Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ADALBAUD, Saint

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ADALBAUD ou ADALBALDE (Saint), mari de sainte Rictrude, était un des principaux seigneurs de la cour de Dagobert I et de son fils Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne ; mais ses vertus le rendaient plus illustre encore que sa noblesse et que le titre de duc ou de seigneur de Douai qu’il paraît avoir porté. Sa mère se nommait Gerberte et était fille de sainte Gertrude ou Geretrude, qui fonda le monastère de Hamage, près de Marchiennes, où elle passa les dernières années de sa vie. Son père, qu’il perdit de bonne heure, s’appelait Rigomer. L’un de ses frères, Erchinoald, fut, dans la suite, maire du palais, sous la régence de la reine Bathilde ; l’autre, appelé Sigefroi, épousa sainte Berthe, laquelle, devenue veuve, bâtit le monastère de Blangy, en Artois.

Saint Amand, qui, pendant la jeunesse d’Adalbaud, prêchait déjà la foi dans nos provinces, le connut de bonne heure et entretint avec lui des rapports d’une intime amitié. Ce fut même par ses conseils et pour les services qu’il en avait reçus, qu’Adalbaud contribua plus tard, vers 643, à la première fondation du monastère de Marchiennes. En sa qualité de noble leude du royaume, il fréquenta d’abord la cour de Dagobert I, qui aimait à réunir autour de lui les fils des principales familles, afin de les faire former, sous ses yeux, à l’étude des lettres et à la vie militaire, et de les attacher ainsi par des liens étroits à sa dynastie. Adalbaud se distingua par de brillantes qualités, sut se faire aimer de ses frères d’armes et des nobles du palais, et inspira au roi lui-même une grande confiance en sa bravoure et en sa fidélité. En 635 ou 636, il fit partie d’une expédition militaire que Dagobert I envoyait, sous la conduite du référendaire Chadoin, contre les Gascons, peuple belliqueux et insoumis qui s’était soulevé en faveur des enfants de Charobert II. Vers cette époque, Adalbaud connut, dans les environs de Toulouse, l’illustre famille du seigneur Ernold, dont il demanda et obtint la fille Rictrude en mariage. Saint Amand, après l’injuste exil auquel Dagobert l’avait condamné, s’était retiré dans cette contrée, et l’on croit qu’il consacra l’union d’Adalbaud et de Rictrude. Tous deux le regardaient comme leur guide, leur père spirituel, et la famille de Rictrude, l’une des plus puissantes de la Gascogne, portait un vif intérêt à l’illustre exilé, qui avait opéré un grand bien dans ce pays par ses prédications. Ce mariage avait reçu l’approbation de tous les parents de Rictrude, à l’exception de ceux qui voyaient avec dépit l’alliance d’une princesse de leur sang avec un Franc d’Austrasie. L’antagonisme des races du Midi et du Nord était encore très-vif à cette époque : les guerres si longues et si meurtrières qu’eurent à soutenir dans la suite les successeurs de Dagobert le témoignent suffisamment. Adalbaud lui-même devait devenir un jour la victime de cette farouche animosité et de cette aveugle antipathie.

De retour dans ses domaines d’Ostrevant, avec son épouse, il continua de donner l’exemple des vertus que l’on avait admirées en lui dès son adolescence. Souvent il recevait dans sa demeure les missionnaires qui allaient annoncer partout la bonne nouvelle de l’Évangile. Saint Amand, rappelé de son exil, et saint Riquier étaient particulièrement liés avec sa famille, qui recourait avec bonheur à leurs conseils. Les enfants que le ciel avait accordés à ces pieux époux marchèrent sur leurs traces dans la voie du bien. Tous, au nombre de quatre, sont honorés d’un culte public ; l’aîné, saint Mauront, fut abbé de Breuil ; la bienheureuse Clotsinde devint abbesse de Marchiennes ; sainte Eusébie ou Ysoir gouverna le monastère de Hamage, où la bienheureuse Adalsinde, sa sœur, était religieuse.

Un jour Adalbaud fut obligé d’entreprendre un voyage en Aquitaine[1], pour des causes que les anciens historiens de sa famille n’indiquent point. A son départ, Rictrude ne put s’arracher de ses bras et eut le cœur rempli de tristes pressentiments qui ne devaient que trop tôt se réaliser. En effet, Adalbaud arrivé dans les environs de Périgueux, fut attaqué à l’improviste par des hommes de la famille même de Rictrude qui brûlaient d’assouvir leur haine invétérée. L’infortuné seigneur succomba sous leurs coups, dans les vastes solitudes du Périgord, vers l’an 645, et alla recevoir dans le ciel la récompense de sa piété et de ses bonnes œuvres. La nouvelle de cet assassinat arriva promptement aux oreilles de Rictrude. Sa douleur fut profonde ; mais, résignée à la volonté de Dieu, elle s’efforça de calmer par la prière l’amertume de sa tristesse et de consoler ses enfants. Elle fit rendre les honneurs funèbres à son époux et obtint, peu après, que sa dépouille mortelle lui fût rendue. Des miracles opérés auprès de ces vénérables reliques déterminèrent le culte qu’on rendit à Adalbaud presque aussitôt après sa mort, et dans les contrées d’où il était originaire, et dans le Périgord où il fut assassiné.

On lui donne ordinairement le titre de martyr, soit parce que, à cette époque, on désignait sous ce nom les personnes d’une haute vertu qui mouraient de mort violente, soit parce qu’on croit qu’un motif religieux n’était pas tout à fait étranger à ce meurtre, dans un pays où il y avait encore un assez grand nombre d’idolâtres.

Son corps fut déposé dans un tombeau que Rictrude avait fait préparer au monastère d’Elnon, du vivant même de saint Amand[2]. Dans la suite, la tête, qu’on avait voulu conserver au lieu du premier enterrement, en Aquitaine, fut transportée à Douai, comme le relate un ancien manuscrit de l’église de Saint-Amé. Cependant, d’après Raissius, ce n’était pas la tête, mais un bras de saint Adalbaud que l’on conservait dans cette collégiale. Il existait autrefois dans cette même église une chapelle avec un autel dédié à saint Mauront et à ses parents. De temps immémorial leurs statues, renfermant des parcelles de leurs reliques, y étaient exposées à la vénération publique. La première représentait saint Adalbaud, revêtu d’une robe fleurdelisée, tenant dans la main droite un livre, dans la main gauche une épée. Entre saint Adalbaud et sainte Rictrude était saint Mauront, leur fils, revêtu d’une large robe ayant un sceptre ou bâton abbatial dans la main droite et dans la main gauche un édifice muni de tours, figurant le monastère de Breuil ; puis venait sainte Rictrude, en habit de bénédictine et tenant aussi en main un édifice qui représentait l’abbaye de Marchiennes.

Nos hagiographes placent la fête de saint Adalbaud au 2 février, qui est sans doute le jour de sa mort ou celui de la translation de ses reliques. Les actes de sa vie ont été publiés par les Bollandistes, dans les Acta SS. Februarii, t. I, p. 295, avec un commentaire du père Henschenius, que Ghesquière a reproduit avec quelques corrections dans les Acta SS. Belgii, t. II, p. 393.

P. F. X. de Ram.


  1. Proprement la Gascogne. Hucbald en parle en ces termes : A pago Austrobantinense, ubi etiam pluribus locupletabatur (Adalbardus) possessionibus, eundi Vasconiam nimium triste iter arripit.
  2. Dans un ancien poëme, écrit par un moine d’Elnon, on trouve les vers suivants :

    Te tua Marciadis prius, agnita, Jonathe virtus
    Traxit ad Elnonis frœna reqenda domus ;
    Tempore wasconicis quo dux Adalbaldus in oris
    Prædonum rigido cæsus ab ense cadit.
    Quem lacrymis suffusa genas Elnone recondit
    Rictrudis, tumulo claudit et ossa brevi.