Bible Sacy/Daniel

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DANIEL.


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LA troisième année du règne de Joakim, roi de Juda, Nabuchodonosor, roi de Babylone, vint mettre le siège devant la ville de Jérusalem.

2 Et le Seigneur livra entre ses mains Joakim, roi de Juda, et une partie des vases de la maison de Dieu, qu’il emporta au pays de Sennaar en la maison de son dieu, et il mit les vases en la maison du trésor de son dieu.

3 Alors le roi dit à Asphénez, chef des eunuques, qu’il prît d’entre les enfants d’Israël, et de la race des rois et des princes, de jeunes hommes,

4 en qui il n’y eût aucun défaut, qui fussent bien faits, instruits dans tout ce qui regarde la sagesse, habiles dans les sciences et dans les arts ; afin qu’ils demeurassent dans le palais du roi, et qu’il leur apprit à écrire et à parler la langue des Chaldéens.

5 Et le roi ordonna qu’on leur servît chaque jour des viandes qu’on servait devant lui, et du vin dont il buvait lui-même ; afin qu’ayant été nourris de cette sorte pendant trois ans, ils pussent ensuite paraître et demeurer en la présence du roi.

6 Entre ces jeunes gens il s’en trouva quatre qui étaient des enfants de Juda, Daniel, Ananias, Misaël et Azarias.

7 Et le chef des eunuques leur donna des noms, appelant Daniel Baltassar, Ananias Sidrach, Misaël Misach, et Azarias Abdénago.

8 Or Daniel fit une ferme résolution dans son cœur de ne se point souiller en mangeant de ce qui venait de la table du roi, et en buvant du vin dont il buvait ; et il pria le chef des eunuques de lui permettre de ne point manger de ces viandes qui l’auraient rendu impur.

9 Dieu fit en même temps que Daniel se concilia les bonnes grâces et la bienveillance du chef des eunuques.

10 Alors le chef des eunuques dit à Daniel : Je crains le roi, mon seigneur, qui a ordonné qu’on vous servît des viandes et du vin de sa table : car s’il voit vos visages plus maigres que ceux des autres jeunes hommes de votre âge, vous serez cause que le roi me fera perdre la tête.

11 Daniel répondit à Malasar, à qui le chef des eunuques avait ordonné de prendre soin de Daniel, d’Ananias, de Misaël et d’Azarias :

12 Éprouvez, je vous prie, vos serviteurs pendant dix jours, et qu’on ne nous donne que des légumes à manger, et que de l’eau à boire :

13 et après cela regardez nos visages et les visages des jeunes hommes qui mangent des viandes du roi ; et vous traiterez vos serviteurs selon ce que vous aurez vu vous-même.

14 Ayant entendu ces paroles, il les éprouva pendant dix jours.

15 Et après les dix jours leur visage parut meilleur et dans un embonpoint tout autre que celui de tous les jeunes hommes qui mangeaient des viandes du roi.

16 Malasar prenait donc les viandes et le vin qu’on leur donnait pour boire, et leur donnait des légumes.

17 Or Dieu donna à ces jeunes hommes la science et la connaissance de tous les livres et de toute la sagesse, et il communiqua en particulier à Daniel l’intelligence de toutes les visions et de tous les songes.

18 Le temps étant donc passé, après lequel le roi avait commandé que l’on fît paraître ces jeunes hommes devant lui, le chef des eunuques les présenta devant Nabuchodonosor.

19 Et le roi s’étant entretenu avec eux, il trouva que parmi tous les autres jeunes hommes il n’y en avait point qui égalassent Daniel, Ananias, Misaël et Azarias : et ils demeurèrent pour servir à la chambre du roi.

20 Quelque question que le roi leur fît touchant la sagesse et l’intelligence des choses, il trouva en eux dix fois davantage de lumière, qu’il n’en avait trouvé dans tous les devins et les mages qui étaient dans tout son royaume.

21 Or Daniel vécut jusqu’à la première année du roi Cyrus.




LA seconde année du règne de Nabuchodonosor, ce prince eut un songe dont son esprit fut extrêmement effrayé, et ensuite il l’oublia entièrement.

2 Le roi commanda en même temps qu’on fît assembler les devins, les mages, les enchanteurs et les Chaldéens, afin qu’ils lui déclarassent quel avait été son songe. Ils vinrent donc, et se présentèrent devant lui.

3 Et le roi leur dit : J’ai eu un songe ; et je ne sais ce que j’ai vu, parce que rien ne m’en est resté dans l’esprit qu’une idée confuse.

4 Les Chaldéens répondirent au roi en langue syriaque : Ô roi ! vivez à jamais ; dites à vos serviteurs le songe que vous avez eu, et nous l’interpréterons.

5 Le roi répondit aux Chaldéens : Mon songe m’est échappé de la mémoire ; si vous ne me déclarez ce que j’ai songé, et ce que mon songe signifie, vous périrez tous, et vos maisons seront confisquées :

6 mais si vous me dites mon songe et ce qu’il signifie, je vous ferai des dons et des présents, et je vous élèverai à de grands honneurs : dites-moi donc et interprétez-moi ce que j’ai songé.

7 Les Chaldéens lui répondirent pour la seconde fois : S’il plaît au roi de déclarer son songe à ses serviteurs, nous lui en donnerons l’interprétation.

8 Le roi leur répondit : Je vois bien que vous ne cherchez qu’à gagner du temps, parce que vous savez que j’ai oublié mon songe.

9 si vous ne pouvez me dire ce que j’ai songé, c’est une marque que si je vous l’avais dit, vous lui auriez donné une interprétation trompeuse et pleine d’illusion, pour m’entretenir de paroles jusqu’à ce qu’il se fût passé beaucoup de temps. Dites-moi donc quel a été mon songe, afin que je sache aussi que l’interprétation que vous lui donnerez sera véritable.

10 Les Chaldéens répondirent au roi : Seigneur, il n’y a point d’homme sur la terre qui puisse faire ce que vous nous commandez, et il n’y a point de roi, quelque grand et puissant qu’il soit, qui ait jamais exigé une telle chose des devins, des magiciens et des Chaldéens.

11 Car ce que vous nous demandez, ô roi ! est si difficile, qu’il ne se trouvera personne qui puisse vous en éclaircir, excepté les dieux qui n’ont point de commerce avec les hommes.

12 Après cette réponse le roi entra en fureur, et dans son extrême colère il commanda qu’on fît mourir tous les sages de Babylone.

13 Cet arrêt ayant été prononcé, on faisait mourir les sages, et l’on cherchait Daniel et ses compagnons pour les faire périr avec les autres.

14 Alors Daniel voulant savoir quelle était cette loi et cette ordonnance, s’en informa d’Arioch, général des armées du roi, qui se préparait à faire mourir les sages de Babylone.

15 Et comme c’était lui qui avait reçu cet ordre du roi, Daniel lui demanda quel était le sujet qui avait pu porter le roi à prononcer une sentence si cruelle. Arioch ayant dit toute l’affaire à Daniel,

16 Daniel se présenta devant le roi, et le supplia de lui accorder quelque temps pour lui donner l’éclaircissement qu’il désirait.

17 Et étant entré dans sa maison, il déclara ce qui se passait à ses compagnons, Ananias, Misaël et Azarias ;

18 afin qu’ils implorassent la miséricorde du Dieu du ciel pour la révélation de ce secret, et que Daniel et ses compagnons ne périssent pas avec les autres sages de Babylone.

19 Alors ce mystère fut découvert à Daniel dans une vision pendant la nuit, et il bénit le Dieu du ciel, et dit :

20 Que le nom du Seigneur soit béni dans tous les siècles, comme il l’a été dès le commencement, parce que la sagesse et la force sont à lui.

21 C’est lui qui change les temps et les siècles, qui transfère et qui établit tous les royaumes, qui donne la sagesse aux sages, et la science à ceux qui ont l’intelligence et la lumière.

22 C’est lui qui révèle les choses les plus profondes et les plus cachées, qui connaît ce qui est dans les ténèbres ; et c’est en lui que se trouve, la vraie lumière.

23 Je vous rends grâces et je vous bénis, ô Dieu de nos pères ! parce que vous m’avez donné la sagesse et la force, et que vous m’avez fait voir ce que nous vous avons demandé, en nous découvrant ce que le roi désire de nous.

24 Daniel alla ensuite trouver Arioch, à qui le roi avait ordonné de faire mourir les sages de Babylone, et il lui dit : Ne faites point mourir les sages de Babylone ; menez-moi au roi, et je lui donnerai l’éclaircissement qu’il demande.

25 Arioch aussitôt présenta Daniel au roi, et lui dit : J’ai trouvé un homme d’entre les captifs des enfants de Juda, qui donnera au roi l’éclaircissement qu’il demande.

26 Le roi répondit en se tournant vers Daniel, surnommé Baltassar : Croyez-vous pouvoir me dire véritablement ce que j’ai vu dans mon songe, et m’en donner l’interprétation ?

27 Daniel répondit au roi : Les sages, les mages, les devins et les augures ne peuvent découvrir au roi le mystère dont il est en peine.

28 Mais il y a un Dieu au ciel qui révèle les mystères, qui vous a montré, ô roi ! 1rs choses qui doivent arriver dans les temps à venir. Voici donc quel a été votre songe, et les visions qui vous ont passé dans l’esprit, lorsque vous étiez dans votre lit.

29 Vous pensiez, ô roi ! étant dans votre lit, à ce qui devait arriver après ce temps ; et celui qui révèle les mystères, vous a découvert les choses à venir.

30 Ce secret m’a aussi été particulièrement révélé, non par une sagesse naturelle que j’aie, et qui ne se trouve pas dans le reste des hommes ; mais afin que le roi sût l’interprétation de son songe, et que les pensées de son esprit lui fussent connues.

31 Voici donc, ô roi ! ce que vous avez vu : Il vous a paru comme une grande statue : cette statue grande et haute extraordinairement, se tenait debout devant vous, et son regard était effroyable.

32 La tête de cette statue était d’un or très-pur ; la poitrine et les bras étaient d’argent ; le ventre et les cuisses étaient d’airain ;

33 les jambes étaient de fer, et une partie des pieds était de fer, et l’autre d’argile.

34 Vous étiez attentif à cette vision, lorsqu’une pierre se détacha de la montagne sans la main d’aucun homme ; et que frappant la statue dans ses pieds de fer et d’argile, elle les mit en pièces.

35 Alors le fer, l’argile, l’airain, l’argent et l’or se brisèrent tout ensemble, et devinrent comme la menue paille que le vent emporte hors de l’aire pendant l’été, et ils disparurent sans qu’il s’en trouvât plus rien en aucun lieu : mais la pierre qui avait frappé la statue, devint une grande montagne qui remplit toute la terre.

36 Voilà votre songe, ô roi ! et nous l’interpréterons aussi devant vous.

37 Vous êtes le roi des rois, et le Dieu du ciel vous a donné le royaume, la force, l’empire et la gloire.

38 Il vous a assujetti les enfants des hommes, et les bêtes de la campagne, en quelque lieu qu’ils habitent ; il a mis en votre main les oiseaux mêmes du ciel, et il a soumis toutes choses à votre puissance. C’est donc vous qui êtes la tête d’or.

39 Il s’élèvera après vous un autre royaume moindre que le vôtre, qui sera d’argent ; et ensuite un troisième royaume qui sera d’airain, et qui commandera à toute la terre.

40 Le quatrième royaume sera comme le fer : il brisera et il réduira tout en poudre, comme le fer brise et dompte toutes choses.

41 Mais comme vous avez vu que les pieds de la statue et les doigts des pieds étaient en partie d’argile et en partie de fer, ce royaume, quoique prenant son origine du fer, sera divisé, selon que vous avez vu que le fer était mêlé avec la terre et l’argile ;

42 et comme les doigts des pieds étaient en partie de fer et en partie de terre, ce royaume aussi sera ferme en partie, et en partie faible et fragile.

43 Et comme vous avez vu que le fer était mêlé avec la terre et l’argile, ils se mêleront aussi par des alliances humaines : mais ils ne demeureront point unis, comme le fer ne peut se lier ni s’unir avec l’argile.

44 Dans le temps de ces royaumes, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ; un royaume qui ne passera point à un autre peuple ; qui renversera et qui réduira en poudre tous ces royaumes, et qui subsistera éternellement.

45 Selon que vous avez vu que la pierre qui avait été détachée de la montagne, sans la main d’aucun homme, a brisé l’argile, le fer, l’airain, l’argent et l’or ; le grand Dieu a fait voir au roi ce qui doit arriver à l’avenir. Le songe est véritable, et l’interprétation en est très-certaine.

46 Alors le roi Nabuchodonosor se prosterna le visage contre terre, et adora Daniel ; et il commanda que l’on fît venir des victimes et de l’encens, et qu’on lui sacrifiât.

47 Et le roi parlant ensuite à Daniel, lui dit : Votre Dieu est véritablement le Dieu des dieux, et le Seigneur des rois, et celui qui révèle les mystères ; puisque vous avez pu découvrir un mystère si caché.

48 Alors le roi éleva en honneur Daniel, lui fit beaucoup de grands et magnifiques présents, lui donna le gouvernement de toutes les provinces de Babylone, et l’éleva au-dessus de ceux qui possédaient les premières dignités.

49 Et le roi ordonna, selon que Daniel le lui avait demandé, que Sidrach, Misach et Abdénago auraient l’intendance des affaires de la province de Babylone : mais Daniel était toujours dans le palais, et près de la personne du roi.




LE roi Nabuchodonosor fit faire une statue d’or, qui avait soixante coudées de haut et six de large, et il la fit mettre dans la campagne de Dura, qui était de la province de Babylone.

2 Il envoya ensuite un ordre pour faire assembler les satrapes, les magistrats, les juges, les officiers de l’armée, les intendants, ceux qui possédaient les premières charges, et tous les gouverneurs de provinces, afin qu’ils se trouvassent au jour qu’on dédierait la statue qu’il avait dressée.

3 Alors les satrapes, les magistrats, les juges, les officiers de l’armée, les intendants, les seigneurs qui étaient établis dans les premières charges, et tous les gouverneurs de provinces, s’assemblèrent pour assister à la dédicace de la statue que le roi Nabuchodonosor avait dressée. Ils se tenaient debout devant la statue que le roi Nabuchodonosor avait fait dresser ;

4 et le héraut criait à haute voix : Peuples, tribus et gens de toutes langues, on vous ordonne

5 qu’au moment que vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toute sorte de musiciens, vous vous prosterniez en terre, et que vous adoriez la statue d’or que le roi Nabuchodonosor a dressée.

6 Si quelqu’un ne se prosterne pas, et n’adore pas cette statue, il sera jeté sur l’heure au milieu des flammes de la fournaise.

7 Aussitôt donc que tous les peuples entendirent le son de la trompette, de la flûte, de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toute sorte de musiciens, tous les hommes de quelque nation, de quelque tribu et de quelque langue qu’ils fussent, adorèrent la statue d’or que Nabuchodonosor avait dressée.

8 Aussitôt et dans le même moment, des Chaldéens s’approchèrent, et accusèrent les Juifs,

9 en disant au roi Nabuchodonosor : Ô roi, vivez à jamais !

10 Vous avez fait une ordonnance, ô roi ! que tout homme au moment qu’il entendrait le son de la trompette, de la flûte, de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toute sorte de musiciens, se prosternât en terre, et adorât la statue d’or ;

11 et que si quelqu’un ne se prosternait pas et ne l’adorait pas, il serait jeté au milieu des flammes de la fournaise.

12 Cependant ceux des Juifs à qui vous avez donné l’intendance des affaires de la province de Babylone, Sidrach, Misach et Abdénago, méprisent, ô roi ! votre ordonnance ; ils n’honorent point vos dieux, et ils n’adorent point la statue d’or que vous avez dressée.

13 Alors Nabuchodonosor plein de fureur et de colère, commanda qu’on amenât devant lui Sidrach, Misach et Abdénago, qui furent amenés aussitôt devant le roi.

14 Et le roi Nabuchodonosor leur dit ces paroles : Est-il vrai, Sidrach, Misach et Abdénago, que vous n’honorez point mes dieux, et que vous n’adorez point la statue d’or que j’ai dressée ?

15 Maintenant donc, si vous êtes prêts à m’obéir, au moment que vous entendrez le son de la trompette, de la flûte, de la harpe, du hautbois, de la lyre, et des concerts de toute sorte de musiciens, prosternez-vous en terre, et adorez la statue que j’ai faite. Si vous ne l’adorez pas, vous serez jetés au même moment au milieu des flammes de la fournaise : et qui est le Dieu qui puisse vous arracher d’entre mes mains ?

16 Sidrach, Misach et Abdénago répondirent au roi Nabuchodonosor : Il n’est pas besoin, ô roi ! que nous vous répondions sur ce sujet.

17 Car notre Dieu, le Dieu que nous adorons, peut certainement nous retirer du milieu des flammes de la fournaise, et nous délivrer, ô roi ! d’entre vos mains.

18 S’il ne veut pas le faire, nous vous déclarons néanmoins, ô roi ! que nous n’honorons point vos dieux, et que nous n’adorons point la statue d’or que vous avez fait élever.

19 Alors Nabuchodonosor fut rempli de fureur, il changea de visage, et il regarda d’un œil de colère Sidrach, Misach et Abdénago : il commanda que le feu de la fournaise fût sept fois plus ardent qu’il n’avait accoutumé d’être.

20 Il donna ordre aux plus forts soldats de ses gardes de lier les pieds à Sidrach, Misach et Abdénago, et de les jeter ainsi au milieu des flammes de la fournaise.

21 En même temps ces trois hommes furent liés et jetés au milieu des flammes de la fournaise, avec leurs chausses, leurs tiares, leurs souliers et leurs vêtements :

22 car le commandement du roi pressait fort. Et comme la fournaise était extrêmement embrasée, les flammes du feu firent mourir les hommes qui y avaient jeté Sidrach, Misach et Abdenago.

23 Cependant ces trois hommes, Sidrach, Misach et Abdénago, tombèrent tout liés au milieu des flammes de la fournaise.

24 Alors le roi Nabuchodonosor fut frappé d’étonnement ; il se leva tout d’un coup, et dit aux grands de sa cour : N’avons-nous pas jeté trois hommes liés au milieu du feu ? Ils répondirent au roi : Oui, seigneur.

25 Nabuchodonosor leur dit : J’en vois quatre néanmoins qui marchent sans être liés au milieu du feu, qui sont incorruptibles dans les flammes, et dont le quatrième est semblable à un fils de Dieu.

26 Alors Nabuchodonosor s’étant approché de la porte de la fournaise ardente, dit : Sidrach, Misach et Abdénago, serviteurs du Dieu très-haut, sortez et venez. Aussitôt Sidrach, Misach et Abdénago sortirent du milieu du feu :

27 et les satrapes, les premiers officiers, les juges, et les grands de la cour du roi, regardaient attentivement ces jeunes hommes, voyant que le feu n’avait eu aucun pouvoir sur leurs corps, qu’un seul cheveu de leur tête n’en avait été brûlé, qu’il n’en paraissait aucune trace sur leurs vêtements, et que l’odeur même du feu n’était pas venue jusqu’à eux.

28 Alors Nabuchodonosor étant comme hors de lui-même, s’écria : Béni soit leur Dieu, le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdénago, qui a envoyé son ange, et a délivré ses serviteurs qui ont cru en lui, qui ont résisté au commandement du roi, et qui ont abandonné leurs corps pour ne point se rendre esclaves, et pour n'adorer aucun autre dieu que le seul Dieu qu'ils adorent.

29 Voici donc l'ordonnance que je fais : Que tout homme, de quelque peuple, de quelque tribu et de quelque langue qu'il puisse être, qui aura proféré un blasphème contre le Dieu de Sidrach, de Misach et d'Abdénago, périsse, et que sa maison soit détruite ; parce qu'il n'y a point d'autre dieu qui puisse sauver que celui-là.

30 Alors le roi éleva en dignité Sidrach, Misach et Abdénago dans la province de Babylone.

31 Le roi Nabuchodonosor : à tous les peuples et à toutes les nations, quelque langue qu'elles parlent dans toute la terre. Que la paix s'établisse en vous de plus en plus !

32 Le Dieu très-haut a fait des prodiges et des merveilles dans mon royaume.

33 J'ai donc résolu de publier ses prodiges, parce qu'ils sont grands, et ses merveilles, parce qu'elles sont étonnantes ; car son royaume est un royaume éternel, et sa puissance s'étend dans la suite de tous les siècles.



MOI, Nabuchodonosor, étant en paix dans ma maison, et plein de gloire dans mon palais,

2 j'ai vu un songe qui m'a effrayé ; et étant dans mon lit, mes pensées, et les images qui se présentaient à mon imagination, m'épouvantèrent.

3 C'est pourquoi je publiai une ordonnance pour faire venir devant moi tous les sages de Babylone, afin qu'ils me donnassent l'explication de mon songe.

4 Alors les devins, les mages, les Chaldéens et les augures étant venus devant moi, je leur racontai mon songe, et ils ne purent me l'expliquer.

5 Enfin Daniel, notre collègue, parut devant nous, lui à qui j'ai donné le nom de Baltassar, selon le nom de mon dieu, et qui a dans lui-même l'esprit des dieux saints. Je lui racontai mon songe, et je lui dis :

6 Baltassar, prince des devins, comme je sais que vous avez dans vous l'esprit des dieux saints, et qu'il n'y a point de secret que vous ne puissiez pénétrer ; dites-moi ce que j'ai vu en songe, et donnez-m'en l'explication.

7 Voici ce qui m'a été représenté en vision lorsque j'étais dans mon lit : Il me semblait que je voyais au milieu de la terre un arbre qui était excessivement haut.

8 C'était un arbre grand et fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, et qui paraissait s'étendre jusqu'aux extrémités du monde.

9 Ses feuilles étaient très-belles, et il était chargé de fruits capables de nourrir toutes sortes d'animaux : les bêtes privées et les bêtes sauvages habitaient dessous, les oiseaux du ciel demeuraient sur ses branches, et tout ce qui avait vie y trouvait de quoi se nourrir.

10 J'eus cette vision étant sur mon lit. Alors un des veillants et des saints descendit du ciel,

11 et cria d'une voix forte : Abattez l'arbre par le pied, coupez-en les branches, faites-en tomber les feuilles, et répandez-en les fruits ; que les bêtes qui étaient dessous s'enfuient, et que les oiseaux s'envolent de dessus ses branches.

12 Laissez-en néanmoins en terre la tige avec ses racines ; qu'il soit lié avec des chaînes de fer et d'airain parmi les herbes des champs ; qu'il soit mouillé de la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages l'herbe de la terre.

13 Qu'on lui ôte son cœur d'homme, et qu'on lui donne un cœur de bête, et que sept temps se passent sur lui.

14 C'est ce qui a été ordonné par ceux qui veillent ; c'est la parole et la demande des saints, jusqu'à ce que les vivants connaissent que c'est le Très-Haut qui a la domination sur les royaumes des hommes, qui les donne à qui il lui plaît, et qui établit roi quand il veut le dernier d'entre tous les hommes.

15 Voilà le songe que j'ai eu, moi, Nabuchodonosor, roi. Hâtez-vous donc, Baltassar, de m'en donner l'explication : car tous les sages de mon royaume n'ont pu me l'interpréter : mais pour vous, vous le pouvez, parce que l'esprit des dieux saints est en vous.

16 Alors Daniel, surnommé Baltassar, commença à penser en lui-même sans rien dire, pendant près d'une heure, et les pensées qui lui venaient lui jetaient le trouble dans l'esprit. Mais le roi prenant la parole, lui dit : Baltassar, que ce songe ni l'interprétation que vous avez à lui donner ne vous troublent point. Baltassar lui répondit : Seigneur, que le songe retourne sur ceux qui vous haïssent, et son interprétation sur vos ennemis.

17 Vous avez vu un arbre qui était très-grand et très-fort, dont la hauteur allait jusqu'au ciel, qui semblait s'étendre sur toute la terre ;

18 ses branches étaient très-belles ; il était chargé de fruits, et tous y trouvaient de quoi se nourrir : les bêtes de la campagne habitaient dessous, et les oiseaux du ciel se retiraient sur ses branches.

19 Cet arbre, ô roi ! c'est vous-même qui êtes devenu si grand et si puissant : car votre grandeur s'est accrue et élevée jusqu'au ciel ; votre puissance s'est étendue jusqu'aux extremités du monde.

20 Vous avez vu ensuite, ô roi ! que l'un des veillants et des saints est descendu du ciel, et qu'il a dit : Abattez cet arbre, coupez-en les branches, réservez-en néanmoins en terre la tige avec les racines ; qu'il soit lié avec le fer et l'airain parmi les herbes des champs ; qu'il soit mouillé par la rosée du ciel, et qu'il paisse avec les bêtes sauvages, jusqu'à ce que sept temps soient passés sur lui.

21 Et voici l'interprétation de la sentence du Très-Haut, qui a été prononcée contre le roi, mon seigneur :

22 Vous serez chassé de la compagnie des hommes, et vous habiterez avec les animaux et les bêtes sauvages ; vous mangerez du foin comme un bœuf ; vous serez trempé de la rosée du ciel ; sept temps passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut tient sous sa domination les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît.

23 Quant à ce qui a été commandé qu'on réservât la tige de l'arbre avec ses racines, cela vous marque que votre royaume vous demeurera, après que vous aurez reconnu que toute puissance vient du ciel.

24 C'est pourquoi suivez, ô roi ! le conseil que je vous donne. Rachetez vos péchés par les aumônes, et vos iniquités par les œuvres de miséricorde envers les pauvres : peut-être que le Seigneur vous pardonnera vos offenses.

25 Toutes ces choses arrivèrent depuis au roi Nabuchodonosor.

26 Douze mois après, il se promenait dans le palais de Babylone,

27 et il commença à dire : N'est-ce pas là cette grande Babylone dont j'ai fait le siège de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance, et dans l'éclat de ma gloire ?

28 À peine le roi avait prononcé cette parole, qu'on entendit cette voix du ciel : Voici ce qui vous est annoncé, ô Nabuchodonosor roi ! votre royaume passera en d'autres mains ;

29 vous serez chassé de la compagnie des hommes ; vous habiterez avec les animaux et avec les bêtes farouches ; vous mangerez du foin comme un bœuf ; et sept temps passeront sur vous, jusqu'à ce que vous reconnaissiez que le Très-Haut a un pouvoir absolu sur les royaumes des hommes, et qu'il les donne à qui il lui plaît.

30 Cette parole fut accomplie à la même heure en la personne de Nabuchodonosor. Il fut chassé de la compagnie des hommes ; il mangea du foin comme un bœuf ; son corps fut trempé de la rosée du ciel, en sorte que les cheveux lui crûrent comme les plumes d'un aigle, et que ses ongles devinrent comme les griffes des oiseaux.

31 Après que le temps marqué de Dieu eut été accompli, moi, Nabuchodonosor, j'élevai les yeux au ciel ; le sens et l'esprit me furent rendus ; je bénis le TrèsHaut, je louai et glorifiai celui qui vit éternellement, parce que sa puissance est une puissance éternelle, et que son royaume s'étend dans la succession de tous les siècles.

32 Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant ; il fait tout ce qu'il lui plaît, soit dans les armées célestes, soit parmi les habitants de la terre ; et nul ne peut résister à sa main puissante, ni lui dire : Pourquoi avez-vous fait ainsi ?

33 En même temps le sens me revint, et je recouvrai tout l'éclat et toute la gloire de la dignité royale : ma première forme me fut rendue ; les grands de ma cour et mes principaux officiers vinrent me chercher : je fus rétabli dans mon royaume, et je devins plus grand que jamais.

34 Maintenant donc, moi, Nabuchodonosor, je loue le Roi du ciel, et je publie sa grandeur et sa gloire ; parce que toutes ses œuvres sont fondées dans la vérité, que toutes ses voies sont pleines de justice, et qu'il peut humilier ceux qui se conduisent avec orgueil.



LE roi Baltassar fit un grand festin à mille des plus grands de sa cour, et chacun buvait selon son âge.

2 Le roi étant donc déjà plein de vin, commanda qu'on apportât les vases d'or et d'argent que son père Nabuchodonosor avait emportés du temple de Jérusalem, afin que le roi bût dedans avec ses femmes, ses concubines, et les grands de sa cour.

3 On apporta donc aussitôt les vases d'or et d'argent qui avaient été transportés du temple de Jérusalem ; et le roi but dedans avec ses femmes, ses concubines, et les grands de sa cour.

4 Ils buvaient du vin, et ils louaient leurs dieux d'or et d'argent, d'airain et de fer, de bois et de pierre.

5 Au même moment on vit paraître des doigts et comme la main d'un homme qui écrivait vis-à-vis du chandelier sur la muraille de la salle du roi, et le roi voyait le mouvement des doigts de la main qui écrivait.

6 Alors le visage du roi se changea, son esprit fut saisi d'un grand trouble ; ses reins se relâchèrent, et dans son tremblement ses genoux se choquaient l'un l'autre.

7 Le roi fit donc un grand cri, et ordonna qu'on fît venir les mages, les Chaldéens et les augures ; et le roi dit aux sages de Babylone : Quiconque lira cette écriture, et me l’interprétera, sera revêtu de pourpre, aura un collier d’or au cou, et sera la troisième personne de mon royaume.

8 Mais tous les sages du roi étant venus devant lui, ne purent ni lire cette écriture, ni lui en dire l’interprétation.

9 Ce qui redoubla encore le trouble du roi Baltassar ; son visage en fut tout changé, et les grands de sa cour en furent épouvantés comme lui.

10 Mais la reine touchée de ce qui était arrivé au roi, et aux grands qui étaient près de lui, entra dans la salle du festin, et lui dit : Ô roi, vivez à jamais ! que vos pensées ne vous troublent point, et que votre visage ne se change point.

11 Il y a dans votre royaume un homme qui a dans lui-même l'esprit des dieux saints, en qui on a trouvé plus de science et de sagesse qu’en aucun autre sous le règne de votre père. C’est pourquoi le roi Nabuchodonosor, votre père, l’établit chef des mages, des enchanteurs, des Chaldéens et des augures : votre père, dis-je, ô roi ! l’établit au-dessus d’eux tous ;

12 parce qu’on reconnut que cet homme appelé Daniel, à qui le roi donna le nom de Baltassar, avait reçu une plus grande étendue d’esprit qu’aucun autre, plus de prudence et d’intelligence pour interpréter les songes, pour découvrir les secrets, et pour développer les choses les plus obscures et les plus embarrassées. Qu’on fasse donc maintenant venir Daniel, et il interprétera cette écriture.

13 Aussitôt on fit venir Daniel devant le roi, et le roi lui dit : Êtes-vous Daniel, l’un des captifs des enfants de Juda, que le roi, mon père, avait emmené de Judée ?

14 On m’a dit de vous, que vous avez l’esprit des dieux ; et qu’il s’est trouvé en vous plus de science, d’intelligence et de sagesse qu’en aucun autre.

15 Je viens de faire venir devant moi les sages et les mages pour lire et pour interpréter cette écriture, et ils n’ont pu me dire ce que ces lettres signifient.

16 Mais pour vous, on m’a rapporté que vous pouvez expliquer les choses les plus obscures, et développer les plus embarrassées. Si vous pouvez donc lire cette écriture, et m’en dire l’interprétation, vous serez vêtu de pourpre, vous porterez au cou un collier d’or, et vous serez le troisième d’entre les princes de mon royaume.

17 Daniel répondit à ces paroles du roi, et lui dit : Que vos présents, ô roi ! soient pour vous ; et faites part à un autre des honneurs de votre maison : je ne laisserai pas de vous lire cette écriture, et de vous dire ce qu’elle signifie.

18 Le Dieu très-haut, ô roi ! donna à Nabuchodonosor, votre père, le royaume, la grandeur, la gloire et l’honneur ;

19 et à cause de cette grande puissance que Dieu lui avait donnée, tous les peuples et toutes les nations, de quelque langue qu’elles fussent, le respectaient et tremblaient devant lui. Il faisait mourir ceux qu’il voulait ; il détruisait ceux qu’il lui plaisait ; il élevait ou il abaissait les uns ou les autres selon sa volonté.

20 Mais après que son cœur se fut élevé, et que son esprit se fut affermi dans son orgueil, il fut chassé du trône, il perdit son royaume, et sa gloire lui fut ôtée.

21 Il fut retranché de la société des enfants des hommes ; son cœur devint semblable à celui des bêtes ; il demeura avec les ânes sauvages, et il mangea l’herbe des champs comme un bœuf, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu’à ce qu’il reconnût que Je Très-Haut a un souverain pouvoir sur les royaumes des hommes, et qu’il établit sur le trône qui il lui plaît.

22 Et vous, Baltassar, qui êtes son fils, vous-même n’avez point humilié votre cœur, quoique vous sussiez toutes ces choses ;

23 mais vous vous êtes élevé contre le Dominateur du ciel, vous avez fait apporter devant vous les vases de sa maison sainte, et vous avez bu dedans, vous, vos femmes et vos concubines, avec les grands de votre cour. Vous avez loué en même temps vos dieux d’argent et d’or, d’airain et de fer, de bois et de pierre, qui ne voient point, qui n’entendent point, et qui ne sentent point ; et vous n’avez point rendu gloire à Dieu qui tient dans sa main votre âme et tous les moments de votre vie.

24 C’est pourquoi Dieu a envoyé les doigts de cette main, qui a écrit ce qui est marqué sur la muraille.

25 Or voici ce qui est écrit : Mané, Thécel, Pharés :

26 et en voici l’interprétation : Mané : Dieu a compté les jours de votre règne, et il en a marqué l’accomplissement.

27 Thécel : Vous avez été pesé dans la balance, et on vous a trouvé trop léger.

28 Pharès : Votre royaume a été divisé, et il a été donné aux Mèdes et aux Perses.

29 Alors Daniel fut vêtu de pourpre par l’ordre du roi ; on lui mit au cou un collier d’or, et on fit publier qu’il aurait la puissance dans le royaume, comme en étant la troisième personne.

30 Cette même nuit, Baltassar, roi des Chaldéens, fut tué ;

31 et Darius, qui était Mède, lui succéda au royaume, étant âgé de soixante et deux ans.



DARIUS jugea à propos d’établir cent vingt satrapes sur son royaume, afin qu’ils eussent l’autorité dans toutes les provinces de son État.

2 Mais il mit au-dessus d’eux trois princes, dont Daniel était un ; afin que ces satrapes leur rendissent compte, et que le roi fût déchargé de tout soin.

3 Daniel surpassait donc en autorité tous les princes et tous les satrapes, parce qu’il était plus rempli de l’esprit de Dieu.

4 Et comme le roi pensait à l’établir sur tout son royaume, les princes et les satrapes cherchaient un sujet de l’accuser dans ce qui regardait les affaires du roi : mais ils ne purent trouver aucun prétexte pour le rendre suspect, parce qu’il était très-fidèle, et qu’on ne pouvait faire tomber sur lui le soupçon de la moindre faute.

5 Ils dirent donc entre eux : Nous ne trouverons point d’occasion d’accuser Daniel, si nous ne la faisons naître de la loi de son Dieu.

6 Alors les princes et les satrapes surprirent le roi en cette manière, et lui dirent : Ô roi, vivez éternellement !

7 Tous les princes de votre royaume, les principaux officiers, les satrapes, les sénateurs et les juges sont d’avis que par votre puissance impériale, il se fasse un édit qui ordonne que tout homme qui, durant l’espace de trente jours, demandera quoi que ce soit à quelque dieu ou à quelque homme que ce puisse être, sinon à vous seul, ô roi ! soit jeté dans la fosse des lions.

8 Confirmez donc maintenant, ô roi ! cet avis, et faites cet édit ; afin qu’il demeure ferme comme ayant étc établi par les Mèdes et par les Perses, sans qu’il soit permis à personne de le violer.

9 Le roi Darius fit donc publier cet édit et cette défense.

10 Daniel ayant appris que cette loi avait été faite, entra dans sa maison ; et ouvrant les fenêtres de sa chambre du côté de Jérusalem, il fléchissait les genoux chaque jour à trois différentes heures, et il adorait son Dieu, et lui rendait ses actions de grâces, comme il faisait auparavant.

11 Ces hommes donc qui épiaient avec grand soin toutes les actions de Daniel, le trouvèrent qui priait et qui adorait son Dieu.

12 Et ils vinrent aussitôt trouver le roi pour lui représenter son édit, et lui dirent : Ô roi ! n’avez-vous pas ordonné que pendant l’espace de trente jours, tout homme qui ferait quelque prière à quelqu’un des dieux ou des hommes, sinon à vous seul, ô roi ! serait jeté dans la fosse des lions ? Le roi leur répondit : Ce que vous dites est vrai ; et c’est une ordonnance des Perses et des Mèdes, qu’il n’est permis à personne de violer.

13 Alors ils dirent au roi : Daniel, un des captifs d’entre les enfants de Juda, sans avoir égard à votre loi ni à l’édit que vous avez fait, prie son Dieu chaque jour à trois heures différentes.

14 Ce que le roi ayant entendu, il fut extrêmement affligé : il prit en lui-même la résolution de délivrer Daniel, et jusqu’au soleil couché il fit ce qu’il put pour le sauver.

15 Mais ces personnes voyant bien quelle était l’intention du roi, lui dirent : Ô roi ! sachez que c’est une loi des Mèdes et des Perses, Qu’il n’est point permis de rien changer dans tous les édits que le roi fait.

16 Alors Daniel fut emmené par le commandement du roi, et ils le jetèrent dans la fosse des lions. Et le roi dit à Daniel : Votre Dieu, que vous adorez sans cesse, vous délivrera.

17 En même temps on apporta une pierre qui fut mise à l’entrée de la fosse, et scellée du sceau du roi et du sceau des grands de la cour, de peur qu’on ne fît quelque chose contre Daniel.

18 Le roi étant rentré dans sa maison, se mit au lit sans avoir soupé : on ne servit point de viandes devant lui, et il ne put pas même dormir.

19 Le lendemain il se leva dès le point du jour, et alla en diligence à la fosse des lions ;

20 et étant près de la fosse, il appela Daniel avec une voix triste et entrecoupée de soupirs, et lui cria : Daniel, serviteur du Dieu vivant ! votre Dieu, que vous servez sans cesse, aurait-il bien pu vous délivrer de la gueule des lions ?

21 Daniel lui répondit : Ô roi, vivez éternellement !

22 Mon Dieu a envoyé son ange qui a fermé la gueule des lions, et ils ne m’ont fait aucun mal, parce que j’ai été trouvé juste devant lui ; et je n’ai rien fait non plus devant vous, ô roi ! qui puisse me rendre coupable.

23 Alors le roi fut transporté de joie, et il commanda qu’on fît sortir Daniel de la fosse des lions : d’où ayant été tiré, on ne trouva sur son corps aucune blessure, parce qu’il avait cru en son Dieu.

24 En même temps le roi commanda qu’on fît venir ceux qui avaient accusé Daniel, et ils furent jetés dans la fosse des lions avec leurs femmes et leurs enfants : et avant qu’ils fussent venus jusqu’au pavé de la fosse, les lions les prirent entre leurs dents, et leur brisèrent tous les os.

25 Après cela Darius envoya cette ordonnance à tous les peuples et à toutes les nations, de quelque langue qu’elles fussent, qui habitaient dans toute la terre : Que la paix s’affermisse parmi vous de plus en plus !

26 J’ordonne par cet édit, que dans tout mon empire et mon royaume, tous mes sujets révèrent le Dieu de Daniel avec crainte et avec tremblement : car c’est lui qui est le Dieu vivant, l’Éternel qui vit dans tous les siècles : son royaume ne sera jamais détruit, et sa puissance passera jusque dans l’éternité.

27 C’est lui qui est le Libérateur et le Sauveur, qui fait des prodiges et des merveilles dans le ciel et dans la terre, qui a délivré Daniel de la fosse des lions.

28 Or Daniel fut toujours en dignité jusqu’au règne de Darius, et au règne de Cyrus, roi de Perse.



LA première année de Baltassar, roi de Babylone, Daniel eut une vision en songe. Il eut cette vision étant dans son lit ; et ayant écrit son songe, il le recueillit en peu de mots, et en marqua ainsi les principaux points :

2 J’ai eu, dit-il, cette vision pendant la nuit. Il me semblait que les quatre vents du ciel se combattaient l’un l’autre sur une grande mer,

3 et que quatre grandes bêtes fort différentes les unes des autres, montaient hors de la mer.

4 La première était comme une lionne, et elle avait des ailes d’aigle, et comme je la regardais, ses ailes lui furent arrachées : elle fut ensuite relevée de terre, et elle se tint sur ses pieds comme un homme, et il lui fut donné un cœur d’homme.

5 Après cela il parut à côté une autre bête qui ressemblait à un ours. Elle avait trois rangs de dents dans la gueule, et il y en avait qui lui disaient : Levez-vous, et rassasiez-vous de carnage.

6 Après cela comme je regardais, j’en vis une autre qui était comme un léopard ; et elle avait au-dessus de soi quatre ailes comme les ailes d’un oiseau. Cette bête avait quatre têtes, et la puissance lui fut donnée.

7 Je regardais ensuite dans cette vision que j’avais pendant la nuit, et je vis paraître une quatrième bête qui était terrible et étonnante. Elle était extraordinairement forte ; elle avait de grandes dents de fer ; elle dévorait, et mettait en pièces, et foulait aux pieds ce qui restait : elle était fort différente des autres bêtes que j’avais vues avant elle ; et elle avait dix cornes.

8 Je considérais ses cornes, et je vis une petite corne qui sortait du milieu des autres : trois de ses premières cornes furent arrachées de devant elle : cette corne avait des yeux comme les yeux d’un homme, et une bouche qui proférait des paroles insolentes.

9 J’étais attentif à ce que je voyais, jusqu’à ce que des trônes furent placés, et que l’Ancien des jours s’assit : son vêtement était blanc comme la neige, et les cheveux de sa tête étaient comme la laine la plus blanche et la plus pure : son trône était des flammes ardentes, et les roues de ce trône un feu brûlant.

10 Un fleuve de feu et très-rapide sortait de devant sa face ; un million d’anges le servaient, et mille millions assistaient devant lui. Le jugement se tint, et les livres furent ouverts.

11 Je regardais attentivement à cause du bruit des paroles insolentes que cette corne prononçait, et je vis que la bête avait été tuée ; que son corps était détruit, et qu’il avait été livré au feu pour être brûlé.

12 Je vis aussi que la puissance des autres bêtes leur avait été ôtée, et que la durée de leur vie leur avait été marquée jusqu’à un temps et un temps.

13 Je considérais ces choses dans une vision de nuit, et je vis comme le Fils de l’homme qui venait avec les nuées du ciel, et qui s’avança jusqu’à l’Ancien des jours. Ils le présentèrent devant lui,

14 et il lui donna la puissance, l’honneur et le royaume ; et tous les peuples, toutes les tribus et toutes les langues le serviront : sa puissance est une puissance éternelle qui ne lui sera point ôtée, et son royaume ne sera jamais détruit.

15 Mon esprit fut saisi d’étonnement : moi, Daniel, je fus épouvanté par ces choses : et ces visions qui m’étaient représentées, me jetèrent dans le trouble.

16 Je m’approchai d’un de ceux qui étaient présents ; et je lui demandai la vérité de toutes ces choses, et il m’interpréta ce qui se passait, et me l’enseigna.

17 Ces quatre grandes bêtes sont quatre royaumes qui s’élèveront de la terre.

18 Mais les saints du Dieu très-haut entreront en possession du royaume, et ils régneront jusqu’à la fin des siècles, et dans les siècles des siècles.

19 J’eus ensuite un grand désir d’apprendre ce que c’était que la quatrième bête, qui était très-différente de toutes les autres, et effroyable au delà de ce qu’on peut dire : ses dents et ses ongles étaient de fer ; elle dévorait, mettait en pièces, et foulait aux pieds ce qui avait echappé à sa violence.

20 Je voulus m’enquérir aussi des dix cornes qu’elle avait à la tête ; et de l’autre qui lui vint de nouveau, en présence de Iaquelle trois de ces cornes étaient tombées ; de cette corne, dis-je, qui avait des yeux, et une bouche qui prononçait des paroles insolentes ; et cette corne était plus grande que les autres.

21 Et comme je regardais attentivement, je vis que cette corne faisait la guerre contre les saints, et avait l’avantage sur eux,

22 jusqu’à ce que l’Ancien des jours parut : alors il donna aux saints du Très-Haut la puissance de juger ; et le temps étant accompli, les saints entrèrent en possession du royaume.

23 Sur quoi il me dit : La quatrième bête est le quatrième royaume qui dominera sur la terre, et il sera plus grand que tous les autres royaumes : il dévorera toute la terre, la foulera aux pieds, et la réduira en poudre.

24 Les dix cornes de ce même royaume sont dix rois qui régneront : il s’en élèvera un autre après eux qui sera plus puissant que ceux qui l’auront devancé ; et il abaissera trois rois.

25 Il parlera insolemment contre le Très-Haut, il foulera aux pieds les saints du Très-Haut, et il s’imaginera qu’il pourra changer les temps et les lois, et ils seront livrés entre ses mains jusqu’à un temps, deux temps, et la moitié d’un temps.

26 Le jugement se tiendra ensuite, afin que la puissance soit ôtée à cet homme, qu’elle soit entièrement détruite, et qu’il périsse pour jamais ;

27 et qu’en même temps le royaume, la puissance et l’étendue de l’empire de tout ce qui est sous le ciel, soit donné au peuple des saints du Très-Haut : car son royaume est un royaume éternel, auquel tous les rois seront assujettis avec une entière soumission.

28 Ce fut là la fin de ce qui me fut dit. Moi, Daniel, je fus fort troublé ensuite dans mes pensées, mon visage en fut tout changé ; et je conservai ces paroles dans mon cœur.



LA troisième année du règne du roi Baltassar, j’eus une vision. Moi, Daniel, après ce que j’avais vu au commencement,

2 je vis dans une vision lorsque j’étais au château de Suse, qui est au pays d’Élam, et il me parut dans cette vision, que j’étais à la porte d’Ulaï.

3 Je levai les yeux, et je vis un bélier qui se tenait devant le marais ; il avait les cornes élevées, et l’une l’était plus que l’autre, et croissait peu à peu.

4 Après cela je vis que ce bélier donnait des coups de corne contre l’Occident, contre l’Aquilon et contre le Midi, et toutes les bêtes ne pouvaient lui résister, ni se délivrer de sa puissance : en sorte qu’il fit tout ce qu’il voulut, et il devint fort puissant.

5 J’étais attentif à ce que je voyais : et en même temps un bouc vint de l’Occident sur la face de toute la terre, sans qu’il touchât néanmoins la terre ; et ce bouc avait une corne fort grande entre les deux yeux.

6 Il vint jusqu’à ce bélier qui avait des cornes, que j’avais vu se tenir devant la porte ; et s’élançant avec une grande impétuosité, il courut à lui de toute sa force.

7 Lorsqu’il fut venu près du bélier, il l’attaqua avec furie, et le perça de coups : il lui rompit les deux cornes, sans que le bélier pût lui résister ; et l’ayant jeté par terre, il le foula aux pieds ; et personne ne put délivrer le bélier de sa puissance.

8 Le bouc ensuite devint extraordinairement grand ; et lorsqu’il eut ainsi pris son accroissement, sa grande corne se rompit, et il se forma au-dessous quatre cornes vers les quatre vents du ciel.

9 Mais de l’une de ces quatre cornes il en sortit une petite, qui s’éleva extrêmement contre le Midi, contre l’Orient, et contre le peuple le plus fort.

10 Elle s’éleva jusque contre l’armée du ciel : elle en fit tomber une partie, c’est-à-dire, une partie des étoiles, et les foula aux pieds.

11 Elle s’éleva même jusque contre le Chef de cette armée ; elle lui ravit son sacrifice perpétuel, et déshonora le lieu de son sanctuaire.

12 La puissance lui fut donnée contre le sacrifice perpétuel à cause des péchés des hommes, et la vérité sera renversée sur la terre : cette corne puissante entreprendra tout, et tout lui réussira.

13 Alors j’entendis un des saints qui parlait, et un saint dit à un autre que je ne connaissais point, et qui lui parlait : Jusques à quand durera cette vision touchant le violement du sacrifice perpétuel, et le péché qui causera cette désolation ? Jusques à quand le sanctuaire et l’armée de Dieu seront-ils foulés aux pieds ?

14 Et il lui dit : Jusqu’à deux mille trois cents jours, soir et matin : et après cela le sanctuaire sera purifié.

15 Moi, Daniel, ayant vu cette vision, j’en cherchais l’intelligence ; alors il se présenta devant moi comme une figure d’homme,

16 et j’entendis la voix d’un homme à la porte d’Ulaï, qui cria et qui dit : Gabriel, faites-lui entendre cette vision.

17 En même temps Gabriel vint, et se tint au lieu où j’étais ; et lorsqu’il fut venu à moi, je tombai le visage contre terre tout tremblant de crainte, et il me dit : Comprenez bien, fils de l’homme, parce que cette vision s’accomplira à la fin en son temps.

18 Et lorsqu’il me parlait encore, je tombai le visage contre terre : alors il me toucha, et m’ayant fait tenir debout,

19 il me dit : Je vous ferai voir ce qui doit arriver dans la suite au jour de la malédiction, parce que le temps de ces visions viendra enfin.

20 Le bélier que vous avez vu, qui avait des cornes, est le roi des Mèdes et des Perses.

21 Le bouc est le roi des Grecs, et la grande corne qu’il avait entre les deux yeux est le premier de leurs rois.

22 Les quatre cornes qui se sont élevées après que la première a été rompue, sont les quatre rois qui s’élèveront de sa nation, mais non avec sa force et sa puissance.

23 Et après leur règne, lorsque les iniquités se seront accrues, il s’élèvera un roi qui aura l’impudence sur le front, et qui entendra les énigmes.

24 Sa puissance s’établira, mais non par ses forces, et il fera un ravage étrange, et au delà de toute croyance : il réussira dans tout ce qu’il entreprendra. Il fera mourir selon qu’il lui plaira les plus forts et le peuple des saints.

25 Il conduira avec succès tous ses artifices et toutes ses tromperies : son cœur s’enflera de plus en plus ; et se voyant comblé de toutes sortes de prospérités, il en fera mourir plusieurs : il s’élèvera contre le Prince des princes, et il sera enfin réduit en poudre sans la main des hommes.

26 Cette vision du soir et du matin qui vous a été représentée, est véritable. Scellez donc cette vision, parce qu’elle n’arrivera qu’après beaucoup de jours.

27 Après cela, moi, Daniel, je tombai dans la langueur, et je fus malade pendant quelques jours ; et m’étant levé, je travaillais aux affaires du roi ; et j’étais dans l’étonnement en pensant à cette vision, sans trouver personne qui pût me l’interpréter.



LA première année de Darius, fils d’Assuérus, de la race des Mèdes, qui régna dans l’empire des Chaldéens ;

2 la première année, dis-je, de son règne, moi, Daniel, j’eus par la lecture des livres saints, l’intelligence du nombre des années dont le Seigneur avait parlé au prophète Jérémie, en disant que la désolation de Jérusalem durerait soixante et dix ans.

3 J’arrêtai mes yeux et mon visage sur le Seigneur, mon Dieu, pour le prier et le conjurer, dans les jeûnes, le sac et la cendre.

4 Je priai le Seigneur, mon Dieu, je lui confessai mes fautes, et je lui dis : Écoutez ma parole, ô Seigneur Dieu ! grand et terrible, qui gardez votre alliance et votre miséricorde envers ceux qui vous aiment et qui observent vos commandements.

5 Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait des actions impies, nous nous sommes retirés de vous, et nous nous sommes détournés de la voie de vos préceptes et de vos ordonnances.

6 Nous n’avons point obéi à vos serviteurs les prophètes, qui ont parlé en votre nom à nos rois, à nos princes, à nos pères, et à tout le peuple de la terre.

7 La justice est à vous, ô Seigneur ! et pour nous, il ne nous reste que la confusion de notre visage, qui couvre aujourd’hui les hommes de Juda, les habitants de Jérusalem et tous les enfants d’Israël, et ceux qui sont près, et ceux qui sont éloignés, dans tous les pays où vous les avez chassés, à cause des iniquités qu’ils ont commises contre vous.

8 Il ne nous reste, dis-je, Seigneur ! que la confusion de notre visage, à nous, à nos rois, à nos princes, et à nos pères qui ont péché contre vous.

9 Mais a vous qui êtes le Seigneur, notre Dieu, appartient la miséricorde et la grâce de la réconciliation : car nous nous sommes retirés de vous,

10 et nous n’avons point écouté la voix du Seigneur, notre Dieu, pour marcher dans la loi qu’il nous avait prescrite par les prophètes ses serviteurs.

11 Tout Israël a violé votre loi ; ils se sont détournés pour ne point écouter votre voix ; et cette malédiction et cette exécration qui est écrite dans la loi de Moïse, serviteur de Dieu, est tombée sur nous, parce que nous avons péché contre vous.

12 Le Seigneur a accompli ses oracles, qu’il a prononcés contre nous et contre nos princes qui nous ont jugés, pour faire fondre sur nous ces grands maux qui ont accablé Jérusalem, en sorte qu’on n’a jamais rien vu de semblable sous le ciel.

13 Tous ces maux sont tombés sur nous, selon qu’il est écrit dans la loi de Moïse, et nous ne nous sommes point présentés devant votre face pour vous prier, ô Seigneur notre Dieu ! de nous retirer de nos iniquités, et de nous appliquer à la connaissance de votre verité.

14 Ainsi l’œil du Seigneur a été ouvert et attentif aux maux, et il les a fait fondre sur nous : le Seigneur, notre Dieu, est juste dans toutes les œuvres qu’il a faites, parce que nous n’avons point écouté sa voix.

15 Je confesse donc maintenant, ô Seigneur notre Dieu ! qui avez tiré votre peuple de l’Égypte avec une main puissante, et qui vous êtes acquis alors un nom qui dure encore aujourd’hui, que nous avons péché, que nous avons commis l’iniquité.

16 Mais je vous conjure selon toute votre justice, Seigneur ! que votre colère et votre fureur se détournent de votre cité de Jérusalem, et de votre montagne sainte : car Jérusalem et votre peuple sont aujourd’hui en opprobre à toutes les nations qui nous environnent, à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères.

17 Écoutez donc maintenant, Seigneur notre Dieu ! les vœux et les prières de votre serviteur : fnites reluire votre face sur votre sanctuaire qui est tout désert, et faites-le pour vous-même.

18 Abaissez, mon Dieu ! votre oreille jusqu’à nous, et nous écoutez : ouvrez les yeux, et considérez notre désolation, et la ruine de cette ville, qui a eu la gloire de porter votre nom. Car ce n’est point par la confiance en notre propre Justice que nous vous offrons nos prières, en nous prosternant devant vous ; mais c’est dans la vue de la multitude de vos miséricordes.

19 Exaucez-nous, Seigneur ! Seigneur ! apaisez votre colère ; jetez les yeux sur nous, et agissez : ne différez plus, mon Dieu ! pour l’amour de vous-même ; parce que cette ville et ce peuple sont à vous, et ont la gloire de porter votre nom.

20 Lorsque je parlais encore et que je priais, et que je confessais mes péchés et les péches d’Israël, mon peuple, et que dans un profond abaissement j’offrais mes prières en la présence de mon Dieu pour sa montagne sainte ;

21 lors, dis-je, que je n’avais pas encore achevé les paroles de ma prière, Gabriel que j’avais vu au commencement dans une vision, vola tout d’un coup à moi, et me toucha au temps du sacrifice du soir.

22 Il m’instruisit, me parla, et me dit : Daniel, je suis venu maintenant pour vous enseigner et pour vous donner l’intelligence.

23 Dès le commencement de votre prière j’ai reçu cet ordre, et je suis venu pour vous découvrir toutes choses, parce que vous êtes un homme rempli de désirs : soyez donc attentif à ce que je vais vous dire, et comprenez cette vision.

24 Dieu a abrégé et fixé le temps à soixante et dix semaines en faveur de votre peuple et de votre ville sainte, afin que les prévarications soient abolies ; que le péché trouve sa fin ; que l’iniquité soit effacée ; que la justice éternelle vienne sur la terre ; que les visions et les prophéties soient accomplies ; et que le Saint des saints soit oint de l’huile sacrée.

25 Sachez donc ceci, et gravez-le dans votre esprit : Depuis l’ordre qui sera donné pour rebâtir Jérusalem, jusqu’au Christ, Chef de mon peuple, il y aura sept semaines et soixante et deux semaines ; et les places et les murailles de la ville seront bâties de nouveau parmi des temps fâcheux et difficiles, pendant sept semaines.

26 Et après soixante et deux semaines le Christ sera mis à mort ; et le peuple qui doit le renoncer ne sera plus son peuple : un peuple avec son chef qui doit venir, détruira la ville et le sanctuaire : elle finira par une ruine entière, et la désolation qui lui a été prédite arrivera après la fin de la guerre.

27 Il confirmera son alliance avec plusieurs dans une semaine, et à la moitié de la semaine les hosties et les sacrifices seront abolis, l’abomination de la désolation sera dans le temple, et la désolation durera jusqu’à la consommation et jusqu’à la fin.



LA troisième année de Cyrus, roi des Perses, une parole fut révélée à Daniel, surnommé Baltassar, une parole véritable, qui concernait de grandes armées. Il comprit ce qui lui fut dit : car on a besoin d’intelligence dans les visions.

2 En ces jours-là, moi, Daniel, je fus dans les pleurs tous les jours pendant trois semaines.

3 Je ne mangeai d’aucun pain agréable au goût ; et ni chair, ni vin, n’entra dans ma bouche ; je ne me servis même d’aucune huile, jusqu’à ce que ces trois semaines furent accomplies.

4 Le vingt-quatrième jour du premier mois, j’étais près du grand fleuve du Tigre.

5 Et ayant levé les yeux, je vis tout d’un coup un homme qui était vêtu de lin, dont les reins étaient ceints d’une ceinture d’or très-pur.

6 Son corps était comme la pierre de chrysolithe, son visage brillait comme les éclairs, et ses yeux paraissaient une lampe ardente : ses bras et tout le reste du corps jusqu’aux pieds, était comme d’un airain étincelant, et le son de sa voix était comme le bruit d’une multitude d’hommes.

7 Moi, Daniel, je vis seul cette vision ; et ceux qui étaient avec moi, ne la virent point ; mais ils furent saisis d’horreur et d’épouvante, et ils s’enfuirent dans des lieux obscurs.

8 Étant donc demeuré tout seul, j’eus cette grande vision ; la vigueur de mon corps m’abandonna, mon visage fut tout changé, je tombai en faiblesse, et il ne me demeura aucune force.

9 Le bruit d’une voix retentissait à mon oreille, et l’entendant j’étais couché sur le visage dans une extrême frayeur, et mon visage était collé à la terre.

10 Alors une main me toucha, et me fit lever sur mes genoux et sur mes mains.

11 Et la même voix me dit : Daniel, homme de désirs, entendez les paroles que je viens vous dire, et tenez-vous debout : car je suis maintenant envoyé vers vous. Après qu’il m’eut dit cela, je me tins debout, étant tout tremblant ;

12 et il me dit : Daniel, ne craignez point : car dès le premier jour qu’en vous affligeant en la présence de votre Dieu, vous avez appliqué votre cœur à l’intelligence, vos paroles ont été exaucées, et vos prières m’ont fait venir ici.

13 Le prince du royaume des Perses m’a résisté vingt et un jours ; mais Michel, le premier d’entre les premiers princes, est venu à mon secours ; et cependant j’ai demeuré là près du roi des Perses.

14 Je suis venu pour vous apprendre ce qui doit arriver à votre peuple dans les jours postérieurs : car cette vision ne s’accomplira qu’après bien du temps.

15 Lorsqu’il me disait ces paroles, je baissais le visage contre terre, et je demeurais dans le silence.

16 Et en même temps celui qui avait la ressemblance d’un homme, me toucha les lèvres ; et ouvrant la bouche je parlai, et je dis à celui qui se tenait debout devant moi : Mon seigneur, lorsque je vous ai vu, tout ce qu’il y a en moi de nerfs et de jointures, s’est relâché, et il ne m’est resté aucune force.

17 Et comment le serviteur de mon seigneur pourra-t-il parler avec mon seigneur ? Je suis demeuré sans aucune force, et je perds même la respiration.

18 Celui donc que je voyais sous la figure d’un homme, me toucha encore, me fortifia,

19 et me dit : Ne craignez point, Daniel, homme de désirs : la paix soit avec vous ! reprenez vigueur, et soyez ferme. Lorsqu’il me parlait encore, je me trouvai plein de force, et je lui dis : Parlez, mon seigneur, parce que vous m’avez fortifié.

20 Alors il me dit : Savez-vous pourquoi je suis venu à vous ? Je retourne maintenant pour combattre contre le prince des Perses : car lorsque je sortais, le prince des Grecs est venu à paraître.

21 Mais je vous annoncerai présentement ce qui est marqué dans l’écriture de la vérité ; et nul ne m’assiste dans toutes ces choses, sinon Michel, qui est votre prince.



DÈS la première année de Darius, de la race des Mèdes, j’ai travaillé pour l’aider à s’établir et à se fortifier dans son royaume.

2 Mais maintenant je vous annoncerai la vérité. Il y aura encore trois rois en Perse ; le quatrième s’élèvera par la grandeur de ses richesses au-dessus de tous ; et lorsqu’il sera devenu si puissant et si riche, il animera tous les peuples contre le royaume des Grecs.

3 Mais il s’élèvera un roi vaillant, qui dominera avec une grande puissance, et qui fera ce qu’il lui plaira.

4 Et après qu’il sera le plus affermi, son royaume sera détruit, et il se partagera vers les quatre vents du ciel ; ainsi son royaume ne passera point à sa postérité, et ne conservera point la même puissance qu’avait eue ce premier roi : car son royaume sera déchiré, et passera à des princes étrangers, outre ces quatre plus grands.

5 Le roi du Midi se fortifiera : l’un de ses princes sera plus puissant que celui-ci : il dominera sur beaucoup de pays ; car son empire sera grand.

6 Quelques années après, ils feront alliance ensemble, et la fille du roi du Midi viendra épouser le roi de l’Aquilon pour faire amitié ensemble : mais elle ne s’établira point avec un bras fort, et sa race ne subsistera point ; elle sera livrée elle-même avec les jeunes hommes qui l’avaient amenée, et qui l’avaient soutenue en divers temps.

7 Mais il sortira un rejeton de la même tige et de la même racine : il viendra avec une grande armée ; il entrera dans les provinces du roi de l’Aquilon, il y fera de grands ravages, et il s’en rendra le maître.

8 Il emmènera en Égypte leurs dieux captifs, leurs statues, et leurs vases d’argent et d’or les plus précieux, et il remportera toute sorte d’avantages sur le roi de l’Aquilon.

9 Le roi du Midi étant ainsi entré dans le royaume de celui-ci, il reviendra ensuite en son pays.

10 Les enfants de ce roi du Septentrion animés par tant de pertes, lèveront de puissantes armées ; et l’un d’eux marchera avec une grande vitesse comme un torrent qui se déborde : il reviendra ensuite ; et étant plein d’ardeur, il combattra contre les forces du roi du Midi.

11 Le roi du Midi étant attaqué, se mettra en campagne, et combattra contre le roi de l’Aquilon ; il lèvera une très-grande armée, et des troupes nombreuses seront livrées entre ses mains.

12 Il en prendra un très-grand nombre, et son cœur s’élèvera : il en fera passer plusieurs milliers au fil de l’épée ; mais il n’en deviendra pas plus fort.

13 Car le roi de l’Aquilon viendra de nouveau : il assemblera encore plus de troupes qu’auparavant ; et après un certain nombre d’années, il s’avancera en grande hâte avec une armée nombreuse et une grande puissance.

14 En ce temps-là plusieurs s’élèveront contre le roi du Midi ; les enfants de ceux de votre peuple qui auront violé la loi du Seigneur s’élèveront aussi pour accomplir une prophétie, et ils tomberont.

15 Le roi de l’Aquilon viendra, il fera des terrasses et des remparts, il prendra les villes les plus fortes : les bras du Midi ne pourront en soutenir l’effort ; les plus vaillants d’entre eux s’élèveront pour lui résister, et ils se trouveront sans force.

16 Il s’avancera contre le roi du Midi et fera tout ce qu’il lui plaira, et il ne se trouvera personne qui puisse subsister devant lui ; il entrera dans la terre si célèbre, et elle sera abattue sous sa puissance.

17 Il s’affermira dans le dessein de venir s’emparer de tout le royaume du roi du Midi : il feindra de vouloir agir de bonne foi avec lui ; il lui donnera en mariage sa fille d’une excellente beauté, afin de le perdre : mais son dessein ne lui réussira pas, et elle ne sera point pour lui.

18 Il se tournera contre les îles, et il en prendra plusieurs : il arrêtera d’abord le prince qui doit le couvrir d’opprobre ; et la honte dont il couvrait les autres, retombera sur lui.

19 Il reviendra dans les terres de son empire, après quoi il se heurtera et tombera, et il disparaîtra pour jamais.

20 Un homme très-misérable et indigne du nom de roi, prendra sa place, et il périra en peu de jours ; non par une mort violente, ni dans un combat.

21 Un prince méprisé lui succédera, à qui on ne donnera point d’abord le titre de roi : il viendra en secret, et il se rendra maître du royaume par artifice.

22 Les forces opposées seront entièrement renversées devant lui ; elles seront détruites, ainsi que le chef même du parti.

23 Et après avoir fait amitié avec lui, il le trompera : il se mettra en marche, et prévaudra avec peu de troupes.

24 Il entrera dans les villes les plus grandes et les plus riches, et il fera ce que ne firent jamais ses pères, ni les pères de ses pères : il amassera un grand butin de leurs dépouilles, et il pillera toutes leurs richesses : il formera des entreprises contre leurs villes les plus fortes : mais cela ne durera qu’un certain temps.

25 Sa force se réveillera, son cœur s’animera contre le roi du Midi, qu’il attaquera avec une grande armée, et le roi du Midi étant attaqué lui fera la guerre avec de grandes et fortes troupes, qui ne demeureront pas fermes ; parce qu’on formera des desseins contre lui.

26 Ceux qui mangeront à sa table, seront cause de sa ruine : son armée sera accablée, et un grand nombre des siens sera mis à mort.

27 Ces deux rois auront le cœur attentif à se faire du mal l’un à l’autre : étant assis à la même table, ils diront des paroles pleines de mensonges, et ils ne réussiront pas dans leurs desseins, parce que le temps n’en sera pas encore venu.

28 Le roi de l’Aquilon retournera dans son pays avec de grandes richesses : son cœur s’élèvera contre l’alliance sainte : il fera beaucoup de maux, et retournera dans son pays.

29 Il retournera au temps prescrit, et reviendra vers le Midi, et cette dernière expédition ne sera pas semblable aux premières.

30 Les Romains viendront contre lui sur des vaisseaux ; il sera abattu ; il retournera, et il concevra une grande indignation contre l’alliance du sanctuaire : et il agira dans sa fureur : il retournera, dis-je, et entreprendra contre ceux qui avaient abandonné l’alliance du sanctuaire.

31 Des hommes puissants établis pur lui, violeront le sanctuaire du Dieu fort : ils feront cesser le sacrifice perpétuel, et ils mettront dans le temple l’abomination de la désolation.

32 Les impies prévaricateurs de la sainte alliance useront de déguisements et de fictions ; mais le peuple qui connaîtra son Dieu, s’attachera fermement à la loi, et fera ce qu’elle ordonne.

33 Ceux qui seront instruits parmi le peuple, en instruiront plusieurs, et ils seront tourmentés par l’épée, par la flamme, par la captivité, et par les brigandages de ces jours.

34 Mais lorsqu’ils seront abattus, ils seront soulagés par le moyen d’un petit secours, et plusieurs se joindront furtivement à eux.

35 Entre ces hommes instruits, il y en aura qui tomberont en de grands maux, afin qu’ils passent par le feu, et qu’ils deviennent purs et blancs jusqu’au temps prescrit ; parce qu’il y aura encore un autre temps.

36 Le roi agira selon qu’il lui plaira : il s’élèvera, et portera le faste de son orgueil contre tout dieu ; il parlera insolemment contre le Dieu des dieux ; et il réussira jusqu’à ce que la colère de Dieu soit satisfaite, parce qu’il a été ainsi arrêté.

37 Il n’aura aucun égard au dieu de ses pères, il sera dans la passion des femmes ; il ne se souciera de quelque dieu que ce soit, parce qu’il s’élevera contre toutes choses.

38 Il révérera le dieu Maozim dans le lieu qu’il lui aura choisi ; et il honorera avec l’or, l’argent, les pierres précieuses, et tout ce qu’il y a de plus beau, un dieu que ses pères ont ignoré.

39 Il fortifiera les citadelles par le culte du dieu étranger qu’il a connu : il en élèvera les adorateurs à une grande gloire ; il leur donnera beaucoup de puissance, et il leur partagera la terre gratuitement.

40 Ainsi au temps prescrit, le roi du Midi combattra contre le roi de l’Aquilon, et le roi de l’Aquilon marchera comme une tempête contre le roi du Midi avec une multitude de chariots et de gens de cheval, et avec une grande flotte : il entrera dans les terres de ce prince, il ravagera tout, et il passera au travers de son pays.

41 Il entrera ensuite dans le pays de gloire, et plusieurs provinces seront ruinées. Ceux-là seuls seront sauvés de ses mains : Édom, Moab, et les premières terres des enfants d’Ammon.

42 Il étendra sa main sur les provinces, et le pays d’Égypte ne lui échappera point.

43 Il se rendra maître des trésors d’or et d’argent, et de tout ce qu’il y a de plus précieux dans l’Égypte ; il passera au travers de la Lybie et de l’Éthiopie.

44 Il sera troublé par des nouvelles qui lui viendront de l’Orient et de l’Aquilon ; après quoi il viendra avec de grandes troupes pour perdre tout, et pour faire un grand carnage.

45 Il dressera les tentes de son palais entre les mers sur la montagne célèbre et sainte ; et il montera jusqu’au haut de la montagne, et il ne se trouvera personne pour le secourir.



EN ce temps-là Michel, le grand prince, s’élèvera, lui qui est le protecteur des enfants de votre peuple ; et il viendra un temps tel qu’on n’en aura jamais vu un semblable, depuis que les peuples ont été établis jusqu’alors. En ce temps-là tous ceux de votre peuple qui seront trouvés écrits dans le livre, seront sauvés.

2 Et toute la multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre, se réveilleront, les uns pour la vie éternelle, et les autres pour un opprobre éternel qu’ils auront toujours devant les yeux.

3 Or ceux qui auront été savants, brilleront comme les feux du firmament ; et ceux qui en auront instruit plusieurs dans la voie de la justice, luiront comme des étoiles dans toute l’éternité.

4 Mais pour vous, Daniel, tenez ces paroles fermées, et mettez le sceau sur ce livre jusqu’au temps marqué : car plusieurs le parcourront, et la science se multipliera.

5 Alors moi, Daniel, je vis comme deux autres hommes qui étaient debout : l’un était en deçà sur le bord du fleuve, et l’autre au delà sur le bord du même fleuve.

6 Et je dis à l’homme vêtu de lin qui se tenait debout sur les eaux du fleuve : Jusques à quand sera différée la fin de ces maux étonnants ?

7 Et j’entendis cet homme qui était vêtu de lin, et qui se tenait debout sur les eaux du fleuve, qui élevant au ciel la main droite et la main gauche, jura par celui qui vit dans l’éternité, que cela durerait pendant un temps, deux temps, et la moitié d’un temps ; et que toutes ces choses seraient accomplies, lorsque la dispersion de l’assemblée du peuple saint serait achevée.

8 J’entendis ce qu’il disait, et je ne le compris pas, et je lui dis : Mon seigneur, qu’arrivera-t-il après cela ?

9 Et il me dit : Allez, Daniel : car ces paroles sont fermées et sont scellées jusqu’au temps qui a été marqué.

10 Plusieurs seront élus, seront rendus blancs et purs, et seront éprouvés comme par le feu : les impies agiront avec impiété, et tous les impies n’auront point l’intelligence ; mais ceux qui seront instruits, comprendront la vérité des choses.

11 Depuis le temps que le sacrifice perpétuel aura été aboli, et que l’abomination de la désolation aura été établie, il se passera mille deux cent quatre-vingt-dix jours.

12 Heureux celui qui attend, et qui arrive jusqu’à mille trois cent trente-cinq jours.

13 Mais pour vous, allez jusqu’au temps qui a été marqué, et vous serez en repos, et vous demeurerez dans l’état où vous êtes jusqu’à la fin de vos jours.


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