Au seuil de l’espoir/5

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Léon Vanier, libraire-éditeur (p. 51-90).
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V

Flave, le dieu Matin chante aux crêtes feuillues
Et s’envole, semant son duvet de brillants
Sur le mateur des lys et les joufflues
Pivoines, aux teints irradiants.
Et sur les scabieuses moroses,
Dans le réveil suave des jardins,
À l’haleine rose des roses
Et des encens incarnadins
Qui montent de la chair de blondes des jacinthes,
Divinement, labialement plus roses.



Sur les vaguettes radieuses et ceintes
D’un sable qu’on dirait en poussière de fleurs

Voici que le coma nocturne se dissipe
Des miroitements et des couleurs.
De protéennes transparences de tulipe,

De géranium-feu, d’œillet, de fuchsia
De crocus de safran, de verveine sanglante,
Jouent et fulgurent dans la trame sautelante
De souple cristal où l’indienne Maïa
A broché ses fantasmagories.

L’eau des fonds rocheux s’agatne de stries
Serpentines, aux embrasements sourds
Ou vacillent d’étranges longues tours
De mosaïques et de pierreries.

Sur le banc mouvant d’algues, agité
De tremblements faibles qu’on devine
Dans la verte diaphanéité
Qu’un feu de Bengale illumine, —
Le brick noir appareille, ancres aux bossoirs
Et sa fine guibre se dresse et se cambre
Aux souffles, — tulles des infinis miroirs.
Qui halètent si doucement dans la chambre !

Entre les bleuâtres échevèlements
Flottants des lianes minces des glycines,
L’hôte réjouit ses yeux des ondoiements
Des alacres coruscations prasines

Sur la carène en cuivre pnsmatisé
Et sur le sombre arc-en-ciel de la membrure
Où se dilue en parure
Le noir, de fluescents joyaux attisé.

Aux mâts claquète la voilure bise
Les gros câbles sonnent dans la mer,
Zébrant de balafres d’outremer
Le clair brasier vert que souffle la brise.

Et toute la baie étroite retentit
D’un endettement de verre qui se brise
En sonore poussière qui resplendit
Joyeuse aux tintements lents et longs d’échos tristes,
Où montent et plongent des accords de harpistes.



Dans un passé bizarrement regretté,
En l’extrême matin, par des jours semblables,
Mais plus affolants de limpide beauté,
Par les fraîcheurs tièdes inoubliables,
En la pénombre adamantine dont l’éclat
Eteint les vitreux midis d’Europe,
Quand les mornes de sombre grenat
Et d’émeraude noire à cime héliotrope

Laissant darder à peine un javelot doré
De l’exultant soleil à L’armure aveuglante.
Combien de fois, pour lui, n’a-t-elle pas vibré
La plainte grave (et pourquoi consolante ?)
Qui sourd sous l’énervante exquisité
Des rires cruels des eaux réveillées,
Dans le rade, bois lumineux, planté
De mouvantes mâtures effilées ?



Des canots allaient et venaient, — dans le remous
De bien plus immenses gerbes florales
Aux pétales translucides et mous
Qu’allumaient les courtes flammes astrales ;
Chargés de noirs, — leurs faces de jaïet
Ruisselantes d’une mordorure…

Le flot où couraient les tonnes s’éparpillait
En la jaillissante bigarrure
Des écumes d’argent améthysé, —
D’opales roses, d’aventurir,
Autour des gros trois-màts, dans l’air vapOl
Des adorablement tristes saveurs marines. —

Tout près, à terre à l’arôme acidulé
Des oranges vertes et des mangotines
Poivré de goyave et de vétiver mêlé, —
Sous le crépuscule embaumé du haut feuillage
En dômes aigrettes de cocotiers ténus
Des dalles bruissaient sous des pieds nus,
Par le demi-sommeil du Marché du Mouillage,
Où la fontaine chantonnait tout bas,
Gazouillante et purement frissonnante.

Dans la myrrhe d’aurorales Sabas,
Des reines brunes à gaule traînante,
Aux madras teints de solaires gaîtés, —
Couronnes de luisantes chevelures,
Dont fuyaient de fins anneaux révoltés
Sortaient processionnellement des verdures.

Guettant leurs lentes ondulations
De lianes aux brises rhytmiques
Les lisses et rondes flexions
Des cols, nacre de bronze, aux colorations
Plus chaudes que les tons éclatants des tuniques,
Il les suivait, d’un œil complice, un long moment
En leur nonchalante mutinerie
Vers leurs cases qui bordaient l’eau fleurie,
Tout en regardant douloureusement

En Lui-même une image plus précise,
Plus présente, au-delà des mers du Nord voilé
Que les belles du Sud dont la troupe indécise
Déjà boulait dans un « voisin lointain » perlé.



Il « la » revoyait, en un tel exil de son île
Où lui — tentait de la rappeler en esprit,
La pâle châtaine forte et gracile
Errant près de l’Océan qu’assombrit
Le regret céruléen des flots des Tropiques,
Sous les pins revécues, hérissés
De leurs Apres deuils métalliques,
— Grandie un peu dans ses souvenirs tout j
Par la jeunesse des matins teeriques,
Et si sereinement chagrine, en sa beauté
De rêve nimbée et sertie,
Faite de grâce éteinte et comme ralentie, —
Elle dont l’œil protond au charme contrasté,
Aux troublantes lueurs vertes et bleues,
Mieux qu’une prunelle de soleil noir,
Occultement, à des milliers de lieues. —
Surnaturel et mystique miroir


Reflétait l’âme violemment harmonique,
Ardemment douce, — et les sortilèges secrets
De la mer Caraïbe et des forêts
De l’envoûtante, alliciante Martinique !



Et comme s’affirmait sa vision
Ciselant et peignant la délicate amie,
Si cruelle à sa passion, —
De courts battements clairs sur la rade accalmie
Tombaient en un éclaboussement musical,..
Un sillage de neige en traîne pétillante,
Aux dessous brodés par l’Océan tropical
De confus œils de paon sur soie étincelante
Rasait la muraille noire oscillante :

Une yole où ramaient deux coolees de Karikal
Et le vieux patron câpre à figure placide
Filait le long du bord, tressautante et rapide,
Décrivait des circuits planants de tiercelet,
Puis resserrait son vol glissant, — toute frôleuse,
Et fascinante, — d’un rose un rien violet, —
Enlaçant les trois mâts de sa spire enjôleuse :


A l’arrière, cambrée en un svelte abandon
Grande et fine en sa « gaule » orange à rieurs pourprées,
Calme Ariane ou très consolable Didon,
Ses veux vagues perdus au large, — aux Empyrées, —
Gemmes au velouté sombre des nuits astrées,
Vagues et si hautains, — et ne daignant rien voir,
Ni rien, — Dieu merci ! — daigner vouloir,
Alizia, la moins cruelle des « vincibles »,
« Zaza », — Mylitta des satrapes du long-cours,
Idole parfumée aux fulgurants atours,
Promenait ses grâces impassibles.



Etait-ce, vraiment, tout à tait la même
Que la Brusque au sourire adorable et méchant
Qui caquetait, le regard aguichant,
Ses bras fauves nus et le diadème
Hiératique du madras — en coup de vent —
Simulant un bonnet de folie où les cornes
De quelque diablotin plutôt mal embouché ; —
Qui débitait d’un air mi-sucré, mi-tâché
Des « horreurs à faire éclater les bornes »,
A déhancher sous les sourcils fronces des mornes


Le phare assez grincheux de la Place Bertin ?
Que Zaza, la « brune » au teint ravenelle
A la peau fraîche comme un bouquet, au matin,
A l’âme — d’arc-en-ciel trouble — de gitanelle,
Ou de fée ivre des suavités de l’air.
Qui pleurait pour une chanson « trop belle »
Ou se convulsait, — pour un mot, — d’un rire amer
Que ponctuaient des cris aigus de rage folle ?
Que la gamine qui fuyait — comme s’envole
La libellule, au ras des touffes de roseaux, —
Dans la cour aux murs bas dominant les « accores »
Aux gros pavés de « roche » ivorins et sonores
Où dansait le reflet bleu, tremblotant, des eaux,
Où se répercutaient, la nuit, les chocs des lames, —
Et là, dans la blancheur frénétique des flammes
Tombant du ciel, montant du sol éblouissant,
Où s’évaporait le cobalt pulvérescent
Des ombres d’un balisier, flottantes,
Exaspérait les trajectoires éclatantes
Des anolis, bijoux d’or vert incandescent,
Ou criait d’amicales injures
Qui ricochaient languidement sur la tiédeur
Lisse et lourde des flots solaires en torpeur
Vers les voiliers mastocs aux inertes matures
Endormis sous l’éternel Eté,
Dans le demi-jour frais par les tentes bluté,


Sur le remous des lentes moirures,
Tandis que jouaient, en éclairs nonchalants,
Sur la sombre glace des coques lustrées
Des scintillements d’astres fluents ?

· · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Ou même la triste aux chants ensorcelants
Sur des paroles enfiévrées ?

· · · · · · · · · · · · · · · · ·

Comme elle semblait loin dans les vieilles soirées
Dans les Midis vibrants et défunts,
Sous ses tuiles capucine aux ors bruns,
La case de bois fraîche, — bleue et grise, —
Comme diaphane et si discrète, pourtant, —
Ouverte aux parfums rôdeurs de la brise, —
Loin dans la veille et dans le lendemain latent,
La case toute proche, entre ces deux palmistes
Un peu roides, aux troncs bulbeux, aux lisses fûts
Emplumés de peluches fantaisistes,
« A toucher » le beaupré dont les cercles confus
La griffent doucement, tant l’air limpide
Partout également hyalin
Abolit la distance et le vide.
La porte bat faiblement et se plaint
Au souffle vif qui fait bouler de longues pennes
Et les crêpes clairs des filaos afflige
Le balisier sauvage aux satins effrangés

Frôle sèchement les minces persiennes
Où criaille une voix de fausset.
Toute la vie éparse aux frêles boiseries
Chante, voisine pour une oreille qui sait.
Et tournoyante en ses agaceries
La fine yole si longue à revenir
L’emporte, bruissante, — et chère, — et familière,
Peut-être aux gouffres gris et flous du souvenir :
Flous, non pas, — voici, nette en la demi-lumière
Chaude, que filtrent les lamelles des volets
Qui s’embrasent, — comme en cornaline, —
Comme en pétales de chrysoprasins œillets, —
La chambre tout embaumée et câline :

Voici les meubles aux reflets sourds de cobras,
Le lit bas, — ouragan dans les neiges. —
Les gaules, les foulards qui fleurissent les siège :
Et tels qu’un vénéneux parfum dedaturas, —
Après tant de mortelles années, —
Ce doute frigide et consumant,
Cette inquiétude en les charmeuses journées,
Tout cet « Incertain » de pressentiment




Qu’importe ! Le soleil tombe droit sur Saint-Pierre,
Comme s’abat le vert des végétations
Croulant des mornes en mascarets de mystère :
Là-haut, l’éther anhèle aux palpitations
De la terre moite et brûlante,
Terrible de splendeur et de fécondité !
L’aveuglement de la blondeur ruisselante
L’écrasement d’affolante sérénité.
Pénètrent, — clarté molle et volupté
Délicieusement énervante et morbide, —
La sieste de la case où s’éveille, sapide,
Insinuant — et comme en ondoiements subtils,
Un arôme de mangue et de roses musquées…
— Ses yeux — flambant noir sous les paupières arquées
Illuminant le jais soyeux des cils, —
Ses petites dents d’amande laiteuse
S’enchâssant d’une rose pulpe de fruit, —
— Se balançant à faible et rythmique bruit,
Le buste, demi-nu, roulant sur la berceuse,
Zaza chantonne tout bas et tout doucement
D’une voix charmante et bizarre
Où sonnent mélancoliquement
Comme des notes graves de cithare…




O Zaza, c’est aussi l’acre et divin passé
Qui sonne et pleure avec des sanglots de cithare
Au souvenir de l’air tendre et bizarre
Si douloureusement nuancé, —
Tout l’atroce, cher, inoubliable Passé !



« Zaza, chantez-moi votre beau chant triste
« Où revivaient des fleurs défleuries
« Et de lointaines, d’inretrouvables patries
« Dont un pressentiment nostalgique subsiste
« Seul, dans nos souvenances flétries.

« Voyez, l’ombre indigo plus ardente, consume
« Le blanc des pierres sous les hauts lauriers graciles
« Que si radieusement allume,
« A l’approche des ténèbres hostiles,
« La constellation d’étoiles de chair rose,
« Où le dernier vol, tremblant, se pose
« Des papillotants papillons solaires.


« Il flotte du regret dans l’air qui nous embaume
« Et sous les diamants pourpre massés en dôme
« Des brèves apothéoses crépusculaires,
« Poudrant de feux les bruns sabliers des savanes
« Les tentures et les aigrettes somptueuses
« Des forêts, dais mouvants aux myrrhes capiteuses, —
« Bientôt vont bourdonner les nocturnes dianes
« Du réveil de la vie occulte :

« Abeilles-tambourins, fifres-cigales
« Vrombiront, strideront, — pour quelles Saturnales ? —
« Rappels inconscients, mystères de quel culte
« Qui couve, agonisant, dans les troubles mémoires
« Et qu’un frisson d’ « ailleurs » attise aux heures noires,
« Dans la sylve épaisse, au flanc du morne complice ?

« Chantez de votre voix si chaude, si vibrante
« Et si rare ! C’est le mystique instant propice
« A l’évocation de l’Ame Unique errante
« Qui se révèle en nous révélant et replonge
« Au gouffre aveuglant des clartés trop radieuses,
« Nous relivrant aux semblances insidieuses,
« Nous, ses parcelles, nous ses avatars de Songe,
« Menus brillants novés du collier de lumière…




… « Sur l’éclat dur du ciel ont fui, — le temps d’un rêve,
« Des pollens de jacinthe et de rose-trémière :
« L’écho des bois secrets va mourir sur la grève
« En ses cadences trop parlantes — et si vagues !
« Qui s’enseveliront aux roulements des vagues



« Mais votre chant « prenant » et magique s’élève,
« Plus inquiétant, plus adorablement triste
« En se mêlant avec des douceurs affolantes
« Au court deuil vespéral de fluide améthyse,
« Aux secs lamentos des palmes volantes…



« O l’incantation du tympanon barbare
« Et des flûtes ironiques, hululantes
« Qu’attire votre voix perverse qui s’égare
« Au-delà des seuils fastes de l’extase.
« — La voici bruire en l’intime de la case
« Et loin, au profond de nous-mêmes !

« Et que dit le frisson sonore qui s’empare
« De nos terreurs d’espoir ? (… Des cuivrures si blêmes
« Glissent sous votre teint de fleur-topaze,
« Vos yeux sont des nuits si fauvement constellées !..
« … Et le chant bien connu, prévu phrase par phrase
« Se transfigure sur les strideurs modulées.
« De même tels parfums d’outre-siècle, torpides,
« Epars aux limbes froids des senteurs-chrysalides
« Doivent se réveiller, toutes neuves fragrances,
• En d’indicibles mais précises ambiances,
« Emanations des mêmes heures passées.)


« Brise acre, soufflant d’amères corolles
« Et volatilisants les langes des paroles, —
Laissant flotter, au plus, des gazes irisées
« Sur le sous-sens du lent motif qui se déroule
Il dit, ce frisson qui vous enfièvre
Et qui cuivre le brun corail de votre lèvre
d’une morte et renaissante foule,
« Les affres d’un « jadis » d’atrocités obscuro,
tans le vertige des ténèbres délétère
« Et les degrés de feu d’ascensions futures !…

« Voici de mornes, d’immenses terres
« Qui montent dans des ciels de mirage
« Où courent des fantômes de villes,
« Géantes, livides sous l’orage,
« De vaisseaux monstrueux et d’effroyables îles
« Menaçantes, sur un Océan qui rougeoie.

« C’est sous un poudroiement de lumière brutale
« Le moutonnement flou des forêts qui s’étale
« Dans l’air souplement vitreux qui les noie
« Et les rebrousse comme un vert remous d’écumes,
« Des forêts parlantes, Delphes et Cumes
« D’un monde qu’écrase une énigme formidable
« Et folle : Atteint au cœur alors qu’impénétrable !

« Sereins et protégés par des milliers de lieues
« De nuit sylvestre, les grands lacs, vasques d’abîmes
« Aux profondeurs paradisiaquement bleues, —
« Recèlent des reflets d’épopée et de crimes,
« Comme les mines dans l’ignoré des barathres
« Aveugles des Sierras aux masses sépulcrales
« Détiennent en secret les miroirs et les âtres
« Où flamboieront l’Ether et les splendeurs astrales




« Dans l’horreur du Centre inaccessible,
« Dominant les hauteurs calcinées
« Que dévorent les roches ravinées
« Qui semblent crever le ciel impassible, —
— « En bouquets de lances confondues
« En rudes jets de palmes neigeuses,
« Dardantes, — les sources éperdues
« Jaillissent tonitruamment fougueuses
« Du tronc unique de cristal tors des Eaux Mères
« Qui se ruent, en roulant leurs sèves organiques
« Par les plaines, — jusqu’aux limpidités amères
« Des flottants Inconnus Océaniques
« Qu’elles troublent du sang superflu des vallées.



… « Et sur un versant, morne en ses angoisses lasses,
« Emergeant à demi des noires terres grasses
« Qui la continuent, — gît, les mamelles gonflées,
« Les vastes flancs battants, la sombre génitrice,
« Source des Sources, Mère éternelle et nourrice

« D’un Monde qui la fuit et qu’elle renouvelle, —
« Force vive que capte un lointain sol vorace.

« Et tandis que le flux gaspillé de sa race
« S’épanche de son sein, grandit et ruisselle
« Sur la brousse qui cède et la moisson qui germe,
« Elle pressent, triste et réluctante marâtre,
« Sous le mur de vapeurs miroitantes qui ferme
« L’Incertain houleux et bleuâtre,
« Le navire de proie atrocement rapide,
« Le ravisseur ailé, guetteur de chair humaine,
« Chair à labeur, chair à carcan, toute tépide, —
« Engrais à prix réduit pour un coûteux domaine.



« Et sous la laque pourpre et grêle des sillages
« Des chaînes d’ossements ont relié les plages



« Les voix des tambourins, rauquantes et cuivreuses
« Grondent comme la mer contre les cales creuses…



« Apres cordes des titanesques lyres
« Les étais chantent dans le bleu frais de la brise ;
« Et la grande voile crémeuse frise
« En un délire de sifflants rires
« Le béryl volant qui se vaporise.

« Sur le pont lisse sous la rosée,
« Telle une pulpe de noix rosée,
« De fins poissons vêtus d’un satin d’émeraude
« Et de sombres saphirs qui s’étirent en soie
« Frissonnante comme un corsage de ribaude
« Tombent dans la lumineuse joie ;
« Et débiles après l’envolée
« Et les exultants efforts insanes
« Se débattent, froissant leurs ailes diaphanes.

« Les marins, toute toile larguée,
« Etendus près des souples mâtures
« Goûtent la radiance tiède et gaie
« Dans l’exquisité des vitesses sûres.


« Sous la mince paroi de planches résonnantes, —
« Frôlant presque le calme élyséen des siestes,
« En la nuit oppressive aux épaisseurs gluantes
« Où fermentent les malarias et les pestes,
« Toute une humanité, pêle-mêle enfouie,
« Qu’amalgame l’Etroit de la sinistre caque,
« Inerte et rompue — et de noirceur éblouie
« S’affole dans l’horreur pesante de l’Opaque.

« De l’air ! du jour ! » — Mais les bourreaux ? La peur ? « Qu’importe !
« Respirer ! Voir ! » Après ?… « Tant pis ! La fusillade !
« Les buissons flamboyants des piques ! La noyade !
« L’angoisse a jugulé la peur, — la peur est morte ! »

« Et la « pâte » de corps tassés, un instant forte
« De la cohésion d’affres exaspérées,
« Flot nocturne de poings, de genoux et de têtes,
« Lame de fond de sourdes tempêtes,
« Bondit vers les clartés brusquement espérées.

« Le lourd panneau scellant le cachot se soulève
« A l’assaut déferlant qui défonce et qui brise ;
« Voici luire un fil d’azur tremblant de brise,
« Qui contient toute béatitude et tout rêve,
« Une bare menue, un rivulet, un fleuve
« Du divin Bleu vital, source des Energies

« Et des Fois, rayonnant ainsi qu’une âme neuve.
« L’air vierge inonde les poitrines élargies :
« O fraîcheur de l’ardent Soleil marin qu’on hume
« Comme un fluide d’or dont s’abreuve tout l’Etre !…
« … Un déchirement sec qui claque !… Le pont fume ;
« … Un bref, inconscient combat dans le bien-être
« Du ciel retrouve, — du céruléen délire !…|
« — Et les masses de bois et de plomb se rabattent
« Sur un tas d’os craquants où des crânes éclatent…

« … Et, — sous les Alizés berceurs, — un grand navire
« Tout blanc de voiles où jouent des nimbes candides
« S’en va, hurlant de sourdes plaintes furieux
« Dans la gloire du Sud, vers des îles heureuses !…



« Par les senteurs résineuses, humides
« Et brûlantes du grand bois qui s’attriste,
« Dans l’ombre rousse grandissante,
« Où les éventails de fougère et de palmiste
« Concentrent le trouble des parfums rauques, —
« Seule, — sondant la nuit verte de chaque sente
« Sous les fourrés bas qui s’attisent d’éclairs glauques.


« Se coulant dans la brousse et fuyant les clairières,
« La « première évadée » avance à pas timides
« Et s’épouvante de voletantes lumières,
« … Torches de poursuivants aux manœuvres perfides,
« Ou zigzags de feu pâle et vert des lucioles ? —



« Au cœur de la forêt, protégé par des roches,
« Un abri tapissé d’herbes sèches et molles
« Se niche sur un tertre à l’affût des approches ;
« Et les arbres, serrés en ronde colonnade,
« Se sont fondus si bien, troncs, lianes et pousses
« Qu’on dirait une tour d’écorces et de mousses..



« Après la longue route et la dure escalade
« La fugitive dort sous les rameaux qui chantent :
« Chers fantômes et présentes tristesses
« En rêve, — tour à tour, — la glacent et l’enchantent.




« O sous les rôniers, — robustes sveltesses, —
« La lande rose aux fins bambous, près de l’eau bleue !
« O les bananiers sur le rucher des cabanes,
« Et dans les élaïs bruissants des savanes
« Le vol des loris et des paille-en-queue !
« O les lentes musiques vespérales,
« Quiètes, — des mortiers de bois sonore
« Tandis que crisse, frit, flûte et clangore
« L’orchestre des criquets de bois et des cigales !

« … Le calme des guerriers protecteurs et superbes
« Torses d’airain noir, lances barbelées
« Chatoyants dans le frisselis des hautes herbes, —
« Au réveil, — sous l’air mauve aux flèches ondulées
« Qui chargent les gramens de moissons cristallines !
« — Les petits dieux guerriers, difformes dans leurs niches
« Et la danse sacrée aux cadences câlines,
« Dans le vert de la nuit, sous les arbres fétiches.

« Oh quand fumaient, au loin, le soir, les huttes brunes,
« En le trouble hyalin qui montait des lagunes,
« La chaleur au cœur de se sentir attendue !…
« … La pression des bons vieux bras qui vous étreignent,

« La douceur d’être aimée et d’être défendue !…
« … Les intimes parfums du foyer dont s’imprègnent,
« Comme d’une âme tiède, amie et rassurante
« Les objets familiers qui meublent la mémoire !…

« La futaie isolée, âcrement odorante
« D’une exquise senteur étrange et « comme noire »
« Où se hasardent seuls les prêtres et les vierges, —
« — Où volète, à grand bruit, un esprit invisible
« Qui sème, dans un jour d’abîme, sur les berges
« D’un lac nocturne où tremble un astre noir, terrible,
« La noire fleur au suc de pourpre violette,
« Philtre vivant qui rend la peuplade invincible ?…

« O la futaie aux troncs carbonisés, squelette
« De futaie, où le feu de l’Oricha sinistre,

« Chango, se déroula par une nuit sans astres,
« En lugubres anneaux de serpent rouge et bistre,
« Douze lunes avant l’âtre flux des Désastres…
« Quand, au-delà du bleu ruban de la lagune,
« Douze pointes de mâts dominèrent la dune !…

« Les huttes ?.. Cendre rose et par le sang durcie !..
« … Voici que claquent les voiles des Blancs-Vampires,
« … Des cris ?… Les bêlements de la herde éclaircie
« Bourrée à coups d’anspec dans les quatre navires !…

« . — Et le vol des gerfauts marins tend l’air humide,
« Qui fuse faiblement dans les cales bondées, —
« Assez pour raviver chaque ferment putride.
« … Et se hâte vers les halles achalandée

« — Des mois !  ! — Et le plafond de la prison se crève :
« L’air brûle les poumons des survivants étiques,
« Trop pur ! trop riche ! — Et c’est enfin le port, — la grève !



« l’horreur sans nom de frondaisons fantastiques,
« Des végétations, elles aussi Vampires !…

« — Point d’espaces ouverts au ciel, point de clairières
« Où le vital soleil égayé de sourires
« Les sillons, rides d’or des terres nourricières :

« Où se cache le sol sous ces rampements mornes,
« Ces bonds et ces surrauts et ces aériennes
« Explosions du Vert dont éclatent les Mornes ?
« — Fond-il, vénéneux, en bourbes paludéennes,
« S’écaille-t-il sous des lèpres exaspérées ? —
« — N’est-ce qu’un terrain traître aux surfaces pliantes,
« Gouffre dédalien d’herbes enchevêtrées,
a Où l’homme enlinceulé sert de pâture aux plantes ?…



« O radieux enfer, splendide et formidable,
« On l’a bientôt connu, ton « sol rouge » si rude,
« Ta couche d’humus riche et gras, trop insondable,
« Mine d’or végétal, de fièvre et d’hébétude !

« Tout semble irréel, fou, dans tes forets magiques
« Au jour d’intérieur d’émeraude changeante
« Où les oiseaux connus deviennent chimériques
« Joyaux volants, rubis et perle chatoyante !
« — Mais dans le flot planant des branches et des palmes
« Des rieurs géantes, des lianes ilex lieuses,
« Tel calice ou rameau des époques heureuses
« Qui vivait isolé dans des flores plus calmes.
« Telle senteur qui tut moins brusque et plus précise,
« Qui lut l’accent parlant et net d’un paysage
« Et s’accuse, même en la touffeur indivise, —
« Est comme un familier et consolant présage
« Pour les simples esprits à logique ignorante :

« Puisque des grains de terre ont traversé l’abîme
« Et projeté dans la nature différente
« L’immuable produit de leur essence intime, —
« Puisque leur floraison jaillit, plus vigoureuse
« Dans le pullulement des espèces hostiles,
« Pourquoi la Race neuve, éprouvée et séveuse

« Périrait-elle au cœur de régions fertiles,
« Débordantes de vie et presque inhabitées
« Où germe un souvenir des plaines regrettées ?



« Et quand les écrasants labeurs et la torture
« Ont broyé sa passive et robuste endurance,
« La fugitive admis sa dernière espérance
« Dans un occulte appel de la neuve nature.



« — Au réveil, des oiseaux dont la voix est la même
« Que celle des chanteurs des sylves délaissées
« Redisent de vieux airs qu’elle sait et qu’elle aime
« Et tissent de gaités les brousses hérissées :



« Sous les mystérieux mahoganys dont l’ombre
« Brille à midi, du vol gemmé des oiseaux mouches.

« Sur le bouillonnement des corolles où sombre
« L’ossuaire fécond des centenaires souches, —
« Dominant des hauts pieds de leurs sinistres coupes
« Le flot vil et charmant des espèces banales,
« Des calices de jais, se détachant par groupes,
« Semblent verser la nuit sur les houles florales :



« Une étreinte a tordu son cœur : — Elle s’élance !..
« C’est la senteur farouche et la sève qui brûle…
« C’est la plante du lac d’éternel crépuscule, —
« Le talisman de Règne — et d’Ombre — et de Silence !

« Chasseurs d’hommes, — valets à faces de corsaires,
« Agitez dans les bois les comètes des torches ;
« Molosses que des osts peureux de belluaires
« Chassent à coups de pied de la fraîcheur des porches,
a Roulez sous le ciel noir vos eux de flamme roi :
« bouillez le vent de vos naseaux jaunis de bave.
« Doubles canons hideux trottes de sang d’esclave,
« Happez et retrainez la fugitive au bouge !…

« Après ?… Elle a reçu de la Nature-Mère
« Le féerique dictame et le royal fluide
« Qui fait du droit brutal des Forts une chimère,
« Qui s’insinue en le sort trouble — et qui décide !



« … Douloureux, le retour enchaîné, par 1 alié^
« Rose de grenadiers sous l’or verdi des palmes,
« Les bambous fluctueux à frissonnance ailée
« Les bienfaisants manguiers, — les artocarpes aimes ?
« Douloureux ? — … Exultant de muette ironie
« Triomphale ! — Ces pieds scarifiés d’épines
« Pèseront sur des fronts hautains à l’agonie ;
« Ces mains qu’excoria le fer d’ignominie
« Volatiliseront l’or des lentes rapines,
« Ce torse qu’éraillaient les lanières cloutées
« Eraillera les fiers satins, les nuageuses
« Mousselines, — halo des épaules neigeuses,
« Et les dédaignera, défroques rejetées

« Voici, dans la douceur des pénombres bleutées,
« La maison blanche aux fins piliers, au stuc d’ivoire,


« Reflétant l’arc-en-ciel velouté des parterres,
« Les portiques dallés de pierre rose et noire
« Que garde l’aloës aux courbes cimeterres ;
« La vérandah légère aux stores de feuillage,
• Abri parfumé des songeuses esseulées, —
« En face du sordide et cahotant vil
« Des ajoupas, — murs noirs, toitures dépailk



« Moins belle qu’aujourd’hui, mais lourde de paru
« Jeune du charme heureux de celles qui dominent,
« Vengeresse avisée auxsagaces Luxure
« Dont les haines par sûrs fauchages s’éliminent,
« Elle se sent déjà la maîtresse ignorée,
« Celle qui fuit la tourbe et les lustres des fêtes
« Et qui préside à tout. — absente et désirée :

« Celle dont l’âpre grâce et les formes parfaites
« Hantent les beaux danseurs pressant des tailles souples,
« Dont L’évocation brusque disjoint les couples
« Qui tournaient, — corps fondus, — aux musiques lascives ;

 
« Qu’on chercherait en vain aux heures vaporeuses
« Qui groupent en plein air, aux brises suggestives
« Le bouquet pâle et blond des belles langoureuses ;
« Mais que les regards froids des étoiles pensives
« Suivent complaisamment dans les galas nocturnes,
• Reine mystérieuse inspectant son domaine,
« Sous l’éblouissement des blancheurs taciturnes, —
« Des reflets d’astres plein le brocard de sa traîne :

« Que l’ample volupté bleue, emparadisante,
« Des torrides Midis pénètre de sa flamme
« Terrible, — qui se fait, pour elle, caressante,
« Tempérant la brûlure adorable et cuisante
« Du brasier de bonheur sauvage de son âme,
• Tandis qu’au plus profond de la fraîcheur obscure
« Avides de « non-voir », les siestes obstinées
« Maudissent la fureur des Beautés déchaînées
« Dont l’excès est en haine à l’« humaine nature ; »

« Et qu’elle, — éperdue en les gloires diaphanes,
« S’exalte de régner aux féeriques savanes,
« Royaume fou d’ardent diamant qui s’azure.

« Et quand elle aura bien grise sa fantaisie
« Par la possession des mornes et des plaines,
« Quand la brise, jouant sur les santals d’Asie
« Qui boisent les couloirs de leurs colonnes pleines
« Ne la frôlera plus que de fades haleines ; —
« Quand l’exquis vétiver dont s’embaument les nattes
« Agacera son pied délicat que mordoré
« Le filigrane de sa babouche d’Indore,
« Quand marbre, ivoires blonds, ébène et failles mates
« Irriteront ses yeux pleins de « lointains » fluides
« Et de houlements clairs de feuilles dans l’air libre,
« Quand le tintement dur de la cloche qui vibre
« Aux lourds plis de damas des courtines placides
I harcèle l’essaim bousculé des Ilotes,
« Dans le gris-bleu d’aube où rien encore ne bouge
« Martèlera son cœur d’un battant de fer rouge,
« Les refrains menaçants des complaintes griott
« Résonneront tout bas, en elle, tyranniques ;
« Et l’Oricha qui l’a suivie et qui la hante


« Enlacera, parmi les clameurs d’épouvante,
« De couresses[1] de feu les piliers ioniques.



« Et longtemps, — des pitons lourds de bois qui dominent
« Le sol carbonisé des plantations mortes,
« Seul aride et maudit, cerné des terres fortes
« Que les mauves plumets de cannes illuminent, —
« D’innombrables yeux, — noirs d’une noirceur solaire,
« Rentreront, brillants de haine radieuse,
« Les décombres broyés par l’occulte colère ;
« Et s’aiguiseront d’une espérance railleuse
« A contempler, dans les cendres expiatoires,
« Les monticules d’os roussis, crânes et côtes,
« Que perceront, par jets, insolentes et hautes,
« Les aigrettes de deuil triomphal des Fleurs Noires !



« Et comme son cœur s’ouvre à la vie épandue
« En la blondeur qui fuse à travers la futaie,

« Aux parfums, seuls tyrans absorbant l’Etendue,
« A l’âme d’« Inconnu » par les airs emportée
« Dans un sauvage élan de liberté sapide,
« Où senteurs, espace et lumière se confondent
« En deux intérieurs à l’Être qu’ils inondent
« D’immense bonheur vert et bleu dans l’or tépide,
« — Un doux frémissement torturant lui rappelle
« L’existence étrangère et liée à la sienne, —
« Chère, — et qui s’imposa par la force cruelle,
« Qu’elle accepte sans joie et conçut dans la haine,
« Germe éclos de sa sève et d’une sève hostile :

« Et sous les bouquets noirs en sinistres fusées
« Voici pencher, blancheurs lividement rosées,
« . Floraison maigre, exsangue et comme contractile
« Dont les plantes de jais étreignent L’atonie
« Dans un embrassement aux mortelles brûlures,
« Des corolles gardant d’exquises ciselures
« Jusqu’en le reploiement et jusqu’en l’agonie :

« Mais là-haut, effleurant les cimes des verdures.
« S’épanouissent de prodigieux calices,
« Nés du rapprochement des bulbes ennemies,
« Captant les feux du ciel de leurs pétales lisses
« Qui ne tamisent plus que des clartés blêmies,

« Affinant, — en la joie et l’ampleur conquérantes
« La troublante vigueur des puissants lys nocturnes,
« Des formes pures des mates rieurs expirantes, —
« Etincelants de leur parure symbolique
« De bronze et de soleil ! »



Dans l’air mélancolique
Qu’ont fui les derniers lilas diurnes
Monte le chant voilé d’anonymes aèdes
Avec le balsamique adieu des jardins tièdes ;
Mais les paroles insidieuses
Mentent au sens obscur de l’âpre mélodie.
Qu’écrivent, stances mystérieuses,
Les signes scintillants dont le ciel s’irradie :



Tout s’adoucit au lent rythme des tamarin :
Bleuis par la lune qui gagne ;


Le vent chasse l’appel grondant des tambourins
Loin dans le noir de la montagne,
Et la chanson n’est plus qu’un poème plaintif
Où sanglotent des amours vaines,
Où s’instille l’espoir douloureux et craintif
Comme une ardeur triste en les veines :

· · · · · · · · · · · · · · · · · ·



 
… « Doudou moin » allé au bal !…
« Dans l’ombre chaude, sous les floraisons pourpre
« Dans l’ombre rose, au fond du val,
« Hanchaient les grâces des mulâtresses dorées
« Et doudou moin » allé au bal :
« Les fleurs rouges tombaient, sang des larmes pleurées



L’ami traître a souffert, lui-même ; il reviendra
« Auprès de son aimée ancienne ;

« Et ses yeux questionnant mes yeux, il comprendra
« Que la place si triste en mon cœur est la sienne :
L’ami traître et doux reviendra.



« L’ami menteur a dit de plus tendres paroles
« A la « brune » qui l’a grisé :
« (La nuit de ses regards brûlait de lucioles,)
« Mais I connaît’ moin doux passé » !



Un trouble frémit sur les moires d’argent claires ;
Des voiles vont glisser dans les gouffres stellaires :
« I qu’a parti, hélas ! hélas ! C’est pou’ toujours… !

· · · · · · · · · · · · · · · · · ·

· · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Un souffle semble ouvrir les forets invisibles,
Tremblantes du fracas plus rauque des tambours,
Et court, échevelant les cocotiers flexibles…

Sur l’onde de brillants fluides dans l’azur
Plein de frissonnements ruisselants et sur
Les nuages baignés des nacres de la lune,
Passent, flottants en lents et houlants défilés,
Caraïbes, guerriers d’Erik, Ardrahs, mêlés,
Fondus en transparence brune,
Osts sans armes, sortis, au bruit, des Walhallas,
Lutteurs unis dans les splendeurs, de haines las,
Attirés par la même grève,
Effeuillant des sommets de leur félicité,
Sous forme d’une exquise et nouvelle beauté,
Un regret sur l’Ile de rêve !

  1. Couresses, en créole, couleuvres.