Aux sources de l’histoire manitobaine/07

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Imprimerie de la Compagnie de l’Événement (p. 77-91).

VII. — questions épineuses


Les mensonges historiques ont la vie proverbialement dure, et les erreurs involontaires dans le champ de l’histoire participent trop souvent à cette ténacité. Soit par suite de paresse intellectuelle de la part d’écrivains qui trouvent plus facile de copier que de recourir aux sources, soit par intérêt personnel et parce que les données inexactes cadrent avec les préjugés de l’auteur, des faits dont l’authenticité n’est rien moins que prouvée sont reproduits sans scrupule, et si personne n’en conteste l’exactitude, ils finissent par passer dans le domaine des vérités irréfragables.

Dans le cas qui nous occupe, une autre raison, de nature assez puérile, semble avoir contribué à dénaturer un événement important dans l’histoire canadienne. Quiconque est un tant soit peu familier avec la littérature courante des Anglais d’Amérique, toute personne qui s’adonne plus ou moins à la lecture de leurs journaux, n’a pu manquer d’être frappé de l’excessive prédilection pour l’allitération dont font preuve la plupart de leurs écrivains à gages. Winnipeg Wirings, Brandon Budget, Calgary Clippings, et tant d’autres expressions du même genre, se rencontrent journellement dans leurs feuilles publiques. Dès lors on conçoit l’extrême satisfaction de ces auteurs quand ils eurent la bonne fortune de tomber sur une allitération bien conditionnée, comme celle que contient la phrase Riel’s Red River Rebellion, « la révolte de Riel à la Rivière-Rouge. » Évidemment, pareille aubaine ne pouvait se négliger, surtout étant donné que cette expression consacre des préjugés basés sur des antipathies nationales.

Naturellement l’historien sérieux est au-dessus de semblables puérilités, et doit avant tout la vérité à ses lecteurs. Bien que jusqu’ici les écrivains anglais sans exception — même, je regrette de le dire, Alex. Begg — aient parlé de l’insurrection de 1869 comme d’une rébellion, je n’hésite pas à déclarer (et on devrait le proclamer sur les toits) qu’il n’y eut jamais de rébellion à la Rivière-Rouge. En d’autres termes, le soulèvement dirigé par Riel était parfaitement légitime, et le gouvernement qui en résulta avait toutes les garanties de légalité possibles dans les circonstances. Les métis parvinrent à leurs fins, et n’eût été le fanatisme des soldats de Wolseley, Riel aurait remis paisiblement entre les mains du gouverneur Archibald les pouvoirs temporaires que le peuple lui avait confiés.

Car enfin, en pareille matière, il faut être logique ou bien se taire. Qu’est-ce qu’une révolte ? C’est un soulèvement à main armée contre l’autorité légitime ; une résistance par voies de fait aux représentants des pouvoirs légalement constitués. En 1860, l’Assiniboia était, comme le Canada, une colonie qui dépendait directement de la couronne anglaise. Riel et les métis se soulevèrent-ils contre l’autorité de la Reine ? Aucunement. Même la plupart des auteurs anglais sont forcés de reconnaître leur parfaite loyauté. Du reste, les pièces officielles de l’époque sont là pour la prouver. Alors, où est la révolte ? Montrez-nous la rébellion, ou bien avouez que vous faites un usage éhonté des mots, et que vous calomniez un petit peuple auquel on devrait au contraire savoir gré d’avoir été probablement le sauveur du Manitoba et du Nord-Ouest canadien tout entier.

Cette dernière assertion surprendra, je le sais. J’y reviendrai peut-être. En attendant il doit me suffire de démontrer la parfaite légitimité de sa résistance aux empiètements, non pas du gouvernement britannique, contre lequel il ne lui vint jamais à la pensée de se soulever, mais des autorités canadiennes qui n’avaient aucun droit sur son territoire avant le 15 juillet 1870.

Comme je l’ai écrit ailleurs,

les habitants de la Rivière-Rouge étaient, avant cette époque, dans la même position que ceux de Terre-Neuve aujourd’hui. Que les détracteurs des métis se mettent un instant à la place de ces derniers. Des émissaires de Québec arrivent à leur pays, formant, comme le disait le Dr Bryce des Ontariens de l’Assiniboia, « une expédition de caractère irritant, agressif et égoïste ; prenant possession du sol avant qu’il n’ait été transféré et posant en conquérants »[1] ; « traitant durement les colons », arpentant leurs terres comme il leur plaît en dépit des plaintes des insulaires qui se croient par là menacés d’en être dépossédés. Supposons que ces vantards de Canadiens-Français déclarent que, malgré les protestations des pionniers avec lesquels nous identifions momentanément les écrivains anglais, leur pays va être annexé à un corps politique nouvellement formé ; que la langue anglaise va être proscrite en faveur du français, qu’on va forcer leurs enfants à fréquenter les écoles catholiques, qui vont être seules reconnues malgré les objections de leur conscience. Qu’en penseront les bons Anglais ? Ils auront probablement, de pareils procédés, la même opinion que les pionniers de l’Assiniboia eurent de ceux des Ontariens qui représentaient au milieu d’eux le gouvernement d’Ottawa tout fraîchement créé.[2]


De la loyauté de Riel aux institutions britanniques, malgré les mauvais conseils d’une certaine clique, il ne saurait y avoir le moindre doute. Pour le prouver, je n’ai qu’à suivre ma ligne de conduite habituelle : recourir aux sources et n’appuyer mes avancés que sur les assertions des auteurs hostiles aux métis.

Ceux-ci voulaient leurs droits ; mais ils eussent de beaucoup préféré les obtenir sans l’aide de la force armée. Dans tous les cas, leur allégeance à la reine d’Angleterre était pour eux chose presque sacrée. McDougall lui-même en était convaincu, puisque, le 6 décembre 1869, peu de jours après l’émission de sa proclamation illégale, il écrivait à l’honorable Joseph Howe, secrétaire d’État à Ottawa :

D’après un rapport confidentiel fourni par une personne qui eut accès au Conseil de Riel, j’apprends que… la lecture de ma proclamation (qui fut opportunément produite et lue à sa réunion de mercredi), eut un effet des plus tranquillisants. Riel dit : « Cela change toute l’affaire ; » et, comme le remarque mon informateur, « il manifesta des sentiments très loyaux. » Il en appela aux délégués anglais (dont quelques-uns restaient encore dans sa Convention pour en surveiller les actes), les priant de les aider à obtenir paisiblement leurs droits »[3].

Les italiques sont de McDougall lui-même.

Plus tard, ce monsieur reconnut encore cette loyauté des métis et de leur chef dans la seule communication qu’il condescendît à envoyer à ce dernier.

En tant que représentant de la souveraine à laquelle vous et les métis devez, et, me dit-on, ne voulez point refuser allégeance, il convient que vous veniez me voir, lui écrit-il le 13 décembre[4].

Mais, dira-t-on, s’il en était ainsi, comment se fait-il que trois jours auparavant Riel avait fait arborer au fort Garry un drapeau de sa composition qui n’avait rien de commun avec l’étendard d’Angleterre ? La réponse à cette objection que beaucoup croient formidable est facile. Le drapeau anglais comme tel était inconnu à la Rivière-Rouge. Sous le gouvernement de la Compagnie de la Baie d’Hudson, celle-ci ne faisait usage que de son propre emblème. Puis, quand les étrangers d’Ontario furent venus s’imposer au pays, ils se groupèrent, non pas à l’ombre du drapeau britannique, mais d’un étendard qui, tout en portant les couleurs de ce dernier, en avait le sens dénaturé par l’apposition du mot Canada en grosses lettres. Au lieu de symboliser l’autorité de la couronne d’Angleterre, ce pavillon était devenu entre les mains des Ontariens un instrument de discorde, l’emblème d’aspirations politiques propres à une minorité infime qui s’était rendue odieuse au reste de la population.

Quand les fautes de McDougall eurent insensiblement porté Riel et son parti à la tête des affaires, ceux-ci ne firent donc qu’imiter leurs devanciers en se créant un drapeau de signification restreinte. Les Canadiens-Français de nos jours en ont fait autant. Personne n’en a pris prétexte pour les accuser de rébellion à l’autorité britannique.

Plus tard, quand le chef des métis s’aperçut que son étendard faisait douter de sa loyauté, il le remplaça, malgré les réclamations bruyantes de l’Irlandais W.-B. O’Donoghue, par le drapeau anglais pur et simple. En sorte qu’en réalité ce fut Riel qui adopta le premier ce drapeau d’une manière officielle à la Rivière-Rouge. Enfin, détail que personne jusqu’ici n’a encore relevé, au moment même où deux de ses trois envoyés étaient emprisonnés à Ottawa au mépris du droit des gens, le même O’Donoghue furieux fit amener ce drapeau, et voulut le remplacer par celui des États-Unis. Riel, « l’archi-rebelle » des calmes Anglais, s’y opposa formellement, fit remonter le drapeau anglais, et plaça M. André Nault (le même qui fut plus tard lâchement attaqué et laissé pour mort par des soldats de Wolseley) au pied du mât, avec ordre de faire feu sur quiconque voudrait y toucher !

Enfin, quatre ans plus tard, cette loyauté de Riel était publiquement reconnue sous la foi du serment au cours du fameux procès Lépine. Comme le témoin avait été membre du gouvernement provisoire, il devait savoir à quoi s’en tenir sur ce point, et son témoignage est d’autant plus désintéressé qu’il n’était lui-même aucunement en cause. Voici donc ce que déclara le 21 octobre 1874 le M. Bannatyne dont nous avons déjà parlé, et qui, ne l’oublions point, avait fait l’expérience des prisons de Riel avant qu’il fût arrivé à le comprendre.

Nous n’avions aucune loi [c’est-à-dire aucune autorité], dit-il ; la seule loi existante avait été balayée par McDougall. Notre gouvernement fut établi pour empêcher les luttes et prévenir l’anarchie pendant que des arrangements pourraient être faits entre le Canada et l’Angleterre… Quand la New Nation commença à paraître, elle avait des tendances tout à fait américaines. J’entendis Riel déclarer qu’il ne travaillerait jamais à l’annexion aux États-Unis… Je vis M. Coldwell, qui était du journal, et lui fis remarquer que M. Riel m’avait dit que le numéro suivant serait plus fort que le précédent, mais que ce serait le dernier. M. Coldwell répondit que s’il pouvait faire cela, il était un homme plus capable qu’il ne le croyait. Tout de suite après, le rédacteur fut mis de côté et un autre le remplaça, en même temps que le ton du journal était changé. Riel dit qu’il consentait à être aidé par tous les partis ; mais qu’aussitôt qu’il serait assez fort, il répudierait l’élément américain… Je sais que Stutzman [un américain porté au prosélytisme] descendit de Pembina vers ce temps-là, et qu’il fut peu après chassé par Riel[5].



Il serait donc maintenant souverainement injuste de révoquer en doute la loyauté de Riel. Mais alors pourquoi établir un gouvernement à la Rivière-Rouge quand il y en avait déjà un, celui de M. McTavish ? Parce que la population avait des droits d’importance majeure à faire prévaloir dans une circonstance critique, droits que l’ancienne administration se déclarait impuissante à faire respecter : 1o à cause de sa faiblesse connue de tous, n’ayant qu’une autorité nominale sans moyen de la faire triompher ; 2o parce que ce gouvernement étant la créature de la corporation qui avait trahi le pays en le vendant à l’insu de ses habitants, son chef, McTavish, crut que la transaction le mettait dans l’impossibilité morale de s’affirmer quand même il en aurait eu les moyens ; 3o parce que la proclamation de McDougall lui enleva de fait tous les pouvoirs dont il pouvait être nanti en droit ; enfin, 4o parce que McTavish finit par se déclarer publiquement dépouillé de toute autorité, et reconnut lui-même le gouvernement de Riel, comme il l’avait du reste déjà fait en particulier.

Naturellement, un mal extraordinaire ne se guérit point par des remèdes ordinaires, et toute crise appelle des mesures dont la promptitude doit généralement être la qualité essentielle. Le gouvernement de l’Assiniboia avait déjà protesté officiellement contre l’envahissement de son territoire par le Canada lorsque celui-ci avait entrepris le fameux chemin Dawson. Quel cas avait-on fait de sa protestation ? Mais voilà des gens menacés dans leurs foyers et leurs biens patrimoniaux par des étrangers qui n’y ont aucun droit. Leurs institutions, leur langue et leurs écoles sont en danger avec leur propre vie nationale : à quoi eût servi une seconde protestation de McTavish sans aucun moyen de la faire respecter ? McDougall admit lui-même en plein parlement qu’il « était absurde de dire que la Compagnie de la Baie d’Hudson aurait dû maintenir l’ordre dans l’état moribond où se trouvaient ses représentants à la Rivière-Rouge[6]. »

Le gouvernement britannique était bien de la même opinion, puisque, avant d’avoir rien appris des troubles, lord Granville avait télégraphié au gouverneur du Canada que « le gouvernement par la Compagnie de la Baie d’Hudson n’était plus possible »[7]. En outre, les autorités fédérales avaient elles-mêmes reconnu trois ans auparavant que, si les métis et autres pionniers du pays n’affirmaient leurs droits, les étrangers le feraient au détriment de la couronne d’Angleterre. Lord Granville rappelait au cabinet d’Ottawa que « le 22 juin 1866, le Conseil Exécutif du Canada avait émis l’opinion que les parties les plus tentantes du Territoire seraient bientôt occupées par des personnes que la Compagnie ne pourraient contrôler, et qui établiraient un gouvernement et des tribunaux séparés (of their own) et proclameraient leur indépendance politique »[8].

Bien que ni sa nationalité ni sa religion ne l’identifiassent complètement au peuple métis, le gouverneur déplorait les empiètements du Canada. Riel et ses gens se contentèrent d’abord d’exécuter les ordres qu’il eût donnés, s’il n’eût été mis dans l’impuissance de rien faire par la maladie et sa position anormale découlant de ses relations avec la corporation qui devait seule bénéficier de la vente du pays. « À cette époque-là, dit Begg, les Français n’avaient aucun désir de déranger l’autorité existante ; leur but : parut être d’empêcher M. McDougall d’entrer dans le territoire »[9].

On ne niera certes pas que, dans les circonstances, le gouverneur pouvait fort bien charger les métis français de s’opposer aux intrigues des étrangers. Quoi qu’en disent certains fanatiques, ces métis étaient en tous points dignes de pareille confiance. J’en ai pour garant un Allemand qui alla jusqu’à écrire dans une brochure officielle :

Ces métis sont civilisés. Étranger, j’ai vécu et demeuré au milieu d’eux, et toujours je les ai trouvés obligeants et hospitaliers, et je puis le dire à leur honneur, je n’en ai vu aucun aussi grossier et aussi méchant que quelques-uns de nos Canadiens [anglais]. Partout où ils ont des établissements, l’on voit des écoles et des églises, ainsi que je l’ai dit, et j’ai été informé par un officier du recensement qu’ils savaient presque tous lire et écrire[10].

Les Français, dit encore Begg, « sont un peuple naturellement ami de l’ordre…, nous le disons d’après notre propre connaissance des métis français »[11].

Comme tels, ils devaient préférer un gouvernement quelconque à l’anarchie, pourvu que ce gouvernement fût réel et ses mesures efficaces, et puisqu’ils étaient la partie de la population la plus menacée par les envahisseurs, il leur incombait de se mettre à la tête du mouvement de protestation d’abord, et d’aviser aux besoins du peuple, lorsque la maladroite proclamation de McDougall eut détruit tout vestige d’autorité à la Rivière-Rouge.



Il est vrai que McTavish parut au début s’opposer au soulèvement. Mais personne n’ignore qu’il jouait alors double jeu, puisque, en particulier, il appuyait les revendications des métis, et ne condamnait que pour la forme et devant certaines personnalités les mesures prises pour les faire prévaloir. Ce point n’est un secret pour aucun des pionniers du pays, et se trouve, du reste, pleinement confirmé par la déclaration d’O’Donoghue, un des membres les plus influents du gouvernement provisoire, dans une lettre qu’il adressa publiquement au président de la Chambre des Communes du Canada. O’Donoghue écrit formellement, en date du 26 février 1875, que

l’insurrection fut conseillée par le gouverneur McTavish qui, avec d’autres officiers de la Compagnie de la Baie d’Hudson, l’aida depuis le jour de son inception jusqu’au dernier moment de son existence ; que Riel était en communication constante avec McTavish et dans beaucoup de cas agissait d’après ses instructions, et enfin, qu’il reconnut publiquement le gouvernement provisoire[12].

Je ne m’arrêterai pas à étudier le bien-fondé de toutes ces assertions. Une chose qui est bien certaine et que personne ne saurait nier, c’est qu’au commencement de 1870, McTavish se désista formellement de toute autorité et se rallia au gouvernement provisoire aussi publiquement qu’il lui était possible. Un M. John Sutherland, qui devait mourir sénateur, fut délégué avec trois autres membres de la convention convoquée par Riel afin de l’interroger, au nom de la partie anglaise des représentants du peuple, vu que ceux-ci étaient désireux de savoir à quoi s’en tenir sur la légalité du gouvernement formé par les métis, qu’il était question de compléter. Ce même sénateur fut dans la suite appelé à testifier dans la cause de Lépine, et voici sa déposition traduite aussi littéralement que possible de l’anglais :

Je faisais partie d’une députation qui alla voir le gouverneur McTavish… afin de savoir s’il était encore gouverneur. Nous allâmes du consentement de la convention, et notre question fut celle-ci : le gouverneur McTavish était-il encore gouverneur du pays, et continuerait-il à l’être ? La réponse fut : « Je n’ai aucun pouvoir, aucune autorité ; pour l’amour de Dieu formez un gouvernement[13] ». Ce fut là, autant que je puis me rappeler, la seule réponse que nous obtînmes[14].

Cette déclaration mit fin à toutes les hésitations. Même les plus scrupuleux parmi les Anglais concoururent à la formation définitive du gouvernement provisoire, qui fut composé de membres pris dans les deux partis. Ce gouvernement fut reconnu par le juge Black lui-même, le laïque probablement le plus considéré de la colonie, non moins que par les autorités d’Ottawa et de Londres. Les premières traitèrent en effet avec ses repré­sentants attitrés, qui tenaient leurs pouvoirs, aussi bien que leur mission et leurs instructions, de ce même gouvernement, et les dernières s’enquirent avec anxiété, par l’entremise de Lord Granville, du sort qui leur était fait après leur arrestation dans la ca­pitale canadienne.

Cette question est désormais hors de toute contestation : le gouvernement présidé par Louis Riel était, le 1er mars 1870, non seulement le seul gouvernement existant à la Rivière-Rouge, mais encore il était parfaitement légal et représentait tous les groupes de la population, excepté celui des intrigants venus de­puis peu de la province d’Ontario. Jusqu’au 15 juillet de la même année, époque du transfert du pays au Canada, ce gou­vernement jouissait donc de tous les droits inhérents à la souve­raineté coloniale, et n’avait pour supérieur que celui de Londres. C’est là un point que le lecteur doit constamment avoir présent à l’esprit s’il veut juger sainement un événement dont il me reste à parler, événement qui exaspéra les sectaires d’Ontario et même nombre d’Anglais bien pensants, et qui fut incontestablement la cause ultime de la mort de Riel.



Nous avons vu que, malgré la légitimité de la cause soutenue par les métis français, une certaine partie de la population, com­posée presque exclusivement de nouveaux venus, paraissait humiliée de voir des personnes de notre race et de notre foi à la tête des affaires, et avait juré de contrecarrer leurs plans par tous les moyens en leur pouvoir. Peu leur importait, apparem­ment, que l’autorité de Riel fît place à la discorde et à l’anar­chie ; l’essentiel, à leurs yeux, semblait être de se débarrasser des « Français, » comme ils disaient. D’où les intrigues de McDougall et de ses confédérés ; d’où les complots sans cesse renais­sants de Schultz et Cie. On alla même jusqu’à essayer de soule­ver les tribus sauvages contre l’autorité établie, tentative crimi­nelle entre toutes et dont la réussite eût confondu tous les élé­ments de la société dans une perte commune. L’épouvantable mas­sacre par les Sioux du Minnesota, dont près de cinq cents blancs tombèrent victimes sept ans auparavant, aurait pourtant dû faire entrevoir le danger qu’il y avait à recourir à de pareils auxiliaires pour amener la chute d’un homme.

Riel faisait arrêter les perturbateurs de l’ordre public ; puis, sur leur promesse d’amendement confirmée par la solennité du serment, il consentait à leur élargissement. Malheureusement beaucoup ne semblaient faire aucun cas de la foi jurée. Ils n’étaient pas plus tôt remis en liberté qu’ils recommençaient à fomenter la discorde et à prêcher la révolte. Aussi, instruit par l’expérience, le président hésitait-il à relâcher les prisonniers qu’il avait faits dans la maison de Schultz. Pourtant, voyant à la fin son autorité consolidée par la coopération des membres anglais ainsi que par la reconnaissance formelle de la Compagnie de la Baie d’Hudson, il crut à la cessation des complots et à la possibilité d’une population unanime dans ses aspirations. Le résultat pratique de ces sentiments optimistes fut l’élargissement de seize prisonniers, (2 février 1870). Les autres devaient incessamment recouvrer leur liberté ; plusieurs s’étaient déjà évadés, entre autres le fameux Schultz lui-même.

Mais voilà qu’on apprend qu’une centaine d’Anglais sous la conduite d’un capitaine Boulton arrivent du Portage-la-Prairie, pour s’unir à un formidable parti du bas de la rivière, tous armés dans le but d’attaquer le fort Garry, délivrer ce qui reste de prisonniers et culbuter Riel et son administration, qui vient pourtant d’être reconnue par les deux sections de la population. Pour ne pas fournir une excuse à ses ennemis et de peur d’assumer la responsabilité du désastre dont les folles menées des étrangers menaçaient la colonie, Riel fit alors relâcher les prisonniers. Puis il doubla la garnison du fort et mit en état de siège l’évêché de Saint-Boniface. Ce que voyant, les Anglais du bas de la Rivière se débandèrent, et les étrangers du Portage-la-Prairie voulurent regagner leurs foyers. Mais, las de l’état d’anxiété continuelle où les tenaient les agissements de ceux-ci, les lieutenants de Riel voulurent en finir avec une situation si tendue. Ils se mirent donc à la poursuite des Portagiens et en arrêtèrent quarante-huit, dont quatre furent passés en cour martiale et condamnés à mort, mais bientôt après graciés.

Cependant il y avait parmi eux un individu de caractère intraitable, qui s’était toujours fait remarquer par ses intempérances de langage et la violence de sa conduite. C’était un nommé Thomas Scott, natif d’Ontario, qui avait commencé sa carrière à la Rivière-Rouge en essayant de noyer le surintendant des travaux du chemin Dawson, parce que celui-ci ne voulait point le payer pour les trois jours pendant lesquels il avait refusé de travailler sous prétexte que la nourriture n’était pas bonne. La Compagnie de la Baie d’Hudson l’avait fait arrêter pour cette première offense.

Mais j’ai sous les yeux un document inédit, écrit tout entier de la main de Riel, que je ne saurais mieux faire que de reproduire ici. Il aura le double avantage d’initier le lecteur au style du jeune président (que je respecte dans ses moindres détails), en même temps qu’il nous éclairera sur la situation qui nous occupe.



Thomas Scott se signala dans les troubles de la R. R. en se mêlant aux perturbateurs Schultz et Cie. Durant la première Convention en novembre et décembre 1869, dans les affaires McDougall et Dennis, il était un des principaux agents sous main que Schultz eût dans Winnipeg. Il fut emprisonné avec Schultz vers le 8 décembre. En janvier 1870, T. Scott s’échappa, et se réfugia au Portage-la-Prairie. En février suivant, pendant que la Convention des Quarante Délégués de toute la colonie et du Portage formulait et discutait les conditions de l’entrée du pays dans la Confédération, T. Scott et environ 100 hommes tous armés descendirent du Portage, portant la guerre contre le fort Garry, le siège même de la Convention. Le gouvernement provisoire fut reconnu et complété par la Convention. Scott et ses compagnons ne purent éluder la connaissance de ce fait. Néanmoins, dans la nuit du 15 février, sur le matin, ils passèrent à travers Winnipeg avec des matériaux de guerre, des échelles, etc. indiquant leur dessein d’assaillir le fort. Ils firent halte près de la maison d’Henri Coutu, cernèrent cette maison avec des démonstrations hostiles, dans le but de s’emparer de la personne que la Convention venait de mettre à la tête du gouvernement fait par les habitants du pays pour empêcher l’anarchie. Riel ne se trouva pas là.

T. Scott et ses compagnons descendirent dans la partie anglaise de la colonie, se mêlant à un autre rassemblement de blancs et de sauvages sous le contrôle de Schultz. Alors, tous ne formant qu’un même parti armé envoyèrent au fort Garry d’en haut un messager certifiant de leur part qu’ils ne reconnaissaient point le gouvernement reconnu et dont l’organisation avait été complétée par la Convention. Durant ce rassemblement, dans ce rassemblement et par ce rassemblement lui-même, deux hommes furent tués : l’un Sutherland, inoffensif, l’autre, Parisien, appartenant au rassemblement.

Le 17 février, vers 10 heures du matin, 48 hommes en appareil de guerre passèrent en dirigeant leur marche derrière Winnipeg. Ce parti fut intercepté par les soldats du gouvernement provisoire, et fait prisonnier. Thomas Scott était encore du nombre.

Dans sa prison, Th. Scott insulta d’abord ses gardes qui le traitaient bien. En quelques jours il passa à des voies de fait, résistant à ses gardiens par la force ouverte, forçant les portes de sa prison. Le dernier jour de février, Th. Scott fut si violent qu’un certain nombre de métis se trouvant exaspérés le saisirent, le traînèrent en dehors et s’apprêtaient à le sacrifier lorsqu’un des conseillers français, survenant dans ce moment, le leur arracha et le renvoya dans sa cellule. Le 1er mars Riel fut averti, et se mit à s’enquérir des circonstances de cette affaire, tâchant de calmer les gardes. Mais ce jour-là même, T. Scott ayant renouvelé ses actes outrés, les soldats demandèrent à grands cris que l’affaire fût laissée à la cour martiale. Riel fit tout ce qu’il put pour persuader Scott de promettre d’être paisible : Scott se moqua et insulta.

Le surlendemain, 3 mars, il fut traduit devant un conseil de guerre, et, sur des témoignages assermentés, ayant été trouvé coupable des choses qui viennent d’être énumérées à son sujet, il fut condamné à être fusillé le 4 mars à 10 heures du matin. Son aumônier demanda grâce pour lui ; à cause du Révérend G. Young, l’exécution fut retardée et n’eut lieu qu’à midi. Les complications des affaires politiques de la Rivière-Rouge rendirent sa mort inévitable.

Je ne puis m’empêcher de trouver dans cette page de Riel un calme et une modération qu’on n’attendrait guère d’un homme que d’aucuns ont voulu faire passer pour un exalté, sinon un écervelé. Il est incontestable que cet exposé omet plusieurs graves accusations contre Scott que l’historien doit enregistrer. Ainsi il ne parle point de sa participation aux violences qui amenèrent la mort de Parisien et, par ricochet, celle du jeune Sutherland. Il passe par-dessus l’assaut dont Scott se rendit coupable envers le président lui-même. Surtout il omet la raison principale de sa condamnation (que la plupart des auteurs rapportent), à savoir le fait qu’il fut maintes fois pris les armes à la main contre l’autorité établie, au mépris de son propre serment[15].



Le fils d’un homme respectable, M. J. Sutherland, perdit la vie par suite du rassemblement destiné à promouvoir une épouvantable guerre civile : l’affaire passa presque inaperçue en dehors de la colonie. Le métis Parisien mourut des suites des blessures qu’il reçut : les Canadiens anglais qui l’apprirent en furent moins fâchés que contents. Elzéar Goulet fut ensuite tué à coups de pierre par les Ontariens au moment où il traversait la rivière à la nage : la presse d’Ontario applaudit. Mais quand un homme qui était connu pour être un perturbateur invétéré de la paix publique eut été exécuté pour un crime dont il se faisait gloire et qu’il se déclarait prêt à commettre de nouveau, ce fut un tollé général dans cette province. Un vent de démence parut souffler sur les têtes les plus solides ; les journaux crièrent à l’assassinat, les hommes publics de race anglaise jurèrent vengeance ; la mort de Riel et de ses lieutenants fut résolue dans les loges, et, le croirait-on ? le grave juge Wood, dans son allocution aux jurés qui avaient à décider du sort d’un de ces derniers (Ambroise Lépine), eut l’audace blasphématoire de comparer Scott, le révolté parjure, à Jésus-Christ immolé par les Juifs[16] !

Pourquoi cette tempête et ces incroyables excès ? Un mot de réponse explique tout : Thomas Scott était orangiste.

Or qu’on ne se méprenne pas sur mes sentiments au sujet de cette misérable affaire : au risque de froisser des susceptibilités respectables, je ne puis m’empêcher d’admettre que Riel eût mieux fait d’empêcher cette exécution. La manière maladroite dont on l’opéra ne fit que la rendre plus odieuse. Mais dire que Scott fut « assassiné », parler du « meurtre » de Scott, c’est faire preuve ou bien d’une ignorance lamentable du véritable état des choses, ou bien d’un fanatisme contre lequel toute représentation serait impuissante.

Pour ceux qui se trouvent dans le premier cas, je déclare donc que l’exécution de Scott, quoique regrettable à bien des points de vue, fut parfaitement légale, je dirais presque légitime. Le premier avancé découle naturellement de la régularité juridique du gouvernement provisoire. Sa légalité une fois admise, il s’ensuit qu’il avait le droit de pourvoir à sa propre sécurité en se débarrassant de ceux qui attentaient à sa vie. Autrement, le gouvernement qui fit plus tard périr Riel sur l’échafaud était coupable d’assassinat, puisque le crime de l’accusé était identique dans les deux cas. Dire que Scott fut assassiné, c’est ou bien nier qu’il eût pris les armes contre l’autorité constituée, ce que personne ne peut oser ; ou bien prétendre qu’en mars 1870 il n’y avait point de gouvernement à la Rivière-Rouge ; que c’était en vain que l’ex-gouverneur avait chargé les représentants du peuple de s’en former un ; que ceux qui suivirent ses instructions agirent irrégulièrement ; et que les autorités impériales et fédérales eurent elles-mêmes tort de reconnaître le gouvernement provisoire en traitant officiellement avec ses délégués, et même en chargeant Riel (comme le fit sir Georges Cartier) de continuer à gouverner jusqu’à l’arrivée d’Archibald. Pareil raisonnement n’est pas sérieux, et n’est pas fait pour préoccuper un esprit non prévenu.

L’exécution de Scott était-elle justifiée ? J’en ai assez dit pour permettre au lecteur de répondre lui-même à cette question. Encore une fois, il était bien pénible d’en être réduit, ou de se croire réduit, à pareille extrémité. Mais si nous nous rappelons ce qui précéda cette mesure de rigueur et considérons ce qui la suivit, nous n’aurons pas de peine à nous imaginer le but qu’on se proposait en y recourant. Auparavant, c’étaient des complots incessants et un état d’insécurité qui était devenu si insupportable que nombre d’honnêtes gens parlaient de quitter la colonie s’il durait davantage. Après, ce fut un calme général, qui permit à chacun de vaquer sans crainte à ses occupations ordinaires[17].

En outre, il convient de ne pas oublier qu’en des temps troublés par les passions politiques ou autres, l’autorité a des prérogatives qui deviennent facilement des devoirs quand elle est attaquée. La période de transition que traversa l’Assiniboia ressemble assez à ces circonstances extraordinaires dans la vie des peuples qui entraînent la proclamation de la loi martiale. Quiconque veut alors résister aux pouvoirs établis doit être prêt à en subir les conséquences.

Et puis les doux Ontariens qui voulurent « lyncher » les représentants du gouvernement de la Rivière-Rouge, et l’auraient probablement fait s’ils eussent pu s’en emparer, n’ont guère le droit de jeter la pierre aux métis ; ceux-ci n’exécutèrent un révolté qu’après un procès régulier, précédé d’avertissements qui étaient aussi charitables d’un côté qu’ils furent dédaigneusement repoussés de l’autre.

VIII. — fidélité dans la persécution


L’enfance a des droits inaliénables auxquels correspondent autant de devoirs pour l’éducateur. Comme une impression reçue à l’école ne s’efface que difficilement, il est de la plus élémentaire prudence, pour ne pas dire honnêteté, de ne servir à l’intelligence de l’élève que ce qui ne blesse en aucune manière les droits de la vérité et ne peut faire l’objet d’aucun doute. Les sujets de controverse et les questions débattues pourront plus tard attirer l’attention de la jeunesse ; quand l’esprit est encore en tutelle, il est plus que convenable de respecter sa faiblesse et de ne lui présenter que ce qui est incontestable.

Aussi, n’est-ce pas sans quelque surprise que j’ai trouvé récemment le passage suivant qui a trait aux événements de 1869-70, dans un manuel anglais « autorisé pour les provinces de Manitoba, Ontario et Colombie Britannique » :

Le centre de la tempête était le parti des métis français mené par Louis Riel. Riel était le fils d’un blanc et d’une métisse, et avait été élevé à Montréal pour la prêtrise. Sa facilité d’élocution et le magnétisme de ses manières lui donnèrent vite un grand ascendant sur ses compatriotes ; une ambition sans frein et une vanité extraordinaire l’aveuglèrent au point qu’il ne put voir la folie de résister à l’autorité du Dominion. Il n’y avait personne dans la colonie pour le retenir dans sa folie rageuse (his madness). Sans le courage et le tact de Donald-A. Smith, l’agent du gouvernement fédéral, les affaires auraient pu prendre une pire tournure. L’archevêque Taché… ne revint qu’après que le délire de la rébellion se fut éteint dans le meurtre…

Il y avait toute probabilité que la difficulté allait s’arranger sans effusion de sang, quand un accès soudain de folie de la part de Riel se termina par une tragédie. Parmi les prisonniers que ce dernier avait jetés dans le fort Garry comme ennemis du « Gouvernement Provisoire » était un jeune immigrant de l’Ontario nommé Thomas Scott. Cet infortuné jeune homme fut choisi par Riel pour devenir l’instrument de son terrorisme sur ses contradicteurs. Passé en cour martiale et condamné pour cause de trahison, Scott fut conduit en dehors des murs du fort Garry et fusillé. La nouvelle de cet assassinat brutal souleva une tempête d’indignation dans l’est du Canada. Une force de sept cents soldats et volontaires fut choisie pour se rendre immédiatement sur la scène de la rébellion… À l’approche des troupes, toute ardeur militaire et ivresse du pouvoir s’éteignirent dans la poitrine de

  1. History of the Hudson’s Bay Company, p. 459.
  2. The History of the Northern Interior of British Columbia ; appendice B des deux premières éditions ; appendice C de la troisième.
  3. Livre bleu de 1870, p. 63.
  4. … En date du 16 décembre 1870, le Comité du Conseil Privé canadien reconnaissait formellement que la résistance des métis « n’était évidemment pas dirigée contre la souveraineté de la Reine ou le gouvernement de la Compagnie de la Baie d’Hudson, mais contre l’assomption de l’autorité par le Canada. Ils se disent contents de rester comme ils sont, et si on laissait subsister le présent système de gouvernement ils se disperseraient immédiatement » (Ibid., p. 53). Bien plus, le gouverneur général du Canada reconnaissait lui-même, le 15 février 1870, dans une dépêche au comte Granville que « Riel ouvrit les débats [de la Convention] par un discours imprégné de loyauté » (Ibid., p. 105).
  5. Preliminary Investigation and Trial of Ambroise-D. Lépine, p. 73. Winnipeg, 1874.
  6. Livre bleu de 1870, p. 146.
  7. Livre bleu de 1870, p. 170.
  8. Ibid., p. 171.
  9. The Creation of Manitoba, p. 75.
  10. Relation d’un voyage à Manitoba, par J.-Y. Shantz, p. 15. Ottawa, 1873.
  11. Op. cit., p. 135.
  12. Hill, Manitoba, p. 252. « La rébellion de la Rivière-Rouge fut en grande partie l’œuvre des agents de la Cie de la Baie d’Hudson », dit aussi P. O’Leary (Travels in Canada and the United States, p. 139).
  13. Form some Government, for God’s sake ; I have no power or authority.
  14. Preliminary Investigation, etc., p. 80.
  15. On assure que Thomas Scott ne fut pas arrêté moins de six fois.
  16. Preliminary Investigation, etc., p. 120
  17. Il est bon de savoir aussi que les Anglais du Portage n’eurent pas plus tôt consenti à reconnaître le gouvernement provisoire, à la demande formelle de l’envoyé du Canada, M. Donald-A. Smith, dans le but d’obtenir la grâce du capitaine Boulton, qu’ils écrivirent à Riel, cette grâce une fois accordée, que leur soumission n’était rien moins que sincère, car disaient-ils en toutes lettres, « nous renverserons le gouvernement aussitôt que nous le pourrons ». Cette communication lui fut adressée avant l’exécution de Scott. Après que ce gouvernement eut montré qu’il était capable de se défendre, toute tentative de résistance cessa comme par enchantement.