Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/R

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Q Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 S


RADET (Étienne, baron)[modifier]

Entra comme soldat au régiment de la Sarre-Infanterie le 4 avril 1780.

Caporal le 20 mars 1781, sergent le 26 avril 1782, il fit la traversée de Rochefort au cap Français. Congédié le 12 octobre 1786, il se fit cavalier de maréchaussée le 30 novembre de la même année. Brigadier le 11 décembre 1787, il donna sa démission pour entrer dans la garde nationale, en qualité de sous-lieutenant, le 11 août 1789 ; lieutenant le 10 novembre, il fut nommé capitaine des canonniers le 1er octobre 1790. Radet instruisit et forma la garde nationale de Varennes.

Lors de l’arrestation de Louis XVI, il se conduisit de manière à favoriser l’arrivée de ce prince à Montmédi.

Major le 9 août 1791, chef de bataillon du canton de Varennes le 16 mars 1792, et adjudant-général de légion le 25 juin, il remplit, le 15 juin suivant, les fonctions d’aide-de-camp provisoire des généraux Dillon et Dubois.

Arrêté et traduit au tribunal révolutionnaire comme prévenu de correspondance avec les émigrés et les ennemis de la France, et d’avoir été un des complices de la fuite de Louis XVI, il fut cependant acquitté, le 16 pluviôse an II, et renvoyé auprès du général Dubois.

Radet fit la campagne de 1792, se trouva à la reddition de Verdun, à la défense des ponts de Villosne et Consenwoye, et rejoignit l’armée des Ardennes, avec une partie de sa légion, à la côte de Biesme. Il assista, près de Kellermann, à l’affaire du camp de la Lune, et poursuivit les Prussiens dans leur retraite sur Deux-Ponts.

Passé à l’armée de la Moselle, Radet combattit vaillamment à l’affaire d’Arlon, à la bataille de Niderbronn et à la reprise des lignes de Weissembourg et du Palatinat.

Revenu à l’armée du Nord, il prit part à toutes les opérations de l’aile droite de cette armée.

Employé de nouveau à l’armée de la Moselle, dite de Sambre-et-Meuse, il assista, le 12 frimaire an II, à la bataille de Bossut sous le général Kléber.

Ayant fait dans cette affaire 200 émigrés prisonniers, Radet, au lieu d’exécuter la loi qui ordonnait de les faire fusiller, sollicita et obtint du général Bernadotte de les incorporer dans les rangs français et de renvoyer les officiers sur parole. Le 22 du même mois, il se trouva à la prise de Charleroi.

Nommé adjudant-général chef de brigade par les représentants du peuple le 15 floréal an II, et attaché à la division de cavalerie du général Dubois, il se distingua à la bataille de Fleurus, au combat et à la prise de Mons, les 8 et 13 messidor. Confirmé le 25 prairial an III, il acquit une nouvelle gloire au combat de Dierdorff le 28 germinal an V.

Dans cette journée, Radet, se trouvant engagé avec la légion de Bussy, remarqua dans la mêlée un sous-officier de ce corps qui mit pied à terre et donna son cheval à son officier pour le sauver, ce qui le fit devenir prisonnier, ainsi qu’un autre officier de la même légion ; touché d’un aussi noble trait, Radet renvoya de suite ce sous-officier ainsi que l’officier. Quelques jours après, à la paix de Friedberg, il alla voir la légion de Bussy, cantonnée dans le voisinage, raconta le fait dont il avait été témoin, et s’informa si l’officier et le sous-officier étaient rentrés. Non-seulement Radet revit ce brave avec une vive satisfaction mais il obtint du major de Vignol, commandant la légion, de l’emmener à Friedberg pour le présenter au général Hoche, qui l’accueillit parfaitement. Radet profita de cette circonstance pour obtenir le renvoi d’un officier et de 16 émigrés de cette légion, et remit au brave sous-officier les attestations de son dévouement, au moyen desquelles il obtint la médaille d’argent de Marie-Thérèse. Ce sous-officier s’appelait de Condé ; plus tard, Radet le fit rayer de la liste des émigrés et contribua puissamment à le faire placer avantageusement au ministère de l’administration de la guerre à Paris.

En l’an VI, rappelé des armées actives, il fut envoyé comme chef de légion de gendarmerie pour réorganiser la 24e division de cette arme à Avignon, la commander et contribuer au rétablissement de la tranquillité dans le Midi. C’est là qu’il vit, pour la première fois, le général Bonaparte à son retour d’Égypte. Témoin des services rendus par Radet dans cette contrée et de la considération qu’il s’y était acquise, le général Bonaparte lui parla beaucoup, dans une longue conférence, du service de la gendarmerie, des principes de l’organisation de ce corps, et ce fut à cette circonstance que Radet dut son avancement.

Devenu premier Consul, Bonaparte l’appela à Paris, et le nomma général de brigade de gendarmerie le 15 floréal an VIII. Radet s’occupa alors d’un grand travail relatif à l’organisation de ce corps, et le soumit au premier Consul, qui l’approuva. Il prit le commandement en chef de toute la gendarmerie de France, la réorganisa, et l’on peut dire qu’elle se ment encore aujourd’hui d’après les règlements qu’il a faits pour elle et les relations qu’il lui a fixées avec les diverses autorités publiques.

Nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, commandeur de l’Ordre le 25 prairial, et électeur de la Meuse, Radet inspecta successivement la gendarmerie en Corse, en Piémont, à Gênes, et fut chargé, le 27 mars 1808, d’organiser la gendarmerie en Toscane.

À cette époque, l’Autriche avait armé contre la France et manifestait l’intention de soumettre les princes de la Confédération ; Napoléon, pour soutenir ses alliés, menacés par le cabinet de Vienne, quittait en toute hâte l’Espagne, et, à la tête d’une grande armée en quelque sorte improvisée, pénétrait au centre de l’Allemagne ; l’Espagne, l’Autriche et l’Angleterre cherchaient à nous susciter des ennemis, surtout en Italie. Un mouvement général, secrètement dirigé par le cardinal Pacca, était préparé dans les États romains.

Le pape Pie VII venait de lancer une bulle d’excommunication contre l’Empereur : l’Europe était sur le point de subir un embrasement général. Napoléon jugea prudent de se mettre à l’abri des craintes que l’Italie lui inspirait, et il prit l’unique mesure qui, peut-être, pouvait lui faire atteindre son but, en mettant fin aux malheureuses intrigues du gouvernement pontifical. En conséquence, une dépêche télégraphique du 14 mai 1809 ordonna au général Radet de partir dans les vingt-quatre heures pour Rome.

Dans la nuit du 5 au 6 juillet, ce général, aidé d’un millier d’hommes, gendarmes, conscrits ou soldats de la gardé civique de Rome, fit appliquer des échelles au palais Quirinal, où le pape se tenait enfermé. Les fenêtres et les portes intérieures ayant été forcées, il arriva, suivi de ses hommes jusqu’à la pièce qui précédait immédiatement la chambre à coucher du pape. Celle-ci lui fut ouverte par ordre de Sa Sainteté, qui s’était levée au bruit et revêtue à la hâte de ses habits de ville. Le général s’avança vers le pape, le chapeau à la main, et lui dit :

« Saint-Père, je viens au nom de mon souverain, l’Empereur des Français, vous dire que Votre Sainteté doit renoncer au domaine temporel des États de l’Église. »

Le pape, toujours assis, répondit avec calme :

« Je ne le puis, je ne le dois pas, je ne le veux pas. J’ai promis devant Dieu de conserver à la sainte Église toutes ses possessions, et je ne manquerai jamais au serment que j’ai fait de les lui maintenir. »

La conversation continua quelque temps encore, et le général Radet descendit avec son prisonnier. Une voiture attendait à l’une des portes extérieures du palais : on y fit monter le pontife avec le cardinal Pacca, et l’on suivit la route de Florence.

À son arrivée dans cette ville, le général remit le pape à un autre officier de gendarmerie, qui le conduisit à Savone. Durant le cours de cette mission délicate, Radet conserva pour Sa Sainteté les égards et le respect dus à son auguste caractère. Son expédition terminée, il retourna à Rome.

Après avoir donné ici la version la plus accréditée sur ces événements, il est juste que nous mettions sous les yeux de nos lecteurs, celle du Mémorial de Sainte-Hélène, telle qu’elle est rapportée dans le tome V, page 388, édition de 1824.

« Quand on connaîtra, dit Napoléon, la vérité de mes querelles avec le pape, on s’étonnera de tout ce qu’il fit souffrir à ma patience, car on sait que je n’étais pas endurant.

« Lorsqu’il me quitta après mon couronnement, il partit avec le secret dépit de n’avoir pas obtenu de moi les récompenses qu’il croyait avoir méritées. Mais quelque reconnaissance que je lui eusse portée d’ailleurs, je ne pouvais après tout trafiquer des intérêts de l’Empire pour l’acquit de mes propres sentiments ; et puis j’étais trop fier pour sembler avoir acheté ses complaisances.

« À peine eut-il le pied sur le sol italien, que les intrigants, les brouillons, les ennemis de la France, profitèrent de ses dispositions pour s’en saisir, et dès cet instant tout fut hostile de sa part. Ce n’était plus le doux, le paisible CHIARAMONTI, ce bon évêque d’Imola, qui s’était proclamé de si bonne heure digne des lumières de son siècle. Sa signature n’était plus apposée qu’à la suite d’actes tenant bien plus des Grégoire et des Boniface que de lui. Rome devint le foyer de tous les complots tramés contre nous. J’essayai vainement de le ramener par la raison, il ne m’était plus possible d’arriver jusqu’à ses sentiments. Les torts devinrent si graves, les insultes si patentes, qu’il me fallut bien agir à mon tour. Je me saisis donc de ses forteresses, je m’emparai de quelques provinces, je finis même par occuper Rome, tout en lui déclarant et en observant strictement qu’il demeurait sacré pour moi dans ses attributions spirituelles, ce qui était loin de faire son compte.

« Cependant, il se présenta une crise ; on crut que la fortune m’abandonnait à Essling, et aussitôt on fut prêt à Rome pour soulever la population de cette grande capitale. L’officier qui y commandait ne crut pouvoir échapper au danger qu’en se défaisant du pape qu’il mit en route pour la France. Un tel événement s’était opéré sans ordres, et même il me contrariait fort. J’expédiai donc sur-le-champ pour qu’on fit demeurer le pape où on le rencontrerait, et on l’établit à Savone, où on l’entoura de soins et d’égards : car je voulais bien me faire craindre, mais non le maltraiter ; le soumettre, mais non l’avilir : j’avais bien d’autres vues ! Ce déplacement ne fit qu’accroître le ressentiment et les intrigues. Jusque-là la querelle n’avait été que temporelle ; les meneurs du pape, dans l’espoir de relever leurs affaires, la compliquèrent de tout le mélange du spirituel. Alors il me fallut le combattre aussi sur ce point : J’eus mon conseil de conscience, mes conciles, et j’investis mes cours impériales de l’appel comme d’abus ; car mes soldats ne pouvaient plus rien à tout ceci ; il me fallut bien combattre le pape avec ses propres armes.

« À ses érudits, à ses ergoteurs, à ses légistes, à ses scribes, je devais opposer les miens. Il y eut une trame anglaise pour l’enlever de Savone : elle me servait ; je le fis transporter à Fontainebleau ; mais là devait être le terme de ses misères et la régénération de sa splendeur. Toutes mes grandes vues s’étaient accomplies sous le déguisement et le mystère, j’avais amené les choses au point que le développement en était infaillible, sans nul effort et tout naturel. »

Vers la fin de 1809, Radet obtint le titre de baron de l’Empire et une dotation de 4.000 francs en Westphalie. Grand prévôt de la grande armée les 30 mars 1813, il fut nommé général de division le 5 novembre suivant. Après le rétablissement des Bourbons, en 1814, le général Radet cessa d’être employé activement.

Il était dans sa famille, quand on annonça le retour de Napoléon, le 12 mars. 11 écrivit aussitôt au roi pour lui offrir ses services ; sa lettre resta sans réponse. Appelé à Paris par le général en chef de la gendarmerie, il reçut l’ordre, le 31 mars, de se rendre à Lyon pour prendre le commandement de la gendarmerie des 7e, 8e et 19e divisions militaires, et d’exécuter les mesures qui lui seraient indiquées afin de prévenir la guerre civile.

C’est en arrivant à Lyon qu’il apprit la présence du duc d’Angoulême dans le Midi ; peu de jours après, et sans avoir quitté Lyon, ni agi activement, il apprit la capitulation du prince, qu’on lui confirma à Pont-Saint-Esprit, où il suivait le général en chef, et où la garde de la personne du duc et de sa suite fut mise sous sa responsabilité.

Après le second retour des Bourbons, le général Radet fut traduit par-devant le 1er conseil de guerre de la 6e division militaire, à Besançon, et condamné à neuf ans de détention, comme convaincu d’avoir, par ses écrits et ses discours, cherché à éloigner de leurs devoirs les militaires et les sujets qui étaient restés fidèles à leur souverain légitime, et de les avoir engagés à passer au parti rebelle.

Voici l’ordre du jour que publia le général Radet à Pont-Saint-Esprit, et qui motiva sa condamnation :

« Ordre général de la gendarmerie du Midi.

« Gendarmes, les destins de la France sont enfin accomplis ; l’empereur Napoléon est remonté sur le trône, la grande nation a retrouvé son père et recouvré ses droits, le patriotisme des beaux jours de la Révolutions repris une nouvelle énergie, l’enthousiasme est à son comble.

« La noblesse est supprimée, la liberté de la presse nous est garantie, et nos droits vont être définitivement réglés par une charte constitutionnelle à laquelle concourront tous les électeurs des départements de l’Empire, réunis au Champ de Mai à Paris, pour le couronnement de l’Impératrice.

« L’empereur ne veut plus de guerre au dehors ; la paix, la tranquillité et le bonheur des Français sont l’objet de tous ses vœux ; et qui, mieux que ce héros, peut accomplir ce bel ouvrage ?

« La courte apparition des Bourbons sur le trône de France, après avoir fait couler le sang français pendant vingt-cinq ans, nous a montré leurs principes. Les émigrés avaient pris les premières places de l’État ; les Vendéens et les assassins étaient anoblis, les domaines de la couronne étaient dilapidés, l’armée s’anéantissait, les acquéreurs des domaines nationaux étaient menacés d’une ruine prochaine, et les prêtres abusaient de leur ministère sacré pour nous replonger sous le plus affreux despotisme, en cherchant à rétablir avec lui la dîme et la féodalité.

« Gendarmes, tant d’horreurs devaient avoir un terme ; le grand Napoléon s’est montré, et, d’un souffle, en a délivré notre patrie.

« Le roi, le comte d’Artois et le duc de Berri ont précipitamment quitté Paris, le 20 mars, à une heure du matin, emportant les diamants de la couronne avec les trésors de l’État, sous l’escorte des Gardes du corps et de leur maison militaire, qu’ils ont licenciés à la frontière. Le même jour, l’Empereur est arrivé dans la capitale au milieu des acclamations d’un peuple immense, ivre de joie.

« Le duc d’Angoulême était à Bordeaux, où il laissa son épouse pour venir lui-même soulever les belles contrées du Midi et organiser la guerre civile, le plus terrible des fléaux.

« La princesse a quitté le territoire français pour fuir en Angleterre ; son époux et les chefs de son armée sont en notre pouvoir, leur armée est licenciée, et leurs projets insensés n’ont obtenu que le triste résultat de faire couler le sang français sur les rives de la Drôme et de l’Isère, tandis que l’Empereur, pour remonter sur le trône, n’a pas fait brûler une amorce.

« Gendarmes, l’armée a bien mérité de la patrie ; partout la nation se montre digne de la gloire et de l’honneur du nom français ; sa cause sacrée et celle de l’Empereur ne sont qu’une : vaincre ou mourir est désormais sa devise ; le feu sacré circule dans nos veines, et vous partagerez avec la même énergie ce noble dévouement.

« Il reste peut-être encore un petit point dans le Midi où les ennemis de la patrie ont comprimé l’élan du peuple, en empêchant que la nouvelle des grands événements qui viennent de se succéder rapidement n’y pénétrât. Je vous charge de la propager, et je suis certain que les signes sacrés de ralliement des Français, la cocarde et le drapeau tricolores, seront arborés.

« Officiers, sous-officiers et gendarmes, redoublez de zèle et d’activité pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité ; point d’anarchie, point de vengeance, ni de brigandage. Napoléon, en bon père, pardonne à l’erreur : imitons et bénissons sa clémence.

« Vive l’Empereur !

« Le lieutenant-général commandant en chef la gendarmerie impériale du Midi, et grand-prévôt de Sa Majesté à l’armée.

« B. RADET.

« À Pont-Saint-Esprit, le 11 avril 1815. »

Le général Radet fut enfermé dans la citadelle de Besançon, le 28 juin 1816 ; mais il obtint, le 24 décembre 1818, une décision royale qui lui fit remise du restant de sa peine.

Admis à la retraite le 1er décembre 1819, il mourut à Varennes (Meuse), le 27 septembre 1825.

RADOULT DE LA FOSSE (Pierre - Thomas)[modifier]

âgé de 64 ans, général d’artillerie en retraite, commandeur de la Légion-d’Honneur et chevalier de Saint-Louis ; il a, pendant quarante ans, servi sa patrie avec honneur. Né à Villeneuve-d’Agen, entré à l’École polytechnique l’an XII de la République, et, à l’École d’application de Metz, en 1806, il prit part à toutes les campagnes de l’Empire, y compris celle des Cent-Jours.

Se trouvant à Toulouse, à la Révolution de Juillet, il fut appelé, dès le premier jour, au commandement des troupes ; et c’est surtout à sa conduite ferme et prudente que cette ville dut le maintien de sa tranquillité.

Nommé, en 1835, colonel directeur de l’artillerie à Bastia, et, six mois après, chargé du commandement du 11e régiment d’artillerie, il fut, sur la demande du Comité de cette arme, appelé, par le ministre de la guerre, au commandement en second et à la direction des études de l’École d’application de l’artillerie et du génie.

Promu, en 1842, au grade de général de brigade, et chargé du commandement de l’artillerie de Besançon, il obtint, à la fin de 1845, attendu son âge avancé et ses longs services, d’être placé dans la deuxième section du cadre de l’état-major général.

À la Révolution de Février, il vivait retiré à Villeneuve-d’Agen, où son père avait été vingt-cinq ans receveur particulier des finances, aimé, estimé de tous et considéré comme un des hommes les plus honorables du département, lorsqu’il a été envoyé à l’Assemblée nationale ; et le peuple entier a applaudi à son élection, car il sait apprécier le caractère généreux et élevé de ce vieux soldat, franchement libéral, sincèrement religieux, qui, dans les commissions de la Constituante, s’est rendu utile par son expérience, ses études pratiques et son esprit libre de tout préjugé.


RAMBOURGT (Gabriel - Pierre - Patrice)[modifier]

né à Troyes (Aube). À peine sorti de l’enfance, il se rangea sous le drapeau national le 18 septembre 1792 en qualité de sous-lieutenant dans le 10e régiment de cavalerie. Sa conduite distinguée pendant les campagnes de 1793 et de 1794, lui valut le grade de lieutenant ; il déploya la plus grande valeur à la bataille de Kayserslautern contre les Prussiens où il fut blessé.

En 1797, il fut fait capitaine sur le champ de bataille dans les environs de Friedberg.

Le 6 mai 1800, près d’Ulm, il résista à trois charges exécutées par des forces supérieures, repoussa les Autrichiens et les mit en déroute. Il combattit glorieusement à Austerlitz, fut nommé aide-de-camp du général Caffarelli et se signala dans les deux campagnes de 1806.

En 1807, le vice-roi d’Italie le nomma chef d’escadron, puis major (lieutenant-colonel). Employé dans ce grade à l’armée d’Espagne, il se fit connaître par de nombreux exploits, surtout en Catalogne où l’Empereur lui conféra le grade de colonel.

Après la bataille du Pont-du-Roi, au succès de laquelle il contribua, le général Saint-Cyr lui donna l’honorable mission d’emporter la nouvelle à l’Empereur, qu’il rencontra à Valladolid. Envoyé à l’armée d’Italie, Eugène l’attacha à son état-major et le chargea d’organiser la cavalerie légère italienne. Il fit la campagne de 1809 avec la plus grande distinction. Ce fut encore lui qui alla présenter à Napoléon, à Schœnbrunn, les trophées de la victoire de Raab ; le colonel Rambourgt fut fait officier de la Légion-d’Honneur.

À la bataille de Wagram, il fit plusieurs charges très-brillantes. Chargé peu après d’une mission difficile et importante, il s’en acquitta si bien qu’il fut nommé baron d’Empire.

De toutes les missions dont il fut chargé, celle du Tyrol fut la plus périlleuse pour lui ; malgré toutes les précautions qu’il prit, il tomba entre les mains de l’ennemi et fut conduit devant Hofer : il se tira de ce mauvais pas par une ruse et par sa présence d’esprit.

À la bataille de la Moscowa, le régiment du colonel Rambourgt et un autre régiment de chasseurs italiens tenaient l’extrême gauche de toute l’armée. Une nuée de Cosaques vient les attaquer ; mais le colonel Rambourgt qui avait instruit son régiment à faire, à cheval, des feux de peloton et d’escadron, repoussa vigoureusement cette attaque dangereuse. Pendant la retraite, ce fut lui qui commanda l’escadron sacré composé en grande partie d’officiers de différents corps. Arrivé à Marienwerder, il fut envoyé en Italie pour réorganiser la cavalerie avec laquelle il fit la campagne de 1813.

Le 3 décembre 1813, il exécuta une charge dans laquelle il fit 800 prisonniers ; cette action lui valut le grade de général de brigade. Le 2 mars 1814, au combat de Parme, il se signala de nouveau, détruisit l’arrière-garde ennemie dans Reggio, et soutint la retraite de l’armée depuis le Taro. À la suite de ces faits d’armes, il fut nommé commandeur de la Couronne de Fer.

Dans la campagne de 1815, il fit des prodiges de valeur à la tête de la cavalerie légère de l’armée du Jura ; ce fut lui que le général Lecourbe envoya à Paris porter la soumission de l’armée. Mis à la demi-solde, il reçut ordre de quitter Paris dans les vingt-quatre heures et se retira dans le département de l’Aude, où il s’occupa de travaux agricoles.

En 1820, il commandait, à Colmar, la 2e subdivision de la 5e division militaire au moment de la conspiration de Béfort ; la conduite qu’il tint en cette circonstance fut vivement blâmée des autorités royalistes ; il feignit d’ignorer beaucoup de choses, et il ne dépendit pas de lui que les conspirateurs ne s’arrêtassent dans des menées qui devaient les perdre. Après juillet 1830, le général Rambourgt quitta son commandement en emportant l’estime des Alsaciens. Il fut mis à la retraite avant l’âge en 1832. En 1833, il fut nommé membre du conseil général de l’Aube.


RAMEL (Jean - Pierre)[modifier]

né à Cahors en 1768, entra à 15 ans comme volontaire dans un régiment d’infanterie, fut nommé en 1791 adjudant-major dans la légion du Lot, devint, l’année suivante, capitaine dans celle des Pyrénées, et fut promu en 1793 au grade de chef de bataillon. Incarcéré avec son frère, il dut sa liberté au général Dugommier et fui nommé adjudant-général en 1796. Il fit en cette qualité la campagne du Rhin, sous les ordres de Moreau, et, chargé de la défense de Kehl, il repoussa avec succès les attaques de l’archiduc Charles. La même année, il fut appelé au commandement de la garde du corps législatif ; fit au 18 fructidor d’inutiles efforts pour empêcher que la représentation nationale ne fût violée ; fut arrêté et conduit à la prison du Temple, et, le lendemain, une loi le condamna à être, avec les proscrits de la veille, Pichegru, Barthélémy, Barbé-Marbois, déporté à Sinnamari. Il parvint, en juin 1798, à s’échapper de cette colonie et à gagner l’établissement hollandais de Paramaribo, avec Pichegru, Murinais, Willot, Lafond-Labedat, président du conseil des Anciens, le directeur Barthélémy, Barbé-Marbois, Tronçon-Ducoudray, etc. Il se rendit à Londres et y fit paraître, en 1799, un journal des faits relatifs à la journée du 18 fructidor, du Transport, du Séjour et de l’Évasion des Déportés, in-18. Ayant ensuite reçu la permission de rentrer en France, il obtint de l’emploi dans l’expédition de Saint-Domingue, sous les ordres du général Rochambaud, et y fut blessé d’un coup de feu dont les suites l’empêchèrent longtemps de faire un service actif. En l’an XIII, il fut envoyé en Italie ; il fit la campagne de cette année, sous les ordres de Masséna, et fut chargé ensuite du commandement des côtes de la Méditerranée. En 1809, il fut employé à la gendarmerie, et fit, en 1810 et 1811, les campagnes d’Espagne et de Portugal ; il s’y distingua dans plusieurs occasions, notamment à la prise d’Astorga, où, avec quelques troupes de la division Souham, il se rendit maître d’un pont défendu par 30 pièces de canon qui tombèrent en son pouvoir.

Après la première Restauration, Ramel fut enfin élevé au grade de maréchal de camp et reçut la décoration de Saint-Louis. Lors du second retour du roi, il fut nommé au commandement du département de la Haute-Garonne. Il rendit inutiles, pendant quelque temps, les efforts des réacteurs pour exciter des désordres à Toulouse, imposa à l’esprit de parti, et fit mettre en liberté plusieurs personnes que leurs opinions avaient rendues suspectes ; mais bientôt il fallut désarmer les compagnies secrètes qui s’étaient fait, dans le Midi, sous le nom de Verdets, une si horrible célébrité ; il se fit, en obéissant à ses devoirs, des ennemis de tous ceux qui composaient ces bandes d’égorgeurs, et le 15 août suivant, à sept heures du soir, un rassemblement se forma devant son hôtel et y exécuta une farandole, aux cris de à bas Ramel ! mort à Ramel ! Le général sortit et se présenta. Que voulez-vous à Ramel ? dit-il d’une voix forte. Cette contenance imposa un instant aux brigands ; mais au moment où il se retirait, les assassins se précipitèrent sur lui et sur le factionnaire placé à la porte, et tous deux tombèrent percés de coups. On porta le général dans son hôtel ; mais bientôt les Verdets, apprenant qu’il respirait encore, firent irruption dans l’hôtel, le mirent au pillage, pénétrèrent jusque dans la chambre de leur victime, et l’achevèrent sur son lit. M. de Villèle était alors maire de Toulouse, et il ne crut pas devoir intervenir ; ce fut seulement au bout de deux ans que les assassins de l’infortuné général furent traduits devant la Cour prévôtale de Pau. Deux d’entre eux furent condamnés à la réclusion ; les autres furent acquittés.


RAMPON (Antoine - Guillaume), comte[modifier]

né à Saint-Fortunat, arrondissement de Privas (Ardèche), le 16 mars 1759, s’engagea à 16 ans, le 14 mai 1775, dans le 70e de ligne devenu 32e demi-brigade, et reçut l’épaulette de sous-lieutenant le 12 janvier 1792, fit la première campagne du Piémont et fut nommé lieutenant sur le champ de bataille le 5 août de la même année. Passé à l’armée des Pyrénées-Orientales, il s’y distingua et fut fait capitaine le 8 septembre 1793, donna des preuves du plus grand sang-froid et du plus intrépide courage près de Villelongue, fat élevé au grade d’adjudant-général chef de bataillon et enleva aux Espagnols un poste situé dans la montagne des Alberts. Après s’être plusieurs fois distingué, il fut nommé colonel chef de la 129e demi-brigade en octobre 1793, et prit encore sous ses ordres le 3e bataillon de l’Ariége avec lequel il fit des prodiges de valeur au col de Bagniouls et à Espouille dont il s’empara, se porta sur les hauteurs de Port-Vendre, se vit entouré d’ennemis. Il se retira dans un petit fort, où il résista au grand nombre jusqu’à la dernière extrémité, fut forcé de se rendre ; resta prisonnier pendant 22 mois, alla rejoindre ses anciens frères d’armes en Italie, comme chef de brigade de la 129e (32e demi-brigade), s’acquit une gloire immortelle à la défense de là redoute de Montelegino. « Ce fut, écrivait Bonaparte, dans cette redoute que le chef de brigade Rampon, par un de ces élans qui caractérisent une âme forte et formée pour les grandes actions, fit, au milieu du feu, prêter à ses soldats le serment de mourir plutôt que de se rendre. »

Beaulieu et son lieutenant d’Argenteau commandaient les Autrichiens ; le 10, Beaulieu se heurta à Voltri contre la droite de la division Laharpe, et le 11, d’Argenteau trouva le col de Montenotte occupé par Rampon. Ce brave qui n’avait que 1.200 hommes se replia d’abord ; mais, sentant toute l’importance de cette position, il se rallia dans l’ancienne redoute, mit ses canons en batterie et fit jurer à sa troupe de tenir jusqu’à la dernière extrémité. L’ennemi monte à l’assaut ; mais, accueilli par les feux croisés de l’artillerie et de la mousqueterie, il plie et se rompt. Trois fois d’Argenteau les ramène à la charge, trois fois Rampon lui présente un rempart de baïonnettes et le culbute en lui faisant éprouver des pertes énormes ; dans la nuit, Laharpe, Augereau, Masséna accourent, et le lendemain a lieu la bataille de Montenotte.

Peu de jours après, près de Dégo, la 32e se trouva mêlée dans un mouvement de retraite. Masséna accourut, rallia les troupes, leur adressa des reproches et ordonna au général Rampon de mener sa brigade au combat. Il est obéi. Les Autrichiens résistaient vigoureusement. Un feu terrible de la 32e les arrêta près du village d’où ils débouchaient. Rampon ordonna la charge, et les baïonnettes achevèrent de les mettre en déroute. — À la suite de cette affaire, Bonaparte demanda au Directoire, pour Rampon, le grade de général de brigade.

La journée de Lonato ajouta une gloire nouvelle à celle de la 32e. Ce fut dans ce combat que cette brigade, si renommée parmi les braves, mérita ce que le général en chef dit d’elle dans son rapport au Directoire. « J’étais tranquille, la brave 32e était là. »

Le lendemain de la bataille de Castiglione, elle était sous les murs de Peschiera que Masséna avait ordre d’enlever. Le général Victor, marchant à la tête de la 18e, attaqua la parallèle, mais ne réussit pas. Alors, le général Rampon reçut l’ordre de tenter une nouvelle attaque ; il harangua la 32e et s’élança à sa tête sur le flanc de l’ennemi. Les retranchements sont enfoncés à la baïonnette, le fer abat tout ce qui résistait, et le reste est mis en fuite jusque sur les hauteurs voisines.

Le général Rampon et sa brigade se distinguaient de nouveau devant Mantoue, au combat entre Saint-Georges et la Favorite. La 32e enleva Saint-Georges après un terrible combat corps à corps. Le général Rampon y fut blessé.

Au pont d’Arcole, la brave 32e eut une grande part dans le succès, comme il en revient une aussi à Rampon dans la gloire d’Augereau. À Rivoli, Rampon aida encore Masséna à conquérir son titre futur de duc de Rivoli, il marcha à la tête des bataillons d’attaque. — Deux jours plus tard, à la bataille de la Favorite, Rampon et sa brigade enlevèrent tous les retranchements du pont de Casasola au pas de charge et firent 600 prisonniers.

En 1798, Rampon, à la tête de la 32e et de la 75e, cueillaient de nouveaux lauriers en Suisse. Le 19 mai, il s’embarqua à Toulon pour la campagne d’Égypte. Le 2 juillet, c’était Rampon et sa brigade qui escaladaient les premiers les remparts d’Alexandrie, s’élançaient dans l’intérieur de cette ville, en renversant tous les obstacles, et y arboraient le drapeau tricolore. Bonaparte nomma à l’instant le général Rampon commandant d’Alexandrie. Peu après, ce brave se distingua à l’affaire d’Embabe, à la bataille des Pyramides ; il se trouvait au Caire au moment de l’insurrection, resserra et occupa la grande mosquée, et contribua beaucoup à la réduction des révoltés. Ce fut lui qui, de concert avec le jeune aide-de-camp Eugène Beauharnais, alla occuper Suez. Sa conduite sous les murs de Jaffa justifia son éclatante renommée. Il se distingua au siège d’Acre, à la bataille de Monthabor, où il commandait l’aile droite de l’armée avec laquelle il coupa l’ennemi vers les montagnes de Naplouze. Le général Bon ayant été tué, ce fut Rampon qui commanda sa division comme le plus ancien général de brigade. Après soixante jours de tranchée ouverte, Bonaparte leva le siège de Saint-Jean-d’Acre et rentra en Égypte.

Le général Rampon et ses infatigables compagnons de la 32e assistèrent à la bataille d’Aboukir, où la 32e, commandée par le général Rampon en personne, attaqua de front avec impétuosité, une des positions les plus fortement retranchées, et eut l’avantage de rallier la 18e un moment ébranlée.

Après le départ de Bonaparte, Rampon mérita sous les murs de Damiette, dont il s’empara, lors du débarquement des Janissaires, d’être mis à l’ordre de l’armée. Il fut chargé de gouverner les provinces de Mansourah et de Damiette.

Après la mort de Kléber, le général Menou fut investi du commandement suprême. Peu avant l’assassinat de Kléber, il avait fait une chose assez ridicule en se faisant musulman. Il s’adjoignit deux lieutenants, les généraux Rampon et Friant. Rampon seconda Menou dans tout ce qui pouvait avoir rapport à la discipline.

L’Égypte fut évacuée : le récit de cette évacuation et les causes qui l’ont amenée n’appartiennent pas à ce livre.

Rampon, à son retour en France, fut admis au sénat conservateur et reçut le 24 prairial suivant le brevet d’un sabre d’honneur que lui remit le premier Consul, et sur lequel étaient gravés ces mots : Le général en chef Bonaparte au général Rampon ; témoignage de satisfaction pour les campagnes d’Allemagne, d’Italie et d’Égypte.

Admis à la retraite sur sa demande, le 19 brumaire an XI, le général Rampon fut classé comme membre de droit dans la 9e cohorte de la Légion-d’honneur. Il en fut nommé grand officier le 25 prairial an XII, et reçut le titre de commandeur de la Couronne de Fer à la création de cet ordre.

Il fut en outre successivement président du collège électoral de l’Ardèche, commandant des gardes nationales de quatre départements du Nord, titulaire de la Sénatorerie de Rouen, comte de l’Empire avec une dotation, commandant au camp de Boulogne en 1809, et des rives de l’Escaut en 1810, grand cordon de l’ordre d’Union de Hollande. — Appelé au commandement des gardes nationales d’Anvers le 4 avril 1813, le comte Rampon occupa Anvers avec trois mille hommes dont il détacha deux bataillons pour venir en aide au général Molitor, débordé de toutes parts ; il attendit vainement 1.500 marins annoncés et promis, et ne put empêcher l’ennemi de s’emparer du Gorcum.

Le 20 février, après un bombardement, la garnison fut emmenée prisonnière, et le général Rampon partagea le sort de la garnison.

Rentré en France en 1814, il fut créé pair de France et chevalier de Saint-Louis. Il siégea à la chambre des Pairs pendant les Cent-Jours, et commanda, après le désastre de Waterloo, la partie Sud de la capitale.

À l’époque du sacre de Charles X, il fut nommé grand-croix de la Légion-d’Honneur.

Le héros de Montelegino, le brave chef de l’immortelle 32e, celui sous la conduite duquel elle conquit son impérissable renom, est mort le 2 mars 1842. Son éloge est celui de Bayard : il fut comme lui sans peur et sans reproche.


RANDON (Jacques - Louis - César - Al.)[modifier]

né vers l’année 1795, avait vingt ans qu’il était déjà capitaine et aide-de-camp de son oncle le général Marchand, qui commandait la 7e division militaire (Grenoble) à l’époque du débarquement de l’Empereur en 1815.

Il paraît que ce général voulait d’abord éviter tout contact entre ses troupes et celles de l’île d’Elbe, il voulait même évacuer Grenoble et se retirer sur Chambéry pour soustraire les soldats au prestige de la présence de l’Empereur. Cependant un bataillon du 5e de ligne et une compagnie de sapeurs étaient partis avec l’ordre de détruire le pont du Ponthaut à quelques lieues de la Mure. Ce détachement était commandé par le chef de bataillon Desessart le 7 à neuf heures au village de Lafrey ; mais, vers une heure, l’Empereur y arriva également. Les deux troupes s’observèrent pendant quelque temps ; mais l’hésitation, si elle existait, ne fut pas de longue durée. Napoléon mit pied à terre, et s’avança vers le bataillon, et aussitôt les cris de vive l’Empereur retentirent.

Le capitaine Randon n’avait plus qu’à retourner vers son oncle pour lui rendre compte de ce qui se passait. Le général Marchand se retira par la route de Chambéry avec 150 hommes restés fidèles aux Bourbons. Avant cet événement, M. Randon avait donné en 1813, pendant la campagne de France, des preuves éclatantes de bravoure ; il n’eut point d’avancement pendant la Restauration ; mais après 1830 et dans l’espace de sept ans, on le vit successivement chef d’escadron, lieutenant-colonel, colonel du 2e chasseurs d’Afrique et officier de la Légion-d’Honneur.

Promu bientôt au grade de général de brigade, il fut nommé général de division le 22 avril 1847, puis commandeur de la Légion-d’Honneur, et on lui confia le commandement de la 3e division militaire.

Il occupait ce poste lorsqu’il fut appelé, en septembre 1849, à remplacer à Rome le général Rostolan en qualité de commandant en chef le corps expéditionnaire de la Méditerranée.


RAOUL (Nicolas - Louis)[modifier]

né le 24 mars 1788 à Neufchâteau (Vosges). Il suivit l’exemple de son père, général de brigade dès les premières années de la République, et entra, à l’âge de 14 ans, comme canonnier, dans le 5e régiment d’artillerie à pied, le 21 mai 1802. Admis à l’école de Metz le 1er octobre 1806, il revint avec l’épaulette à son régiment le 27 juin 1809, et rejoignit aussitôt l’armée d’Allemagne.

Promu au grade de capitaine dans la marche de la grande armée de Wilna sur Witepsk le 28 juillet 1812, il passa le 1er octobre dans l’artillerie à pied de la Garde, fut décoré après la bataille de Dresde le 14 septembre 1813, et se trouva à toutes les grandes batailles livrées en Saxe et en France, pendant les deux dernières campagnes.

Après l’abdication de Fontainebleau, le capitaine Raoul fut l’un des quatre officiers que Napoléon désigna pour l’accompagner à l’île d’Elbe, et il accepta ce choix comme une nouvelle récompense de ses services. L’Empereur, à son retour, lui confia le 11 avril 1815, le grade de chef de bataillon dans l’artillerie de la vieille Garde et le fit officier de la Légion-d’Honneur.

Après la bataille de Waterloo, où il avait été blessé grièvement et fait prisonnier, le commandant Raoul, retenu pendant quatre mois dans les prisons de Bruxelles, obtint enfin la faculté de rentrer en France ; mais une ordonnance avait déclaré déchus de tous leurs droits les officiers venus de l’île d’Elbe avec Napoléon ; il envoya sa démission le 10 décembre. Il se rendit à Naples où l’appelait le comte de Saint-Leu (le roi Louis Bonaparte), pour lui confier la place de gouverneur de son jeune fils, aujourd’hui Président de la République.

De retour en France en 1819, le commandant Raoul passa bientôt après dans l’Amérique du Sud et y exerça l’emploi d’inspecteur d’artillerie et du génie. En 1829 il était major général de l’armée constitutionnelle qui s’empara de Guatimala, et termina la guerre civile dans ces contrées. Il commandait le corps d’armée du Mexique, lorsqu’en février 1832, à la nouvelle qu’une ordonnance du 24 septembre 1830 le réintégrait dans l’armée avec le grade de lieutenant-colonel, il quitta le service des États du Sud pour retourner en France, où il ne put cependant arriver que dans le courant de 1833.

Employé immédiatement comme sous-directeur, il passa avec son grade au 13e régiment, dont il fut nommé colonel le 30 janvier 1836.

Directeur à Perpignan en 1837, et colonel du 6e régiment en 1838, M. Raoul, promu au grade de maréchal de camp le 19 juillet 1845, commanda successivement les écoles de La Fère et de Besançon. Depuis l’avènement de la République, employé dans les 5e, 18e et 6e divisions militaires, il fut créé commandeur de la Légion-d’Honneur le 25 octobre 1848 et envoyé de Lyon à Paris, en janvier 1849, pour commander l’artillerie de la 1re division militaire.

Le général Raoul est mort presque subitement dans la soirée de mercredi, 20 mars 1850. Ses obsèques ont eu lieu le 22 au cimetière du Mont-Parnasse.


RAPATEL (Paul - Marie), baron[modifier]

né à Rennes le 13 mars 1782, d’une famille honorable. Dix de ses frères servirent comme lui leur patrie, et plusieurs en qualité d’officiers généraux.

Entré au service le 19 février 1798, dans la compagnie territoriale d’Ille-et-Vilaine, il avait à peine 16 ans. Il obtint tous les grades subalternes dans l’armée de l’Ouest, fut nommé sous-lieutenant le 21 mai 1800, passa dans la 52e demi-brigade à l’armée d’Italie, y resta jusqu’en 1806 et s’y distingua en plusieurs occasions. Il fut blessé au passage du Mincio, à l’affaire de Caldiero sous Vérone. L’ennemi s’étant avancé, après une cinquième charge, jusqu’à portée de pistolet du poste important de Gombione, le lieutenant Rapatel s’élança à sa rencontre avec une cinquantaine d’hommes et parvint à conserver ce poste jusqu’à la nuit.

En 1806 M. Rapatel entra avec son grade de lieutenant dans la Garde du roi de Naples. Le 27 janvier 1808, au passage du Trivento, il se jeta à la nage au plus fort du courant et sauva un voltigeur emporté par les eaux. Le roi de Naples lui écrivit le même jour une lettre flatteuse et le nomma capitaine et adjudant du Palais. M. Rapatel servit le roi Joseph en Espagne. Il y fit les campagnes de 1808 à 1813, et fut nommé successivement chef de bataillon, lieutenant-colonel et colonel. Pendant ces campagnes, M. Rapatel fut plusieurs fois cité honorablement. Dans les journées des 17, 18 et 19 novembre 1810, près de Quesada, avec 750 hommes, il fit à l’ennemi près de 500 prisonniers qu’il réussit à ramener, malgré les efforts d’un corps d’Espagnols réunis sur son passage. Le maréchal duc de Dalmatie et le général Godinot, gouverneur de la province de Cordoue, lui écrivirent les lettres les plus flatteuses au sujet de ce fait d’armes.

En 1815, le colonel Rapatel assista à la courte et malheureuse campagne de Belgique. Le 16 juin à Fleurus, il se signala en s’emparant, secondé par quelques cavaliers, d’une pièce de douze. Le même jour, chargé par le général Habert d’enlever, à la tête de six compagnies de voltigeurs, le village de Saint-Amand, il s’en empara et fit prisonniers 800 Prussiens qui défendaient le cimetière. Le surlendemain, jour de Waterloo, il marchait à la tête de la colonne qui occupa Wanves ; ayant remarqué un moment d’hésitation, il saisit l’Aigle du 34e et, suivi de quelques braves, il franchit le pont barricadé de la Dyle, força les Prussiens à se retirer, et sa division resta maîtresse de Wanves.

À la seconde Restauration, le 16 août 1815, le colonel Rapatel reçut le commandement de la légion de l’Ariége (devenue 5e léger le 17 novembre 1820). M. Rapatel fit la campagne d’Espagne en l823 à la tête de ce régiment. Nommé, cette même année, maréchal de camp, il commanda la 2e brigade de la 11e division du 8e corps de l’armée des Pyrénées, puis la 2e brigade de la 11e division d’occupation de la Catalogne.

Après la révolution de Juillet, M. Rapatel fut d’abord appelé au commandement d’une brigade de l’armée du Nord. Nommé lieutenant-général en 1833 au siège d’Anvers, il fut envoyé l’année suivante en Afrique avec le titre de commandant de toutes les troupes et inspecteur général. C’était à cette époque la position militaire la plus importante de la colonie. Il l’occupa pendant quatre ans.

En plusieurs circonstances, le général Rapatel donna aux soldats l’exemple de la bravoure en chargeant l’ennemi à la tête de la cavalerie. En novembre 1838, envoyé par le maréchal Clausel auprès d’une troupe de travailleurs qui gravissaient les montagnes de l’Atlas, afin d’accélérer le mouvement, il se trouva tout à coup au détour d’un ravin, avec 60 hommes d’escorte, en présence de 500 cavaliers arabes. Il n’hésita pas cependant à les charger et tua de sa main leur chef. L’ennemi se dispersa, non sans laisser un grand nombre des siens. Le soir de ce beau fait d’armes, le colonel des Zouaves, accompagné d’un officier et de quelques soldats, vint offrir au général le yatagan du chef ennemi retrouvé sur le lieu du combat.

Au mois de mai 1837, le général Rapatel revint en France, après avoir remis le commandement des troupes au général Damrémont. Son départ fut accompagné d’unanimes regrets. La Gazette du Midi du 12 mai 1837 s’exprime ainsi à ce sujet : « M. le général baron Rapatel part aujourd’hui sur le paquebot le Papin et doit débarquer à Marseille. Cet officier général, honnête homme dans la force du mot, vaillant sur le champ de bataille, doué de toutes les qualités morales qui font l’homme distingué, emporte les regrets de la population entière ; aussi a-t-il été accompagné au bateau par l’élite des habitants, par tout ce que la cité et l’armée ont de plus recommandable. Ce malheureux pays est destiné à perdre tous ceux qui connaissent ses besoins et sont à même de faire le bien. Parmi ceux-là M. Rapatel était en première ligne. »

À son retour d’Afrique, le général Rapatel fut nommé inspecteur général d’infanterie, et en décembre de la même année il fut de nouveau appelé en Algérie. Il conserva ce commandement pendant treize mois. Une maladie grave à laquelle il faillit succomber l’obligea à rentrer en France.

Depuis lors, il remplit les fonctions d’inspecteur général et de membre du comité d’infanterie. En 1841, il commandait la 1re division d’infanterie du camp de Compiègne.

Le général de division baron Rapatel est grand officier de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis, grand-croix des Ordres espagnols de Ferdinand et Isabelle, grand officier de l’ordre de Léopold de Belgique, caballero de numéro de l’ordre de Ferdinand d’Espagne, etc., etc., etc.


RAPP (Jean), comte[modifier]

né à Colmar le 26 avril 1772, s’enrôla à l’âge de 16 ans dans le 10e régiment de chasseurs à cheval et y fut nommé brigadier-fourrier le 1er janvier 1791, et maréchal-des-logis le 16 mai 1793. Il avait déjà fait les premières guerres de la Révolution à l’armée de la Moselle et à celle du Rhin, lorsqu’il obtint le grade de sous-lieutenant le 14 germinal an I. Envoyé à l’armée des Alpes, il devint lieutenant le 1er vendémiaire an III. Bientôt après, il passa à l’armée du Rhin. À Lignenfelds, le 9 prairial de la même année, il chargea, à la tête de 100 chasseurs de son régiment, plus de 800 hommes de cavalerie ennemie, qu’il parvint à culbuter au moment où plusieurs pièces de canon allaient tomber en leur pouvoir. Il reçut dans cette charge plusieurs coups de sabre sur la tête et sur le bras droit. Le général Desaix, témoin de la valeur qu’il avait déployée, se l’attacha comme aide-de-camp avec le grade de capitaine, le 29 frimaire an V et lui voua, à partir de cette époque, une affection qui ne se démentit jamais. Il l’emmena avec lui en Égypte, où de nouveaux combats lui valurent de nouveaux succès. À la bataille de Sédiman, le 16 vendémiaire an VII, l’artillerie des Beys se démasque tout à coup et porte le ravage dans nos rangs ; Desaix, impatient d’éteindre le feu qui nous écrase, se tourne vers son aide-de-camp, et, lui montrant les pièces… :

Vaincre ou mourir ! s’écria-t-il ; Vaincre ! répond l’intrépide Rapp, et se précipitant sur les Arabes, il renverse tout ce qui s’oppose à son passage, s’empare de l’artillerie, fait un grand nombre de prisonniers, et disperse en un instant le reste de la cavalerie. Ce beau fait d’armes lui fit décerner sur le champ de bataille le grade de chef d’escadron.

À la journée du 3 pluviôse, envoyé en reconnaissance, il marcha sur les avant-postes des Mamelucks, les mit en fuite, pénétra dans le village de Samanhout, et soutint une lutte inégale, dans laquelle il aurait infailliblement succombé, si les carabiniers de la 21e légère ne l’eussent promptement dégagé. Grièvement blessé d’un coup de kandjar à l’épaule gauche, il se rendit au Caire pour se faire soigner. Élevé au grade de colonel le 26 pluviôse, Rapp suivit son général en Europe. Il le vit tomber à Marengo et porta au général Bonaparte les dernières et patriotiques paroles de ce jeune héros. L’aide-de-camp du vainqueur d’Offembourg devint celui du conquérant de l’Italie le 25 prairial an VIII.

Chargé en l’an X d’une mission importante dans les cantons suisses, il somma les insurgés de Berne de suspendre les hostilités, fit évacuer Fribourg qui avait été enlevé pendant l’armistice, et somma la diète de Schwitz à accepter la médiation que lui offrait le chef du gouvernement français. Le colonel Rapp partit pour Coire au mois de brumaire an XI, fit comparaître devant lui le petit conseil de cette ville et contraignit la municipalité à se dissoudre.

Revenu à Paris, il accompagna le premier Consul dans son voyage en Belgique, obtint le brevet de général de brigade le 11 fructidor an XI, puis il se rendit sur les bords de l’Elbe, pour y faire élever des redoutes et prendre des mesures défensives en cas d’un débarquement des Anglais. À son retour en France, créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, il en devint commandeur le 25 prairial suivant.

Au mois de germinal an XIII, il épousa, par ordre de l’Empereur, mademoiselle Vanderberg, fille d’un riche fournisseur ; mais cette volonté toute-puissante, qui alliait ainsi l’opulence à la gloire, ne le rendit point heureux.

Il se distingua sur le champ de bataille d’Austerlitz. Ce fut lui qui, sur les hauteurs de Pratzen, vengea la défaite d’un bataillon du 4e de ligne et du 24e léger, que les fausses manœuvres de leurs chefs avaient livrés au fer de l’ennemi.

À la tête de deux escadrons de chasseurs et de Mamelucks, il se précipita sur la Garde impériale russe, porta le désordre dans ses rangs, fît prisonnier le prince Repnin, l’un des colonels des chevaliers-gardes, et s’empara de l’artillerie et de tous les bagages des troupes qui lui étaient opposées. La satisfaction de l’Empereur fut telle, qu’il nomma Rapp général de division le 3 nivôse an XIV, et voulut qu’il figurât dans le tableau que Gérard a fait de cette immortelle journée.

La campagne de Prusse et de Pologne, en 1807, fournit au général Rapp de nombreuses occasions d’y déployer sa valeur chevaleresque. Chargé de poursuivre les fuyards après la bataille d’Iéna, il pénétra des premiers dans Weimar. À Naziesk, il tailla en pièces le corps de cavalerie du général russe Kaminskoi. Enfin, à Golymin, il soutint une lutte opiniâtre contre des masses d’infanterie et eut le bras gauche fracassé par une balle. Il n’était pas encore guéri de sa blessure quand il remplaça, le 2 juin, dans le poste de gouverneur de Dantzig, le maréchal Lefebvre qui venait de s’emparer de cette place. Le 23 décembre de la même année, il fut créé chevalier de la Couronne de Fer. Pendant deux ans il exerça les fonctions importantes de gouverneur de Dantzig ; les habitants lui décernèrent une épée enrichie de diamants sur laquelle on lisait une inscription, et Napoléon le nomma, le 1er août 1809, comte de l’Empire avec une dotation de 25.000 fr. sur le domaine de Hitzacher situé en Hanovre. La guerre se ralluma cette année dans le Nord avec une nouvelle fureur : la Bavière est envahie par les Autrichiens ; Napoléon accourt à la rencontre de l’ennemi. L’armée française triomphe à Eckmühl, à Ebersberg, et se porte rapidement sur Vienne. Pendant qu’elle s’avance sur les rives du Danube, les Autrichiens descendent ce fleuve par l’autre rive. Les combattants des deux armées opposées se trouvent bientôt en présence au village d’Essling ; une partie de nos troupes franchit le fleuve sous le feu des batteries ennemies ; mais les ponts sont emportés par une crue subite du Danube, et 25 à 30.000 hommes ont à soutenir les efforts de toute l’armée autrichienne. Pendant que nos bataillons, exténués de faim, de fatigue et manquant de munitions, déploient un courage surhumain, mais sans espoir de succès, les masses qu’ils ont à combattre redoublent d’efforts pour les déborder. Le général Mouton, avec deux bataillons de la Garde, parvient un instant à les contenir ; cette lutte est trop inégale pour être durable. Napoléon inquiet de la position critique de cette partie de l’armée, fait dire à Rapp de se mettre à la tête de deux nouveaux bataillons, de voler au secours de ses frères d’armes, de protéger leur retraite, et de prendre position avec eux sur les bords du Danube. Le prince Charles, pressé de profiter de ses avantages, ébranlait de nouveau ses masses. Les deux généraux, fondant avec impétuosité sur ces colonnes hérissées de fer et entourées d’une ceinture de feu, portent le désordre dans leurs rangs, les culbutent et restent maîtres du champ de bataille.

Revenu à Paris en 1810, à l’époque du divorce de Napoléon avec Joséphine, Rapp ne craignit pas de blâmer la conduite de son maître, et reçut, en récompense de sa franchise, l’ordre de retourner dans son gouvernement de Dantzig. Il n’en fut pas moins créé grand officier de la Légion-d’Honneur le 30 juin 1811. Il donna toutefois une nouvelle preuve de sa sincérité à l’Empereur en condamnant l’expédition projetée au delà du Niémen, dont il prévoyait les funestes résultais. Nos troupes marchent sur le Niémen, le franchissent, culbutent les Russes à Ostrowno, à Smolensk, et arrivent à }a Moskowa, où l’armée ennemie avait rassemblé la plus grande partie de ses forces, évaluées à 130.000 hommes.

Cette journée couvrit d’une nouvelle gloire toute l’armée française : généraux et soldats, tous firent des prodiges de valeur, tous combattirent en héros. Rapp ajouta à sa réputation et fut atteint de quatre coups de feu. Quoiqu’il ne fût pas remis de ses blessures, on le vit se signaler de nouveau à l’affaire de Marc-Jaroslawitz, où il eut un cheval tué sous lui. De concert avec le maréchal Ney, il défendit le passage de la Bérésina, concourut à sauver l’artillerie française qui se trouvait compromise sur ce point, et y reçut sa vingt-quatrième blessure. Napoléon l’envoya ensuite prendre le commandement de Dantzig, où il devait soutenir pendant un an un des sièges les plus mémorables que nous offrent les annales de la guerre. Secondé par le général Campredon, Rapp résolut de faire de Dantzig, qui n’avait ni casernes, ni écuries, ni magasins, un boulevard inexpugnable. Il s’affermit surtout dans cette résolution lorsque les divisions Heudelet et Grandjean vinrent, dans le courant de janvier 1813, renforcer la garnison de la place. Cette garnison s’éleva alors à 35.900 hommes d’infanterie et 3.600 de cavalerie ; mais la plupart de ces hommes, de toutes armes et de toutes nations, étaient perclus de froid, exténués par les fatigues, consumés par les privations et toutes les misères. 12.000 invalides seulement reçurent une nouvelle organisation ; mais on s’occupa avec activité des fortifications, l’artillerie répara les armes portatives, confectionna une grande quantité de munitions de tout genre. L’Empereur récompensa le dévouement de Rapp en le nommant commandant en chef du 10e corps de la grande armée le 12 mars suivant, et grand-croix de la Réunion le 3 avril de la même année.

Le général Rapp eût peut-être lassé, par ses vaillantes sorties, les forces réunies des Russes, commandées par le duc de Wurtemberg, si la famine, une épidémie cruelle, et l’hiver avec ses pluies et ses glaces, ne lui eussent enlevé les deux tiers de son armée. Jaloux de conserver à la France le reste des braves qui l’avaient si bien secondé, le général français se décida à entrer en négociations pour la reddition de la place.

Le 27 novembre, il conclut une convention honorable qui portait en substance, que le 10e corps rentrerait en France avec son artillerie, ses armes et tous ses bagages. Déjà tous les alliés étaient sortis de Dantzig, lorsque le général Rapp apprit que l’empereur Alexandre refusait de ratifier la capitulation et que la garnison serait conduite en Russie jusqu’à son parfait échange ; Rapp protesta avec énergie, mais fut forcé de se soumettre. Ce fut à Kiew, en Ukraine, qu’il apprit les événements de 1814. Il revint à Paris au mois de juillet suivant et y fut accueilli avec distinction par Louis XVIII. Créé chevalier de Saint-Louis le 3 août, il obtint le grand cordon de la Légion-d’Honneur le 23 du même mois.

En mars 1815, Rapp se rangea sous les drapeaux de son ancien souverain, qui le nomma le 16 avril commandant en chef de l’armée du Rhin, et pair de France le 2 juin suivant. L’armée dont il se hâta de prendre le commandement, forte de 18.900 hommes, devait défendre, de concert avec le corps du Haut-Rhin et de la Moselle, la chaîne des Vosges, depuis Béfort jusqu’à Bitcha. Le désastre de Waterloo rendit inutiles ses dispositions et ses efforts. Lorsque les soldats apprirent la défaite de l’armée du Nord et l’abdication de Napoléon, un découragement universel s’introduisit dans leurs rangs. Excités par la malveillance, les uns voulaient se rendre dans leurs foyers, les autres proposaient de se jeter en partisans dans les Vosges. Rapp parvint à calmer l’effervescence des esprits.

Après le licenciement, le général Rapp se retira en Argovie, où il fit, en 1816, l’acquisition du château de Wildenstein. Lorsque le danger des réactions fut passé, il revint en i817 à Paris. Une ordonnance royale du 22 juillet 1818 le mit en disponibilité. Créé pair de France le 5 mars 1819, il fut nommé, quelque temps après, premier chambellan et maître de la garde-robe.

Épuisé par les fatigues de la guerre et les nombreuses blessures dont il était couvert, Rapp ne survécut pas longtemps à Napoléon. Il mourut d’un squirrhe ou pylore le 8 novembre 1821, dans sa terre de Rheinviller, grand duché de Bade. Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.


REGNAULD DE SAINT-JEAN-D’ANGELY (Auguste - Marie - Étienne)[modifier]

né en 1794, le lendemain de la mort de Robespierre. Il fit sa première éducation au prytanée de Saint-Cyr, et entra en 1811 à l’École militaire de Saint-Germain qu’il quitta en 1812 pour aller rejoindre en Russie le 8e régiment de hussards, en qualité de sous-lieutenant. Il se distingua en diverses rencontres, principalement dans la campagne de Saxe, et fut nommé, après L’affaire de Dublen (10 octobre 1815), lieutenant, et peu après (4 décembre) membre de la Légion-d’Honneur.

Le 8e de hussards ayant été à peu près anéanti dans la journée de Leipzig, M. Regnauld fut attaché, en qualité d’aide-de-camp, au général Corbineau, lui-même aide-de-camp de l’Empereur, et fit, à l’état-major impérial, la mémorable campagne de 1814, pendant laquelle il fut promu au grade de capitaine pour sa conduite dans le combat qui eut lieu sous les murs de Reims. Il servit, en cette qualité, pendant la première année de la Restauration dans le 1er régiment de hussards.

À son retour de l’île d’Elbe, l’Empereur attacha le jeune capitaine à sa personne comme officier d’ordonnance, et l’éleva au grade de chef d’escadron dans la journée de Waterloo.

Licencié avec ses frères d’armes, M. Regnauld quitta l’armée et la France, et se réunit à son père victime de la réaction. Plus tard il revint à Paris pour solliciter sa radiation de la liste de proscription, et l’obtint après d’incessantes démarches ; mais il était trop tard. À peine le comte Regnauld de Saint-Jean-d’Angely avait-il revu la capitale qu’il succombait à toutes ses émotions. Rayé des contrôles de l’armée, le jeune comte Regnauld vécut retiré à la campagne jusqu’en 1825, époque à laquelle il partit pour la Grèce dont l’indépendance était à la veille de succomber sous les armes d’Ibrahim-Pacha. M. Regnauld fut chargé, de concert avec le colonel Fabvier, d’organiser un corps de cavalerie à l’européenne. Il le forma et le commanda jusqu’à la fin de 1826.

Rentré en France à cette époque, M. Regnauld, en 1828, suivit comme volontaire l’expédition du général Maison en Morée.

À la révolution de Juillet, M. Regnauld fut exceptionnellement reconnu dans son grade. Il fut même nommé lieutenant-colonel au 1er chasseurs, depuis 1er des lanciers, corps dont il a été nommé colonel en 1832. Il était officier de la Légion-d’Honneur depuis le mois de mai 1831.

Depuis lors, M. Regnauld de Saint- Jean-d’Angely a été nommé général de brigade et général de division ; cette dernière promotion date du 10 juillet 1848. M. Regnauld est aujourd’hui représentant du peuple à l’Assemble législative, grand officier de la Légion-d’Honneur ; il a commandé le corps expéditionnaire de la Méditerranée en 1849.


REILLE (Honoré - Charles - Michel - Joseph), comte[modifier]

maréchal de France, né à Antibes (Var), le 1er septembre 1775, termina ses études chez un instituteur particulier et entra au service comme grenadier au 1er bataillon du Var le 1er octobre 1791. Il était sous-lieutenant au régiment royal de Hesse-Darmstadt (94e infanterie) le 15 septembre 1792. Il fit ses premières campagnes en Belgique et se trouva aux combats de Rocoux, de Liège, à la bataille de Nerwinde, etc.

Élevé au grade de lieutenant, en récompense de son courage, le 27 novembre 1793, il fut nommé capitaine le 23 mai 1796, aide-de-camp du général Masséna le 5 novembre de la même année, et assista aux affaires qui amenèrent la prise des forts et la reddition de Toulon ; il accompagna ce général en Italie, se signala aux différents combats qui eurent lieu avant la prise de Saorgio, exécuta une charge brillante sous le général Scherer le 2 frimaire, fit preuve d’intrépidité à Montenotte, à Dégo, à Lodi et à la première bataille de Rivoli, où, enveloppé par l’ennemi, en reconnaissant le cours de l’Adige, il se fit jour à travers de nombreux bataillons ; il acquit une nouvelle gloire à Ballano, à Saint-Georges, sur la Brenta, où il fut blessé, à Caldiero, à Arcole, à la Favorite, à Bellune, à Freymar et à Tarvis. À cette dernière affaire, chargeant un régiment de cavalerie, presque tous les chevaux s’abattirent à la fois, et le combat qui continua à pied finit par la prise ou la mort de ce régiment. Créé chef d’escadron provisoire, sur le champ de bataille, le 7 janvier 1797, il fut reconnu en cette qualité le 23 mai suivant par le général en chef de l’armée d’Italie et cité.

Après le traité de Campo-Formio, Masséna ayant obtenu le commandement de l’armée d’Helvétie, Reille fut nommé adjudant-général (15 février 1799), et reçut ordre de reconnaître tous les passages du Rhin, depuis les Grisons jusqu’au lac de Constance, ainsi que les positions de l’ennemi ; le plan de campagne fut réglé sur ses rapports.

Il combattit à Coire, à Feldkirchen, Luciensteidt, près de Zurich et à Schwitz. Le général Oudinot ayant été blessé, il le remplaça dans le commandement de ses troupes, traversa le premier le Limat, entra dans Zurich avec Masséna et fit des prisonniers en poursuivant l’ennemi. Il couvrit le mouvement rétrograde de nos troupes lors des attaques dirigées contre Suwarow dans le Muttenthal, et prit une part active à la bataille où fut tué le prince Talinsky.

Lorsque Masséna se rendit à Gênes comme général en chef, il ordonna à Reille de reconnaître les positions de notre armée, depuis Nice jusqu’au Mont-Cenis, et cet officier répondit parfaitement à la confiance de son chef. Il porta au premier Consul un rapport intéressant, servit quelque temps auprès de lui, et reporta au général Masséna le plan de la campagne. Reille passa la nuit au milieu de la flotte anglaise qui bloquait Gênes, échappa au feu des batteries, aux chaloupes qui le poursuivaient, et entra dans cette ville le 12 floréal. Il se distingua au combat du 21 et à celui du 23 sur le mont Creto, où il succéda au général Spital qui était blessé, et partagea la gloire du blocus.

Revenu en France en août 1800, il retourna en Italie avec des corps d’élite aux ordres de Murat, commanda à Florence, fut chef d’état-major d’une armée d’observation, et sous-chef d’état-major général des armées françaises en Italie.

Le 29 août 1803, il fut nommé général de brigade, servit au camp de Boulogne, fut envoyé, peu après, par le premier Consul, en Bavière et en Autriche, afin d’observer les mouvements militaires des ennemis. De retour à Paris, il fut chargé d’inspecter l’organisation des troupes venant de Saint-Domingue. Cette mission remplie, il obtint sous le général Lauriston le commandement en second des troupes embarquées à Toulon, sur la flotte de l’amiral Villeneuve et assista au combat du Finistère. Il quitta la flotte à Cadix et rejoignit la grande armée pour la campagne d’Austerlitz ; durant cette campagne, il commanda dans la haute Autriche, en 1806, une brigade du 5e corps qui marcha en première ligne au combat de Saalfeld et à la bataille d’Iéna. À celle de Pultusk, sa brigade enfonça le centre des Russes, et il fut nommé général de division le 30 décembre 1806 ; le général Gudin ayant été blessé, il prit sa place, et quelques jours après le maréchal Lannes le choisit pour son chef d’état-major. Se trouvant à la gauche d’Ostrolenka, au moment où les Russes attaquèrent cette ville, Reille entendant une vive canonnade, s’y porta et trouva les brigades Ruffin et Campana péniblement engagées avec toute l’armée russe : il se chargea du commandement de ces brigades, et conserva la ville, malgré les attaques des ennemis qui avaient des forces quadruples et 30 pièces d’artillerie contre 6. Cependant les Russes pénétrèrent deux fois dans Ostrolenka, mais ils furent écrasés, et y laissèrent plus de 400 morts, 700 blessés et 300 prisonniers. Cette journée où Reille joignait l’intrépidité à la prudence, décida l’Empereur à en faire son aide-de-camp (13 mai 1807) et à le charger d’assister au siège de Stralsund.

Après la paix de Tilsitt, il devint commissaire extraordinaire en Toscane, d’où il partit pour la Catalogne, où il signala son arrivée par la levée du siège de Figuières, le siège et la prise de Roses dont il forma la garnison quand le général Saint-Cyr entra en Catalogne. En septembre 1809, il fut nommé commandant du 1er corps de l’armée du Nord de l’Espagne. Envoyé à la grande armée, le général Reille y arriva pour assister au passage du Danube et à la bataille de Wagram, où il commanda la division de la Garde chargée de soutenir la batterie de 100 pièces de canon du général Lauriston.

Instruit du débarquement des Anglais en Zélande, l’Empereur confia au général Reille l’un des trois corps formés de l’armée de Bernadotte. De la Zélande il retourna en Espagne comme gouverneur de la Navarre (29 mai 1810), battit Mina au Carascal, à Serin, et détruisit, avec deux compagnies de hussards, trois bataillons espagnols. Le maréchal Suchet n’ayant pas assez de forces pour le siège de Valence, Reille s’y porta avec la division de son nom, la division Severoli, et concourut à la prise de cette place.

Reille commanda en chef, en Aragon, le corps de l’Èbre (26 janvier 1812) jusqu’au 16 octobre 1812, époque où il reçut le commandement de l’armée de Portugal, forte de 30.000 hommes. Le roi Joseph ayant pris la résolution de concentrer toutes ses forces en avant de l’Èbre, le général Reille évacua les provinces qu’il occupait et se dirigea vers les hauteurs de Pancorbo, en soutenant le choc des ennemis et en conservant ses positions. Les armées du Centre et du Portugal, s’étant rassemblées à Pancorbo, on tint un conseil de guerre pour décider quelle position on prendrait. Le général Reille proposa de réunir toutes les troupes disponibles, montant à 70.000 hommes, et de prendre la ligne d’opérations par Logrono et la Navarre ; mais on jugea à propos de ne point quitter la route de France, et Wellington ayant prévenu le rassemblement des troupes françaises qui n’étaient que de 33.000 combattants, quand il en avait 90.000, les Français furent attaqués et battus. Reille se défendit avec 7.000 hommes contre près de 20.000, et ne se retira que par ordre.

Dans ces dernières opérations contre les Anglais, les Espagnols et les Portugais coalisés, il commanda l’aile droite française (6 juillet 1813), combattit sur la Bidassoa, en Navarre, à Orthez et à Toulouse.

Après la paix, il épousa la fille de Masséna. À la Restauration (1814), il fut nommé inspecteur général d’infanterie des 14e et 15e divisions. Au 31 mars 1815, il fut envoyé à Valenciennes pour y prendre le commandement du 2e corps d’armée, combattit aux Quatre-Bras et à Waterloo, où il eut deux chevaux blessés sous lui.

Le 30 juillet 1823, le général Reille a été nommé membre de la commission de défense, laquelle commission n’a pas été formée ; et le 17 février 1828, il fit partie du Conseil supérieur de la guerre.

Le 15 novembre 1836, il fut élu président du Comité de l’infanterie et de la cavalerie, et, le 17 septembre 1847, le roi Louis-Philippe l’éleva à la dignité de maréchal de France ; il était déjà Pair de France.

Le 15 juin 1804, cet officier général d’une si haute distinction était commandeur de la Légion-d’Honneur ; il a été créé grand officier le 29 juillet 1814 et grand-croix le 14 février 1815.

Le 27 juin de cette même année, il avait été nommé chevalier de Saint-Louis.

Il est, en outre, membre de l’ordre de Séraphin de Suède, de la Couronne de Fer, de Saint-Henri de Saxe, et commandeur de l’ordre militaire de Bavière.


REY (Louis - Emmanuel), baron[modifier]

né le 19 septembre 1768 à Grenoble, entra au service à 16 ans dans le 75e régiment ; il était sergent-major en 1791 et lieutenant au même corps en 1792. Il fit les campagnes d’Italie avec distinction, et quand Bonaparte prit en l’an IV le commandement de l’armée, le soldat du 75e était déjà général de brigade. Il commanda le camp établi sous Lyon, et organisa les demi-brigades passant de la Vendée en Italie. Sous l’Empire, il fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne. En 1808 il passa à l’armée d’Espagne comme chef d’état-major du 7e corps. Il se distingua au siège de Barcelone et de Saragosse ; mais son plus beau fait d’armes fut la belle défense de Saint-Sébastien en 1813, défense qui lui valut l’admiration des Français, et même celle des Anglais et des Espagnols. C’est par suite de cette belle résistance que l’Empereur lui confia en 1815 le gouvernement de la place de Valenciennes, sur laquelle on savait que devaient se porter les efforts des alliés. C’est à sa fermeté, à sa présence d’esprit et à son expérience, qu’on doit d’avoir, avec les faibles moyens de défense mis à sa disposition, repoussé les efforts des troupes coalisées qui voulaient occuper cette ville. Cette résistance vigoureuse conserva cette ville à la France. Le général Rey fut mis à la retraite après ce grand service rendu à son pays.

Le général baron Rey, grand officier de l’ordre de la Légion-d’Honneur est mort au mois de juillet 1846, à l’âge de 70 ans.


REYNIER (Jean - Louis - Ébenezel), comte[modifier]

né à Lausanne, le 14 janvier 1771.

Il se destinait au génie civil, lorsque la Révolution lui ouvrit la carrière des armes. Adjoint à l’état-major en 1792, adjudant-général en 1793 ; général de brigade dans la campagne de Hollande. Chef d’état-major à l’armée du Rhin, sous Moreau, Reynier partit pour l’Égypte où il resta jusqu’à la fin.

Retourné en France, il fut en disgrâce sous le gouvernement consulaire. Employé de nouveau en 1805, il commanda l’armée d’Italie qui s’empara de Naples, et gouverna cette ville jusqu’en 1809. Ministre de la marine et de la guerre de ce royaume. Il reprit du service dans la grande armée et fit les campagnes de Wagram, de Russie, de Saxe et de France.

Il mourut à Paris le 27 février 1815, âgé de 44 ans.

« Le général Reynier avait plus d’habitude de la guerre que le général Menou ; mais il manquait de la première qualité d’un chef. Bon pour occuper le deuxième rang, il paraissait impropre au premier. Il était d’un caractère silencieux, aimant la solitude, ne sachant pas électriser, dominer, conduire les hommes. » {Napoléon à Sainte-Hélène.)


RICARD (Joseph - Barthélemy - Honoré - Louis - Amable), de[modifier]

né à Cette (Hérault) le 17 novembre 1787, entra le 23 mars 1806 à l’école militaire de Fontainebleau, et en sortit la même année avec le brevet de sous-lieutenant au 4e régiment des chasseurs à cheval, qui se trouvait alors dans le royaume de Naples. L’état de paix dont on jouissait dans cette partie de l’Italie engagea le jeune Ricard à demander à être employé dans un des corps qui étaient alors en campagne. Il obtint de passer au 10e chasseurs à cheval et fit avec ce régiment les campagnes d’Espagne de 1808, 1809 et 1810.

Les cousins germains du sous-lieutenant de Ricard, MM. Clary, neveux du roi Joseph, leur position à la cour d’Espagne, lui promettaient un puissant appui, s’il eût consenti de passer au service de l’armée espagnole, mais il s’y refusa et fut nommé, le 7 octobre 1810, lieutenant et aide-de-camp du général Barbon qui commandait à Ancone. Nommé capitaine le 21 août 1813, Ricard fit les campagnes de 1813 et 1814 à la grande armée et fut mis en disponibilité à la première Restauration. Au retour de Napoléon il fut placé au 7e régiment de hussards. Il organisa la 8e compagnie de ce régiment à Abbeville, et au moment où il était en route pour rejoindre, il reçut la nouvelle des désastres de Waterloo et l’ordre de rentrer au dépôt. Peu de jours après il fut envoyé dans un régiment de lanciers, commandé par le lieutenant-colonel Chatry de La Fosse. Ce corps fut un des derniers qui passèrent la Loire. Le capitaine fut mis de nouveau en disponibilité. Au moment de la réorganisation de l’armée, le colonel Trobriant, du 7e hussards, obtint le rappel du capitaine Ricard qu’il affectionnait et sa nomination au 2e régiment des chasseurs à cheval.

En 1818 le capitaine Ricard obtint de passer à la Martinique comme adjoint à l’état-major du gouverneur ; il y rejoignit son père qui était administrateur de la marine.

En 1822, l’état-major ayant été réduit, il passa au 2e bataillon de la Martinique. Le 6 janvier 1826 le capitaine Ricard fut admis au 1er régiment d’infanterie de la garde royale. Bientôt il fut nommé chef d’état-major près du gouverneur ; en 1829 cette place fut supprimée, et le commandant Ricard fut mis en traitement de réforme par suppression d’emploi.

Le 22 novembre 1829 il fut nommé major au 25e de ligne ; le 23 octobre 1832 il fut promu au grade de lieutenant-colonel, et le 1er janvier 1838 il fut nommé colonel du 5e d’infanterie légère. Décoré depuis 1815, il reçut la croix de Saint-Louis en 1822 et la croix d’officier en 1836. Nommé général de brigade le 20 avril 1845, et commandant de la Légion-d’Honneur, il commande aujourd’hui une brigade d’infanterie de la garnison de Paris.


RICHEPANSE (Antoine)[modifier]

l’un des plus braves généraux de la République, naquit à Metz, en 1770, d’un officier au régiment de Conti. Soldat au sortir de l’enfance, il se distingua dès les premières campagnes de la Révolution, passa rapidement les premiers grades et fut nommé, en 1794, général de brigade. Il contribua à la bataille de Siegberg (3 juin 1796), et le lendemain, à Altenkirchen, il fit des prodiges de valeur, qui lui valurent sur le champ de bataille le grade de général de division. Il fit, en 1797, partie de l’armée de Sambre-et-Meuse, sous les ordres de Hoche, et eut une grande part au gain de la bataille de Neuwied, où les Impériaux perdirent 8.000 prisonniers, 27 pièces de canon et 7 drapeaux. Passé, en 1800, à l’armée du Rhin, il fit avec Moreau la campagne qui a immortalisé le nom de ce général ; il combattit à Engen avec sa valeur accoutumée, se couvrit de gloire sur les bords de l’Iller, où il soutint avec sa seule division l’effort de 40.000 hommes, contribua à la victoire de Moeskirch, et enfin, décida, par la hardiesse de ses manœuvres, celle de Hohenlinden. Nommé, en 1802, gouverneur de la Guadeloupe, où les hommes de couleur avaient arboré contre la métropole l’étendard de la révolte, il battit les insurgés dans plusieurs rencontres, soumit bientôt l’île entière, et il s’occupait de réparer, par une bonne administration, les malheurs que la colonie venait d’éprouver, lorsqu’il fut atteint de la fièvre jaune, et termina, à 32 ans, sa glorieuse carrière.

RIEGO-Y-NUNEZ (Raphaël) del[modifier]

né en 1785 à Tuna, village des Asturies. Son père était gentilhomme et poëte. Le jeune Riego abandonna ses études, lors de l’invasion française, en 1808, pour s’enrôler dans le régiment des Asturies. Il était déjà officier lorsqu’il fut fait prisonnier et conduit en France, où il resta jusqu’en 1814. De retour en Espagne, il devint lieutenant-colonel dans son ancien régiment. Lorsqu’en 1819 la portion de ce corps où il commandait fut dirigée vers Cadix, comme faisant partie de l’armée destinée à une expédition contre les colonies d’Amérique qu’on songeait à reconquérir, Riego, qui s’était affilié au complot tramé par les colonels Quiroga, Arcos-Aguero et Lopez-Baños, se chargea, après l’arrestation de ces chefs, trahis et dénoncés par le comte de l’Abisbal, de lever l’étendard de l’insurrection. Le 1er janvier 1820, il proclame, au village de Las Cabezas-de-San-Juan, où est stationné son bataillon, le rétablissement de la Constitution de Cadix, va immédiatement propager le mouvement donné à Arcos, puis à Ascala-de-las-Gazulès, où il délivre Quiroga, et, de concert avec celui-ci, dirige ses forces, incessamment accrues, vers les travaux de la Cortadura, langue de terre qui unit Cadix au continent. Après des tentatives dont l’unique résultat fut la prise d’un arsenal, Riego se détermina à entreprendre une invasion dans l’intérieur du royaume. À la tête de 1.500 hommes, il se porte vers Algésiras, traverse toute l’Andalousie, est poursuivi jusqu’à Malaga par un corps, sous les ordres du général O’Donnel, et là, assez maltraité dans un combat qu’il n’a pu éviter, il allait être abandonné de presque tous les siens, lorsqu’il apprend (mars 1820) qu’enfin la constitution proclamée à la Corogne et à Madrid vient d’être acceptée par le roi. Ce prince ne dédaigna pas de prodiguer des marques de sa bienveillance à Riego, dont la marche jusqu’à Madrid eut une sorte de solennité triomphale. Il fut créé maréchal de camp, puis capitaine-général de l’Aragon. Cependant une réaction se fit bientôt sentir dans la marche du gouvernement ; elle fut hautement improuvée par Riego, qui, par ce fait, se vit destitué et envoyé en exil à Lérida, sous le prétexte d’un mouvement démocratique qui éclata à Saragosse, chef-lieu de son gouvernement. Cette disgrâce, dont il arrêta les suites en publiant un Mémoire justificatif de sa conduite, accrut à tel point la popularité de Riego, que son nom devint parmi les comuneros un cri de ralliement. Les élections de 1822 le portèrent aux cortès, où il siégea alors pour la première fois ; il en fut aussitôt nommé président, et s’acquitta de ses fonctions avec plus de talent qu’on ne l’eût espéré. À l’approche de l’armée française, Riego vota, conformément à un article exprès de la constitution, la suspension provisoire de l’autorité royale en même temps que celle de l’assemblée des cortès, qui furent l’une et l’autre remplacées par une régence durant la translation du gouvernement de Séville à Cadix. Envoyé ensuite pour remplacer le général Zaias dans le commandement des troupes stationnées à Malaga, il y débarqua le 17 août, réunit aussitôt 3.000 hommes, qu’il conduisit vers les cantonnements de Ballesteros, fit arrêter ce général par ses soldats après s’être assuré qu’il trahissait la cause des cortès, mais se vit lui-même obligé de renoncer à son entreprise par l’arrivée d’une division française. D’échecs en échecs, il se replia vers Jaën, espérant gagner les montagnes ; l’ennemi ne lui en laissa pas le temps : un autre corps français, parti d’Andujar, le vint placer entre deux feux. Les siens se débandèrent ; il fut grièvement blessé, et ne parvint qu’avec peine à échapper à ses vainqueurs. L’infortuné général, accompagné seulement de deux officiers, erra d’abord pendant deux jours sans guide à travers les sentiers les moins fréquentés ; et bientôt après, un ermite de la Torrer-de-Pedro-Gil et un habitant de Vilches, que la nécessité l’avait obligé de prendre pour conducteurs, se hâtèrent de le livrer avec ses compagnons au magistrat d’Arquillos, et cet alcade les fit conduire tous trois garrottés à la Caroline. Arraché aux cachots de cette ville sur la réclamation d’un officier français pour être dirigé sur le quartier général à Andujar, Riego ne lui fut livré que pour être remis presque aussitôt aux agents du parti dont il avait si généreusement mérité l’implacable haine. On l’envoya à Madrid pour être jugé, et il est digne de remarque qu’on se contenta, pour établir la procédure, du fait qu’il avait voté la suspension du roi à Cadix. Le 4 novembre 1823, au milieu de la nuit, Riego fut transféré à la prison de la Tour ; le lendemain à midi, on le conduisit à la chapelle, assisté de deux moines. Le 7, à midi et demi, la victime fut traînée à l’échafaud au milieu des cris d’une féroce et sanguinaire populace. Le soir, son cadavre fut transporté dans une église voisine et enterré au Campo Santo par la confrérie de la Charité.

Le supplice de Riego fit beaucoup de sensation en France et en Angleterre. L’épouse du général et son oncle, Don Miguel del Riego, chanoine d’Oviedo, qui s’étaient réfugiés à Londres, sollicitèrent par lettres l’ambassadeur de France, M. le prince de Polignac, et le ministre des affaires étrangères de France, à l’effet d’obtenir l’intervention du gouvernement de S. M. T. C. auprès de Ferdinand VII en faveur du général Riego. L’ambassadeur français répondit avec quelque politesse, mais le ministre des affaires étrangères ne daigna faire aucune réponse.


RIGNY (Henri) de[modifier]

vice-amiral, neveu du baron Louis et fils d’un ancien capitaine au régiment de Penthièvre-Dragons, retiré fort jeune du service, et qui mourut en laissant cinq garçons en bas âge, naquit à Toul, en Lorraine, le 2 février 1782. La Révolution le fit sortir de l’école de Pont-à-Mousson, où il avait été envoyé tout enfant. Henri de Rigny, âgé de dix ans alors, avait perdu son père ; sa mère était inscrite sur la liste des émigrés. Une tante recueillit la jeune famille, composée d’une jeune fille de seize ans et de cinq garçons, dont Henri était l’aîné. Henri et ses jeunes frères furent élevés par leur sœur, qui, sous la direction de sa tante, n’avait pas craint d’accepter cette noble et pénible tâche et qui sut l’accomplir. Cette éducation fraternelle trempa le caractère de Henri de Rigny au sein de l’adversité, dit M. le capitaine de vaisseau Gallois, son ami d’enfance, et lui apprit, au milieu des scènes orageuses de cette époque, à contracter ces habitudes de réflexion et de prévoyance qui l’ont toujours distingué.

Une vocation prononcée et la volonté dernière de son père appelèrent Henri de Rigny au service de la marine. Après un séjour de quelques mois à l’École spéciale de Brest, où il avait été envoyé pour y terminer ses études, âgé de seize ans à peine, en 1798, il entra dans la marine en qualité d’aspirant de seconde classe sous les ordres de l’amiral Bruix, assista au blocus de Porto-Ferrajo et au combat d’Algésiras ; puis il fit la campagne d’Égypte, et prit part aux expéditions de Saint-Domingue, de Corse et d’Espagne. En 1803, M. de Rigny ayant obtenu le grade d’enseigne de vaisseau, fut, en cette qualité, envoyé au camp de Boulogne et chargé du commandement d’une corvette. Interpellé par Napoléon sur l’opportunité de faire sortir à la marée tous les bâtiments de la flottille destinée à une descente en Angleterre, le jeune marin fit à l’Empereur une réponse aussi ferme que concise. Incorporé avec les marins de la Garde dans l’armée de terre, en 1806 et en 1807, M. de Rigny fit dans le courant de ces deux années les campagnes de Prusse, de Pologne et de Poméranie ; combattit à Iéna, à Pultusk, au siège de Stralsund et de Graudentz, où il reçut une blessure fort grave. Passé à l’armée d’Espagne en 1808 et devenu aide-de-camp du maréchal Bessières, il se distingua à la bataille de Rio-Seco et fut blessé au combat de Sommo-Sierra, puis il assista à la prise de Madrid, en 1809, et à la bataille de Wagram.

Promu au grade de lieutenant de vaisseau en cette même année 1809, M. de Rigny fut en 1811 capitaine de frégate, et reçut l’ordre d’aller appareiller en vue de la croisière anglaise qui bloquait Cherbourg et le Havre. Il accomplit avec intrépidité cette périlleuse mission. En 1813, il fut blessé de nouveau, alors qu’il enlevait le village de Barselen occupé par les Anglais et défendu par deux formidables batteries.

M. de Rigny qui, en 1816, avait été élevé au grade de capitaine de vaisseau, reçut en 1822 le commandement des forces navales rassemblées dans les mers du Levant. Il releva bientôt le pavillon français journellement exposé dans ces eaux aux insultes des pirates turcs et grecs ; ses soins intelligents fixèrent dans l’Archipel la police de la navigation, et le capitaine français fut, suivant sa propre et pittoresque expression, un véritable juge de paix chargé de préserver de fureurs inutiles deux peuples alors divisés par une guerre acharnée. Nommé contre-amiral en 1823, M. de Rigny fut appelé dans le mois de septembre 1827 à assurer la noble résolution de la France, de la Russie et de l’Angleterre, qui s’étaient unies pour arracher la Grèce à la domination turque. L’immortelle victoire de Navarin, saluée par les applaudissements unanimes de l’Europe, valut à M. de Rigny la croix de l’ordre du Bain et de l’ordre de Saint-Alexandre-Newki et le titre de vice-amiral.

De retour en France après l’évacuation de la Morée, à laquelle il avait présidé, l’amiral de Rigny fut créé comte et nommé préfet maritime à Toulon en 1829. Après avoir, au 8 août même année, refusé de se charger du portefeuille de la marine dans le ministère Polignac, l’amiral comte de Rigny alla dans le Levant reprendre le commandement de la flotte. Revenu à Toulon pour cause de santé, eu septembre 1830, il fut nommé membre du conseil d’amirauté et reçut la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur. Appelé en 1831 à la Chambre des Députés par une double élection, l’amiral de Rigny reçut, le 3 mars de la même année, de Louis-Philippe, le portefeuille de la marine. Les marins de toutes classes ont gardé le souvenir du trop court passage de l’amiral à ce ministère. Chargé, le 4 avril 1834, du département des affaires étrangères, il fit dans cette administration preuve d’une activité nouvelle. Le 12 mars 1835, les soins qu’exigeait sa santé, devenue de plus en plus chancelante, le forcèrent à résigner ses fonctions de ministre ; toutefois, dans le mois d’août, il accepta une courte mission à Naples. Il était à peine de retour à la fin d’octobre, quand il ressentit les premières atteintes du mal terrible auquel il succomba dans la nuit du 6 au 7 novembre, à l’âge de 52 ans. L’un des plus riches héritiers de la Belgique, il était encore héritier du baron Louis.


RIGNY (Alexandre - Gaultier) de[modifier]

fils d’un ancien officier de cavalerie et d’une sœur de l’abbé Louis, né en 1790, fit ses études à Bruxelles et fut envoyé à l’école militaire de Fontainebleau. Il fut nommé sous-lieutenant au 26e d’infanterie légère le 16 janvier 1807. Le 10 juin, même année, il fut blessé à l’attaque d’une redoute enlevée par son bataillon contre des grenadiers russes ; il fit en 1807, 1808 et 1809, les campagnes de Prusse, d’Autriche et de Pologne. Il fut cité avec éloge au célèbre et meurtrier combat d’Ebersberg. À Essling, son régiment placé à l’avant-garde, lutta contre des masses autrichiennes ; M. de Rigny fut blessé, mais ne voulut pas quitter le champ de bataille ; le lendemain, il fut de nouveau blessé et mis hors de combat. Sa belle conduite lui valut le grade de lieutenant à l’âge de 19 ans. À Wagram, le jeune lieutenant commanda la compagnie en l’absence de son capitaine, qui venait d’être tué, et se fit remarquer par son courage ; mais cinq jours après il fut atteint d’une balle à l’épaule et fut transporté à Vienne, où le général Suchet, nommé au commandement de l’armée d’Aragon, le réclama et se l’attacha en qualité d’aide-de-camp.

M. de Rigny gagna au combat de Margaleff et à l’assaut de Lérida les épaulettes de capitaine. Il assista aux sièges de Mequinenza, de Tortose, de Tarragone, de Sagonte et de Valence ; il se fit surtout remarquer sous les murs de Tarragone, où il mérita d’être cité avec éloge par le maréchal Suchet, pour son éclatante bravoure ; on le récompensa par le grade de chef d’escadron, et plus tard, en 1813, il fut envoyé en mission en Saxe près de l’Empereur. Il était attaché à l’état-major du prince de Neufchâtel, lorsqu’à la terrible retraite de Leipzig, il reçut une grave blessure à la tête, resta au pouvoir de l’ennemi et fut prisonnier jusqu’en 1814. Il fut fait lieutenant-colonel à son retour et ne prit aucune part aux événements de 1815. Nommé colonel en 1818, il prit, en 1821, le commandement du 2e hussards. En 1823, il eut un commandement dans l’armée d’Espagne et s’y distingua par son courage et par son humanité.

Deux fois depuis 1830, nos troupes sont entrées en Belgique, et deux fois M. de Rigny a fait partie de l’expédition avec le grade de maréchal de camp, auquel il avait été promu le 22 octobre 1830 par son droit d’ancienneté. Il reçut en outre le commandement militaire du département du Nord.

En 1836, il reçut ordre de se rendre à Alger. Il paraît que cet ordre n’était point agréable au maréchal Clausel, qui désirait confier au général Subervic le commandement que le ministre donnait à M. de Rigny. Il arriva à Alger le 20 octobre, et de là se rendit à Bone, où se trouvait l’avant-garde.

En octobre 1836, les troupes destinées à marcher sur Constantine se trouvèrent réunies à Bone. Le 8 novembre, la brigade d’avant-garde commandée par M. de Rigny reçut ordre d’aller prendre position à Ghelma ; cette brigade, composée au départ de 2.970 hommes, se trouva réduite à 1.800 devant Constantine, parce que le maréchal garda près de lui les troupes du Bey et deux compagnies du génie.

M. de Rigny quitta Bone avec sa brigade le 8 novembre. On connaît le non-succès de cette première expédition de Constantine. Le maréchal, désespérant de forcer Constantine et pressé par le manque total de vivres, dut songer à la retraite. M. de Rigny prit alors le commandement de l’arrière-garde, qui eut beaucoup à souffrir de la poursuite de l’ennemi. M. de Rigny fit plusieurs fois prier le maréchal de ralentir la marche du corps principal, pour la sûreté des troupes qu’il commandait. Il s’exprima en termes un peu vifs et peut-être imprudents sur le peu de succès de ses instances : quoiqu’il en soit, le maréchal Clausel lui intima les arrêts et le suspendit de son commandement le 26 novembre ; mais le lendemain matin il leva les arrêts et la suspension ; et le 29, parut un nouvel ordre du jour très-offensant pour le général de Rigny, qui s’empressa de s’en plaindre au ministre de la guerre, en le suppliant de faire examiner sa conduite par un conseil de guerre. Cette lettre ne parvint pas au ministre. Le général ayant reçu l’ordre de revenir en France, il demanda de nouveau une instruction qui fut ordonnée ; et après six mois, il parut devant un conseil de guerre comme accusé de s’être rendu coupable de trahison, en proférant en présence de l’ennemi, des cris ou clameurs tendant à jeter le trouble et le désordre dans l’armée d’Afrique, lors de l’expédition de Constantine. M. de Rigny fut acquitté à l’unanimité, et cet acquittement fut accompagné des circonstances les plus solennelles et les plus touchantes.

C’est à tort que l’on prétendit que le ministère ne lui donna point de commandement ; on lui confia au contraire celui du département de l’Indre (Châteauroux). La lettre d’avis ministérielle est datée du 6 septembre 1837 ; il ne quitta ce commandement qu’après le décret du Gouvernement provisoire, en 1848.

Le 9 juillet 1850, M. Gaultier de Rigny fut nommé, par décision du Président de la République, au commandement de la 2e subdivision de la 15e division militaire (chef-lieu Brest).


ROGUET (François), comte[modifier]

né à Toulouse le 12 novembre 1770, s’engagea à 19 ans (3 mai 1789) dans le régiment de Guyenne, infanterie, devenu 21e de ligne, et fit la campagne de 1792 à l’armée du Var, comme adjudant dans le 1er bataillon de la Haute-Garonne. Il se distingua à l’affaire de Nice et dans différentes affaires, et fut nommé, en 1793, adjudant-major capitaine.

Il entra ensuite dans la 21e demi-brigade de ligne, où il fut chargé, en qualité d’adjudant-major, de la discipline et de l’instruction. Il fut grièvement blessé à Savone en juin 1795, en sautant dans le fossé du fort, dont il s’empara sous le feu de l’armée autrichienne.

En 1796, les 21e, 118e et 129e demi-brigades furent fondues pour former l’immortelle 32e ; l’adjudant-major Roguet y conserva son emploi. Il fut brave au milieu de cette élite de braves, dont le souvenir se rattache à la conquête de l’Italie. M. Roguet fut nommé chef de bataillon sur le champ de bataille ; mais il dut quitter ses frères d’armes de la 32e pour passer à la 33e, dont il commanda le 1er bataillon à Rivoli.

En 1799, l’armée d’Italie se révolta et ne voulut plus reconnaître l’autorité du général en chef ; seul, le commandant Roguet sut conserver à Mantoue son bataillon dans le poste qu’il devait occuper ; ses soldats restèrent dans le devoir.

À la bataille de Vérone, le chef de bataillon Roguet, par ordre du général Moreau, marcha sur le village de Sainte-Lucie, poste très-important, chassa les Autrichiens, s’établit, se maintint, mais fut blessé très-grièvement d’un coup de feu à la jambe.

À l’époque des insurrections des vallées d’Oneille et de Tanaro, ce fut lui qui dispersa les révoltés, s’empara de la ville et de la vallée d’Oneille et de celle du Tanaro, fit lever le siège de la Piève, y prit l’artillerie des insurgés, fit prisonnier le chef des insurgés et son état-major, rétablit les communications avec Gênes, l’armée et la France, et rejoignit près de Ceva le général Moreau, qui le nomma, sur le champ de bataille, chef de brigade de la 33e demi-brigade, qui fit des prodiges à Fossano, à Novi, à Coni et sur le Var. De 3.000 hommes, cette demi-brigade était réduite, en juillet 1800, à 160 hommes, qui reçurent ordre de se rendre à Paris.

Nommé général de brigade en 1803, M. Roguet commanda au camp de Boulogne les 69e et 76e d’infanterie, fut nommé commandeur et passa en Allemagne en 1805.

La brigade Roguet se distingua d’une manière éclatante à Elchingen ; elle enleva le fort de Scharnitz, et s’ouvrit ainsi la route d’Inspruck.

Le général Roguet déploya sa brillante valeur à Iéna, au blocus de Magdebourg, à l’affaire de Soldan, à la bataille d’Eylau, à la reprise de Gutstadt. Le 5 juin 1807, il formait l’arrière-garde et résistait au centre des ennemis, à la garde russe, à une artillerie formidable, lorsque son cheval fut tué sous lui et une balle lui traversa le pied. Il resta sur le champ de bataille, fut fait prisonnier, et pansé par le premier chirurgien de l’empereur Alexandre.

Rentré en France après la paix de Tilsitt sans être encore guéri de sa blessure, il commanda l’infanterie de la garnison de Paris ; fut créé baron et chevalier de la Couronne de Fer. Envoyé dans l’île de Cadsan, il y établit un tel système de défense, que les Anglais durent s’éloigner et respecter Flessingue.

En 1808, il se distingua aux sièges de Bilbao et de Santander, et fut nommé colonel au 2e des chasseurs à pied de la Garde impériale, avec lesquels il se trouva à Essling et à Wagram. Il conduisit ensuite en Espagne les tirailleurs et voltigeurs de la garde nouvellement formés, fit à leur tête les campagnes de 1809, 1810 et 1811, fut nommé général de division le 24 juin 1811, et commandant du 6e gouvernement d’Espagne.

En mars 1812, il se rendit avec sa division de la Garde sur le Niémen. Arrivé le 4 juillet à Wilna, il fit la campagne de Russie ; à Moscou, la division Roguet fut la première qui rentra dans l’ordre à la voix de son chef. Après de graves désordres, presque inévitables pendant la retraite, elle fit des prodiges de valeur.

Le 14 décembre, au-dessus de Smolensk, elle s’ouvrit, pendant la nuit, un passage en renversant les forces accumulées de Miloradowisch, et protégea la retraite de toute la Garde, se dirigeant sur Krasnoë. Ce choc arrêta pendant vingt-quatre heures le mouvement de l’armée russe, forte de 80.000 hommes, et donna le temps au prince Eugène de rejoindre Napoléon à Krasnoë. Le 17, cette même division Roguet fut encore admirable de courage, d’héroïsme et de dévouement ; pendant trois heures elle reçut la mort sans reculer d’un pas, sans faire un mouvement pour l’éviter ; elle perdit 1.500 hommes, mais grâce à ses héroïques efforts, les restes confus de l’armée parvinrent à effectuer leur retraite.

Dans tout le reste de la campagne, le général Roguet continua de se montrer soldat et général. À partir de la Bérésina et à son arrivée à Posen, il rallia la vieille et la jeune garde française et italienne, qui ne tardèrent pas à s’immortaliser à Lutzen, à Bautzen et à Wurchen ; il reçut en récompense la décoration de la grand-croix de la Réunion et de la grand-croix de l’ordre de Hesse.

À la bataille de Dresde, il commandait 14 bataillons de conscrits à peine équipés, que Napoléon compara, ce jour même, à ses vieux soldats.

À Leipzig, il culbuta un corps d’Autrichiens et soutint les charges de la cavalerie réunie des gardes prussienne et russe.

Dans la retraite sur le Rhin, il forma l’arrière-garde et se distingua à Hanau.

Promu au titre de comte le 28 novembre 1813, il alla prendre à Bruxelles le commandement des troupes de la Garde, commença le 20 décembre le bombardement de Bréda, mais sans succès ; ce qui empêcha Napoléon de ressaisir la ligne de la Meuse et Waal. Il alla ensuite se distinguer sous les murs d’Anvers. Le 30 mars 1814, au combat de Courtrai, il renversa et détruisit un corps de Saxons.

Après l’abdication, le général Roguet fit à Lille sa soumission au nouvel ordre de choses, reçut la croix de Saint-Louis le 8 juillet, et celle de grand officier ; il garda sa position dans la Garde, devenue Garde royale, et la remit presque intacte à Napoléon en 1815. Il combattit avec elle à Fleurus et à Waterloo. De retour à Paris, il signa, avec dix-huit de ses frères d’armes, une énergique protestation contre les Bourbons, et fut mis en disponibilité.

Après la Révolution de 1830, le comte Roguet fut appelé au commandement de l’infanterie de la 1re division, puis commanda la 7e division militaire ; il fut créé pair de France et grand-croix de la Légion-d’Honneur en 1831. Pendant son séjour à Lyon, il eut à réprimer une émeute d’ouvriers et le fit avec une grande rigueur ; on lui reprocha cependant d’avoir fait sortir les troupes de la ville, et d’avoir ainsi pactisé avec la révolte, de sorte que cette déplorable circonstance nuisit au général Roguet dans l’esprit de l’armée et du peuple, et le mit mal avec la cour.

Le comte Roguet est mort le 7 décembre 1846, à Paris, à l’âge de 75 ans.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe, côté Sud.


ROHAULT DE FLEURY (Hubert), baron[modifier]

né à Paris le 2 avril 1779, fit ses études au collège de Juilly. Reçu à seize ans à l’École polytechnique, il en sortit pour entrer dans le corps du génie en 1798. Il quitta l’école de Metz en 1800 comme lieutenant. Nommé capitaine en 1801, il fit la campagne de Portugal, d’où il passa au camp de Boulogne. En 1803, il fut appelé à l’armée d’Allemagne et se trouva à la bataille d’Austerlitz. Le maréchal Lannes, auquel il était attaché, demanda pour lui le grade de chef de bataillon ; mais un capitaine de vingt-cinq ans parut trop jeune pour être nommé officier supérieur.

M. Rohault fit les campagnes de Prusse et de Pologne de 1806 et 1807, et assista aux sièges de Stralsund et de Colberg.

En 1808, il organisa en Catalogne, sous le général Duhesme, une compagnie de sapeurs provisoires et d’élite avec lesquels il rendit de grands services. Après la défense de Barcelone (1808), il fut nommé chef de bataillon. Il s’était énergiquement opposé à l’abandon de cette ville.

En 1809, il fut fait officier de la Légion-d’Honneur au siège de Girone, ou, le premier, il monta à l’assaut du fort Mont-Jouy, et fut blessé grièvement sur le haut de la brèche. Sa guérison fut très-lente et très-difficile.

Nommé lieutenant-colonel en 1814, il fut à la formation des régiments du génie, en 1816, appelé au commandement du 9e qu’il conserva six ans. Il s’occupa d’organiser l’instruction dans les écoles régimentaires du génie, tenta de nombreuses expériences sur la guerre souterraine, et d’heureuses applications des mines à la fortification de campagne qui font aujourd’hui partie de l’instruction des troupes du génie.

M. Rohault de Fleury fut nommé sous-gouverneur à l’École polytechnique en 1822, maréchal de camp en 1823, commandant du génie à l’armée de Catalogne, sous les ordres du maréchal Moncey.

À la suite de la Révolution de juillet, il fut envoyé à Lyon pour mettre cette ville en état de défense. Il y créa une place forte, une sorte de capitale militaire qui offrirait au gouvernement un refuge en cas d’invasion. Pour arriver à ce grand résultat, M. Rohault eut à vaincre des difficultés puissantes et de toute nature.

En 1831, lors de la première insurrection lyonnaise, il se plaça l’épée à la main à la tête des troupes, et eut son aide-de-camp tué à ses côtés.

En 1834, il commandait l’artillerie du général Aymard dans une circonstance semblable, et fut nommé lieutenant-général le 29 avril.

En 1837, il commandait en chef le génie à la deuxième expédition de Constantine. Cette arme y perdit un grand nombre d’officiers et de soldats. Le général y perdit ses trois aides-de-camp. L’activité et le sang-froid de cet officier furent incroyables en ces circonstances critiques. Quand on se vit obligé de rapprocher les canons de gros calibre de la ville pour y ouvrir une brèche praticable, le général Rohault fit construire en deux nuits des tranchées auxquelles il présida lui-même, et à 150 mètres de la place, une place d’armes destinée à recevoir les pièces de la batterie de brèche, et à servir de point de départ aux colonnes d’assaut. C’était un travail surhumain, mais le salut de l’armée en dépendait. Grâce à l’énergie du chef et des soldats, le travail réussit.

M. Rohault a été membre du comité du génie, directeur supérieur des travaux de Lyon, membre de la chambre des Députés (1837).

Il est aujourd’hui grand officier de la Légion-d’Honneur et en retraite.

M. Rohault de Fleury est une des gloires de la France.

ROLLAND (Pierre), baron[modifier]

né à Montpellier le 8 juin 1772. Au commencement de 1791, il partit comme volontaire avec les chasseurs de l’Aude, qui formèrent les guides de l’armée des Pyrénées-Orientales et fut nommé sous-lieutenant adjoint à l’adjudant-général Desroches. À la fin de l’an II, il passa bientôt après comme capitaine dans la légion de police ; mais ce corps ayant été licencié à la suite des événements du 13 vendémiaire an IV, il resta sans activité jusqu’à l’an VII.

À cette époque, Rolland rejoignit le 14e régiment de cavalerie à l’armée de Naples. Envoyé le 17 ventôse sur la route de Salerne, avec 50 hommes d’infanterie et 30 chasseurs du 25e régiment pour reconnaître un corps de Calabrais, il rencontra l’ennemi au nombre de 20.000 hommes en avant de Nocera, et, malgré la disproportion de ses forces, il chargea la tête de colonne des insurgés. Ayant reçu le lendemain un renfort de 300 hommes avec deux pièces de canon, il attaqua de nouveau l’ennemi, pénétra dans Nocera, et fit rentrer dans l’obéissance la population insurgée.

Parvenu au grade de major dans le 2e régiment de cuirassiers, et nommé membre de la Légion-d’Honneur à la création, Rolland se distingua en 1809 à la campagne de Wagram, et obtint le titre de baron de l’Empire le 15 août.

En 1810, il conduisit un régiment de marche de grosse cavalerie à l’armée de Catalogne, commanda le 2e cuirassiers pendant la campagne de Russie, et fut nommé officier de la Légion-d’Honneur le 11 octobre 1812, en récompense de sa brillante conduite à la bataille de la Moskowa.

L’année suivante, à Dresde, il chargea un carré russe, lui fit 2.000 prisonniers, et reçut des mains de l’Empereur, à la revue du 5 septembre, la décoration de commandeur. À la première journée de Leipzig (16 octobre 1813), il eut la jambe gauche emportée par un boulet.

Promu au grade de général de brigade le 18 novembre, Rolland obtint à la paix de 1814 le commandement de la succursale des invalides d’Avignon et la croix de Saint Louis. Il rentra dans la vie privée en 1816, et siégea au grand conseil d’administration des Invalides, de 1830 à 1832. Il est mort à Paris le 27 décembre 1848.


ROSILY-MESROS (François - Étienne) comte de[modifier]

vice-amiral, naquit à Brest (Finistère), le 13 janvier 1748.

Le comte de Rosily, son père, qui était chef d’escadre et commandait la marine à Brest en 1762, le fit alors admettre comme garde. De cette époque à 1769, le jeune Rosily compléta son apprentissage de la mer dans diverses campagnes et visita successivement Rio-Janeiro, Terre-Neuve, Saint-Domingue et les Antilles.

Enseigne de vaisseau en 1770, il s’embarqua à bord du vaisseau commandé par Kerguelen, avec lequel, après une campagne d’observation sur les côtes de France, il devait faire le tour du monde. La recherche du continent austral était le but de ce voyage. Le 13 février 1772, on crut l’avoir découvert, et Rosily fut envoyé pour le reconnaître. Au retour de sa chaloupe, la frégate avait disparu. Miraculeusement recueilli par la flûte le Gros-Ventre, il navigua pendant huit mois avec elle, et rentra en France en 1773. Il repartit aussitôt pour aller rejoindre Kerguelen qui allait de nouveau à la découverte des terres australes, et en même temps à la recherche de Rosily ; il le retrouva à l’Ile-de-France, où il lui donna le commandement de la corvette l’Ambition : cette campagne dura quatorze mois.

De retour en Europe à la fin de 1774, il ne tarda pas à aller visiter les ports de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande, et rapporta en France plusieurs objets utiles à notre marine, entre autres les pompes à chaînes.

Lieutenant de vaisseau en 1778, il monta le lougre le Coureur, et fit sous les ordres de la Clocheterie, commandant la frégate la Belle-Poule, une croisière dans la Manche.

Le 17 juin, la Belle-Poule fut attaquée par la frégate anglaise l’Aréthuse ; celle-ci était accompagnée du Cutter l’Alerte, de 14 canons. Rosily n’hésite pas à attaquer ce bâtiment à l’abordage et il sauve la Belle-Poule, tandis que lui-même, entièrement désemparé et faisant eau de toutes parts, est obligé de se rendre. La croix de Saint-Louis paya son généreux dévouement.

Il rentra à Brest en février 1780, et au mois de mai suivant, il prit le commandement de la frégate la Lively.

Lieutenant en pied, en 1781, à bord du vaisseau le Fendant, il échangea à l’Ile-de-France, ce commandement contre celui de la frégate la Cléopâtre, et alla rallier à Trinquemalay, l’escadre du bailli de Suffren.

La paix, qui consacra l’indépendance américaine, et qui fit cesser les hostilités dans la mer de l’Inde, ramena en France l’escadre du bailli de Suffren, et l’année suivante, Rosily fut élevé au grade de capitaine de vaisseau.

Chargé de diverses missions politiques, commerciales et scientifiques, il appareilla de nouveau de Brest au mois de février 1785, et se livra pendant sept ans à une navigation difficile et périlleuse dans la mer Rouge, dans celles de l’Inde et de la Chine. M. Beautemps-Beaupré, ingénieur hydrographe, dans l’éloge funèbre du comte de Rosily, a rendu aux hydrographiques de cet amiral, à cette époque, un témoignage bien honorable ; mais nous, comme historien, nous devons ajouter qu’ils ne sont plus guère consultés aujourd’hui. Ils lui valurent cependant, le 5 fructidor an III, la place de directeur et d’inspecteur général du dépôt des cartes et plans de la marine. Il avait alors, et depuis dix-neuf mois, le grade de contre-amiral, et il avait exercé les fonctions de commandant d’armes au port de Rochefort. Nommé vice-amiral le 1er vendémiaire an V, il remplit diverses missions à Gênes, à Spezzia, à Boulogne et à Anvers.

C’est dans l’intervalle de ces voyages qu’il fournit au général Bonaparte des renseignements pour l’expédition d’Égypte. On prétend même que le général lui aurait offert le commandement en chef de la flotte, et qu’il le refusa pour ne pas abandonner sa jeune famille. Confié à d’autres mains, la fortune de la France eût peut-être triomphé à Aboukir.

Napoléon, voulant retirer l’escadre de Toulon des mains de Dumanoir, écrivait au ministre Decrès, le 10 fructidor an XII : « Il me paraît que, pour commander une escadre, il n’y a que trois hommes : Bruix, Villeneuve et Rosily. Pour Rosily je lui crois de la bonne volonté, mais il n’a rien fait depuis quinze ans, et j’ignore s’il a été bon marin, et les commandements qu’il a eus. Toutefois, il y a une chose très-urgente, c’est de prendre un parti sur cela. »

Rosily sut que l’Empereur avait songé à lui, et l’espérance d’être prochainement employé lui suggéra la pensée de réclamer un avancement auquel il se croyait des droits dans la Légion-d’Honneur. (Il avait été nommé membre et commandeur de l’Ordre les 19 frimaire et 25 prairial an XII.) Mécontent d’une pareille prétention, Napoléon adressa à son ministre de la marine, de Stupinis, le 9 floréal an XIII, la lettre que voici :

« M. Rosily m’a écrit pour me demander à être grand officier de la Légion- d’Honneur. Cela m’est difficile. Missiessy, Gourdon, Lacrosse, Magon, sont dans mon esprit au-dessus de lui ; il a donc très tort de se comparer à Bruix, à Ganteaume, à vous, à Villeneuve. J’estime même que tout capitaine qui a fait la guerre et qui a quelque mérite, a plus de considération à mes yeux que M. Rosily. Cependant, c’est un bon officier ; il n’est pas tellement vieux qu’il ne puisse rendre des services à la mer. Voyez à l’employer, ou qu’il reste comme il est ; mais que je n’entende plus parler de lui pour aucune espèce d’avancement. Les hommes qui restent à Paris ne peuvent se comparer aux hommes qui s’exposent à tous les dangers qu’on court à la mer, et dès qu’ils s’élèvent jusqu’à se comparer à eux, il faut le leur rappeler et les faire rentrer en eux-mêmes. »

Si Napoléon ne jugeait pas à propos de confier encore à Rosily un service actif à la mer, au moins ne lui refusait-il pas certaines connaissances utiles à ses projets, puisqu’il chargeait le ministre Decrès, le 26 thermidor an XIII, de demander à ce vice-amiral « un Mémoire très-détaillé sur toute la côte d’Afrique. »

Enfin, Rosily reçut une destination. Les escadres combinées de France et d’Espagne étaient réunies à Cadix, au nombre de 33 vaisseaux de ligne. L’Empereur mécontent de l’amiral Villeneuve lui donna Rosily pour successeur.

Une dépêche adressée à Villeneuve l’informe de ce qui se passe, et ajoute, dit-on : « Sors, bats l’ennemi, et tout sera réparé. » C’était Decrès, ministre de la marine, qui donnait ainsi un conseil sage et hardi à son ami. Cependant Rosily, qui était parti en toute hâte, entendait à son arrivée le canon de Trafalgar, et, le lendemain, il recueillait les débris de cette fatale journée.

Le désastre était irréparable ; pourtant Rosily réorganisa une petite flotte et la mit en état de prendre la mer. Il resta deux ans et demi devant Cadix, constamment bloqué par l’armée anglaise. Le 26 mai 1808, la flotte anglaise fit des démonstrations pour forcer la baie : dans le même moment, le peuple de Cadix, instruit des événements politiques de la Péninsule, se soulevait contre les Français, et l’escadre espagnole, forte de 6 vaisseaux, s’éloignait de leurs rangs.

Dans les journées des 9 et 10 juin, Rosily, réduit à ses propres forces, reçut sur son escadre plus de 1.200 bombes lancées par les Espagnols. Le 11, ses dispositions étaient prises pour passer devant les vaisseaux espagnols et traverser la flotte anglaise ; les vents le retinrent. Cependant le peuple menaçait d’égorger les Français restés à terre, et rien n’annonçait l’arrivée des secours promis à Rosily pour le 7 du même mois. Le général Dupont, loin de lui venir en aide, avait flétri son drapeau à Baylen. Le 14, Rosily entra en négociations avec le général espagnol : il rentra seul en France avec son état-major, et vint reprendre ses fonctions de directeur du dépôt de la marine.

En 1809. il fut créé comte de l’Empire, et nommé membre du conseil d’enquête chargé d’examiner la conduite de Victor Hagues, commissaire commandant en chef de la Guyane française, accusé de s’être rendu sans combat.

En 1811, il fut nommé président du conseil des constructions navales, et chargé en 1813, de concert avec MM. Tarbé, inspecteur des ponts et chaussées, et Beautemps-Beaupré, d’aller choisir l’emplacement d’un arsenal maritime à l’embouchure de l’Elbe.

Ce fut en 1814 que le corps des ingénieurs hydrographes reçut, sous sa direction, une organisation définitive, et commença, en 1816, la reconnaissance des côtes de France, immense travail qui sera aussi utile pour la marine que glorieux pour les ingénieurs qui viennent de l’achever.

Le 25 juillet de la même année, Louis XVIII le fit grand officier de la Légion-d’Honneur, et lui accorda le grand cordon de l’Ordre le 27 décembre suivant. Président du collège électoral du Finistère le 26 septembre 1818, il fut, malgré le peu de succès de sa mission, nommé commandeur de Saint-Louis le 21 octobre suivant et grand-croix le 17 août 1822.

Il s’est retiré en 1827, et le roi, en témoignage de sa satisfaction, lui a conféré le titre de directeur général honoraire du dépôt de la marine.

Ce vice-amiral est mort à Paris le 12 novembre 1832. Il avait remplacé Bougainville au bureau des longitudes le 28 octobre 1811, était associé libre de l’Académie des Sciences, depuis le 26 mai 1816, et grand-croix de l’ordre danois de Dannebrog.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.


ROSTOPCHINE(le comte FÉDOR)[modifier]

lieutenant-général d’infanterie russe, descend d’une ancienne famille de Russie. Entré de bonne heure dans la carrière des armes, il était lieutenant à 21 ans dans la garde impériale. Il quitta alors la Russie pour voyager et résida quelque temps à Berlin, où il était encore en 1778.

L’esprit et la vivacité du jeune Rostopchine plurent au comte Romanzow, frère du ministre des affaires étrangères, alors ambassadeur à Berlin. Sous le règne de Paul Ier, son avancement fut aussi rapide que brillant. Il fut décoré du grand ordre de Russie et fait comte, ainsi que son père ; mais bientôt ils tombèrent l’un et l’autre, pour des raisons inconnues, dans une disgrâce à laquelle le comte Panim ne fut pas étranger, et eurent ordre de se retirer dans leurs terres. Le comte Rostopchin rentra en faveur sous Alexandre, et il était chargé du gouvernement de Moscou, lorsque les Français parurent sous ses murs en 1812. Le 11 septembre, veille de l’arrivée de l’empereur Alexandre, il adressa à la garnison une proclamation conçue en termes bizarres, mais énergiques et propres à enflammer l’enthousiasme patriotique et religieux des Moscovites. Le 12, il se rendit auprès du prince Kutusoff, général en chef de l’armée russe, en annonçant son départ en style plus singulier encore.

Le 14 septembre à midi, suivant le 19e bulletin, les Français entrèrent à Moscou ; le même jour (20e bulletin), les Russes mirent le feu à plusieurs édifices publics de cette grande ville. L’incendie, qui ne tarda pas à s’étendre de tous côtés et à consumer presque entièrement l’immense capitale, ravit aux Français les ressources de tout genre qu’ils devaient y trouver pour leurs quartiers d’hiver, les força à une retraite précipitée et produisit les désordres de cette campagne. Les rapports officiels annoncèrent que des forçats libérés, des bandits de toute espèce mirent le feu dans cinq cents endroits différents par ordre du gouverneur. À Woronovo, dit le 23e bulletin, le comte Rostopchine mit le feu à sa maison de campagne et laissa l’écrit suivant attaché à un poteau : « J’ai embelli pendant huit ans cette maison de campagne et j’y ai vécu heureux au sein de ma famille. Les habitants de cette terre, au nombre de 1.720, la quittent à votre approche, et je mets le feu à ma maison, afin qu’elle ne soit pas souillée par votre présence. Français, je vous ai abandonné mes deux maisons de Moscou avec des meubles valant un demi-million de roubles ; ici vous ne trouverez que des cendres. »

Le comte Rostopchine conserva le gouvernement de Moscou jusqu’au mois de septembre 1814. À cette époque, il donna sa démission et accompagna à Vienne l’empereur Alexandre. En 1817, il vint à Paris, où il paraissait avoir l’intention de fixer son séjour, et on n’y vit pas sans quelque étonnement dans celui que l’on se représentait comme un féroce vandale, l’un des hommes les plus remarquables de l’époque par la finesse et l’originalité de son esprit.

Le comte Rostopchine est mort à Saint-Pétersbourg le 30 janvier 1826. Il a laissé un fils qui s’est distingué dans la carrière militaire et une fille SOPHIE (1799-1874) qui a épousé le 14 juillet 1819 à Paris le comte Eugène de Ségur, petit-fils du comte de Ségur. La Comtesse Sophie de Ségur deviendra l’auteur vedette de la Bibliothèque Rose Hachette à partir de 1856 pour ses cèlèbres romans pour enfants

ROTTEMBOURG (Henri), baron[modifier]

naquit le 6 juillet 1769 à Phalsbourg (Meurthe). Soldat au 84e régiment d’infanterie le 16 septembre 1784, il fut nommé caporal-fourrier le 1er janvier 1791, sergent, adjudant-sous-officier, sous-lieutenant et lieutenant les 1er mai, 26 août, 1er septembre et 15 octobre 1792. Il fit les campagnes de 1792 à l’an II aux années du Centre, du Nord et des Ardennes, et devint, le 1er frimaire an III, capitaine-adjudant-major à la 172e demi-brigade, devenue 99e, puis 62e.

Il servit de l’an III à l’an IX aux armées de Sambre-et-Meuse, de Mayence, d’Angleterre et d’Italie.

Blessé d’une balle à la cuisse droite, à l’affaire du 6 germinal an VII, devant Vérone, où il se trouvait à la tête des tirailleurs, il combattit pendant toute l’action.

Dans le mois de frimaire an VIII, il se fit particulièrement remarquer lors de la retraite du général Suchet sur le Var, et obtint, le 10 fructidor suivant, le grade de chef de bataillon.

Le 4 nivôse an IX, au passage du Mincio, il chargea l’ennemi à la baïonnette, concourut au succès de cette journée, et, le 5 nivôse, il prit une part glorieuse à la reddition de Borghetto. Ce fut lui qui porta au commandant autrichien les articles de la capitulation.

Major du 56e régiment de ligne le 30 frimaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal, il passa, avec le grade de chef de bataillon, dans les chasseurs à pied de la Garde impériale le 1e mai 1806.

Il servit â la grande armée de l’an XIV à 1807, et mérita, à la bataille d’Iéna, le grade de colonel du 108e régiment, et la croix d’officier de la Légion-d’Honneur le 7 juillet suivant. Il ne rentra en France qu’en 1811, et fut nommé général de brigade le 21 juillet de cette année.

Attaché à la Garde impériale en qualité d’adjudant-général, il fit la guerre de 1812 en Russie, et fut renvoyé en France pour y organiser une partie de l’infanterie de la Garde impériale, mission dont il s’acquitta avec habileté, et pour laquelle il reçut, le 14 mai 1813, la décoration de commandeur de la Légion-d’Honneur.

Major du 1er régiment de chasseurs à pied le 14 septembre même année, et général de division le 20 novembre suivant, il commandait, pendant la campagne de France de 1814, la 5e division de la jeune Garde.

Au premier retour des Bourbons, le 27 juin 1814, Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis, inspecteur général d’infanterie, et grand officier de là Légion-d’Honneur le 14 février 1815.

Appelé le 30 avril suivant au commandement de la 6e division du 2e corps d’observation, il passa le 18 mai à celui d’une division de l’armée du Rhin, et fut mis à la retraite le 9 septembre même année. Relevé de cette position le 29 mars 1816, et employé le 25 octobre 1817 dans l’inspection générale de l’infanterie, il fut compris, le 30 octobre 1818, dans le cadre de l’état-major général de l’armée.

Nommé, le 7 novembre 1821, président du comité d’infanterie, il alla, le 12 février 1823, prendre le commandement de la division des Pyrénées-Orientales, et reçut, le 23 mai 1825, la croix de commandeur de Saint-Louis.

Le roi Charles X le plaça, le 9 août 1820, à la tête de la 16e division militaire (Lille). Il y reçut la décoration de la grand’croix de la Légion-d’Honneur. Il était en disponibilité depuis le 5 août 1830, lorsqu’il fut compris, le 10 février 1831, sur le cadre d’activité de l’état-major général de l’armée.

Chargé, le 5 juillet 1832, de l’inspection générale de l’infanterie dans les 11e et 20e divisions militaires, il fut appelé, le 1e décembre suivant, au commandement de la 18e division (Dijon), et de nouveau admis à la retraite le 1er juillet 1834. Son nom est inscrit sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.


ROUSSEL D’HURBAL (Nicolas-François)[modifier]

né à Neuchâteau (Vosges) en septembre 1763, avait été autorisé en sa qualité de sujet lorrain à prendre du service dans les armées de l’empereur d’Autriche, et avait débuté en 1782 comme cadet au régiment de Kerunitz.

À l’ouverture de la seconde coalition, en septembre 1805, il était lieutenant-colonel des chevau-légers de Latour. En 1809, à la suite du traité de Vienne, tous les Français au service de l’étranger ayant reçu l’ordre de rentrer dans leur patrie, Roussel d’Hurbal se rendit à Paris. Napoléon, auquel il fut présenté comme le meilleur officier de cavalerie de l’armée autrichienne, l’admit à son service comme général de brigade le 31 juillet 1811, et lui confia l’administration des nouveaux régiments de lanciers polonais. Employé dans la division Bruyère au corps de Nansouty pendant la campagne de Russie, et constamment à l’avant-garde avec le roi de Naples, Roussel d’Hurbal commandait le 2e hussards prussiens au combat de Dziana ; le 5 juillet, à la bataille de la Moskowa, il exécuta une charge heureuse sur un régiment de cuirassiers russes auxquels il reprit quatre pièces de canon. L’Empereur, avant de quitter l’armée, à Smorghani, voulut lui donner un témoignage de sa satisfaction, et le nomma général de division le 4 décembre.

Dans la campagne suivante, au combat de Kotzbach, le 26 août 1813, Roussel d’Hurbal garda plusieurs heures la tête du défilé, où il perdit les deux tiers de sa division, et repoussa plusieurs charges dans l’une desquelles, renversé sous son cheval, il eut une parcelle du crâne enlevée par un coup de sabre. Il ne quitta cependant l’armée que dans le courant de décembre, et dès le 17 janvier 1814 il organisait à Versailles les nouvelles recrues destinées à recomposer notre cavalerie, épuisée par les deux dernières batailles.

À la tête de la 6e division de grosse cavalerie, détachée au 2e corps, il suivit Napoléon dans sa marche sur les derrières de Blücher, chargea impétueusement sur les lanciers russes et les Cosaques à Sezanne, et reçut à cette occasion les compliments de Napoléon qui le retint seul à déjeuner le lendemain. Moins heureux quelques jours après dans l’échauffourée du 4 mars en arrière de Times, il parvint cependant à se disculper des reproches de Napoléon, et marcha le 7, à la journée de Craonne, sous les ordres de Grouchy, pour soutenir à l’aile gauche les efforts du maréchal Ney. Roussel d’Hurbal reçut la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur à Fontainebleau le 3 avril, et vint ensuite occuper à Essonne le poste abandonné par le corps du maréchal Marmont.

Pendant les Cent-Jours, le général Roussel d’Hurbal eut le commandement de la 2e division du corps de réserve du duc de Valmy.

Employé sous la Restauration en qualité d’inspecteur général, il commanda une division de cuirassiers en Espagne pendant la campagne de 1823, et fut nommé à son retour gouverneur de la 17e division militaire (Corse).

Disponible en 1830 et retraité en 1832, il est décédé en avril 1849, âgé de 86 ans.


ROUSSEL (Jean - Pierre - François - Dieudonné)[modifier]

né à Belfort le 29 mai 1782, entra, comme volontaire dans le 12e régiment des chasseurs à cheval le 27 juillet 1798. Un an après, il entrait comme sergent-major dans le bataillon auxiliaire du mont Terrible, lequel fut fondu en 1800 dans la 94e demi-brigade d’infanterie. M. Roussel fit, en cette qualité, à l’armée du Rhin, les campagnes des années VII, VIII et IX de la République et assista aux batailles de Zurich, de Stokarch, de Moëskirch, de Nordlingen et d’Hohenlinden.

Il fit, comme sous-lieutenant dans le 94e d’infanterie de ligne, les campagnes des années X, XI et XII à l’armée de Hollande et à celle de Hanovre ; celles de 1805, 1806 et 1807 à l’armée d’Allemagne. Il assista aux batailles d’Austerlitz et d’Iéna et au combat de Hall en 1806.

Peu de temps après, le prince de Ponte-Corvo, commandant le 1er corps, donna au sous-lieutenant Roussel l’ordre de prendre 25 grenadiers et de poursuivre plusieurs bateaux chargés d’armes et de munitions de guerre destinés à Magdebourg ; il parvint à rejoindre ces bateaux à six lieues de Brandebourg au moment où ils allaient sortir du canal pour entrer dans le lac de Plaw et s’en empara après un combat assez vif dans lequel il eut le bras fracassé. Malgré cette blessure, il conduisit lui-même cette prise considérable à Potsdam. Pour ce fait, il fut nommé lieutenant et gouverneur de Brandebourg (décembre 1806). Il avait alors 24 ans.

Quoique cette position fût fort belle, M. Roussel préféra rejoindre son régiment, le 94e de ligne, et il assista à la bataille de Friedland. Après cette bataille, il partit pour l’armée d’Espagne avec le 3e bataillon de son régiment, en qualité d’adjudant-major, et plus tard (1er décembre 1809), il fat nommé capitaine adjudant-major. C’est dans l’armée d’Aragon que le capitaine Roussel fit les campagnes de 1808, 1809, 1810, 1811, 1812, 1813 et du commencement de 1814. Il prit part à tous les brillants faits d’armes qui ont couvert de gloire cette armée.

Le 1er juillet 1808, le 3e bataillon du 94e régiment ayant été incorporé dans le 116e de ligne, l’adjudant-major Roussel remplit les fonctions de major de tranchée, au siège de Saragosse, à l’attaque de gauche et assista à plusieurs assauts. Au siège de Lérida, M. Roussel monta à l’assaut du corps de la place et contribua, pour une si bonne part, à la prise de Lérida que le maréchal Suchet lui dit : « Vous avez une belle page dans l’histoire de l’armée d’Aragon ; » il ajouta que si la citadelle se rendait le lendemain, le capitaine adjudant-major Roussel aurait l’honneur de défiler à la tête de la garnison prisonnière et de recevoir l’épée du gouverneur. La citadelle se rendit et le capitaine défila en tète de la garnison ; mais il refusa de prendre l’épée que le gouverneur lui remettait. Un décret impérial nomma M. Roussel membre de la Légion-d’Honneur, le 2 mars 1811 et capitaine de grenadiers. Il assista aux sièges de Tortose et de Tarragone. À ce dernier siège, deux compagnies furent commandées pour dégager les garnisons des forts de l’Emposta et de la Rapita attaqués par des forces considérables : le capitaine Roussel commandait l’une de ces compagnies ; le commandant Bugeaud dirigeait l’expédition qui eut un plein succès. Roussel prit 5 pièces de canon et leurs canonniers. À la bataille de Sagonte, il commandait provisoirement le 3e bataillon ; le maréchal Suchet, attaqué par des forces supérieures, se trouvait en danger : il aperçoit Roussel et lui crie : Capitaine, tête baissée sur cette colonne, ou nous sommes perdus. M. Roussel enlève à l’instant le bataillon, se précipite sur l’ennemi et le culbute ; nos troupes reviennent à la charge et la victoire est décidée. Il reçut, pour ce fait, sa nomination de chef de bataillon le 11 juin 1812.

Après la Restauration, il fut chargé d’organiser le 10e de ligne, fut mis en non-activité et rappelé, en novembre suivant, comme chef de bataillon au 6e léger avec la croix d’officier. Lors du débarquement de Napoléon, M. Roussel se trouva à l’affaire du pont de la Drôme, sous les ordres du duc d’Angoulême, M. d’Ambrugène, colonel du 10e, ayant suivi le prince, on donna ce régiment à M. Roussel qui le ramena à Paris, d’où il reçut ordre de se rendre à l’armée du Nord. À la bataille de Waterloo, le 10e de ligne quitta le champ de bataille un des derniers et fit sa retraite sur Laon, en ordre, tambours et musique en tête ; arrivé à Paris, il fut licencié. Le colonel Roussel fut mis à la retraite comme chef de bataillon. Rappelé avec ce même grade en 1822, au 28e de ligne, il fit la campagne de 1823 et se distingua à l’affaire de Bois-le-Roi. Il fut nommé chevalier de Saint-Louis à l’affaire de Casterbersol, il eut la plus grande part au succès de la journée et fut nommé lieutenant-colonel au 1er léger ; le 7 mars 1830, il fut nommé colonel au 3e de ligne.

Le 3e de ligne fut désigné pour l’expédition d’Alger, ce fut ce régiment qui débarqua le premier sur la plage africaine à Sidi-Farruch et enleva les redoutes qui défendaient la côte.

Le colonel Roussel continua de se distinguer pendant tout le reste de la campagne et fut nommé commandeur de la Légion-d’Honneur en décembre 1830.

Rentré en France en 1831, il fut nommé maréchal de camp le 26 juin 1834, après vingt-deux campagnes.

Il commanda successivement les départements de la Vendée, de la Moselle et de la Haute-Saône.

Il est aujourd’hui en retraite.

ROUSSIN (Albin - Reine), baron[modifier]

né à Dijon le 21 avril 1781. Son père était avocat au Parlement. Au mois de décembre 1793, il s’embarqua comme mousse sur la batterie flottante la République chargée de la défense de la rade de Dunkerque ; il avait 13 ans. Quelques mois après, il fut fait novice sur la canonnière la Chiffonne, employée à l’escorte des convois sur les côtes de Flandre. Au mois d’août 1794, il fut embarqué comme matelot timonier sur le Tortu, et, pendant les vingt-huit mois qu’il passa sur cette frégate, il fit une campagne en Norvège, une à Saint-Domingue et diverses croisières dans les mers d’Europe.

En décembre 1796, n’ayant pu rejoindre sa frégate déjà en mer, M. Roussin fit la campagne d’Irlande à bord du Trajan. À son retour à Brest, il passa quelques mois sur la Fouine, puis rentra dans sa famille pour se préparer aux examens à la suite desquels il fut reçu aspirant de 1re classe et embarqué comme second sur le bateau canonnier le Mars, d’où il passa au commandement du Mentor (flottille de la Manche).

En 1802, il fit une campagne à la Martinique sur la corvette la Torche, passa, au retour, sur la Sémillante, frégate qui soutint cinq combats glorieux dans les mers de l’Inde. M. Roussin était lieutenant de vaisseau en 1807. Sur la côte de Sumatra, avec un canot armé de 22 hommes, il s’empara de sept bâtiments dont deux de 26 canons furent incendiés.

En mai 1808, M. Roussin passa comme second sur l’Iéna de 14 caronades de 18. Le 28 octobre 1808, elle fut rencontrée par la frégate anglaise la Modeste de 44 canons. L’Iéna soutint un combat de nuit de deux heures et demie à portée de fusil et n’amena qu’après avoir été entièrement désemparé et coulant bas d’eau. Revenu à l’Ile-de-France par suite de son échange, le lieutenant Roussin fut embarqué, le 11 janvier 1810, sur la Minerve, en qualité de second capitaine. Le 3 juillet suivant, cette frégate soutint un combat contre trois vaisseaux de la compagnie : le Ceylan, le Windham et l’Assell. À l’apparition de la frégate la Bellone, et à ses premières volées, ces bâtiments amenèrent pavillon. Les 20, 22 et 23 août 1810, la Minerve prit une part active aux combats contre les frégates anglaises le Syrius, la Magicienne, la Néréide et l’Iphigénie. Le lieutenant Roussin avait accidentellement le commandement de la Minerve et prit ensuite celui de la Néréide, l’une des frégates capturées. À l’issue de ces combats, il fut nommé capitaine de frégate provisoire par le gouverneur de l’Ile-de-France ; le ministre de la marine le confirma dans ce grade et lui fit donner la croix.

Compris dans la capitulation de l’Ile-de-France en 1810, il débarqua à Morlaix en mars 1811 et fut présenté à l’Empereur qui lui fit un accueil flatteur. En octobre 1811, il fut nommé commandant de la frégate la Corée ; il parvint à sortir du Havre, malgré la vigilance des Anglais, le 16 décembre ; ayant établi sa croisière à environ 20 lieues du cap Lézard, il fit, dans ces parages fréquentés, cinq prises dont une corvette de 18 canons.

Le capitaine Roussin se porta ensuite sur Lisbonne dans le dessein d’intercepter la correspondance entre cette ville et l’Angleterre. Il parvint à échapper à la poursuite de deux frégates qui croisaient dans ces parages. En croisant entre Madère et les Canaries, il captura six bâtiments. Le 28 février 1813, il ramenait à Brest 396 prisonniers, après avoir fait aux Anglais un dommage estimé à 5 millions de francs. En 1814, il fut chargé de conduire à Riga 360 blessés de la Garde impériale russe. Dans le cours de cette campagne, il fut nommé capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis et de Saint-Wladimir.

En apprenant le débarquement de Napoléon, il demanda à prêter serment aux Bourbons, et le prêta en effet le 14 mars.

Pendant les Cent-Jours, il accepta le commandement des fédérés de marine du port de Brest. À la seconde Restauration, il fut renvoyé sans grade et sans pension de retraite.

En 1816, il fut chargé de l’exploration des côtes occidentales d’Afrique ; il rectifia la position du banc d’Arguier sur lequel la Méduse venait de faire naufrage, environ 420 lieues de côtes. On le nomma officier de la Légion-d’Honneur.

En 1819, il explora les côtes du Brésil, reconnut et décrivit les îles Abrolhos et la vigie de Manoel-Luiz, écueil dangereux, et environ 900 lieues des côtes orientales de l’Amérique. Louis XVIII le créa baron, et l’empereur dom Pedro officier commandeur de l’ordre de Cruzero.

En 1821, il fut nommé au commandement de la frégate l’Amazone et de la station navale sur les côtes de l’Amérique méridionale. Pendant cette campagne, le capitaine Roussin fut promu au grade de contre-amiral (août 1822).

Au mois de juin 1824, il prit, à Brest, le commandement d’une division de l’escadre du vice-amiral Duperré, qui manœuvra pendant trois mois dans l’Océan et la Méditerranée. En 1824, il fut nommé membre du Conseil d’amirauté ; et, en 1825, commandant de la Légion-d’Honneur.

En 1825, il prit le commandement d’une escadre de neuf bâtiments de guerre, destinée à agir contre le Brésil. Le 5 juillet 1828, il arriva devant Rio-Janeiro, il entra dans la rade de Rio et plaça ses bâtiments devant la ville à 300 toises des quais. En moins de huit jours un traité fut conclu qui, en faisant droit aux demandes de la France, rétablissait les relations amicales qui existaient naguère entre les deux pays. Le contre-amiral Roussin fut récompensé du succès de sa mission par le titre de gentilhomme honoraire de la chambre du roi, et à son retour en France, par la croix de commandeur de Saint-Louis.

En janvier 1830, l’Académie des sciences l’admit comme membre de la section de géographie et de navigation. M. Roussin avait blâmé l’expédition contre Alger comme marin, mais quand elle fut décidée, il demanda à en faire partie, faveur qui ne lui fut pas accordée.

Après les événements de Juillet, M. Roussin se rallia à Louis-Philippe, fut appelé au Conseil d’amirauté réorganisé, et nommé directeur du personnel de la marine.

Le 12 novembre 1830, il fut nommé préfet maritime à Brest et grand officier de la Légion-d’Honneur le 26 avril 1831.

Chargé d’obtenir la réparation de don Miguel, M. Roussin força l’entrée du Tage avec une escadre composée de six vaisseaux, trois frégates, une corvette, deux bricks et un aviso. L’escadre mouilla sur les quais de Lisbonne en face du palais du gouvernement. Vaincu par la force, le gouvernement céda et envoya son adhésion à toutes les demandes de la France. M. Roussin fut promu au grade de vice-amiral, et le 11 octobre 1832 Pair de France.

En octobre 1832, il fut nommé ambassadeur à Constantinople. En 1836, il vint en France en congé, prit part aux travaux de la Chambre en 1837, et repartit pour Constantinople jusqu’en 1839.

Depuis lors, il a été ministre de la marine avec M. Thiers, et créé grand-croix de la Légion-d’Honneur le 19 janvier l836.


RULLIÈRE (Joseph - Marcelin)[modifier]

né à Saint-Didier-la-Seauve (Haute-Loire), le 9 juin 1787. Il entra comme vélite aux grenadiers de la Garde impériale le 4 mars 1807, fut nommé sous-lieutenant sous-adjudant-major au 1er régiment des conscrits grenadiers, devenu 3e tirailleurs de la Garde impériale le 29 avril 1809, et lieutenant adjudant-major au même régiment le 24 juin 1811. Le 2 avril 1813, il fut nommé chef de bataillon au 146e régiment d’infanterie, lieutenant-colonel au 36e (ex légion de Saône-et-Loire) le 26 juillet 1820 ; puis il passa, avec le même grade le 26 août 1821, au 6e régiment d’infanterie de la Garde royale ; il fut nommé colonel du 35e de ligne le 25 janvier 1826, et maréchal de camp le 11 octobre 1832, et enfin lieutenant-général, après la prise de Constantine, le 11 novembre 1837.

Le Président de la République l’appela au ministère de la guerre le 20 décembre 1848, et le releva de la retraite par décret du 31 août 1849. M. le général Rullière a fait avec distinction la campagne de 1807 en Prusse et en Pologne, celle de 1808 en Espagne, de 1809 en Allemagne, celles de 1810, 1811 et 1812 en Espagne, où il fut blessé le 8 juin 1812 d’un coup de feu au genou droit, au combat d’Acerdo.

Il fit ensuite les campagnes de 1813 et de 1814 avec la grande armée, et fut prisonnier de guerre du 29 août 1813 au 1er juin 1814.

Il assista à toutes les affaires de 1815 en Belgique et en France.

Il fit les campagnes de 1823, 1826, 1827 et partie de 1828 en Espagne, celles de 1828 et 1829 en Morée, de 1830 et partie de 1831 en Afrique, fit partie de l’armée du Nord du 6 novembre 1832 au 25 janvier 1833, assista au siège de la citadelle d’Anvers, et enfin fit les campagnes de 1837, 1838 et 1839 en Afrique.

M. le général Rullière fut créé chevalier de la Légion-d’Honneur le 6 avril 1813, officier le 24 décembre 1814, et commandeur le 22 février 1829. 11 eut le titre de grand officier le 14 août 1839.

Il est de plus chevalier de Saint-Louis et de Saint-Ferdinand d’Espagne (2e classe).

Frappé par le décret d’avril 1848, quoique encore dans la force de l’âge, il en a été récompensé par les suffrages de ses concitoyens, qui l’envoyèrent à l’Assemblée nationale en septembre de la même année.


RUSCA (Jean - Baptiste), général de division[modifier]

naquit à la Briga, ancien département des Alpes maritimes, le 27 novembre 1759 ; il fit de bonnes études et exerça la médecine dans le comté de Nice. Lorsque la Révolution française éclata, Rusca en adopta les principes, se mit en relation avec les Jacobins de Nice, fut banni de son pays et eut ses biens confisqués.

Venu en France, il se retira au quartier général de l’armée de siège de Toulon, et exerça sa profession de médecin dans les hôpitaux militaires.

Nommé chef de bataillon au 6e bataillon de sapeurs le 1er mai 1793, puis adjudant-général chef de bataillon le 23 frimaire an III, il suivit l’armée de Dumerbion qui envahit l’État de Gênes et menaça l’Italie. Il guida l’armée dans le comté de Nice, chassa les Piémontais du col de Fouvelus, et concourut à réduire la forteresse de Saorgio, que le général Masséna attaquait à la tête des grenadiers.

Il combattit seul dans la ville de Bores contre trois dragons autrichiens ; il en tua un et fit les deux autres prisonniers. Le département des Alpes maritimes, en reconnaissance de cette action, lui décerna un sabre au mois de thermidor an II.

L’invasion de l’Italie ne pouvant avoir lieu, Rusca passa à l’armée des Pyrénées-Orientales commandée par Pérignon, ensuite par Schérer, fut fait adjudant-général, chef de brigade le 25 prairial an III, et le lendemain se distingua à l’affaire de Crospia où, commandant une petite colonne de chasseurs, il s’empara de trente paires d’épaulettes d’officiers espagnols. La paix avec l’Espagne le ramena, toujours sous les ordres de Schérer, sur le territoire piémontais.

Sa conduite devant Loano, le 2 frimaire an IV. où il enleva avec beaucoup d’ardeur et de courage plusieurs camps retranchés, le fit nommer par les représentants du peuple général de brigade sur le champ de bataille même, nomination qui fut confirmée le 3 nivôse suivant.

À Dego, le 28 germinal, il fit 100 prisonniers, prit deux pièces de canon et s’empara des hauteurs de San Giovani.

Le 18 floréal, il attaqua avec succès le camp retranché de Ceva, et le 21, à Lodi, il décida peut-être de la victoire en se jetant sur une colonne autrichienne qui menaçait la position. Le gouvernement lui écrivit deux lettres de félicitations à propos de sa conduite à San Giovani et à Lodi.

Chargé de garder Salo, il défendit cette place avec vigueur et y fut dangereusement blessé de deux coups de feu à la cuisse gauche le 11 thermidor. Il passa à l’armée de Rome le 22 germinal an VI. Il eut plusieurs commandements en Italie et fut attaché à l’armée de Naples aux ordres de Championnet.

Au mois de frimaire an VII, cette armée quitta les États-Romains pour se porter en avant. Rusca battit avec deux bataillons une colonne de 14.000 Napolitains à Torre-de-Palma, sur l’Adriatique (États-Romains), fit beaucoup de prisonniers, prit 32 pièces de canons et 40 caissons de munitions de guerre ; il fit 300 prisonniers à Monte-Pagano, et concourut à la prise de Naples. On reconnut ses bons services en le nommant général de division le 17 pluviôse.

Quand Macdonald eut succédé à Championnet et que la retraite eut été ordonnée, Rusca suivit le mouvement de l’armée. Il se trouva à la malheureuse affaire de la Trebia (20 prairial), où il déploya une grande valeur, et où il reçut deux coups de feu à la jambe gauche. Abandonné à Plaisance avec d’autres généraux blessés, il demeura prisonnier des Autrichiens pendant 20 mois.

Rentré des prisons de l’Autriche, le premier Consul lui confia le commandement de l’île d’Elbe, le 23 frimaire an X, commandement dans lequel l’Empereur le fit remplacer le 8 prairial an XIII ; il l’avait nommé membre de la Légion-d’Honneur le 23 vendémiaire an XII et commandant de l’Ordre le 25 prairial de la même année.

En l’an XI, il avait offert 600 francs pour concourir aux frais de l’armement qu’on préparait contre l’Angleterre. Remis en activité le 28 mars 1809 à l’armée d’Italie, il commanda une division dans le Tyrol.

Envoyé dans la Carniole contre Chasseller, il le rencontra près de Villach, le battit, lui fit 900 prisonniers et le força à une retraite précipitée.

Après la paix de Vienne, l’Empereur le fit baron.

Il resta en disponibilité jusqu’au 20 janvier 1814, époque de sa nomination au commandement de la 2e division de réserve de Paris. Nommé commandant en chef du camp de Soissons le 12 février, Rusca fut frappé mortellement le 14 sur les remparts de cette ville.

Le 15, les Russes, qui s’étaient rendus maîtres de la place, rendirent les honneurs funèbres aux restes de ce brave général.


RUTY (Charles, Étienne - François), comte[modifier]

lieutenant-général d’artillerie, naquit à Besançon (Doubs), le 4 novembre 1774. Lorsqu’il eut terminé ses études, il entra à l’école d’artillerie de Châlons et en sortit avec le grade de sous-lieutenant le 6 octobre 1793. Admis le 6 octobre comme lieutenant en second dans le 2e régiment d’artillerie à l’armée du Nord, Ruty fut blessé à Comines d’un éclat d’obus à la jambe, dans un combat qu’il soutint pendant plusieurs heures contre une batterie de l’ennemi. Il passa ensuite à l’armée de Rhin-et-Moselle, où il obtint le grade de capitaine le 4 ventôse an II.

Au siège de Kehl, dans une attaque de vive force faite par les Autrichiens contre un ouvrage avancé du camp retranché, il tint avec quelques canonniers de sa compagnie dans le saillant de cet ouvrage, fut atteint d’une balle qui lui traversa la mâchoire, et terrassé par la violence du coup, il ne dut la vie qu’à la bravoure d’un de ses sergents, qui l’emporta sur ses épaules et reçut un brevet d’honneur pour cette action. Ruty suivit le général Bonaparte en Égypte, et partagea la gloire de ses compagnons d’armes. Nommé le 3 thermidor an VI chef de bataillon d’artillerie par le général en chef à la journée des Pyramides, il commanda l’artillerie de l’armée à Aboukir, et reçut un sabre d’honneur pour sa conduite distinguée dans le combat du 10 brumaire an VIII contre les Turcs, débarqués près de l’embouchure du Nil par la branche de Damiette.

Devenu chef de brigade commandant le 4e régiment d’artillerie à pied le 14 frimaire an X, il fut investi, le 1er pluviôse, des fonctions de directeur d’artillerie à Perpignan.

En récompense de ses services, le chef de brigade Ruty obtint la décoration de membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et celle d’officier de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Le 20 fructidor an XIII, il reçut l’ordre d’aller prendre la direction du parc d’artillerie du corps d’armée de Ney. Il commanda aussi, le 7 thermidor an XIV, celui du 6e corps de la grande armée, et fut envoyé à Vesel le 26 octobre 1806. Un mois après son arrivée à cette destination, il rendit compte au ministre de la guerre de toutes les dispositions qu’il avait faites pour l’armement de cette place. Le ministre lui en témoigna toute sa satisfaction.

Promu général de brigade le 8 janvier 1807, il reçut la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur, obtint le commandement de l’École de Toulouse en 1808, commanda l’artillerie du 7e corps d’armée en Espagne, dirigea l’artillerie au siège de Ciudad-Rodrigo en 1810, et contribua en grande partie, par ses habiles manœuvres, à la prise de cette ville.

Il se signala aussi, vers le même temps, aux combats de Santa-Marta et de Villaba. Pendant cette même expédition d’Espagne, le général Ruty donna l’idée d’un nouveau genre d’obusiers que l’on employa avec beaucoup de succès dans la guerre des montagnes, et qui a été désigné depuis sous le nom d’obusiers Ruty.

L’importance des services qu’il avait rendus lui mérita le grade de lieutenant-général le 10 janvier 1813, et le fit appeler au commandement en chef de l’artillerie de la grande armée, le 17 novembre suivant.

Au mois d’avril 1814 il adhéra aux actes du Sénat, fut créé chevalier de Saint-Louis, comte, puis grand officier de la Légion-d’Honneur le 5 août de la même année. Au retour de l’île d’Elbe, il fit sa soumission à l’Empereur, qui l’envoya à l’armée du Nord.

Le général Ruty est mort le 24 avril 1828.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

Q Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 S