a pour pendant un paysage du même auteur, dans lequel on voit un carrosse attelé de huit chevaux blancs. Ces deux toiles, toutes petites, sont charmantes. — Le Musée possède en outre, de Meulen : Une chasse royale aux environs de Vincennes ; les Magistrats de Dôle offrant les clefs de la ville à Louis XIV. Le Ministre Colbert s’était attaché ce grand artiste, qui accompagna les armées, afin de reproduire fidèlement l’histoire militaire du roi. — Portraits de ses deux fils, par Van Mieris (Franz), dit le Vieux. — Une Dame et sa toilette, de Van Mieris (Villem). — Un tableau de Mytens, qui représente, croit-on, une fête donnée dans une des salles du palais du Stathouder, à Loyse-Marie de Gonzague, lors de son voyage pour se rendre près de son époux, le roi de Pologne. — Vue intérieure d’une église Gothique, avec figures de Neffs (Peter), dit le Vieux.

École française, ancienne et moderne. — Une Descente de Croix, de Lebrun. — Une chasse au loup, de Desportes. — Orphée aux Enfers, réclamant Eurydice, de Restout. — Jésus au jardin des Oliviers, de Jouvenet. — Noémie quittant la terre de Moah, pour retourner à Bethléem, Ruth l’accompagne ; Orpha, son autre belle fille, renonce à la suivre (signé d’Abel de Pujol, et daté de 1832). — Jésus aux Noces de Cana, très grand tableau attribué à Jean Cousin. C’est d’ailleurs avec cette supposition que cette toile fut envoyée à Rennes, dans les premières années de l’Empire. C’était le fond d’un autel de l’église Saint-Gervais, à Paris. Cousin, comme on le sait, demeurait dans cette paroisse, et avait même peint les vitraux de l’église. — Saint-Etienne prêchant l’Évangile, de Natoire. — Quatre belles toiles de Casanova : Voyageurs surpris par l’orage ; Scène d’ouragan ; Attaque de voleurs la nuit, avec effet de lune ; Voyageurs sur un chariot, précipités dans un torrent. — Sainte-Catherine, martyre de Claude Vignon. — Le Nouveau-Né, effet de lumière ; la Sainte-Vierge, Sainte-Anne et l’Enfant Jésus, auquel des anges présentent des fruits. Ces deux tableaux curieux sont de Le Nain. — Alexandre Le Grand cédant Campaste à Apelles, de Charles Meynier. — Délicieux portrait d’Éléonore Galligaï, maréchale d’Ancre, sœur de lait de Marie de Médicis, de François Quesnel. — Portrait d’Homme, drapé d’un manteau de velours cramoisi, et Portrait de Femme, drapée de la même façon, de Troy. — La Malade guérie en touchant les vêtements du Christ, de Louis Boullongne, le Jeune, daté et signé. — La Résurrection du Christ, de Noël Coypel. — Deux tableaux représentant Jupiter et Junon, sur le Mont Ida, et Vénus apportant les armes à Énée, de Antoine Coypel. — Le Christ en Croix, de Ferdinand. — Moine en prière dans la solitude, singulier paysage de Caruelle d’Aligny. — Jésus dans le désert, suivi par les anges, de Lesueur. — Bords de la Meuse, d’Anastasi, gentil paysage. — Femme âgée tenant des perles, splendide portrait, de Dumoutier. — Le comte de Comminge reconnaissant Adélaïde sous le costume de trappiste, au moment où on va l’enterrer, de Claudius Jacquand. — Deux superbes paysages de Francis Blin, de Rennes, mort en 1866, à l’âge de 39 ans, au moment où il commençait à avoir un nom : Souvenir de la Creuse et le Matin dans la Lande, à Monterfil (Ille-et-Vilaine). Les Pins de Plédéliac (Côtes-du-Nord) de Segé. — L’Anse d’Erquy (Côtes-du-Nord) d’Henri Saintin. — Attentat et la vie de Hoche, de Bertaux. — La Part des pauvres, de Marius Roy. — Nature morte, de Bourgogne. — Le repos du modèle, de Bompard. — La Mort de Saint-Jean-Baptiste, de Lévy. — Nymphe, de Feyen-Perrin. — Ma Nourrice, de Chaillou. — Sous-Bois, de Pelouze. — Mort du général Beaupuy, de Bloch. — La création, de Médard. — Berger étouffant un lion, de Lehoux.

Dessins et Gravures. — Ces collections renferment de charmants dessins de Michel-Ange, de Carrache, de Rubens, de Van Dyck, de Jordaens, du Titien, du Corrège, du Dominiquin, etc. L’authenticité est certaine. Ces dessins, placés par écoles, proviennent du cabinet de M. le marquis de Robien, connaisseur distingué.

Les gravures à l’eau-forte et au burin, au nombre de 224, ont été extraites d’une collection appartenant à la ville de Rennes et formée aussi par les soins de M. le président de Robien. Elles font connaître l’histoire de la gravure et la manière des principaux maîtres, depuis 1480, jusqu’à la fin du xviiie siècle.

Sculpture, — Bronzes. − Les deux bas-reliefs de Coysevox, qui décoraient autrefois le monument élevé à Louis XIV sur la place du Palais ; trois bustes de Barré ; Turquety, Boulay-Paty et Leperdit ; trois statuettes de Frémiet, élève de Rude.

Marbres. — Une statue colossale de Louis XVI, de Molchnecht. — Une Lesbie et un Noé grandeur naturelle de Lanno, de Rennes. — La Pensée, de Thomas. — Quatre bustes de Gérardin, Le joueur d’Onchets, de Dubois, de Rennes. — Le Petit Savoyard, de Pierre Gourdel, d’après Julien Gourdel. — Une jeune fille caressant un lévrier, ouvrage florentin, sans nom d’auteur. — Une ravissante Hébé, de Captier. — Le génie du mal, de Boisseau. — Tête de femme, de Robin. — Madeleine, de Dolivet. — Un buste de Lamennais, de David d’Angers, — et de nombreux bustes d’auteurs inconnus.

Plâtres. — Les plâtres sont dus en partie à des artistes bretons. Le sculpteur Gourdel, de Châteaugiron, y est dignement représenté : Le Petit Savoyard, La Petite fille au chien, Niobé, Toullier, etc. — De nombreux bustes de Lanno, de Pierre Gourdel, de Suc. — Satan, de Toulmouche.

Le Musée s’est enrichi d’œuvres nouvelles : L’Etoile du Berger, et la Défense du territoire, de Quinton. — Mignon, de Dolivet. — George Sand, d’Aimé Millet. — Bethsabée, de Blanchard. — La Vigne, de R. de Saint-Marceaux. — Joachim du Bellay, de Léofanti. — Une esquisse de Jeanne d’Arc, de Frémiet. — Étienne Marcel, maquette originale d’Idrac. — Premières funérailles, de Barrias. — L’immortalité, de Longepied. — Diane et la Femme au paon, de Falguière. Mercure inventant le caducée, d’Idrac. — La Musique, de Delaplanche. Chanteur florentin, de Dubois. — La Danse, de Delaplanche. — La Fortune, de Moreau-Vauthier. — Guy d’Arezzo, de Pêche. — David, de A. Mercier. — Et un buste de Jeanne d’Arc, de Chapu.

Pierre. − La Madeleine, de Barré.

Moulages sur l’antique. — L’Apollon du Belvédère. — Philopœmen, d’après David d’Angers, 1837. — Le Gladiateur. — Vénus dé Médicis. — Statue funéraire du chevalier messire Jacques Guibé, seigneur du Chesnay, etc., moulée sur un tombeau provenant de l’ancienne cathédrale de Rennes.

Bois. − Deux panneaux sculptés représentant des fleurs.

Terre. — Des joueurs de cartes, de Graillon ; quatre bustes et une statuette de Pierre Gourdel. — Plusieurs groupes d’auteurs inconnus.

Musée Géologique. — Fondé en 1853, il réunit tous les éléments géologiques qui forment la composition du bassin silurien de l’Ouest et de tous les terrains constituant l’écorce solide du globe.

Ce musée créé par M. Marie Rouault vient d’être classé par M. Bezier qui en a été nommé Directeur.

Musée Zoologique. — Les collections qui composent ce musée, faisant suite au précédent, appartiennent à la Faculté des Sciences. Elles ont été, sinon créées, du moins considérablement augmentées par M. Sirodot, doyen de cette Faculté.

A côté des nombreux squelettes de toutes sortes, hommes et animaux, des oiseaux empaillés, des papillons aux riches couleurs, des reptiles monstrueux, des coquillages splendides, on remarque les intéressantes découvertes de M. Sirodot, au Mont-Dol : les ossements et dents d’éléphant (mammouth), de cheval, de rhinocéros à narines cloisonnées, de bœuf, d’ours, de cerf, de loup, voire même de lion, etc. ; les silex, sous forme de hachette, de flèche, de casse-tête, etc., et enfin les coquilles.

Dans ce musée, tout est en ordre, tout est classé, rangé et étiqueté avec un soin minutieux, de façon à rendre l’étude facile et attrayante.

Une autre galerie Zoologique, appartenant à la Ville et indépendante de celle de la Faculté des Sciences, comprend une splendide collection de coquillages, des papillons, des oiseaux du pays, etc.

Le Musée Archéologique est situé également au Palais Universitaire. Bien que confiné dans un étroit local du second étage, il n’en est pas moins très remarquable et mérite d’être visité.

Ce musée a été formé, en grande partie, par le cabinet de M. de Robien dont il a été plusieurs fois question. Son fils hérita de ses collections, qui furent confisquées à l’époque de la Révolution. La loi du 8 pluviôse an ii donna aux directoires de district la propriété des objets d’art provenant des confiscations, et une décision du Ministre de l’intérieur du 24 ventôse an xiii attribua à son tour cette propriété aux communes. La ville de Rennes prit possession du cabinet de Robien le 24 vendémiaire an xiv.

Lors des travaux exécutés à Rennes, de 1841 à 1845, pour la canalisation de la Vilaine dans la traverse de la ville, on découvrit dans l’ancien lit de la rivière un énorme dépôt de monnaies romaines de tous métaux et de tous modules, depuis l’époque de la conquête jusqu’au ive siècle de notre ère. C’est ainsi qu’un nombre considérable de monnaies antiques vint se joindre aux séries numismatiques du président de Robien. Aujourd’hui, la collection de monnaies et médailles s’élève à plus de 10 000 pièces.

Le musée Archéologique, successivement enrichi par les dons de l’État, par des libéralités de citoyens généreux, par des acquisitions de la municipalité, renferme la collection particulière de la Société Archéologique du département d’Ille-et-Vilaine, qui conserve son droit de propriété distinct sur chaque objet qu’elle y dépose.

Nous devons signaler, parmi les choses les plus curieuses ou les plus intéressantes exposées aux yeux du public, les collections d’objets antiques, égyptiens, grecs, persans, judaïques, étrusques, gaulois, romains et gallo-romains ; — de nombreuses séries d’armes et d’ustensiles en pierre taillée et en pierre polie ; — une vitrine contenant de splendides échantillons de l’industrie de l’homme des cités lacustres, armes en pierre polie emmanchées dans des bois de cerf, poteries, outils en os, bijoux en bronze, etc. ; — de nombreux objets provenant des fouilles entreprises dans les nécropoles mérovingiennes du département de l’Aisne ; − une belle collection de pierres gravées ; — quelques émaux fort remarquables ; une magnifique armure complète du XVIIe siècle ; — une collection de faïences anciennes, d’autant plus intéressante que la plupart des pièces qui la composent proviennent des départements bretons.

La collection ethnographique, comprend des objets de toute sorte, armes, outils, ustensiles divers, instruments de musique, parures, etc., qui représentent toutes les parties du monde.

Le Musée archéologique a encore reçu récemment une collection d’armes modernes françaises et étrangères, et un certain nombre de portraits de personnages bretons qui sont venus augmenter la collection d’iconographie.