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Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/V

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T Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 W


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VALÉE (Sylvain - Charles)[modifier]

Maréchal de France, né à Brienne-le-Château (Aube) le 17 décembre 1773. Orphelin dès ses premières années, il fut nommé élève du roi à l’École militaire de Brienne, à l’âge de 8 ans. Il avait presque achevé ses études lorsque la suppression de cette École lui fit quitter le lieu de sa naissance. Il entra à l’École de Châlons comme élève sous-lieutenant ; il y trouva comme émules, Haxo, Marmont, Duroc, un frère de Napoléon, Paul-Louis Courrier, etc.

L’année 1793 n’était pas expirée que le jeune Valée, nommé lieutenant d’artillerie, se faisait déjà remarquer de ses chefs. Dans les campagnes de 1793 et 1794, il part au siège et à la défense du Quesnoy, de Landrecies, de Charleroi, de Valenciennes, de Condé et de Maëstricht. Au commencement de 1793, il reçut le grade de capitaine et fut envoyé à l’armée du Rhin que commandait Moreau. Déjà à Wurtzbourg, le général en chef avait été témoin de la bravoure et de l’intelligence que montrait, à la tête de sa compagnie, le jeune capitaine d’artillerie. Mais à Engen, Moreau le vit, après un long combat où il avait épuisé tous ses projectiles, bravant encore le feu de l’ennemi, en tirant à poudre pendant que notre infanterie se déployait et prenait position autour de lui. Frappé de tant de présence d’esprit et de courage, Moreau le nomma sur-le-champ commandant en premier de la batterie. Le ministre de la guerre ayant refusé de ratifier cette promotion, Moreau, pour toute réponse, réunit plusieurs batteries sous la direction du jeune Valée et écrivit à Paris : « Je suis responsable de tous les services de mon armée, à condition d’y distribuer moi-même les emplois. »

Valée passa plusieurs années à l’armée du Rhin, il y commandait l’artillerie du général Decaen. Inconnu personnellement du général Bonaparte devenu premier Consul, il ne parvint qu’en 1802 au grade de chef d’escadron. Nommé major en 1804, il fit plus tard la campagne d’Austerlitz, comme inspecteur général du train d’artillerie, et se distingua aux batailles d’Eylau et de Friedland.

Bientôt après, l’Empereur l’envoya en Espagne où il débuta sous les ordres du maréchal Lannes qui assiégeait Saragosse. Après la reddition de cette ville, il eut le commandement de l’artillerie du 3e corps, devenu l’armée d’Aragon. Général de brigade en 1809, il dirigea celle du général Suchet aux sièges de Lérida, de Tortose, de Mequinenza, de Sagonte et de Tarragone. Après la prise de Tarragone, qui avait résisté à cinq assauts, l’Empereur le nomma général de division. Il suivit le maréchal Suchet devant Valence, qu’il obligea, par le feu de son artillerie, à ouvrir ses portes, et mit en état de défense toutes les places qui se trouvaient dans le vaste commandement du duc d’Albuféra.

On était en 1813 ; l’étoile de Napoléon avait pâli à Moscou, à Leipzig ; les Français durent évacuer la péninsule, et, malgré les efforts des armées anglo-espagnoles et des populations soulevées, il parvint à conserver et à ramener, en deçà des Pyrénées, l’immense matériel de nos troupes en Espagne. Napoléon, pour lui en témoigner sa reconnaissance, le créa comte de l’Empire, par un décret daté de Soissons, le 12 mars 1814, et après son retour de l’île d’Elbe, il le chargea de l’armement de Paris que le général Haxo devait mettre en état de défense. Mais pour la seconde fois, Napoléon avait succombé sous l’effort des peuples et des armées de l’Europe coalisée.

Pour la seconde fois, la branche aînée des Bourbons était montée sur le trône, elle essaya d’employer, pour les services publics, les hommes les plus éprouvés dans nos luttes et les plus connus du pays. Redoutant les grandes influences et les hautes positions, la Restauration supprima en 1818 la place de premier inspecteur général qu’elle avait donnée au général Sorbier en 1814 ; elle en remit les attributions aux mains d’un Comité qui devait diriger cette arme, dont le système des grandes armées avait accru l’importance ; le général Valée fut appelé à siéger dans ce Comité, et, pendant cinq ans, ses collègues le choisirent pour rapporteur. Il avait, alors 42 ans

Appelé en 1818 par le général Gouvion-Saint-Cyr, ministre de la guerre, à faire partie d’une commission de défense du royaume, il y fit adopter un système général d’armement pour les places fortes et l’immense littoral de l’Ouest et du Sud.

En 1822, le gouvernement créa pour lui le titre et les fonctions d’inspecteur du service central de l’artillerie. En 1827, il mit au jour un vaste système qui embrassait toutes les branches du service, et donnait à la France un nouveau matériel de campagne, de siège et de place. Il rendit l’artillerie plus mobile et simplifia son système de construction : par exemple, il réduisit dans le matériel de campagne, les pièces de 6, de 8, de 12, aux calibres de 8 et de 12, et toutes les pièces furent montées sur quatre roues de même modèle et de la même grandeur. Pour faciliter la marche et le transport des pièces, par une nouvelle forme donnée à l’affût, les deux trains devinrent indépendants l’un de l’autre ; les pièces purent passer dans les chemins les plus étroits, tourner court et presque sur elles-mêmes ; toutes reçurent un coffret qui, placé sur l’avant-train, en était inséparable et suffisait aux premières nécessités du combat. Enfin le coffret lui-même eut une forme qui permettait aux artilleurs de s’y asseoir, et l’on vit, au moment du combat ou pendant l’action, les batteries accourir, changer de place avec les hommes nécessaires pour les servir ; les canonniers, les munitions, la pièce, formaient en tout une unité formidable que des chevaux entraînaient au galop à la voix de celui qui livrait la bataille. Le général Valée étendit bientôt les mêmes idées à l’artillerie de siège et au matériel destiné à la guerre de montagne. Les batteries du plus fort calibre purent arriver sous les murs d’une place en même temps que l’armée assiégeante. Dans les montagnes les plus abruptes, nos colonnes se firent suivre de pièces si légères, que deux mulets suffisaient à les porter, et qu’au besoin même les canonniers les auraient traînées partout où le pas de l’homme pouvait pénétrer.

De 1822 à 1830, Valée se consacra sans relâche à l’exécution du vaste plan qu’il avait conçu. Pour la défense des places et des côtes, il fit adopter un affût dont la simplicité, la légèreté, jointes à la solidité en ont fait une invention précieuse. Nos manufactures d’armes si mal placées près de la frontière, furent, sur sa proposition, transportées dans l’intérieur : Saint-Étienne, Châtellerault s’élevèrent. Dans la fabrication de la poudre, des meules remplacèrent l’ancien mode de trituration si vicieux. Le corps dit du train d’artillerie fut supprimé. On sait que sa tâche, comme celle des chevaux qu’il conduisait, consistait à mener les pièces sur le terrain, où il demeurait immobile au milieu des balles et des boulets : on demandait à ce corps le courage le plus impassible et on lui refusait l’honneur de combattre ; Valée, frappé des inconvénients de la division de l’artillerie en trois corps, conçut la pensée de donner au personnel, comme au matériel, l’unité qui leur avait toujours manqué. La batterie devint un tout complet, où les conducteurs et les canonniers, placés dans les mêmes conditions, obéissaient au même officier. Chaque régiment d’artillerie eut le même nombre de batteries à pied et de batteries à cheval ; les batteries à pied reçurent des chevaux d’attelage. Officiers et soldats furent tenus de compléter pendant la paix leur instruction de guerre.

Le gouvernement, pour récompenser les services du général Valée, rétablit pour lui l’emploi et la dignité de premier inspecteur général, et le roi Charles X le nomma Pair héréditaire du royaume, par une ordonnance du 27 janvier 1830.

Quand l’expédition d’Alger fut résolue, une commission, composée des officiers les plus expérimentés de nos armées de terre et de mer, fut chargée d’examiner les difficultés de l’expédition et de préparer le plan de campagne. Valée y soutint avec chaleur que l’entreprise était susceptible d’un plein succès ; il indiqua la part de tous les services, et employa son activité à organiser celui de l’artillerie. On connaît le succès de l’expédition.

À la Révolution de 1830, l’emploi de premier inspecteur général de l’artillerie fut supprimé, Valée se retira dans le Loiret et s’y livra à l’agriculture ; mais on ne pouvait tarder à l’enlever à sa retraite. Il fut conseiller d’État en 1834, membre de la Commission chargée dés questions relatives à la fabrication de la poudre et au commerce du salpêtre, puis enfin rappelé à la Pairie.

En 1837, lors des préparatifs pour la seconde expédition de Constantine, le cabinet obtint du roi que l’artillerie et le génie fussent dirigés par le général Valée. Mais au moment de donner l’assaut à Constantine, un boulet des assiégés vint frapper à côté du duc de Nemours le brave général en chef Damrémont ; Valée le remplaça, et, le 15, l’antique cité de Jugurtha vit flotter, après mille ans, sur ses murs renversés, le drapeau d’un peuple chrétien. Aussitôt que le canon des Invalides eut annoncé à Paris cette nouvelle, le roi nomma Valée gouverneur de l’Algérie, et, peu de jours après, lui envoya le bâton de maréchal de France.

La province de Constantine, en moins de deux années fut soumise, organisée, administrée de telle manière qu’un impôt régulier s’y percevait sans la moindre résistance, et qu’un voyageur pouvait la parcourir sans escorte. Jugeant inévitable et prochaine la reprise des hostilités avec Abd-el-Kader, et sentant la nécessité de nous fortifier dans les provinces d’Oran et d’Alger, Valée proposa au gouvernement d’occuper les villes de Koléah et de Blidah. L’Émir, à cette nouvelle, invoqua le traité de la Tafna ; mais le maréchal passa outre, et, en mai 1838, occupa sans obstacle Blidah et Koléah, porta sur la Chiffa notre frontière de l’Ouest, et forma à l’Est des camps au Fondouck et sur les bords de l’Ouad-Kaddura. Il employa l’automne et l’hiver 1838 à organiser la province de Bône et à préparer l’avenir. Au commencement de 1839, le cabinet du 15 avril s’étant retiré, le maréchal Valée, qui se sentait peu connu des nouveaux ministres, envoya sa démission ; mais le roi et le duc de Dalmatie le décidèrent à la reprendre. À l’entrée de l’automne de cette année, Valée mit à exécution le projet qu’il avait conçu d’occuper définitivement le plateau de Sétif, et d’obtenir la soumission des tribus que les agents d’Abd-el-Kader travaillaient à soulever. C’est le 27 octobre que notre armée franchit le passage si redouté des Portes de fer. Le prince royal faisait partie de l’expédition et accompagnait le maréchal en novembre. Abd-el-Kader ayant prêché la guerre sainte, reprit les hostilités, franchit, le 24, la Chiffa sans déclaration préalable. L’effectif de notre armée était alors de 43.000 hommes, dont 35 seulement sous les drapeaux. L’Émir avait réuni toute son infanterie et sa cavalerie régulière, de nombreux contingents de Kabyles, les goums de la province de Tittery et d’une partie de celle d’Alger. Le maréchal se disposa à l’attaquer avec un corps de 3.000 hommes. L’infanterie arabe était défendue par des escarpements d’un difficile accès. Le 31 décembre, le maréchal attire les Arabes dans la plaine en avant de Bouffarik, non loin du cours de la Chiffa, s’élance sur eux à la baïonnette sans laisser tirer un seul coup de fusil, et bientôt la victoire la plus complète couronne ses cheveux blancs. Les bataillons réguliers de l’Émir furent détruits ; ses drapeaux, son artillerie tout entière tombèrent en notre pouvoir. L’Émir, lui-même en fuite, repassa l’Atlas, et Valée, obéissant à l’hiver, suspendit les opérations et rentra à Alger.

Le vieux maréchal voulait faire à l’Émir une guerre patiente et opiniâtre, anéantir ses principaux établissements, placer nos troupes et nos autorités dans des centres militaires et commerciaux, sur une ligne parallèle de Constantine à Tlemcen, rassembler dans chacun de ces centres une garnison assez forte pour en tirer une colonne de 3 à 4.000 hommes, destinée à combattre ou à châtier les tribus selon le besoin. Tel est le plan du gouverneur général auquel le gouvernement donna, en mai 1840, une entière approbation ; l’effectif de l’armée venait d’être porté à 57.000 hommes. La première division devait être commandée par le duc d’Orléans ; à la fin de février, le maréchal fit occuper Cherchell (antique Césarea). Abd-el-Kader avait choisi la position inexpugnable du col de Mouzaïa qu’il faisait encore fortifier. Mais le ministère du 1er mars remplaça celui du 12 mai ; le nouveau cabinet prescrivit au gouverneur général d’envoyer, dans les province d’Oran, une partie des troupes qu’il tenait réunies dans celle d’Alger. Le plan de campagne allait être totalement changé. Heureusement pour le vieux militaire qu’on allait si cruellement froisser, les avis se partagèrent dans le Conseil, et les projets de Valée, un instant repoussés, furent de nouveau adoptés.

Le duc d’Orléans partit pour se rendre à son poste, son frère d’Aumale l’accompagnait. — Cette campagne fut glorieuse pour le maréchal ; le prince royal et le duc d’Aumale y rivalisèrent d’intelligence et de bravoure. Après le départ de ces jeunes princes, le 27 mai, le maréchal continua l’offensive, et quand il rentra à Alger le 5 juillet, il avait repoussé l’Émir au delà de l’Atlas, anéanti ses meilleures troupes, occupé définitivement Cherchell, Médéah, Milianah, et châtié, dans leurs propres foyers, les tribus turbulentes qui entourent la Mitidja. Il fit alors trois essais nouveaux de colonisation qui réussirent parfaitement, à Blidah, Cherchell et Coléah.

Mais le traité de Londres du 15 juillet avait changé en Europe la position de la France. En présence des éventualités que présentait l’avenir, le maréchal dut renoncer à tous projets d’agrandissement en Afrique pour s’occuper de conserver les possessions acquises. Il fit rédiger le projet d’une nouvelle enceinte pour Alger et d’une série de forts détachés destinés à en défendre les approches.

Il chargea une commission d’examiner le système de digues présenté par les ingénieurs maritimes, et indiqua lui-même les travaux à exécuter pour la défense de cette rade magnifique et la formation d’une batterie formidable qui empêcherait les flottes ennemies d’approcher des bâtiments mouillés dans le port. Dans l’hypothèse d’un débarquement à Sidi-Ferruch et du blocus de la capitale, le maréchal voulait faire de Médéah la capitale militaire de l’Algérie. C’est sur ce point qu’il avait réuni ses forces pour prendre à revers l’armée envahissante et faire lever le siège d’Alger. Il avait fait étudier le système à adopter pour les fortifications de Médéah et la défense de l’Atlas, au delà duquel il voulait porter la capitale, en cas de guerre européenne, lorsqu’une dépêche ministérielle lui apprit qu’il n’était plus gouverneur de nos possessions en Afrique. Pour la troisième fois en deux ans, le ministère était changé en France. Le 18 janvier 1841, Valée quitta pour toujours cette Algérie qui n’oubliera jamais son nom.

Rentré dans la vie privée, Valée continua à servir la patrie avec le même dévouement. Il présida la commission pour l’armement de Paris.

Il est mort à Paris le 16 août 1846, âgé de 73 ans. Ses restes furent déposés aux Invalides, et le roi ordonna que sa statue serait placée à Versailles.


VALENCE (Cyrus-Marie-Alexandre DE TIMBRUNE-TIMBRANE), comte de[modifier]

né à Agen en 1757, entré au service dans l’artillerie en 1774 ; capitaine au régiment de Royal-Cavalerie en 1778 ; aide-de-camp du maréchal de Vaux ; colonel en second du régiment de Bretagne en 1784 ; promu écuyer du duc d’Orléans ; colonel, maréchal de camp et général de division en 1792.

Commandant de l’armée de Dumouriez au commencement de 1793 ; expatrié, rentré en France au 18 brumaire ; sénateur en 1805 ; commandant de la 5e division de l’armée d’Espagne en 1808, commandant de l’une des divisions de cavalerie sous les ordres de Murat en 1812. Commissaire extraordinaire dans la 6e division militaire en 1813, pair de France le 4 juin 1814 ; pair dans les Cent-Jours ; rayé de la liste des pairs et proscrit le 24 juillet 1815. Rappelé à la Chambre des pairs en 1819 ; mort en 1820. Il avait épousé une fille de madame de Genlis.

« Valence m’a été fidèle : il a toujours été national. » (NAPOLÉON à Sainte-Hélène.)

VALHUBERT (Jean-Marie-Melon-Roger)[modifier]

né à Avranches (Manche) le 22 octobre 1764, entra, avant d’avoir atteint sa vingtième année, dans le régiment de Rohan-Soubise. À l’époque de la Révolution, il était retourné dans sa famille.

En 1791, le 1er bataillon de la Manche le choisit pour chef le 22 octobre. Il conduisit ce bataillon à l’armée du Nord, avec laquelle il fit les campagnes de 1792 à 1793.

Cet officier supérieur se fit remarquer à Lille, à Anvers, à Lawfeld ; fut fait prisonnier au Quesnoy le 13 septembre 1793, et conduit en Hongrie. Échangé au commencement de l’an IV, il servit à l’armée de l’intérieur jusqu’à la suppression de cette arme, et resta en garnison à Paris, du mois de vendémiaire an V au 30 germinal an VII, avec le grade de chef de la 28e demi-brigade de bataille, qu’il avait obtenu le 26 fructidor an V.

Envoyé alors dans le Valais, il se distingua, le 23 prairial, dans la vallée de la Vispa, où il soutint un combat inégal. Reconnaissant bientôt le danger où il se trouvait, Valhubert prend une résolution hardie : il retire 40 hommes de l’action, se met à leur tête, fait une retraite simulée, perd 4 de ses soldats, s’arrête et se cache avec les 36 autres derrière une chapelle, laisse avancer 800 Autrichiens en bataille, se précipite sur leur centre, les met en déroute, leur fait 235 prisonniers, et sauve d’une captivité certaine, plusieurs centaines de Français épars sur les montagnes.

Le 28 thermidor, il enleva le Simplon à l’ennemi. En vain les Autrichiens en défendent les flancs escarpés, en vain leur artillerie foudroie les téméraires qui les osent gravir ; Valhubert brave tout… Il avance, il attaque, il disperse ; hommes, canons, montagnes, tout est en sa puissance ; et maître de l’énorme mont, tous les efforts de l’ennemi ne peuvent lui arracher ce poste formidable que sa bravoure a conquis en une heure.

Pendant la campagne de l’an VIII, il donna de nouvelles preuves d’une valeur peu commune. — Le 17 prairial, il passe le Pô dans une barque et donne l’élan à l’armée. — Le 19, en avant de Broni, à la tête de 50 hommes, il fait mettre bas les armes à 3.000 Autrichiens ; un corps plus nombreux lui ayant enlevé ses prisonniers, il s’élance avec son cheval au milieu de l’ennemi, saisit le commandant au collet, lui promet quartier, et tout se rend. — À Montebello, il résiste avec sa 28e demi-brigade à toute la cavalerie autrichienne. — Blessé d’un coup de feu, le 25, à Marengo, il reste à son poste et ne cesse de commander pendant la durée de l’action. — Au passage du Mincio, le 4 nivôse an IX, un boulet le renverse et le prive de la voix. On le presse de se retirer, il refuse, se fait remettre à cheval et continue de combattre. — Lors de son inspection de l’an X, le général Friant donna cette note sur Valhubert : « Officier supérieur des plus distingués et du plus rare mérite, réunissant toutes les connaissances nécessaires à son état, »

Par arrêté du 28 fructidor, le premier Consul avait fait une nombreuse distribution d’armes d’honneur, et Valhubert avait été oublié. Tous les officiers de la 28e se réunirent, le 15 vendémiaire an XI, pour adresser au Consul une réclamation à ce sujet, et un arrêté du 4 pluviôse, rappelant tous les faits d’armes de ce chef de brigade, lui décerna enfin un sabre d’honneur, qu’il avait si bien mérité ; le chef de l’État y ajouta une gratification de 12.000 francs, gratification que Valhubert partagea avec sa demi-brigade. — Le ministre envoya le 19 ventôse, au conseil d’administration du corps, le brevet d’honneur de Valhubert, et prescrivit cette mesure particulière de distinction : — « Avant de remettre à cet officier supérieur ce témoignage honorable de la satisfaction du gouvernement, vous en ferez faire la lecture à la tête de la demi-brigade, qui sera assemblée à cet effet. » — Et dans ses notes d’inspection de la fin de l’année, le général Michaud disait de Valhubert : — « Officier distingué par sa conduite, sa délicatesse, ses moyens et ses connaissances. Il a des mœurs très-douces, une éducation soignée, du zèle, de l’activité, de la fermeté, enfin toutes les qualités qu’on peut désirer dans un chef de corps ; il a très-bien fait la guerre ; il a reçu un sabre d’honneur. »

L’année suivante, le premier Consul le nomma, le 11 fructidor, général de brigade, et l’employa au camp de Saint-Omer.

Le 19 frimaire an XII, il le fit membre de la Légion-d’Honneur, et commandant de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Attaché en l’an XIV à la 4e division du 4e corps de la grande armée, commandée par Suchet, il combattit à Austerlitz le 11 frimaire avec une valeur admirable, et y eut la cuisse fracassée par un éclat d’obus. Tombé, et dans l’impossibilité de se relever, des soldats veulent le transporter à l’ambulance : « Souvenez-vous de l’ordre du jour1, leur dit-il, reprenez vos rangs : si vous êtes vainqueurs, vous m’enlèverez d’ici ; si vous êtes vaincus, que m’importe un reste de vie !

On lut bientôt dans le 33e bulletin, daté d’Austerlitz, le 16 frimaire : « Le général Roger Valhubert est mort des suites de ses blessures. Il a écrit à l’Empereur une heure avant de mourir : « J’aurais voulu faire plus pour vous ; je meurs dans une heure ; je ne regrette pas la vie, puisque j’ai participé à une victoire qui vous assure un règne heureux. Quand vous penserez aux braves qui vous étaient dévoués, pensez à ma mémoire. Il me suffit de vous dire que j’ai une famille, je n’ai pas besoin de vous la recommander. »

Ses camarades lui élevèrent un monument dans les plaines de la Moravie. — L’Empereur accomplit les derniers vœux du brave Valhubert. Il se chargea de la famille de ce général, ordonna qu’un monument serait élevé au lieu même où il avait été blessé, que son nom fût donné à la place de Paris qui se trouve entre le Jardin des Plantes et le pont qu’on construisait alors vis-à-vis, et qu’on sculptât sa statue en marbre.

Son nom est inscrit sur le côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile, et sur les tables de bronze du palais de Versailles.



1. Dans l’ordre du jour donné avant la bataille, Napoléon avait défendu aux soldats de quitter leurs rangs sous le prétexte d’emmener les blessés.

VANDAMME (Dominique - Joseph - René)[modifier]

comte d’Unebourg, fils d’un chirurgien de Cassel (Nord), naquit dans cette ville le 5 novembre 1770.

Élève de l’École militaire de Paris, et entretenu par le maréchal de Biron, il entra, le 8 juillet 1788, comme soldat dans le 4e bataillon auxiliaire du régiment des colonies, s’embarqua le 2 février 1789, à Lorient, sur la flûte l’Uranie, arriva, le 31 mars à la Martinique, et fut immédiatement incorporé dans le régiment de cette colonie.

De retour en France, le 29 avril 1790, il passa, le 22 juin 1791, au régiment de Brie, depuis 24e d’infanterie, et reçut son congé définitif le 26 août 1792. — Telles furent les humbles prémices d’une des grandes renommées militaires de la République et de l’Empire.

En 1792, Vandamme forma, dans son pays natal, une compagnie franche ; il la conduisit à l’armée du Nord, et cette compagnie ayant été amalgamée au bataillon des chasseurs du Mont-Cassel, il devint chef de ce corps, le 5 septembre 1793, puis, le 27 du même mois, général de brigade. Cet avancement rapide, mais concevable, si l’on se reporte aux circonstances, était d’ailleurs mérité.

À Hondscoote, il avait déployé la bravoure la plus brillante et montré qu’il entendait la guerre, en indiquant aux commissaires de la Convention une manœuvre qui, exécutée comme il la projetait, eût coupé la retraite à l’ennemi ; aussi fut-il de suite employé à d’importantes opérations.

Il s’empara de Furnes le 30 vendémiaire an II, contribua, le 1er thermidor, à la prise d’Ypres, et peu après il investit Nieuport ; mais, contraint de se retirer devant des forces supérieures, il perdit une partie de son artillerie. Dans cette même campagne, Vandamme se distingua devant Vanloo et prit Menin.

Pendant celle de l’an III, commandant par intérim la division de Moreau, il emporta le fort de Schenck, le 16 brumaire, et, le 19, il chassa l’ennemi de Budwich. — Néanmoins, lors de la réorganisation de l’état-major de l’armée, le 25 prairial, il fut mis en réforme. — Cette disgrâce provenait de ce qu’il avait été dénoncé comme terroriste et comme ayant livré Furnes au pillage. Déjà, en 1793, on lui avait reproché des actes de violence envers les habitants de la Flandre, et de terribles représailles à l’égard des émigrés pris les armes à la main. Toutefois, le Comité de salut public, par arrêté du 7 vendémiaire an IV, le remit en activité de service.

Envoyé dans l’Ouest et, de là, à l’armée de Rhin-et-Moselle, Vandamme enleva, le 27 thermidor de la même année, la porte qui défendait la petite ville d’Alpersbasch, passa le Lech, le 27 thermidor, sous le feu le plus meurtrier ; et à l’attaque des hauteurs de Friedberg, se précipitant sur les Autrichiens à la tête de trois régiments de cavalerie légère, il leur prit 16 pièces de canon, et les poursuivit le sabre aux reins jusque dans la vallée de la Sarre. Quelques jours après, il se fit encore remarquer par une attaque impétueuse des retranchements de Kehl et de Huningue.

L’année suivante, au passage du Rhin, à Diersheim, où il eut un cheval tué sous lui, il effectua le premier débarquement, pénétra au delà de Gegenbach, et battit l’ennemi entre Zimmern et Benchen, et le chassa sur le Kniebis.

L’attentat commis à Rastadt ayant rallumé la guerre, Vandamme, qui avait été nommé général de division le 17 pluviôse an VII, eut le commandement de l’aile gauche de l’armée du Danube. — Un jour que, faiblement accompagné, il allait à l’aventure reconnaître les avant-postes ennemis, il tomba dans une embuscade de dragons du régiment de Latour ; presque aussitôt abandonné des siens, il lutta seul contre 8 de ses adversaires, en tua 2, mit les autres en fuite et regagna le camp français.

De nouvelles accusations ayant été dirigées contre lui, le Directoire, par un arrêté du 8 floréal, le traduisit devant un conseil de guerre, mais un autre arrêté en date du 2 fructidor annula le premier. Alors le ministre envoya Vandamme sur les côtes du Nord-Ouest, afin de pourvoir à leur défense.

Cette opération terminée, il se rendit en Hollande, alors envahie par les forces combinées de l’Angleterre et de la Russie. Placé à l’aile gauche de l’armée gallo-batave, il prit une division russe tout entière au combat de Bergen, et contribua puissamment à la victoire de Kastricum. Après peu de jours passés à Cassel pour se remettre de ses fatigues, il se trouva au passage du Rhin par l’armée de ce nom, fit capituler le fort de Hohentweil, que défendaient 80 pièces de canon, et combattit ensuite à Engen et à Mœskirch.

Mis en traitement de réforme, le 29 thermidor an VIII, et rappelé, le 19 fructidor, au service actif, il commanda l’avant-garde de l’armée dite de réserve, avec laquelle il franchit le Splugen. Accueilli à son retour de la manière la plus flatteuse par le premier Consul, il en reçut une paire de pistolets magnifiques de la manufacture de Versailles. Nommé membre de la Légion-d’Honneur, le 19 frimaire an XII, et-grand officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, alors qu’il avait sous ses ordres la 2e division du camp de Saint-Omer. Vandamme, attaché, en l’an XIV, au 4e corps de la grande armée, eut, le 13 vendémiaire, l’honneur de porter les premiers coups à l’armée autrichienne, en culbutant, au pont de Donawert, le régiment de Colloredo, auquel il fit éprouver une perte de 60 hommes tués et de 150 prisonniers.

À Austerlitz, sa division occupait la gauche du maréchal Soult ; elle enleva le village d’Auzeb et puis celui de Telnitz, actions qui valurent à Vandamme, le 3 nivôse, la dignité de grand aigle, ainsi qu’une habitation dans les polders de l’île de Cadsand.

En 1806, il dirigeait, sous le roi Jérôme Napoléon, le siège de Glogau ; il s’empara de cette ville le 30 novembre, de Breslau le 3 janvier 1807, de Schweidnitz le 8 février, et de Neiss le 16 juin suivant. Se portant ensuite sur Glatz, il força, le 23 du même mois, le camp retranché établi en avant de cette ville. La grand’croix de Wurtemberg récompensa ces nouveaux et signalés services.

L’Empereur lui avait donné le commandement de la 16e division militaire le 11 septembre 1807, et l’avait investi de celui du camp de Boulogne le 16 août 1808 ; il l’envoya, le 11 mars 1809, à Hiedenheim, se mettre à la tête de 10.000 Wurtembergeois formant le 8e corps de la grande armée, avec lequel, le 29 avril, conjointement avec le maréchal Lefebvre, il battit à Abensberg la division autrichienne du général Thierry, prit à la bataille d’Ecmülh le château et le village de ce nom, et, le 17 mai, repoussa vigoureusement l’ennemi à Urfar.

Réintégré, à son retour de l’armée, dans le commandement du camp de Boulogne, occupé pendant son absence par le général Sainte-Suzanne, il se permit de s’installer violemment dans la maison du maire et de faire jeter dehors les meubles qu’il ne trouvait pas à sa convenance. Ce magistrat se plaignit de cette violation de domicile au ministre de la guerre qui, ayant pris les ordres de l’Empereur, intima au général Vandamme l’ordre de quitter immédiatement la maison dont il s’était emparé, et de garder les arrêts pendant vingt-quatre heures. Mais Napoléon, à qui l’on peut reprocher une trop grande facilité à pardonner, oublia bientôt cette incartade et envoya Vandamme dans la 14e division militaire, après l’avoir nommé, le 1er janvier 1811, président du collège électoral de Hazebrouck : il l’avait quelque temps auparavant créé comte d’Unebourg.

Quoique destiné à commander, les troupes westphaliennes faisant partie de l’armée expéditionnaire de Russie, il ne fit point cette campagne, ayant été mis en disponibilité le 6 août 1812, par suite de ses démêlés avec le roi Jérôme.

Rappelé à la grande armée le 18 mars 1813, il y commanda le 1er corps. Maître de Haarbourg le 27 avril, le 29 il occupa l’île de Wilhemsburg, ce qui lui permit de commencer le bombardement de Haarbourg, que l’ennemi évacua dans la nuit du 30 au 31, et il se préparait à marcher contre les Russes, quand un armistice suspendit momentanément les hostilités. — Celles-ci étant reprises, il s’empara, le 25 août, de Perne et de Hodendorf, défit, le 28, le duc de Wittemberg, à qui il fit 2.000 prisonniers, passa la gorge de la grande chaîne des montagnes de la Bohême et marcha sur Kulm, où 10.000 Russes, commandés par le général Ostermann, le contraignirent à rétrograder après un combat opiniâtre.

On l’accusa, dans le temps, d’avoir causé sa défaite en restant à Kulm au lieu de se retirer sur les hauteurs ; mais Vandamme, qui ne convint jamais de cette faute, a souvent dit, depuis, qu’il prouverait, dans des Mémoires qu’il projetait de publier et par des documents authentiques, qu’il suivit ses instructions, et que, d’ailleurs, il devait compter sur un renfort considérable qu’il attendit vainement. — Quoi qu’il en soit, attaqué le 30 au matin, il se défendit vaillamment, et peut-être même se serait-il dégagé si, vers deux heures, une colonne ennemie, en débouchant par les montagnes, n’eût tombé sur ses derrières. Alors, cerné de toutes parts par 70.000 hommes, Vandamme, malgré des prodiges de valeur, fut mis en pleine déroute, et, criblé de blessures, il fut fait prisonnier.

Conduit en présence de l’empereur Alexandre, ce prince s’oublia au point de l’apostropher des épithètes de brigand et de pillard. « Sire, lui répliqua Vandamme, je suis un soldat, mais il est un crime dont jamais ma main ne s’est souillée… — Qu’on l’emmène ! s’écria l’Empereur en lui tournant le dos. » Pourtant, il ordonna qu’on lui rendît son épée, que le grand duc Constantin lui avait fait enlever.

Vandamme, dirigé sur Moscou, et transféré à Kasan, à vingt lieues de la Sibérie, revit le sol de sa patrie le 1er septembre 1814. Mais un ordre du gouvernement lui enjoignit de se retirer à Cassel. L’événement du 20 mars 1815 le ramena sur la scène du monde. Il se rendit aussitôt à Paris, se présenta devant l’Empereur qui, le 2 juin, le nomma pair et commandant de la 2e division militaire, et lui confia le commandement du 3e corps, à la tête duquel, après la bataille de Fleurus, il obtint un avantage signalé à Wavres. Il poursuivait l’ennemi lorsqu’il apprit le désordre de Waterloo.

On a souvent répété que les généraux Vandamme et Gérard avait fortement engagé le maréchal Grouchy à marcher sur Waterloo. À cet égard, Vandamme n’a jamais voulu s’expliquer. — Quoi qu’il en soit, dans sa position, il pouvait être écrasé ; cependant, constamment harcelé par les Prussiens, il opéra sa retraite en bon ordre, passa la Sambre à Namur, sans qu’ils osassent l’inquiéter, et continua son mouvement rétrograde sur Paris, où il ramena son corps d’armée presque intact ainsi qu’un matériel considérable.

Son armée fit croire un moment que les destinées de la France n’avaient pas été totalement décidées à Waterloo, « Je suis fier, écrivait-il à la Chambre des représentants, d’être venu au secours de la capitale avec une pareille armée. Ses courageuses dispositions ne peuvent manquer de nous faire obtenir des conditions plus avantageuses, si nous sommes obligés de traiter avec l’ennemi. — Vandamme occupait alors Montrouge, Meudon, Vanves et Issy ; plusieurs généraux, à la tête desquels on remarquait Fressinet, vinrent l’y trouver pour lui offrir le commandement en chef de l’armée : il refusa. — Paris étant occupé par les alliés, Vandamme se retira derrière la Loire, et envoya sa soumission au roi, ce qui ne l’empêcha pas d’être compris dans l’ordonnance du 24 juillet. Il se retira d’abord dans un château près de Limoges, mais le préfet de la Haute-Vienne lui ayant prescrit de sortir de ce département dans les vingt-quatre heures, il prit la route d’Orléans et se rendit à Vierzon.

Enfin, compris dans l’ordonnance du 14 juillet 1815, il lui fallut sortir du royaume, et ne trouvant pas d’asile en Belgique, il s’embarqua pour les États-Unis.

L’ordonnance du 1er décembre 1819, sur les bannis, mit fin à son exil ; il fut même rétabli sur le cadre de l’état-major général comme disponible, le 1er avril 1820, puis il prit sa retraite définitive le 1er janvier 1825.

Depuis cette époque, Vandamme vécut dans la retraite. Il passait la belle saison à Cassel, l’hiver à Gand, occupant ses loisirs à des œuvres de bienfaisance et à rédiger des Mémoires qu’il serait désirable qu’on publiât. Il mourut à Cassel, le 15 juillet 1830.

Son nom est inscrit sur le côté Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

VERDIER (Jean - Antoine), comte[modifier]

né à Toulouse le 2 mai 1767, entra au régiment de La Fère le 18 février 1785. Aide-de-camp d’Augereau, en 1792, à l’armée des Pyrénées-Orientales, il prit l’épée à la main, avec un bataillon de tirailleurs, un camp retranché défendu par 4.000 Espagnols et 80 bouches à feu. Ce fait d’armes décida la reddition de Figuières et valut au capitaine Verdier le grade d’adjudant-général

Chef de brigade en 1795, on le vit, l’année suivante en Italie, à la tête de trois bataillons de grenadiers, emporter la redoute de Melodano.

Général de brigade sur le champ de bataille de Castiglione, il fut blessé et mis hors de combat à Arcole et se trouva à tous les combats qui furent livrés jusqu’à la paix de Léoben.

En Égypte, il commandait une brigade de la division Kléber aux Pyramides, et fut un de ceux qui montèrent à l’assaut de Saint-Jean-d’Acre ; il y fut blessé d’un coup de baïonnette. Le 1er novembre 1799, le général Verdier attaqua avec 1.000 hommes seulement 8.000 janissaires débarqués près de Damiette, en tua 2.000, fit 800 prisonniers et enleva 32 drapeaux et 10 pièces de canon. Kléber lui remit un sabre d’honneur et le nomma général de division.

Rappelé en France avant l’évacuation de l’Égypte, le général Verdier se signala constamment en Italie et en Autriche, de 1801 à 1806. Le 10 juin 1807, il enleva une redoute à la bataille d’Heilsberg et fit prisonnier un corps nombreux d’ennemis. Les bulletins signalèrent la bravoure de sa division à Friedland. En Espagne, il prit part au combat de Logrono et fit le premier siège de la place de Saragosse qu’il dut évacuer après la capitulation de Baylen. Plus tard il s’empara de Girone et de plusieurs positions réputées inexpugnables.

Lorsque l’armée française en Portugal fut travaillée par une double trahison, le général Verdier fut, dit-on, chargé de diriger une enquête secrète que l’Empereur ne crut jamais devoir livrer à la publicité.

Dans la campagne de Russie, le comte Verdier se distingua de nouveau et fut grièvement blessé à Polotsk.

En 1813 et 1814 il commanda le corps d’armée franco-italien sous les ordres d’Eugène. Au combat d’Aca, atteint d’une balle qui lui traversa la cuisse, il resta stoïquement à son poste, au milieu de la mitraille, soutenu par son aide-de-camp. Le 8 février 1814, à la bataille du Mincio, le comte Verdier, avec la division Fressinet, forte de 5.000 hommes environ, résista toute la journée aux efforts de 18.000 Autrichiens, et finit par les forcer à repasser la rivière.

La Restauration le mit en non-activité en lui envoyant la croix de Saint-Louis. — Le 17 janvier 1815, il fut décoré de la grand’croix de la Légion d’Honneur. Il était déjà commandeur de la Couronne de Fer.

Pendant les Cent-Jours, il fut nommé Pair et commandant de la 8e division militaire (Marseille). Après Waterloo, il parvint à conserver à la France Toulon intact et sans pillage. — L’ordonnance du 1er août 1817 le mit à la retraite, et après 1830 il fut replacé sur le cadre de réserve, mais il rentra bientôt dans la retraite.

L’Empereur lui avait donné le titre de comte le 19 mars 1808. — Madame Verdier est citée dans les relations de nos campagnes comme une héroïne. Elle accompagna son mari sur le champ de bataille.

VER-HUELL (Charles - Henri)[modifier]

naquit à Doetichem (Pays-Bas) le 11 février 1764. Cadet dans un régiment d’infanterie en 1775, il demanda, en 1778, à entrer dans le service de mer, et fut admis l’année suivante en qualité de garde de la marine.

Il fit sa première campagne sur la frégate l’Argo, et se trouva au combat que l’amiral comte Bylandt livra à la division anglaise commandée par le commodore Fielding. Sous-lieutenant de la marine en 1781, il assista, à bord du même navire, au combat de Doggers-Banck (5 août 1781), fut blessé dans cette action par une explosion de gargousses, et obtint le grade de lieutenant de vaisseau en récompense de sa belle conduite.

De 1782 à 1785, il navigua dans la Méditerranée, sur les côtes d’Afrique et dans les mers du Nord. Vers la fin de la campagne de 1785, se trouvant dans le Zuyderzée, il ajouta à sa réputation par un beau trait d’intrépidité.

L’équipage d’un vaisseau s’était soulevé en masse et avait mis ses officiers aux fers ; le lieutenant Ver-Huell, chargé d’aller apaiser cette révolte, se jeta dans une embarcation à la tête de quatre-vingts hommes, s’approcha par surprise, s’élança le premier sur le pont, et, après avoir terrassé plusieurs matelots, il se rendit maître du bâtiment.

Promu au grade de major, premier lieutenant de vaisseau, il servit jusqu’en 1789 dans la mer Baltique, la mer du Nord et la Méditerranée. — Capitaine de frégate en 1791, il commanda une corvette destinée pour les Indes-Occidentales. Nommé en l’an III premier adjudant de l’amiral Kinsbergen, il organisa un corps de matelots armés, et fut élevé l’année suivante au grade de capitaine de vaisseau.

Lors du renversement du Stathoudérat, il se retira du service avec la presque totalité des officiers du corps de la marine, et, en l’an XI, il rentra à la sollicitation du gouvernement hollandais dans la marine avec le grade de contre-amiral.

Lors du fameux projet de descente en Angleterre, la Hollande dut fournir son contingent naval. Chargé par Napoléon du commandement de la flottille qui se rendit à Boulogne, l’amiral Ver-Huell livra à l’amiral anglais Keith, sous le cap Grinez, un combat qui excita l’enthousiasme de toute l’armée et lui mérita des témoignages de satisfaction de la part de Napoléon.

Vice-amiral et membre de la Légion-d’Honneur, le 12 prairial an XII, le gouvernement hollandais l’appela au ministère de la marine ; mais il refusa d’accepter le portefeuille avant d’avoir réuni sa flottille à celle des Français.

Un décret impérial confia à l’amiral Ver-Huell le commandement en chef de l’aile droite de l’armée navale chargée d’opérer contre les côtes d’Angleterre ; après le désarmement de la flottille rassemblée dans les ports de la Manche, il alla prendre possession du portefeuille de la marine en Hollande. — Ce fut lui qui, le 5 juin 1806, demanda, en qualité de président de la députation hollandaise, le prince Louis-Napoléon pour roi de Hollande, et il reçut à cette occasion le grand aigle de la Légion-d’Honneur. Le nouveau roi le nomma maréchal, grand croix de l’ordre de l’Union, et bientôt après ambassadeur à Paris.

En 1809, lors de la descente des Anglais dans l’île de Walcheren, l’amiral Ver-Huell fut chargé de prendre toutes les précautions de sûreté que commandait cet événement. Il arbora son pavillon sur le vaisseau amiral le Royal-Hollandais, et protégea efficacement les côtes de la Hollande. En récompense de ce service, Louis-Napoléon le créa comte de Sevenaer.

En 1810, lors de la réunion de la Hollande à la France, il fut nommé président de la junte instituée à cette occasion, et l’Empereur le maintint dans son grade de vice-amiral de la marine française. À partir de cette époque il appartint irrévocablement à la France. Appelé au commandement général des forces navales de l’Empire sur les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, depuis l’Ems jusqu’à Dantzig, il déploya dans ces fonctions importantes une activité remarquable ; on lui doit l’établissement des chantiers de construction dans les ports de Brème, de Hambourg et de Lubeck.

Le 1er mars 1811, l’Empereur lui accorda une pension de 15.000 francs sur les fonds de la Légion-d’Honneur, et le nomma comte avec une dotation de 10.000 francs. Grand officier de l’Empire au commencement de 1812, il prit le commandement de l’armée navale du Helder et du Texel, et des forces réunies dans le Zuyderzée.

Quand l’insurrection éclata en Hollande vers la fin de 1813, l’amiral Ver-Huell sut concilier ses devoirs envers son ancienne patrie et sa patrie adoptive. Il fit entrer la flotte placée sous ses ordres dans le port de Nieuste-Diep, puis il s’enferma avec les équipages français et toute la garnison du Helder dans le fort de la Salle. En même temps il occupa le fort Morland ; il se maintint dans cette position pendant tout l’hiver de 1813 à 1814. Ce ne fut qu’après l’abdication de l’Empereur qu’il consentit à remettre la place du Helder et les autres forts au général Jonge qui les assiégeait : il partit alors pour Paris.

Louis XVIII le maintint dans son grade et ses titres, le nomma chevalier de l’ordre du Mérite militaire, et lui accorda des lettres de grande naturalisation. L’amiral Ver-Huell fixa définitivement son séjour dans le pays à la gloire et aux intérêts duquel il s’était voué depuis si longtemps.

En 1815, le gouvernement provisoire mit deux frégates du port de Rochefort à la disposition de l’Empereur pour le transporter aux États-Unis ; l’on sait que les escadres anglaises bloquaient ce port et attendaient sa sortie. Napoléon demanda Ver-Huell pour commander ces deux bâtiments. — La question fut agitée à la Chambre des Pairs, et le ministre de la marine, Decrès, déclara que le grade de l’amiral Ver-Huell lui paraissait trop élevé pour le charger du commandement de deux simples frégates. L’amiral Ver-Huell, alors absent de Paris, n’apprit que plus tard ce qui s’était passé. Ses regrets témoignèrent qu’il savait apprécier autrement que le ministre un choix si glorieux. — Quant à Napoléon, voici ce qu’il écrivit sur le rocher de Sainte-Hélène : « Si cette mission avait été confiée à Ver-Huell, ainsi qu’on me l’avait promis, il est probable qu’il eût passé. »

Admis à la retraite en 1816, il fut élevé à la dignité de pair de France le 5 mars 1819. Il est mort en octobre 1845, à l’âge de 81 ans, après de longs et brillants services, mêlés depuis 1779 aux plus glorieux faits d’armes de la France et de la Hollande.

VIALA (Joseph - Agricol)[modifier]

né à Avignon en 1780. Agricol Viala était un enfant du Midi. Il habitait Avignon, et, quoique bien jeune, l’impression produite par les grands événements, qui s’accomplissaient alors, avait éveillé en lui des sentiments d’énergie et de patriotisme au-dessus de son âge. À cette époque où la France, attaquée au dehors et au dedans, montrait le même but â tous les citoyens : l’indépendance et la liberté, les jeunes gens qu’on appelait à 18 ans, souvent à 15, à la défense du pays, apprenaient de bonne heure à porter un fusil : aussi, à peine âgé de 13 ans, Viala, dont on estimait déjà le courage, fut placé à la tête des jeunes gens enrôlés sous le nom d’Espérance de la patrie, et bientôt il prouva que ce n’était pas sans raison qu’on avait ainsi préjugé sur l’avenir.

Une partie du Midi, en proie aux réactions les plus violentes, semblait avoir pour ainsi dire renié la commune patrie. Les royalistes, ralliés aux Anglais et à ces hommes qui rêvèrent un instant le morcellement du pays, avaient déployé le drapeau blanc à Toulon et à Marseille. En face de ce soulèvement, les soldats de la République furent obligés de se replier vers Avignon, abandonnant Nîmes, Aix, Arles, aux confédérés provençaux, et ceux-ci, encouragés par ces succès, les poursuivaient audacieusement. Enfin les habitants de Lambesc, de Tarascon, réunis aux Marseillais rebelles, se dirigèrent vers la Durance pour marcher sur Lyon, puis sur Paris. Ils espéraient déjà, comme tous les ennemis de la France, briser dans la Convention l’unité nationale et étouffer ainsi la Révolution.

À la première nouvelle de l’approche des insurgés, les républicains, principalement ceux d’Avignon, se réunirent pour s’opposer à eux ; mais quand ils arrivèrent sur les bords de la Durance, les rebelles, maîtres de la rive opposée, s’étaient déjà emparés des pontons qui servaient au trajet de la rivière. On ne pouvait plus les arrêter par la force, leur nombre et un feu soutenu protégeant leurs manœuvres. La seule ressource qui restât au parti républicain était de couper les câbles à l’aide desquels on retenait et on dirigeait les pontons. Le moyen est sûr, mais il est périlleux : il faut traverser une chaussée entièrement exposée à la mousqueterie des rebelles, et derrière laquelle les républicains se sont retranchés. On hésite, et les hommes les plus hardis reculent devant l’imminence du danger.

Alors, un enfant s’élance : c’est Viala, qui s’était échappé d’Avignon à la faveur du trouble qu’avait excité l’approche des Marseillais. En vain on veut le retenir ; il brave le péril, et l’on ne peut s’opposer à son audacieux projet. Il saisit la hache d’un sapeur, il tire sur les ennemis plusieurs coups du mousquet dont il est armé, puis, malgré les balles qui sifflent autour de lui, il parvient au rivage, et, saisissant sa hache, frappe le câble avec vigueur. Le hasard semble d’abord le seconder, il a presque achevé sa tâche périlleuse sans être atteint, quand à ce moment une balle lui perça la poitrine. Il se soulève encore ; mais il retombe sans force en s’écriant : « M’an pas manqua ! Aquo es egaou ; more per la libertat. » (Ils ne m’ont pas manqué ! cela est égal ; je meurs pour la liberté.) » Puis il expira après ce sublime adieu, sans proférer une plainte ou un regret.

La courageuse tentative de Viala, bien qu’elle n’eût pas complètement réussi, ne fut cependant pas inutile. Les insurgés, étonnés de tant d’audace, hésitèrent un instant, et les républicains qui s’étaient précipités sur les pas du jeune Avignonnais, eurent le temps d’accomplir leur retraite ; toutefois, ils ne purent emporter avec eux le corps du jeune héros. En vain l’un de ses camarades qui s’était glissé près de lui, encouragé par son exemple, et qui avait recueilli ses dernières paroles, essaya de l’enlever. Il fut forcé de s’éloigner devant les royalistes qui s’avançaient. Ceux-ci ayant traversé la Durance, insultèrent indignement le cadavre de Viala. Enfin, après l’avoir horriblement mutilé, ils le précipitèrent daos la rivière, se disputant entre eux l’honneur de cette victoire.

Une dernière circonstance vint encore ajouter à l’intérêt qu’inspirait ce noble dévouement. La mère de Viala avait pour lui une extrême tendresse ; quand elle apprit sa mort et les outrages qu’avaient reçus ses restes, rien ne put arrêter ses larmes ni calmer sa douleur. Enfin, un jour on lui dit : Vous aimez votre pays ; eh bien ! pour adoucir votre douleur, songez qu’il est mort pour la liberté. — Ah ! c’est vrai, il est mort pour la patrie, répondit-elle, et ce fut la première consolation qu’elle voulut accepter.

Le dévouement de Viala lui valut les honneurs du Panthéon. Une gravure représentant ses traits fut distribuée dans toutes les Écoles primaires. On trouve dans l’hymne admirable que Chénier a intitulé le Chant du départ, la strophe suivante qu’il a placée dans la bouche d’un enfant :

De Barra, de Viala le sort nous fait envie ;
Ils sont morts, mais ils ont vaincu.
Le lâche, accablé d’ans n’a point connu la vie :
Qui meurt pour le peuple a vécu !
Vous êtes vaillants, nous le sommes ;
Guidez-nous contre les tyrans :
Les républicains sont des hommes,
Les esclaves sont des enfants.

VICTOR (Claude PERRIN), duc de BELLUNE, dit[modifier]

né le 7 décembre 1764, à la Marche (Vosges), entra au service comme soldat dans le 4e régiment d’artillerie le 16 octobre 1781 ; il y demeura jusqu’au 1er mars 1791, époque à laquelle il obtint son congé absolu, moyennant la somme fixée par les ordonnances, et s’établit à Valence (Drôme). Il fit partie de la Garde nationale de cette ville comme grenadier, et, le 21 février 1792, il fut nommé adjudant sous-officier par le 3e bataillon des volontaires de la Drôme, dans lequel il servit en cette qualité jusqu’au 4 août, époque de sa promotion au grade d’adjudant-major capitaine dans le 5e bataillon des Bouches-du-Rhône. Chef de bataillon au même corps le 15 septembre suivant, il alla rejoindre l’armée d’Italie avec laquelle il fit les campagnes de 1792 et 1793. Il était avec son bataillon fort de 600 hommes environ au village de Coaraza, dans le comté de Nice, lorsque 3.000 Piémontais et un régiment d’émigrés vinrent l’attaquer avec fureur. Il se défendit courageusement, et, à la suite d’un combat de plusieurs heures, il força l’ennemi de se retirer après avoir éprouvé des pertes considérables. Ce fait d’armes remarquable fut mis à l’ordre de l’armée.

Après ces deux campagnes, Victor fut envoyé au siège de Toulon, où, à sou arrivée, on lui donna le commandement d’un bataillon de chasseurs à la tête duquel il rendit d’importants services. Dans la nuit du 10 au 11 frimaire an II, avec 800 hommes, il enleva les redoutes et les retranchements qui couronnent la montagne du Pharon et passa au fil de l’épée la plus grande partie des troupes qui les défendaient. Le 11, il soutint avec succès un combat de six heures contre 6.000 hommes, et, malgré son infériorité numérique, il conserva le poste qui lui avait été confié. Sa conduite dans cette journée fut appréciée par les représentants du peuple Salicetti et Gasparin, qui le nommèrent adjudant-général chef de brigade sur le champ de bataille. Il fut immédiatement chargé du commandement des troupes formant la division de droite de l’armée de siège, et ce fut lui qui prépara et disposa l’attaque de la fameuse redoute anglaise l’Eguillette, dite le Petit-Gibraltar. Il marcha à la tête des grenadiers le 28 frimaire an II, y pénétra avec eux et s’en rendit maître quoique blessé grièvement de deux coups de feu. La prise de ce poste important, défendu avec la plus grande intrépidité par les Anglais, contribua beaucoup à celle de Toulon.

Après la reddition de cette place, les représentants Salicetti, Barras, Fréron et Ricord, le nommèrent provisoirement général de brigade, par arrêté du 30 du même mois. À peine guéri de ses blessures, il fut employé à l’armée des Pyrénées-Orientales, où il fit les guerres des ans II et III.

Chargé d’une fausse attaque sur Espolla, par le col de Bagnols, le 27 brumaire an III, il la dirigea avec une grande habileté et concourut à la prise des retranchements de cette place et de ceux de Saint-Clément. Il assista aux sièges et aux diverses attaques du fort Saint-Elme et de Collioure, et fut ensuite chargé de la surveillance des travaux à faire à ces deux places, de l’établissement des batteries des côtes et de la garde des frontières d’Espolla et de Roses. Il commandait une brigade au siège de cette dernière ville, et se trouva à sa capitulation le 13 nivôse an III. Confirmé dans son grade de général de brigade, par arrêté du gouvernement du 25 prairial de la même année, il passa à l’armée d’Italie en l’an IV et y fit la guerre jusqu’en l’an IX.

Le 10 vendémiaire an IV, l’avant-garde ennemie avait pris position sur un mamelon, en face de Borghetto, et avait commencé à s’y retrancher pour y élever des batteries de gros calibre. Le général Masséna, qui s’en était aperçu, ordonna au général Victor, commandant la 1re subdivision de droite, de chasser l’ennemi de ses positions et de détruire ses ouvrages. Dans la nuit du 10 au 11, Victor fit entourer le mamelon par deux colonnes, tandis que 100 grenadiers et 200 chasseurs, placés en observation, devaient empêcher les secours d’arriver. Le mamelon fut enlevé, nos soldats sautèrent dans les retranchements et tuèrent tout ce qui s’y trouvait. Quelques hommes seulement se sauvèrent à la faveur de la nuit. Les retranchements furent abattus, et on ramena quelques prisonniers.

Les 1er, 2 et 3 frimaire suivant, il contribua à la défaite des Autrichiens et des Piémontais à Loano et sur le Tanaro ; le 25 germinal, à celle du général Provéra, au château de Cossaria, et, le 27 du même mois, à la déroute du général Wukassowick à Dégo.

Le 19 thermidor, au combat de Peschiéra, le général Victor, à la tête de la 18e demi-brigade, culbuta l’ennemi sur tous les points et lui enleva 12 pièces de canon.

Le 18 fructidor an IV, au combat de San-Marco, avec la même demi-brigade, il perça la ligne ennemie par le grand chemin ; la résistance fût longue et opiniâtre ; pendant ce temps, le général Vaubois attaquait le camp de Mori ; après deux heures d’un combat acharné, l’ennemi plie partout : le général Victor entre alors, au pas de charge, dans la grande rue de Roveredo, et les Autrichiens évacuent la place, en laissant une grande quantité de morts et de prisonniers.

Le 25 du même mois, il fut envoyé avec sa brigade, pour compléter sur la rive droite de l’Adige l’investissement de Porto-Legnano, que le général Augereau cernait déjà sur la rive gauche et qui capitula le 27.

À l’affaire qui eut lieu le 29, le général Victor culbuta les troupes qui couvraient Saint-Georges et entra dans ce faubourg pêle-mêle avec elles. Cette circonstance donna lieu à un beau fait d’armes. Un bataillon de la 18e fut chargé par deux escadrons de cavalerie autrichienne ; non-seulement nos braves soldats soutinrent avec beaucoup de résolution cette charge impétueuse, mais ils poussèrent à leur tour les cavaliers avec tant de vigueur que tous ceux qui ne furent pas tués ou blessés mirent bas les armes et se rendirent prisonniers.

À l’affaire de Cerea, l’armée française était vigoureusement pressée par le général Wurmser ; Victor, avec un bataillon de grenadiers, rétablit le combat, dégagea l’armée, repoussa les ennemis, fit un grand nombre de prisonniers et reprit les canons qui nous avaient été enlevés. — Le 27 pluviôse an V, il partagea la gloire de l’armée et le succès qu’elle obtint à la bataille de Saint-Georges, où il fut blessé, et il contribua puissamment, à la tête des 18e et 57e demi-brigades, au gain de celle de la Favorite, où il fit mettre bas les armes à la division Provéra, forte de 7.000 hommes.

Le général en chef Bonaparte, satisfait de la conduite de Victor dans ces deux actions, le nomma provisoirement général de division sur le champ de bataille, et il en rendit compte au Directoire qui confirma cette nomination par son arrêté du 20 ventôse suivant. Immédiatement après l’affaire de la Favorite, le général Victor marcha sur Bologne avec un corps de troupes que suivit bientôt une réserve de grenadiers sous les ordres du général Lannes. Il s’empara d’Imola et se porta ensuite sur le Senio où s’étaient retranchés 3 à 4.000 hommes des troupes du pape ; l’engagement ne fut pas de longue durée ; les Romains furent culbutés et mis en déroute au premier choc : on leur tua 4 à 500 hommes, et on leur enleva huit drapeaux, 14 pièces de canon et plusieurs caissons chargés de munitions. L’ennemi qui s’était réfugié dans Faënza, en ouvrit les portes aux Français dès qu’ils se présentèrent. Le général Victor continua sans obstacles sa marche sur Ancône. Il parut devant cette place le 21 pluviôse an V, et s’en empara sans coup férir. On y trouva 120 bouches à feu et plus de 4.000 fusils. Lors de l’insurrection des États de Venise, il alla se réunir au général Kelmaine qui était à Vérone. Il se porta ensuite sur Vicence, et le 9 floréal ses troupes campèrent devant Trévise et Padoue. Lorsque l’armée se trouva réunie dans les provinces de terre ferme, Victor rétrograda sur l’Adige et prit position le long de cette rivière.

Pendant que ces événements se passaient à l’extérieur, les manœuvres royalistes du parti Clichien avaient été déjouées à l’intérieur, et des adresses de félicitations arrivaient de toutes parts au gouvernement. Nous empruntons au Moniteur du 26 thermidor an V l’adresse ridiculement déclamatoire que le général Victor, commandant la 8e division de l’armée d’Italie, fit alors parvenir au Directoire exécutif : « En écoutant le cri de nos cœurs, nous nous faisons un devoir de vous exprimer notre juste indignation. Quoi ! la République triomphante par ses armées de tous les efforts des despotes coalisés, est insultée, trahie et plus exposée que jamais ? Quoi ! après avoir forcé nos ennemis extérieurs à nous demander une paix qui nous couvre de gloire, toutes les lois constitutionnelles, pour lesquelles nous avons versé tant de sang, seraient anéanties ? Pensent-ils, ces implacables ennemis de nos concitoyens, que les armées n’existent plus ? Où ont-ils pu s’imaginer qu’elles resteraient tranquilles spectatrices de leurs forfaits ? Plutôt mille fois mourir ! ! ! Les vertueux patriotes persécutés, assassinés ; les prêtres protégés, sonnant partout le tocsin de la discorde et de la guerre ; les royalistes levant leurs têtes criminelles, provoquant le meurtre et l’assassinat ; les émigrés, dégouttant encore du sang de nos frères d’armes, rentrant en foule pour partager des crimes dont l’horreur fait frémir, font des atrocités que ceux qui combattent depuis six ans pour conquérir leurs droits ne peuvent plus tolérer ! ! ! Oui, nous jurons guerre impitoyable à tous les ennemis de la liberté, de la République et du gouvernement ! ! ! Nous voulons que les lois constitutionnelles soient respectées, exécutées, et qu’elles frappent sans pitié tous les ennemis de notre juste cause. Il est temps d’apporter un terme à l’excès de leurs abominations. Plus d’indulgence, plus de demi-mesure : la République ou la mort. »

Après le traité de paix conclu à Campo-Formio, le 26 vendémiaire an VI, le général Victor rentra en France. Il fut employé à l’armée d’Angleterre le 23 nivôse, passa au commandement de la 2e division militaire (Nantes) le 27 ventôse, et retourna à l’armée d’Italie le 14 floréal de la même année. Vers cette époque, le général Bonaparte, commandant en chef de l’armée expéditionnaire d’Orient, lui écrivait de Toulon : « Lorsque vous recevrez cette lettre, je serai à l’extrémité de la Méditerranée. Vous deviez venir avec moi, mais le gouvernement a cru vos services utiles ailleurs. Quelque part que je sois, comptez sur mon amitié, etc. » Bonaparte tint parole ; quant au général Victor, on verra plus tard comment il sut accepter et reconnaître ses bienfaits.

Victor prit part à la conquête du Piémont, se trouva avec sa division aux batailles de Sainte-Lucie le 6 germinal an VII, de Villa-Franca le 16 du même mois, d’Alexandrie le 23 floréal, et enfin aux sanglants combats de la Trébia les 29, 30 prairial et 1er messidor de la même année, où il fut blessé. Le lendemain, 2 messidor, la division Victor défendit, avec une grande énergie, le poste de Sainte-Marguerite qui fut attaqué, le 22 vendémiaire an VIII, par les Autrichiens, et il les contraignit à se retirer après leur avoir fait éprouver des pertes considérables. Le 13 brumaire suivant, à Fossano, il balança pendant longtemps la victoire, et ne se retira du champ de bataille que sur l’ordre formel du général en chef. Il n’évacua également Valdigi, où il se maintenait avec succès, que sur l’invitation réitérée qui lui en fut faite par le même général.

Appelé le 27 ventôse au commandement d’une division de l’armée de réserve, il contribua aux succès remportés sur le Tésin et sur le Pô pendant les mois de floréal et de prairial. Le 20 de ce dernier mois, il détermina le succès de la bataille de Montebello, et le 25, à Marengo ; placé en première ligne, il soutint pendant quatre heures les efforts de l’armée autrichienne, et contribua à la prise du village de Marengo.

Il reçut un sabre d’honneur le 17 messidor suivant. L’arrêté qui lui décerna cette récompense nationale était ainsi conçu : « Les Consuls de la République, voulant donner une preuve toute particulière de la satisfaction du peuple français au général de division Victor, commandant la gauche de l’armée à la bataille de Marengo, lequel s’est conduit avec autant de bravoure que d’intelligence, arrêtent ce qui suit : Le ministre de la guerre fera donner au général Victor un sabre sur lequel seront inscrits ces mots : Bataille de Marengo, commandée en personne par le premier Consul. — Donné par le gouvernement de la République au général Victor. »

Le 6 thermidor de la même année, il fut nommé lieutenant du général en chef de l’armée de Batavie, et exerça ces fonctions jusqu’au 21 thermidor an X, époque à laquelle il devint capitaine général de la Louisiane. Il conserva ce titre jusqu’au 17 prairial an XI, et fut alors appelé au commandement en chef de l’armée de Batavie.

Compris comme légionnaire de droit dans la 5e cohorte, il fut mis en disponibilité le 3 floréal an XII, fut créé grand officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial suivant, et nommé président du collège électoral du département de Maine-et-Loire. Envoyé comme ministre plénipotentiaire auprès du roi de Danemark le 30 pluviôse an XIII, il reçut la décoration de grand cordon de la Légion-d’Honneur le 15 ventôse de la même année.

En 1806, lors de la rupture avec la Prusse, il partit de Copenhague vers la fin de septembre pour rejoindre la grande armée, et fut nommé chef de l’état-major général du 5e corps, commandé par le général Lannes. Le 10 octobre, il était au combat de Saalfeld, et le 14, à Iéna, il reçut un biscaïen qui lui fit une contusion assez forte pour l’obliger de garder le lit pendant quelques jours. Ce fut lui qui signa, comme fondé de pouvoirs du maréchal Lannes, la capitulation de la forteresse de Spandau le 25 du même mois, et le 26 décembre suivant, il donna de nouvelles preuves de sa bravoure.

L’Empereur ayant organisé un 10e corps d’armée le 5 janvier 1807, en confia le commandement au général Victor, qui se mit aussitôt en marche pour aller faire le siège de Colberg et de Dantzig ; mais pendant qu’il se rendait à Stettin, en voiture avec son aide-de-camp et un domestique, il fut enlevé par un parti de 25 chasseurs ennemis qui battaient le pays. Échangé presque aussitôt par les soins de l’Empereur Napoléon, il fut chargé au mois de mai du siège de Grandentz, et le 14 juin suivant, en l’absence du maréchal Bernadotte, il commanda le 1er corps de la grande armée à la bataille de Friedland. Il détermina le succès de cette journée, et pour l’en récompenser, l’Empereur rendit le décret suivant : « Napoléon, empereur des Français et roi d’Italie, voulant donner au général de division Victor un témoignage éclatant de notre satisfaction pour les services qu’il nous a rendus, et notamment à là bataille de Friedland, nous avons décrété et décrétons ce qui suit : le général Victor est nommé maréchal de l’Empire. Donné en notre camp impérial de Kœnigsberg, le 13 juillet 1807. Signé, NAPOLÉON. »

Chargé du gouvernement de la Prusse après la paix de Tilsitt, il fut créé duc de Bellune en juillet 1808. Appelé au mois d’août suivant au commandement en chef du 1er corps destiné à opérer en Espagne, il se dirigea aussitôt sur Bayonne avec les troupes sous ses ordres.

À son passage à Paris, le 22 septembre, avec une colonne du 1er corps, le préfet de la Seine, à la tête du Conseil municipal, vint à sa rencontre jusqu’à la barrière de Pantin. Après une allocution dans laquelle il énumérait les services éclatants de la grande armée ; ce magistrat remit au 1er corps des couronnes d’or offertes par la ville de Paris. Le maréchal duc de Bellune répondit en ces termes : « Monsieur le Préfet, messieurs les maires de la ville de Paris, les couronnes triomphales que vous venez d’offrir au 1er corps de la grande armée, au nom de la ville de Paris, orneront désormais ses aigles victorieuses ; les officiers, sous-officiers et soldats qui le composent ne verront jamais ces témoignages distingués de la considération et de la reconnaissance publique qu’ils ont tâché de mériter, sans se promettre de justifier le sentiment qui les a donnés. L’occasion s’en présentera bientôt, et là, comme sur les rives du Danube et de la Vistule, les soldats de la grande armée se montreront dignes de leur nom et des honneurs qu’ils reçoivent aujourd’hui. Ils acquerront, n’en doutez pas, de nouveaux droits à l’estime du grand peuple et à la bienveillance paternelle de notre auguste souverain, Napoléon le Grand. Vive l’Empereur ! » Ce cri fut répété de toutes parts ; alors au son d’une musique brillante et au milieu des plus vives acclamations, le préfet fixa sur les aigles les couronnes d’or votées par la capitale. Les troupes entrèrent ensuite dans Paris et se rendirent au jardin de Tivoli, où un banquet leur avait été préparé.

Le 1er corps d’armée poursuivit sa marche sur Bayonne, où il arriva du 20 au 30 octobre ; il entra par brigades sur le territoire espagnoles 22, 23, 25, 27 et 29 du même mois, et se trouva entièrement réuni à Vittoria et aux environs dans les cinq premiers jours de novembre.

Les 10 et 11 de ce mois, le duc de Bellune attaqua le général Blake à Espinosa de los Monteros et le battit complètement. Les Espagnols perdirent dans cette journée plus de 20.000 hommes, tués ou faits prisonniers, tous leurs bagages, 60 pièces de canon et leurs munitions. Blake se retira dans le plus grand désordre et atteignit Reinosa dans la journée du 12, où il rallia environ 7.000 fuyards, tristes débris d’une armée forte de 50.000 hommes, dix jours auparavant.

Le 30 du même mois, le 1er corps fut chargé de l’ attaque du défilé de Sommo-Sierra, qui fut emporté malgré les efforts et la vigoureuse défense de l’ennemi, qui perdit dans cette affaire toute son artillerie et un grand nombre de soldats. C’est dans cette journée qu’eut lieu la mémorable charge des lanciers polonais de la Garde impériale, qui contribuèrent puissamment à la victoire. Ce fait d’armes est l’un des plus beaux que présentent nos annales militaires. — Le 2 décembre de la même année, le duc de Bellune concourut à l’attaque de Madrid et après la prise de cette place, il se dirigea sur Tolède.

Le 18 janvier 1809, il mit en déroute, près d’Uclès, l’armée du duc de l’Infantado, qui s’était portée à sa rencontre, et à laquelle il fit perdre plus de 10.000 hommes et 40 pièces de canon.

Lorsque Napoléon eut décidé l’entrée des troupes françaises en Portugal, le 1er corps fut envoyé sur les frontières de l’Estramadure. Le 15 mars, il passa le Tage à Talavera de la Reina et à Puente de l’Arzobispo. Le 16, il marcha sur l’armée de Cuesta et la rencontra, le 17, retranchée sur la Ybor. L’ennemi fut forcé trois fois successivement dans ses diverses positions pendant la journée ; la fatigue des troupes empêcha d’aller au delà du dernier champ de bataille.

Le 18, la division Leval suivit les Espagnols sur Valdecannar et les y força encore. L’ennemi fut poussé de rocher en rocher jusqu’au col de Miravette, et l’armée de Cuesta, s’étant débandée, fut vivement poursuivie.

Le 28, le duc de Bellune attaqua et battit complètement, près de Medelin, le général Cuesta qui était parvenu à rallier son armée. Les Espagnols laissèrent près de 10.000 hommes sur le champ de bataille et perdirent neuf drapeaux, 19 pièces de canon et 7.000 prisonniers. Malgré ce succès décisif, le maréchal Victor ne put prendre part à l’invasion du Portugal ; l’arrivée de nombreuses troupes anglo-portugaises rendait sa présence indispensable sur la ligne de la Guadiana au Tage. Son avant-garde ayant été attaquée, le 22 juillet, en avant de Talavera de la Reina, elle dut évacuer cette position pour ne point se compromettre dans une lutte trop disproportionnée ; le 1er corps se retira donc sur Tolède et fit sa jonction, le 23, avec les troupes que le roi Joseph avait amenées à Madrid. L’armée française présentait alors sur ce point une force d’environ 40.000 hommes, tandis que celles des Anglais, des Portugais et des Espagnols réunis, sous le commandement de sir Arthur Wellesley (depuis duc de Wellington), n’étaient pas de moins de 80.000 combattants.

Le 27 juillet, à la pointe du jour, parti de Santa Olalla, le roi Joseph mit ses colonnes en mouvement. L’ennemi occupait le terrain qui s’étend depuis Talavera de la Reina jusqu’au delà des coteaux de Medelin, et qui embrasse un développement de 3 kilomètres environ. Les Français arrivèrent vers une heure sur les hauteurs de Salinas, à la gauche d’Alberche. Le 1er corps passa cette rivière à gué et surprit la division du général Mackenzie, postée à la tour de Salinas, et qui fut obligée de se replier précipitamment. L’attaque du duc de Bellune avait été si soudaine que sir Arthur Wellesley, qui se trouvait dans cette position d’où il observait les mouvements de ses adversaires, fut sur le point d’être fait prisonnier. Le maréchai attaqua vigoureusement la colline de Medelin, clef de la position, et qui était occupée par le général Hill, mais il ne put s’en emparer malgré les efforts des divisions Ruffin et Villatte. Le lendemain 28, il renouvela ses tentatives ; le combat fut long et opiniâtre, et le succès longtemps indécis ; mais enfin, foudroyés par l’artillerie que les Anglais avaient amenée sur ce point pendant la nuit, les Français furent obligés de revenir à leur première position. Cette journée, connue sous le nom de bataille de Talavera de la Reina, où le duc de Bellune se signala et où chaque armée conserva ses positions, coûta aux Anglo-Espagnols 7.500 hommes tués ou blessés ; la perte des Français fut à peu près égale. Le 29, l’armée impériale repassa l’Alberche, et Joseph, n’espérant plus vaincre une armée dont l’effectif était double de la sienne, opéra sa retraite sur Madrid. L’Empereur, reconnaissant des services rendus par le duc de Bellune, déjà richement doté par lui, ne l’oublia pas dans la distribution qu’il fit à ses généraux, en juillet 1809, des domaines du Hanovre. Il fit don à ce maréchal des terres de Harpstedt et d’Heiligenrode, d’un revenu de 23.045 fr. 87 cent. de rentes.

Après la victoire d’Ocaña, remportée par les Français le 18 novembre, le maréchal pénétra en Andalousie et traversa sans obstacles la Sierra depuis Almaden. Après avoir envoyé quelques reconnaissances sur Santa-Eufemia et Belalcazar, il marcha sans artillerie et sans bagages sur Andigar, où il se réunit aux autres corps. — Poursuivant son mouvement en avant, il entra le 23 dans Cordoue et s’y arrêta pendant quelques jours. De là, il se porta sur Séville, arriva en vue de ses murailles vers la fin de janvier 1810, y entra le 1er février et prit aussitôt la route de l’ile de Léon dont il atteignit les environs et forma le blocus le 5 du même mois. Il commença ensuite le siège de Cadix, et pendant trente mois il fit échouer toutes les tentatives de l’ennemi.

La junte de Cadix, ayant conçu le projet d’éloigner de cette place les forces dont se composait la ligne assiégeante, et même d’obliger les Français à se retirer entièrement, prépara les moyens d’exécution qu’elle crut propres à assurer le succès de cette entreprise. Des troupes partirent de Cadix et allèrent débarquer à Algésiras où elles se réunirent à celles commandées par don Antonio Begines de los Rios. Toutes ces troupes, formant un effectif d’environ 20.000 hommes, et 24 pièces de canon, mirent à la voile le 26 janvier 1811 et arrivèrent le lendemain, 27, à Tarifa, d’où elles se portèrent, le 28, sur Chiclana ; mais leur marche fut retardée par les obstacles de toute nature qu’elles rencontrèrent et surtout par le mauvais état des routes qui ne permit le passage de l’artillerie qu’avec la plus grande difficulté. Le maréchal Victor n’eut pas plutôt avis de ce mouvement qu’il se porta vers l’ennemi avec environ 6.000 hommes. Le 5 mars, les Anglo-Espagnols se présentèrent sur la route de Chiclana. Dissimulant son infériorité numérique par l’habileté de ses manœuvres, le maréchal Victor culbuta l’avant-garde ennemie et l’accula à la mer. Peu d’instants après, une action sanglante s’engagea sur le coteau de la Cabeza del Puerco, autrement dit de la Barrosa ; l’ennemi y perdit 1.500 hommes tués ou blessés, et fut obligé de rentrer à Santi-Pietri, laissant entre les mains des Français trois drapeaux et quatre pièces de canon. Le duc de Bellune ne vit pas la fin du siège de Cadix, il fut appelé à faire partie de la grande armée le 3 avril 1812, et prit le commandement du 9e corps.

Au mois d’août suivant, le 9e corps fort de 30.000 hommes, et destiné à former la réserve, partit de Tilsitt pour se rendre à Wilna.

Lors de la retraite de Moscou, il enleva, le 14 novembre, la position de Moliany et s’y maintint malgré les efforts d’un corps de 45.000 Russes. Le 25, il reçut l’ordre de suivre le mouvement du duc de Reggio sur le pont de Studzianca (Bérésina), de couvrir la retraite en formant l’arrière-garde et de contenir l’armée russe de la Dwina qui le suivait.

Pendant tout cette désastreuse retraite, le duc de Bellune ne cessa de donner des preuves de courage, de sang-froid et de dévouement. Revenu en France avec les débris de nos glorieuses phalanges, le duc de Bellune fut nommé commandant en chef du 2e corps de l’armée d’Allemagne le 12 mars 1813. Il combattit vaillamment à Lutzen, à Wachau, où il repoussa jusqu’à six fois les attaques opiniâtres des troupes ennemies, et à Leipzig où il se couvrit de gloire. Après cette campagne, il prit le commandement d’un corps destiné à protéger les frontières de l’Est contre l’invasion étrangère ; mais, trop faible pour s’opposer efficacement aux masses qui se présentaient, il dut se replier successivement sur la Moselle, sur la Meuse, sur l’Ornain et sur la Marne. Il coopéra de tous ses moyens aux succès de la journée de Brienne, le 29 janvier 1814, et commanda le centre de l’armée, le 1er février suivant, à la bataille de la Rothière, où 36.000 Français luttèrent avec courage contre 106.000 hommes de l’armée de Silésie.

Le 17 février, à Marmont, il mit en déroute le corps du comte Pahlen, et battit le général bavarois Lamotte, près de Valjouan. Il fit dans cette journée 3.000 prisonniers et enleva 16 pièces de canon. Dans sa marche sur Montereau, il s’arrêta à Salins (Seine-et-Marne) pour y prendre quelques heures de repos, et ce retard fit manquer, dit-on, l’occupation des ponts, et lui attira de vifs reproches de la part de l’Empereur. L’amour-propre du maréchal en fut profondément blessé, et on prétend que c’est à ce motif seul que sont dus l’empressement qu’il mit à accueillir les Bourbons et la conduite étrange qu’il tint plus tard envers son bienfaiteur. Le 7 mars à la bataille de Craonne, il fut atteint d’un coup de feu qui le mit hors de combat.

Après l’abdication de l’Empereur, le duc de Bellune fut nommé chevalier de Saint-Louis, le 2 juin 1814, et Louis XVIII lui confia le gouvernement de la 2e division militaire le 6 décembre de la même année. — Lors de la rentrée en France de l’Empereur, ce maréchal se rendit dans son gouvernement, et, le 10 mars 1813, il était à Sedan où il publia l’ordre du jour suivant2 : « L’ordonnance du roi et la proclamation de Sa Majesté du 6 de ce mois annoncent aux Français le nouvel attentat de Bonaparte à la paix et au bonheur dont ils jouissent sous le gouvernement paternel de leur souverain légitime et justement chéri ; mais elles annoncent en même temps le châtiment prochain de ce nouveau crime. Déjà nos troupes sont à la poursuite de son auteur, et tout fait espérer qu’il touche au terme de sa funeste existence. Cependant si cette espérance était un instant déçue, si les desseins perfides de Bonaparte trouvaient des partisans assez nombreux pour en seconder l’exécution, quel est l’homme d’honneur qui hésiterait à les combattre ? Tous les Français sont donc prêts, s’il le faut, à repousser leur ennemi : car c’est l’homme qui a tyrannisé, désolé et trahi la France pendant douze ans qu’il faudrait poursuivre, ainsi que les satellites qui l’assisteraient dans ses brigandages ; c’est l’honneur national, le roi, la charte constitutionnelle, la patrie enfin qu’il faudrait défendre. Soldats, vos sentiments me sont connus, et si nous sommes appelés à concourir à la destruction des factieux, nous remplirons nos devoirs, nos serments, et notre auguste et bon roi sera satisfait. Au quartier-général, à Sedan, le 10 mars 1815. Signé, LE MARÉCHAL DUC DE BELLUNE. »

Le maréchal partit ensuite pour Châlons-sur-Marne, où il arriva le 16 ; de là il se dirigea sur Paris où il passa les journées des 17 et 18, et c’est de là qu’il adressa, le 18, aux colonels de son corps d’armée, une circulaire ainsi conçue3 : « Monsieur le Colonel, la voix de noire auguste monarque a été entendue ; la majeure partie des peuples du royaume s’arment pour défendre la patrie, le trône et les lois. Je suis l’heureux témoin de l’enthousiasme des habitants et des troupes de la capitale en faveur de cette cause sacrée. Tout me donne la douce espérance que bientôt la France sera pour jamais délivrée de son ennemi, et qu’elle jouira, sous la protection de la charte constitutionnelle et de son souverain légitime, du bonheur qu’elle mérite et de la considération que les autres nations ne peuvent lui refuser. Cependant des émissaires, soudoyés par Bonaparte, parcourent les campagnes pour en séduire les crédules habitants et pour nous jeter encore dans toutes les calamités d’une révolution pire que celle qui a coûté tant de sang à notre chère patrie. La perfidie de leurs suggestions doit s’étendre jusque sur les troupes ; ils vont tenter d’égarer les soldats ; que ceux-ci se défient de leurs odieuses manœuvres et se préservent de l’horreur d’y prendre part. Rappelez-leur qu’ils ne sont point les soldats d’un parti, mais bien ceux de la France menacée qu’ils doivent défendre. Leurs familles attendent d’eux toute leur sécurité ; la France entière compte sur leur fidélité ; elle réclame leurs services, ils ne seront pas sourds à cette voix imposante. Recueillez donc MM. les officiers et les sous-officiers de votre régiment, faites-leur connaître la position affreuse où Bonaparte veut encore nous réduire pour satisfaire ses passions violentes aux dépens de la fortune, de la tranquillité et du sang des Français. Dites-leur surtout une grande vérité, c’est que si les troupes chargées de défendre leur pays s’écartaient de leur devoir, et si, oubliant ce qu’elles doivent à la patrie et à leur roi, elles commettaient la lâcheté de se livrer aux rebelles, elles verraient sous peu les troupes étrangères sur notre territoire, toutes les horreurs d’une guerre dont elles seraient la cause et la perte honteuse et irréparable de l’honneur national. La guerre qui nous est suscitée, monsieur le colonel, est celle de la trahison contre la fidélité, de l’iniquité contre la justice, de la honte contre l’honneur. Les troupes françaises ont le choix de l’une ou de l’autre cause ; mais je ne leur ferai point l’injure de leur indiquer celle qu’elles doivent embrasser. — Paris, le 18 mars 1815. Signé, le maréchal duc DE BELLUNE. »

Parti de Paris le 19, le maréchal arriva le 20 à Châlons, où il trouva toutes les troupes de son commandement réunies. Les bruits de l’arrivée de l’Empereur à Paris l’engagèrent à porter une partie de son corps d’armée sur la rive droite de la Marne, dans les diverses directions de Paris. Mais les troupes, informées de la marche triomphale de l’Empereur, prirent successivement les couleurs nationales et manifestèrent hautement leur peu de sympathie pour le gouvernement des Bourbons. Le duc de Bellune, voyant son autorité méconnue et craignant d’être arrêté, prit la fuite et alla rejoindre le roi. Il rentra au mois de juillet et fut nommé Pair le 17 août, puis major général de la Garde royale, et le 12 octobre, président de la commission chargée d’examiner la conduite des officiers de tous grades qui avaient servi pendant l’usurpation.

Le 10 janvier 1816 le duc de Bellune fut pourvu du gouvernement de la 16e division militaire, fut commandeur de l’ordre do Saint-Louis, et grand-croix après le mariage du duc de Berri, dont il signa le contrat, puis enfin chevalier commandeur de l’ordre du Saint-Esprit. Ministre de la guerre le 14 septembre 1821, il prépara la campagne d’Espagne de 1823, et fut nommé major général de l’armée d’Espagne le 17 mars ; mais le duc d’Angoulême ne voulut point l’agréer. Il reprit alors son portefeuille, entra dans le conseil privé ; fut commandant en chef du camp de Reims au sacre de Charles X, et membre du conseil supérieur de la guerre en 1828. Il prêta serment en 1830 au nouveau gouvernement, mais se tint éloigné des affaires. Il est mort en 1841.



2. Moniteur de 1815, p. 290.
3. Moniteur de 1815, p. 312.

VILLENEUVE (Pierre - Charles - Jean - Baptiste - Sylvestre)[modifier]

amiral. Né le 31 décembre 1765, à Valensoles (Basses-Alpes), entré dans la marine à l’âge de 15 ans, capitaine de vaisseau à peine âgé de 30 ans, contre-amiral en 1796.

Servit constamment pendant la guerre de la Révolution, et se distingua notamment à Aboukir, où il commandait l’arrière-garde.

Commandant en chef des forces navales stationnées aux îles du Vent en 1802, vice-amiral en 1804. Commandant de l’escadre de Toulon.

Fait prisonnier par les Anglais à la malheureuse affaire de Trafalgar, malgré les prodiges qu’il fit pour fixer la victoire. — Renvoyé en France en 1806, Villeneuve s’est donné la mort le 23 avril de la même année.

« Avec plus de vigueur au cap Finistère, Villeneuve eût pu rendre l’attaque de l’Angleterre praticable. Son apparition avait été combinée de très-loin avec beaucoup d’art et de calcul, en opposition à la routine des marins qui entouraient Napoléon ; et tout réussit jusqu’au moment décisif ; alors la mollesse de Villeneuve vint tout perdre. » (LAS CASES.)

« Villeneuve, lorsqu’il fut fait prisonnier par les Anglais, fut tellement affligé de sa défaite, qu’il étudia l’anatomie pour se détruire lui-même. À cet effet, il acheta plusieurs gravures anatomiques du cœur, et les compara avec son propre corps, pour s’assurer exactement de la position de cet organe. Lors de son arrivée en France, je lui ordonnai de rester à Rennes et de ne pas venir à Paris. Villeneuve craignant d’être jugé par un conseil de guerre, pour avoir désobéi à mes ordres, et conséquemment avoir perdu la flotte (car je lui avais ordonné de ne pas mettre à la voile et de ne pas s’engager avec les Anglais), résolut de se détruire. En conséquence, il prit ses gravures du cœur, les compara de nouveau avec sa poitrine, fit exactement an centre de la gravure, une longue piqûre avec une longue épingle, fixa ensuite cette épingle, autant que possible, à la même place, contre sa poitrine, l’enfonça jusqu’à ia tête, pénétra le cœur et expira. Lorsqu’on ouvrit sa chambre, on le trouva mort ; l’épingle était dans sa poitrine, et la marque faite dans la gravure correspondait à la blessure de son sein. Il n’aurait pas dû agir ainsi, c’était un brave, bien qu’il n’eût aucun talent. » (O’MÉARA.)

T Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 W