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Bible Darby 1885/Préface

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Collectif
Traduction par John Nelson Darby.
Édouard Laügt ; Guignard (p. Préface).

PRÉFACE DES ÉDITEURS


La riche et fidèle bonté du Seigneur nous permet de présenter aujourd’hui aux âmes qui attachent du prix à la parole de Dieu le travail d’un de ses serviteurs, voué pendant plus de cinquante années à la prédication et à la défense de l’Évangile, aussi bien qu’à l’étude, à l’exposition, et à la traduction en diverses langues des Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Nous rendons grâces à Celui qui, dans un temps comme celui-ci, a suggéré à son serviteur d’entreprendre à nouveau la traduction en français des Saintes Écritures d’après les textes originaux, et qui, en réponse aussi aux prières de nos frères, l’a soutenu et conduit jusqu’au bout à travers toutes les fatigues et les difficultés d’une telle œuvre.

Profondément convaincu de la divine inspiration des Saintes Écritures, le traducteur a cherché à les rendre, en reproduisant en français, aussi simplement et exactement que possible, ce que Dieu a donné dans d’autres langues inconnues de la plupart des lecteurs de la Bible. Il s’est attaché à rendre l’hébreu ou le grec des textes originaux aussi littéralement que le comportait la clarté nécessaire à l’intelligence de ce qui est dit. La profondeur de la Parole divine est infinie, et l’enchaînement qui existe entre toutes les parties du mystère divin n’est pas moins admirable, bien que ce mystère ne soit pas révélé comme un tout, car « nous connaissons en partie et nous prophétisons en partie ». Ainsi on rencontre souvent dans la sainte Parole des expressions qui, découlant du fond du mystère dans l’esprit de l’écrivain inspiré, donnent, avec le secours de la grâce, une entrée dans la liaison des diverses parties entre elles, et dans celle de chacune de ces parties avec le tout. Conserver ces expressions des textes originaux nuit quelquefois au style de la version ; mais lorsque la clarté de la phrase n’en souffrait pas, il y avait tout avantage à laisser subsister celles dont la forme pouvait contribuer à faire saisir toute la portée de ce que nous lisons dans les textes hébreu ou grec. Dans d’autres cas, où le français ne permettait pas de rendre littéralement le texte original et où la forme de la phrase hébraïque ou grecque paraissait renfermer des pensées qui auraient pu être plus ou moins perdues ou modifiés dans l’expression française, la traduction littérale a été ajoutée sous forme de note.

On sait que, à part quelques faibles portions (Jér. X, 11 ; Dan. II, 4 à VII, 28 ; Esdras IV, 8 à VI, 18 ; VII, 12-26), qui sont écrites dans une langue très-voisine de l’hébreu, qu’on a appelée chaldéen ou araméen, l’Ancien Testament tout entier est de l’hébreu, dans son ensemble d’une seule langue unique malgré la diversité des écrivains et les dix siècles qui séparent la composition des différents livres, pour ne rien dire des différents lieux où ils virent le jour. Achevés après les temps d’Esdras, les livres saints de l’Ancien Testament, lus et expliqués dans les écoles publiques et les synagogues des Juifs, devinrent les objets vénérés des soins aussi persévérants que méthodiques et minutieux des rabbins juifs, jusqu’à ce que, entre le VIIme et le Xme siècle après Jésus Christ, la tradition ancienne, établie déjà, concernant la lecture et l’interprétation, fut fixée par écrit (soit dans le texte qu’on appela Chetib, « ce qui est écrit », soit par les annotations ou les rectifications ajoutées en marge qui reçurent le nom de Keri, « ce qui doit être lu » ), et par ce qu’on appelle la ponctuation massorétique. Sous cette forme, pour ainsi dire stéréotypée, le texte sacré est parvenu intact jusqu’à nous, tel qu’on le trouve partout aujourd’hui dans les nombreuses éditions qui en sont répandues parmi les Juifs et dans tout le monde. Les premières éditions imprimées de l’Ancien Testament hébreu, précédées d’abord de l’impression des Psaumes, en 1477, et d’autres parties ensuite, remontent aux dernières années du XVme siècle.

Comme nous avons fait dans nos éditions successives du Nouveau Testament, nous avons ici, pour l’Ancien Testament aussi, abandonné les coupures en versets, sauf dans certaines parties poétiques où il pouvait y avoir une importance particulière à faire ressortir le rhythme hébraïque et son parallélisme. Les coupures dans les Proverbes se justifient d’elles-mêmes par le sens.

Pour le Nouveau Testament, écrit en grec, comme nous savons, les questions de texte sont plus complexes : mais ici aussi la grâce de Dieu et sa providence nous ont conservé les évidences les plus claires et les plus suffisantes quant au vrai texte à suivre. Les documents que purent utiliser les traducteurs des éditions de la Réforme (13 ou 14 manuscrits seulement), pour ne rien dire de la Vulgate latine sur laquelle sont faites de seconde main les versions catholiques, étaient très-restreints : cela n’empêcha par les Elzévirs de Hollande, qui avaient adopté le texte de Théodore de Bèze comme type de leurs nombreuses éditions, d’être assez hardis pour dire, dans la préface de celle qu’ils publièrent en 1633, que le texte qu’ils présentaient ainsi était textus ab omnibus receptus, le « texte reçu de tous ». Ce texte, appelé dès lors du nom de « texte reçu », a fait autorité jusqu’à nos jours au sein du Protestantisme : les traductions catholiques, comme nous l’avons dit, sont faites sur la Vulgate latine.

Les craintes des personnes qui appréhendaient que la foi fût ébranlée empêchèrent longtemps que la question de l’exactitude du texte ainsi présenté et accrédité fût soulevée. Mais la découverte de nombreux manuscrits, dont plusieurs fort anciens, l’étude de versions plus anciennes encore qu’aucun manuscrit, tous les travaux d’une multitude de savants qui ont examiné et comparé les textes et documents actuellement connus, en les classant d’après divers systèmes et en les jugeant chacun à son point de vue particulier, on servi à purifier le texte des fautes qui s’y étaient glissées par l’incurie ou la présomption des hommes et à en établir la certitude. La faiblesse humaine, sans doute, a laissé ses traces ici aussi comme partout où quelque chose a été confié à l’homme, mais la providence de Dieu a veillé sur sa Parole, en sorte que, malgré la différence des systèmes que les savants ont suivis pour la révision du texte, ils sont arrivés cependant à des résultats presque entièrement identiques. Un ou deux passages à part, les différentes éditions du texte grec qu’on a publiées sont d’accord entre elles presque partout, pour ce qui est des passages qui peuvent avoir quelque importance. Les variantes sont relativement peu nombreuses, d’un ordre secondaire, et souvent à peine saisissables dans une traduction.

Ces considérations feront comprendre pourquoi, dès notre première édition du Nouveau Testament publiée en 1859, et plus positivement dans les suivantes de 1872, 1875, 1878 et dans celle-ci, nous avons abandonné le texte appelé par les Elzévirs, sans aucun fondement acceptable, « texte reçu », — et pourquoi, pour la seconde édition, le traducteur s’est livré à l’étude approfondie du texte, travail dont ceux-là seuls qui l’ont entrepris connaissent l’étendue et les peines. Nous avons eu bien soin toutefois, et nous le devions au lecteur sérieux, de signaler, partout où la variante présentait la moindre importance, les leçons du texte ordinaire des anciennes versions de la Réforme.

Dans le volume que nous publions aujourd’hui le lecteur ne doit pas s’attendre à trouver une œuvre scientifique ou une édition critique ; nous avons simplement cherché, par tous les moyens qui étaient à notre disposition, à lui fournir une traduction du texte aussi simple et littérale que possible. Nous avons mis notre confiance en la grâce de Dieu pour oser travailler à ce qui pouvait être utile aux âmes et tendre à glorifier Celui qui seul peut bénir. Qu’Il daigne mettre sa bénédiction sur sa propre Parole et sur vous-même qui vous en servez !

Pau, Mars 1885.