Aux Tuileries

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Œuvres de Sully Prudhomme, poésies 1872-1878Alphonse Lemerre, éditeurPoésies 1872-1878 (p. 23-24).



Aux Tuileries


 
Tu les feras pleurer, enfant belle et chérie,
          Tous ces bambins, hommes futurs,
Qui plus tard suspendront leur jeune rêverie
          Aux cils câlins de tes yeux purs.

Ils aiment de ta voix la roulade sonore,
          Mais plus tard ils sentiront mieux
Ce qu’ils peuvent à peine y discerner encore,
          Le timbre au charme impérieux ;

Ils touchent, sans jamais en sentir de brûlure,
          Tes boucles pleines de rayons,
Dont l’or fait ressembler ta fauve chevelure
          À celle des petits lions.


Ils ne devinent pas, aux jeux dont tu te mêles,
          Qu’en leur jetant au cou tes bras,
Rieuse, indifférente et douce, tu décèles
          Tout le mal que tu leur feras.

Tu t’exerces déjà, quand tu crois que tu joues,
          En leur abandonnant ton front ;
Tes lèvres ont déjà, plus faites que tes joues,
          La grâce dont ils souffriront.