Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ARENBERG, Charles-Marie-Raymond, duc D’

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ARENBERG, Charles-Marie-Raymond, duc D'



ARENBERG (Charles-Marie-Raymond, duc D’), d’Arschot et de Croy, né le 1er avril 1721, au château d’Enghien, fils aîné de Léopold- Philippe-Charles-Joseph, se forma au métier des armes par les leçons et l’exemple de son père ; il fit sous ses ordres la campagne de 1743 sur le Rhin comme lieutenant-colonel du régiment d’Arberg infanterie. Après la bataille de Dettingen, où il se montra digne du nom qu’il portait, Marie-Thérèse le nomma colonel du deuxième régiment wallon qui venait d’être créé et auquel il donna son nom ; il prit part, à la tête de ce corps, aux campagnes de 1744 dans les Pays-Bas et de 1745 en Allemagne. Le 28 septembre 1746, l’Impératrice le promut au grade de général-major de ses armées ; au mois d’octobre de l’année précédente, il avait cédé le commande meut du 2e régiment wallon au prince de Stolberg, pour prendre celui du régiment de Baden-Baden. Il fut l’un des généraux qui, lors du siége de Maestricht par les Français, en 1748, reçurent l’ordre de s’enfermer dans cette place. La paix ayant été conclue à Aix-la-Chapelle, l’Impératrice le désigna pour servir aux Pays-Bas.

Dès l’année 1740 (15 décembre), il avait, ainsi qu’on l’a vu dans la notice précédente, obtenu la commission de grand bailli adjoint de Hainaut avec future succession ; ce fut en cette qualité qu’il représenta la reine de Hongrie et de Bohême dans son inauguration à Mons, le 4 mai 1744. En 1749, la charge de lieutenant et capitaine général de Hainaut et gouverneur de Mons étant devenue vacante par la démission du duc son père, Marie-Thérèse la lui conféra (16 mai).

La guerre terminée par la paix d’Aix-la-Chapelle avait fait reconnaître à la cour de Vienne la nécessité de prendre de nouveaux arrangements avec les puissances maritimes pour la sûreté des Pays-Bas ; dans cette vue, elle crut devoir demander aux états de ces provinces un subside extraordinaire et annuel de quatorze cent mille florins. Le prince Charles-Marie-Raymond d’Arenberg fut choisi pour faire cette demande, au nom de l’Impératrice, aux états de Hainaut et de Luxembourg : c’était en 1753. La même année, le duc Charles de Lorraine le chargea de se rendre dans le Franc-de-Bruges, pour visiter les environs de l’Écluse et proposer les moyens de faciliter l’écoulement des eaux qui inondaient souvent les terres des wateringues de ce quartier. Il s’acquitta avec succès de ces différentes commissions.

Nommé, en 1754 (17 mars), colonel propriétaire du régiment de Schulembourg infanterie, et, l’année suivante, lieutenant feld-maréchal (16 janvier), Charles-Marie-Raymond d’Arenberg quitta Bruxelles au mois de septembre 1756, pour se rendre à l’armée impériale en Bohême. La guerre de sept ans venait de commencer. Le 27 février 1757, il eut l’honneur d’être décoré de la Toison d’or par l’empereur François 1er en même temps que le feld-maréchal Brown, et tous deux en reçurent les insignes, à Vienne, le 6 mars, des mains de ce monarque. Quelques jours après, le maréchal et lui repartirent pour l’armée. D’Arenberg assista à la sanglante bataille de Prague (6 mai) ; il avait, le 28 avril, amené au général Brown, à Tuschkau, une vingtaine de mille hommes, malgré les Prussiens, qui avaient essayé de le couper près de Schlan. Lorsque la victoire de Kollin eut rétabli les affaires de l’Autriche, le feld-maréchal comte de Daun résolut de faire attaquer le poste important de Gabel que défendait le général Puttkammer, et ce fut sur les généraux d’Arenberg et de Macquire qu’il jeta les yeux pour cette entreprise. Ils l’exécutèrent brillamment : en dépit d’une vigoureuse résistance, la garnison se vit réduite à se rendre prisonnière de guerre. D’Arenberg contribua, par sa bravoure, par sa décision, par l’ardeur qu’il inspirait à ses soldats, à la défaite du général prussien de Winterfeld près de Görlitz, le 7 septembre : dans cette action, il était à la tête de toute l’infanterie, le comte de Colloredo, qui la commandait, ayant fait une chute de cheval pendant qu’on marchait à l’ennemi. A l’entrée de l’armée autrichienne en Silésie, la réserve fut placée sous ses ordres, et il alla, avec le général Nadasti, faire le siége de Schweidnitz : là encore il donna des preuves d’intrépidité et de talents militaires qui ajoutèrent à l’estime dont il jouissait dans l’armée. Schweidnitz prise, les deux généraux allèrent rejoindre le prince Charles de Lorraine : ce furent eux qui commencèrent l’attaque à la bataille que ce prince livra, près de Breslau, au prince de Bevern, et dans laquelle les Prussiens furent mis en déroute (22 novembre). Mais la victoire que Frédéric II remporta en personne sur l’armée autrichienne, à Leuthen (5 décembre), fit perdre à la cour impériale le fruit de ces succès.

Dans la campagne de 1758, où il commanda tantôt l’avant-garde et tantôt la réserve, le duc d’Arenberg, que Marie-Thérèse venait d’élever au grade de feldzeugmeister (général d’artillerie), se signala en plusieurs occasions, nommément le 6 octobre, lorsque, ayant opéré sa jonction avec le général Laudon en Lusace, ils défirent un corps prussien assez considérable. Mais il se fit surtout honneur à la bataille de Hochkirch (14 octobre), l’une des plus glorieuses pour les armes autrichiennes de toutes celles qui furent livrées pendant la guerre de sept ans. Il avait le commandement de l’aile droite de l’armée impériale : le comte de Daun lui donna l’ordre d’attaquer l’aile gauche des ennemis et de se rendre maître des redoutes qui la couvraient ; il l’aborda avec une telle résolution que, malgré une défense opiniâtre, il obligea les Prussiens de reculer : son infanterie enfonçait leurs rangs le sabre à la main ou la baïonnette au bout du fusil. Après qu’il se fut emparé des redoutes, il força et franchit les défilés qu’il lui avait été prescrit de passer. La bataille, commencée à cinq heures, était terminée à neuf : la victoire était complète. Dans son rapport à l’Impératrice, le comte de Daun mentionna spécialement les excellentes dispositions que le duc d’Arenberg avait prises. A l’issue de cette campagne, le duc reçut la plus belle récompense qu’il pût ambitionner : le chapitre de l’ordre de Marie-Thérèse, réuni, les 19 et 20 novembre, au quartier général de l’armée impériale, sous la présidence du comte de Daun, l’élut grand’croix de cet ordre, réservé au mérite et aux services militaires, et l’Empereur l’autorisa à en porter les insignes avec ceux de la Toison d’or.

Les deux campagnes suivantes le virent encore figurer parmi les chefs de l’armée autrichienne ; mais il n’y fut pas aussi heureux : le 29 octobre 1759, il essuya un échec. Le maréchal Daun, voulant couper à l’armée du roi de Prusse la communication de Wittenberg, lui avait ordonné de marcher à Kemberg ; il avait avec lui seize à dix-sept mille hommes. Arrivé sur les hauteurs de Schmölling, il trouva les ennemis rangés en bataille dans la plaine : c’étaient les corps des généraux de Rebentisch et Wunsch, qui lui étaient supérieurs en nombre. Dans le mème temps, le prince Henri de Prusse occupait Pretsch. Se trouvant par là entre deux feux, il prit le parti de se retirer vers Düben, et, dans ce mouvement, une de ses colonnes fut atteinte par les Prussiens, aux mains desquels elle laissa douze cents prisonniers. Les rapports officiels constatèrent toutefois qu’il avait fait tout ce que la prudence pouvait suggérer pour opérer sa retraite avec le moins de désavantage possible. A la terrible bataille de Torgau (3 novembre 1760), qui commença si bien et finit si mal pour l’armée autrichienne, il déploya une bravoure héroïque et prit des dispositions au-dessus de tout éloge : ce sont les propres termes de la relation qui fut publiée à Vienne. Dans cette sanglante affaire, il dut la vie à sa toison d’or : une balle le frappa à la poitrine ; elle lui aurait passé au travers du corps, si sa toison d’or, qui pendait de ce côté, n’eût fait bouclier à la côte. La meurtrissure qu’il reçut fut cependant assez grave pour l’obliger à quitter l’armée.

Soit qu’il ne se fût pas entièrement rétabli de sa blessure, soit pour toute autre raison, il ne fut pas employé dans la campagne de 1761 : c’est vainement, du moins, que nous avons cherché son nom entre ceux des généraux dont parlent les gazettes du temps comme y ayant pris part. En 1762, les hostilités en Allemagne se ralentirent, et des négociations de paix furent entamées entre les parties belligérantes ; ces négociations aboutirent aux préliminaires de Fontainebleau d’abord (5 novembre), et ensuite aux traités de Paris et de Hubertsbourg (10 et 15 février 1763), lesquels furent suivis de longues années de paix. Le duc d’Arenberg ne parut donc plus sur les champs de bataille. Marie-Thérèse, appréciant les services qu’il lui avait rendus, le revêtit des deux plus hautes dignités qu’il y eût dans l’ordre civil et dans l’ordre militaire de son Empire : celles de conseiller d’État intime actuel (10 janvier 1765) et de feld-maréchal (10 février 1766). Lorsqu’en 1754, il avait pris possession du grand bailliage de Hainaut, elle lui avait continué la faveur, qu’elle avait accordée à son père, de pouvoir nommer le magistrat de Mons.

Charles-Marie-Raymond d’Arenberg mourut en son château d’Enghien, le 17 août 1778, des suites de la petite vérole ; il n’avait que cinquante-sept ans. Marie-Thérèse, qui perdait en lui un serviteur dont le dévouement et le zèle étaient à toute épreuve, le regretta extrêmement[1]. Il avait épousé, le 18 juin 1748, Louise-Marguerite de la Marck, fille unique et seule héritière de Louis-Engelbert, dernier comte de la Marck, dont il eut six enfants.

Gachard.


  1. Le baron de Lederer, référendaire pour les affaires des Pays-Bas à la chancellerie de cour et d’État, à Vienne, écrivait, le 23 août 1778, au secrétaire d’État et de guerre Crumpipen, à Bruxelles : « Sa Majesté, aux pieds eo laquelle je me suis trouvé ce matin, a daigné me témoigner qu’elle étoit extrêmement affectée de la mort de M. le duc d’Arenberg, en ajoutant que ce qui la consoloit encore, c’étoit qu’elle venoit d’apprendre qu’il étoit mort en bon chrétien. » (Archives du royaume.)