Au creux des sillons/8

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Éditions Édouard Garand (p. 28).

LE DÉPART


Le lendemain cette famille sans toit, sans foyer, partait pour un pays inconnu. Elle marcha toute la journée pour arriver à une petite gare de l’un de nos premiers chemins de fer encore en voie de construction. Ce fut un cortège qui mettait les larmes aux yeux que cette famille sur la route de l’exil. Ils allèrent jusqu’au soir, portant le mince bagage qui devint bientôt trop lourd. Les enfants pleuraient de lassitude, les pieds endoloris aux pierres de la route ; enfin ils atteignirent la gare, où ils devaient prendre le train. Après plusieurs heures, ballotés dans un mauvais wagon, ils descendirent dans une ville inconnue. Étrangers sans argent, la lutte pour l’existence commença. Le père, après bien des démarches et supplications, de refus, de déboires, trouva un emploi de jardinier. Paul s’était embauché à travailler sur les quais pour décharger les bateaux. Les filles, ayant l’âge, entrèrent en service. Cette famille si unie se trouva séparée. La mère et les jeunes habitaient une mansarde ; eux qui avaient joui de l’espace, de l’air, du soleil, furent entassés dans de misérables petites chambres sans air et sans lumière. Ces enfants naguère si dociles, ainsi éloignés de l’influence des parents, se laissèrent vite contaminés par des entourages vicieux, donnèrent bientôt des signes de dissipation et de débauche. Cette pauvre mère et ce pauvre père pleurèrent toutes les larmes de leurs yeux.