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Au pays de Rennes/Canton de Mordelles

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Hyacinthe Caillière (p. 228-231).


CANTON DE MORDELLES


Le bourg de Mordelles aligné sur la route qui conduit à Plélan et à l’antique forêt de Brocéliande se présente bien. Baigné par les eaux du Meu et orné de châteaux et de villas, le pays a un aspect fort gai.

Mordelles a donné son nom à une porte ducale de Rennes, la porte Mordelaise.

Ses seigneurs furent célèbres : en 1380, Geoffroi de Mordelles signa le traité de Guérande passé entre Jean V et le roi de France. De 1400 à 1418, Guillaume de Mordelles parut à la cour des ducs. En 1720, Pierre de Mordelles était écuyer, sénéchal de Penthièvre et de Dinan ; ses armes étaient d’argent à un lion rampant de sable. Olivier de Mordelles fut conseiller de Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois.

Pendant les guerres de religion, les ligueurs, conduits par Trémereuc, frère du sieur du Bordage, ravagèrent et pillèrent Pacé, le Rheu et Mordelles.

Parmi les manoirs du moyen-âge, citons d’abord sur les bords du Meu, le château d’Artois, ancienne demeure des seigneurs de Mordelles, érigé en vicomté en 1711, en faveur du maréchal de Châteaurenaud, gouverneur de Bretagne ; ce manoir appartient aujourd’hui à M. de Rochemure ; − le château de Beaumont, avec tourelles, dont les seigneurs étaient connus dès 1208 ; la Ville-du-Bois ; la Grillonnais ; la Haichoix ; et la Haye.

On aperçoit près du bourg, sur la route de l’Hermitage, dans une jolie situation, un charmant château moderne, flanqué de deux tourelles. C’est la demeure de M. de Farcy, maire de Mordelles, conseiller général du canton.

Dans la commune de Chavagne, près le moulin de Chancors se trouve la grande pâture de Babelouze sur laquelle se tient une foire importante le 18 Octobre de chaque année.

Le poëte Hippolyte Lucas qui avait une campagne au Temple-du-Cerisier, commune de Saint-Jacques-de-la-Lande, mais tout près de Chancors, ne manquait jamais de se rendre à la foire de Babelouze où tous les paysans venaient lui serrer la main.

La ville de Rennes voulant perpétuer le souvenir de l’écrivain et du poëte Rennais vient de donner le nom d’Hippolyte Lucas à l’une de ses rues.

C’est aussi dans la commune de Chavagne, dans une vallée verdoyante couverte de beaux arbres, que se trouve le moulin de Bury cher aux pêcheurs.

Bury fut autrefois un manoir dont il ne reste plus qu’un moulin.

Il est encore une promenade charmante à faire pour l’habitant de Rennes qui ne peut disposer que de quelques heures. Elle consiste à aller par la route de Mordelles jusqu’au-delà de la propriété de Montigny (qui s’appelait autrefois Montigné), et de prendre à gauche, après avoir passé l’auberge qui se trouve au détour de la route, une avenue qui conduit à la ferme d’Apigné. Cette ferme est dans la commune du Rheu.

C’est à l’un des seigneurs de cette paroisse que Rennes dut l’une de ses tours qui portait le nom d’Apigné.

Du château d’Apigné il ne reste qu’une motte féodale située dans la cour de la ferme dont nous venons de parler, à côté d’une petite chapelle convertie en cellier. Le château fut autrefois une place fortifiée, puisqu’en 1593, pour la défendre contre la ligue, Montbarot, gouverneur de Rennes, y plaça une garnison.

Avant le XIIe siècle tout le canton de Mordelles n’était qu’une vaste forêt ; plus tard lorsque ces bois furent abattus le pays se trouva transformé en landes immenses qui existaient encore à la fin du siècle dernier c’est-à-dire à l’époque de la Révolution.

De petits sentiers à travers des prairies conduisent au moulin d’Apigné, sur le bord de la Vilaine, d’où l’on peut revenir à Rennes par le chemin de halage, en suivant les sinuosités de la rivière qui à chacune de ses courbes capricieuses offre des paysages ravissants.

Un jeune peintre d’histoire, M. Louis-François Roulin, est né au Rheu en 1821, et est mort à Paris en 1839. Élève de Gérard et d’Ingres, il fut second grand prix de Rome en 1837 pour son tableau : « Tobie rendant la vue à son père ». La maladie l’empêcha de terminer l’œuvre qu’il préparait pour le concours de 1838.

M. Roulin a laissé son portrait, qu’il exécuta l’année même de sa mort, et un Moïse qui a eu les honneurs de l’exposition.

Le château du Boberil était situé dans la commune de l’Hermitage. Il appartenait, au XIIIe siècle, à Geoffroy du Boberil ; en 1578, il fut érigé en châtellenie relevant du roi, avec haute, moyenne et basse justice. Il a été démoli presque en totalité. On ne voit plus aujourd’hui qu’un pavillon entouré de douves. Une des salles du rez-de-chaussée renferme un bahut sur lequel les figures des quatre évangélistes sont sculptées en relief. Ce bahut meublait la chambre de Henri IV, lorsqu’il vint coucher à la Prévalaye, en 1598.