Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ALEN, André

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ALEN (André) ou ALENUS, poëte, né à Herck-la-Ville, au commencement du xvie siècle, mort à Hasselt le 30 juillet 1578.

Après avoir dirigé, pendant plusieurs années, l’école latine de sa ville natale, il obtint, jeune encore, l’emploi de recteur d’un collège public qu’on venait de fonder au chef-lieu actuel du Limbourg belge. Il remplit ces fonctions avec tant de succès que plusieurs familles notables et influentes des Pays-Bas le chargèrent de l’éducation de leurs enfants. Il connaissait très-bien le latin et le grec, et de nombreux passages de ses Héroïdes sacrées révèlent une érudition biblique peu commune. Jouissant « d’appointements honnêtes » (honesto honorario), il parcourut et termina sa paisible carrière entouré du respect et de la reconnaissance de ses concitoyens. Il y a quelques années, on lisait encore, à l’église paroissiale de Saint-Quentin de Hasselt, lieu de sa sépulture, l’épitaphe qu’il avait lui-même composée et qui ne brillait pas précisément par une modestie excessive :

HIC CUBAT ANDREAS MUSARUM CULTOR ALENUS,

QUI DOCUIT PUEROS NON SINE LAUDE DIU.
UT REQUIES ANIMÆ COELESTI DETUR IN ARCE,

EXOPTAT, ROGITES, LECTOR AMICE, DEUM.

Alen a laissé un recueil de poésies latines intitulé : Sacrarum Heroidum libri tres : in quibus præter alia plurima, quæ ad intelligendas Veteris et Novi Testamenti historias et pietatis incrementum conferunt, studiosæ juventuti utilia scituque dignissima continentur. Auctore Andrea Aleno, Eburone. Lovanii, Rutg. Velpius, 1574 ; in-8°. Paquot dit au sujet de ce livre : « Ce sont des lettres en vers élégiaques sous le nom de la plupart des saints et des saintes de l’Ancien et du Nouveau-Testament… Alenus s’est proposé pour modèle les Héroïdes d’Ovide ; mais il est fort au-dessous de l’οriginal. » Pour être complètement juste, le biographe aurait dû ajouter que, tout en restant au-dessous de son glorieux modèle du siècle d’Auguste, Alen se distinguait par des qualités estimables, a notamment par une érudition étendue et une latinité généralement pure. Quelques-unes de ses épîtres, entre autres celle de Noémi à Booz, se font remarquer par une naïveté pleine de charme. Il est vrai que cette naïveté est parfois poussée trop loin, par exemple, dans les remontrances d’Ève à Caïn, où la mère du genre humain déclare que, quoique peu habituée à écrire, elle se voit forcée de recourir à la plume, afin de faire connaître à son fils dénaturé les douleurs poignantes dont il inonde le cœur de ses parents !

Les Héroïdes sacrées sont dédiées à Catherine de Brandebourg, dame de Jauche et d’Assche, dont l’auteur élevait alors les enfants. Cette dédicace, écrite à Bruxelles le 15 juillet 1573, est peut-être la pièce la plus intéressante du volume. Blamant Platon, Euripide, Simonide et plusieurs autres des traits acérés qu’ils ont lancés contre le sexe le plus faible ; empruntant aux historiens de l’antiquité païenne les noms de la plupart des femmes qui se sont immortalisées par de mâles vertus ; énumérant et célébrant les qualités précieuses qui sont leur apanage chez tous les peuples et à toutes les époques ; évoquant le souvenir de celles qui se sont illustrées par le culte de la poésie, de la philosophie et de la science, Alen termine en plaçant les femmes au-dessus des hommes par leur piété envers Dieu, lequel, dit-il, ne fait pas de distinction entre les sexes. Le pédagogue du xvie siècle avait vaguement entrevu le vaste programme que, plus de deux siècles après, Legouvé devait réaliser avec autant de profondeur que d’éclat.

L’historien Mantelius rapporte que le collège public de Hasselt conserva longtemps une réputation méritée, grâce au zèle et au talent d’une phalange de professeurs formés par Alen.

J.-J. Thonissen.

Mantelius, Hasseletum. — Sweertius, Athenæ Belgicæ. — Foppens, Bibliotheca belgica. — Paquot, Mém. litt. — Hofman-Peerlkamp, De Vita Neerlandorum qui carmina latina cumposuerunt.