Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ALAIN

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ALAIN, communément nommé ALANUS FLANDRENSIS, évêque d’Auxerre, né en Flandre au commencement du xiie siècle, mort à l’abbaye de Clairvaux, vers l’an 1183, après avoir abdiqué l’évêché d’Auxerre. Plusieurs écrivains le regardent à tort comme identique avec Alain de Lille, surnommé le Docteur universel, pareillement religieux cistercien, un peu plus jeune, mais beaucoup plus célèbre que lui. Ce qui prouve, selon dom Brial, que maître Alain de Lille, Alanus de Insulis, et l’évêque d’Auxerre, Alannus Flandrensis, ne sont pas une seule et même personne, c’est que celui-ci a toujours pris le titre d’évêque, même après qu’il avait renoncé à l’épiscopat, tandis que l’autre n’a jamais porté ce titre dans les épîtres dédicatoires de ses ouvrages, où il se nomme ; enfin, ce qui décide la question sans réplique, c’est que l’un, mort vers 1183, fut enterré à Clairvaux, et que l’autre, décédé en 1202, reçut la sépulture à Citeaux. Jusqu’à ces derniers temps, on voyait leurs tombeaux dans ces deux monastères. La double sépulture prouve suffisamment que ces deux personnages sont différents.

Le contemporain anonyme qui a placé la vie d’Alain d’Auxerre parmi les actes des évêques de ce diocèse, l’appelle Alanus Flandrensis. Mais il n’est pas prouvé qu’il soit né à Lille. Le livre des sépultures des moines de Clairvaux, ou plutôt l’inscription placée sur sa tombe, dit bien qu’il avait été élevé à l’école de la collégiale de Lille, mais ne dit pas qu’il était né dans cette ville : In quadam ecclesia oppidi famosi in Flandria, quæ Insula nuncupatur, a puero educatus. Mabillon, afin de donner un sens à la lettre 280 de saint Bernard, qui, pour faire un jeu de mots, paraît désigner Alain sous le nom de Regniacensis[1], pense qu’il pourrait bien être né à Renenghe, ou Reninghe, village de l’ancien diocèse d’Ypres sous le doyenné de Dixmude. Au reste, comme Alain ne fut jamais ni moine ni abbé de Regni, dans le diocèse d’Auxerre, la dénomination de Regniacensis ne semble pouvoir se rapporter qu’à son lieu de naissance. S’il était prouvé que l’évêque d’Auxerre fut l’auteur du commentaire sur les prophéties d’Ambroise Merlin, il ne resterait aucun doute sur le lieu de sa naissance, car l’auteur de cet écrit dit positivement qu’il était né à Lille, et qu’il était encore enfant lorsque Thierri d’Alsace prit, en 1128, possession du comté de Flandre. Mais les motifs allégués par dom Brial ne permettent pas d’attribuer le commentaire en question à l’évêque d’Auxerre. Alain entra fort jeune au monastère de Clairvaux. Il y eut pour maître saint Bernard, qui le fit nommer abbé de Larivour[2], à deux lieues de Troyes en Champagne. Après avoir dirigé durant douze ans ce monastère, il fut élu, en 1152, évêque d’Auxerre. Pendant quinze ans environ, il gouverna sagement cette Église et fut chargé, soit par le roi, soit par le pape, de missions importantes. L’auteur de sa vie nous le représente comme un saint prélat soupirant après les exercices du cloître et s’ennuyant beaucoup dans le monde. Aussi abdiqua-t-il son évêché en 1167, et se retira-t-il d’abord à Larivour, ensuite à Clairvaux, où il finit ses jours vers l’an 1183. Cette date, cependant, n’est pas certaine, car, dans la Gallia Christiana nova, t. XII, p. 295, on cite de lui une charte de 1185 portant sa signature. Mais ce n’est pas une raison pour le faire vivre jusqu’en 1203 et de le confondre avec le Docteur universel. Si Alain d’Auxerre n’était pas un savant de premier ordre, ni un grand littérateur, comme son homonyme, il aimait au moins les livres. Il légua sa bibliothèque au monastère de Larivour. Martène, dans le Voyage littéraire, part. I, p. 94, dit avoir vu à Clairvaux un beau manuscrit du décret de Gratien, légué par Alain, avec défense de le déplacer pour quelque raison que ce pût être.

Les écrits qui paraissent lui appartenir incontestablement sont réunis dans les tomes CLXXXV et CCI de la Patrologie latine de Migne : 1° Cinq lettres adressées au roi Louis le Jeune, relatives aux contestations qu’il eut, vers l’an 1164, avec Guillaume IV, comte de Nevers, au sujet de certains droits seigneuriaux que chacun revendiquait dans la ville d’Auxerre. Voyez Migne, t. CCI, p.l383. Une charte de Godefroid, évêque de Langres, assisté des abbés de Pontigni et de Clairvaux, nous apprend que la contestation fut terminée par une sentence arbitrale (Ibid., p. 1387.) ; 2° Trois diplômes relatifs à des institutions monastiques (Ibid., loc. cit., t. III.) ; 3° Testamentum Alani. Par ce testament, reçu par Harduin, abbé de Larivour, et certifié véritable par lui en 1182, Alain lègue des calices, des livres et une ferme pour la fondation d’un anniversaire après sa mort. L’abbé Lebeuf conclut de cet acte qu’Alain mourut la même année, mais c’est à tort, car, comme il a été indiqué plus haut, on à deux chartes de lui d’une date postérieure, l’une de 1183 et l’autre de 1185. Casimir Oudin (De Scriptoribus ecclesiasticis, t. II, p. 1400) s’inscrit en faux contre ce testament, parce qu’il dérange son système, qui a pour objet de prouver que maître Alain, le Docteur universel, n’est autre que l’évêque d’Auxerre, ou du moins qu’il n’est pas impossible que ce dernier ait vécu jusqu’à l’année 1203 (p. 1390.) Le testament original se conserve aux archives de Troyes (Migne, op. cit.) ; 4° Une vie de saint Bernard, qui est la seconde parmi celles que Mabillon a publiées à la suite de son édition des œuvres du saint docteur ; elle est divisée en trente et un chapitres ayant en tête une épître dédicatoire à Ponce, abbé de Clairvaux, dans laquelle l’auteur prend la qualité d’ancien évêque d’Auxerre : Frater Alanus, antissiodorensis ecclesiæ humilis quondam sacerdos. Ponce devint le cinquième abbé de Clairvaux, en 1165, et fut promu, cinq ans après, à l’évêché de Clermont[3]. C’est dans l’intervalle de ces cinq années qu’Alain composa cet ouvrage qu’il paraît avoir entrepris pour hâter la canonisation du grand docteur, son ancien maître, à laquelle on travaillait depuis longtemps, et qui ne reçut le titre de saint qu’en 1174. Sa vie se trouve dans le tome CLXXXV de la collection de Migne ; 5° Pez, dans son Thes. anecd., t. III, part. 3, p. 630, parle d’un homéliaire manuscrit, sous le nom d’Alain, abbé de Sainte-Marie. Il est possible qu’Alain, n’étant encore qu’abbé de Notre-Dame de Larivour, ait composé ces sermons ; mais ce n’est qu’une conjecture ; 6° Antoine Augustin soupçonne qu’Alain d’Auxerre est auteur de la collection des constitutions ou décrets qui se trouve à la suite du troisième concile de Latran, sous le pape Alexandre III, dans les éditions des conciles. Selon dom Brial, c’est un fait plus incertain encore que celui qui concerne l’homéliaire indiqué par Pez. Henriquez, dans le Menologium Cisierciense, place Alain d’Auxerre, sous le 14 octobre, parmi les vénérables de l’ordre de Cîteaux. Sanderus le nomme, sous la même date, dans son Hagiologium Flandriæ, p. 115, de même que Miræus, dans ses Fasti Belgici et Burgundici, p. 611.

P. F. X. de Ram.

De Visch, Bibliotheca Scriptorum ord. Cisterciensis, p. 15. — Foppens, Bibl. Belg., t. I, p. 36. — Dom Brial, Histoire littéraire de la France, t. XIV, p. 354.


  1. Regniacensis regnare nullatenus permittatur. S. Bern., epist. 280.
  2. En latin Ripatorium. Voyez Gallia Christ. nοv., t. XII, p. 597.
  3. Voyez Gallia Christ, nov., t. IV, p. 801. — De Visch, dans sa Bibliotheca Scriptorum ord. Cisterciensis, p. 12, se trompe en disant avec Henriquez qu’Alain dédia la Vie de saint Bernard au bienheureux Pierre le Borgne (Monoculus), qui devint le huitième abbé de Clairvaux, en 1179, et mourut en 1186.