Biographie nationale de Belgique/Tome 1/ARNOUL II (comte de Looz)

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ARNOUL II, fils d’Arnoul Ier, comte de Looz, commença son règne en 1101, selon Mantelius ; en 1099, suivant l’auteur de l’Art de vérifier les dates : double erreur peut-être, puisque le comte Gérard (voir Arnoul Ier) régnait encore à la première des deux dates citées. Il est toutefois certain qu’Arnoul avait déjà succédé à son frère en 1103, puisqu’il figure comme témoin dans une charte de cette année, par laquelle Henri IV, roi des Romains, règle les droits à percevoir à Olne, par les avoués du chapitre de Saint-Adalbert à Aix-la-Chapelle (Bulletin de la Commission royale d’histoire, 1re série, t. VIII, p. 301).

Guerrier intrépide, Arnoul mit bravement ses talents militaires au service de l’Église de Liége, dont il était un des principaux vassaux. En 1119, par déférence pour les désirs du pape Calixte II, il embrassa la cause de l’évêque Frédéric de Namur, à qui l’archidiacre Alexandre, nommé par l’empereur Henri V, disputait l’illustre siége de Saint-Lambert. Mais il paraît que le comte de Looz ne se distingua pas, cette fois, par un zèle excessif. « Le comte Arnoul, dit l’auteur de la chronique de Saint-Trond, tout en penchant du côté de Frédéric par esprit d’obéissance envers le pape, aimait à prendre une position moyenne entre les deux camps.[1] » II remplit un rôle plus énergique et plus franc, dans une guerre entreprise, dix ans plus tard, contre Gislebert, comte de Duras. Celui-ci, appliquant un système beaucoup trop suivi à cette époque, avait abusé de son titre de sous-avoué de Saint-Trond, pour exercer sur le territoire de cette ville une foule d’exactions et de rapines ; les choses en étaient venues au point que, malgré les protestations de l’évêque de Metz, co-propriétaire de la seigneurie, l’abbé Rodulphe avait été forcé d’abandonner son monastère et de prendre le chemin de l’exil, à la grande douleur des habitants de Saint-Trond, qui l’aimaient à cause de son administration généreuse et paternelle. Rodulphe et Théodgère, évêque de Metz, sollicitèrent et obtinrent le secours armé d’Alexandre, évêque de Liége, et de Waleran, comte de Limbourg et haut avoué de l’abbaye, auxquels se joignit Arnoul II avec ses troupes. Gislebert, de son côté, réussit à se procurer l’assistance de Godefroid le Barbu, comte de Louvain, et de Thierri d’Alsace, comte de Flandre. Après quelques engagements partiels, les deux armées se rencontrèrent, le 7 août, au village de Wilderen. La lutte fut d’abord favorable aux adhérents du comte de Duras. Déjà les Liégeois et les Limbourgeois se retiraient en désordre, lorsque Arnoul, à la tête de ses chevaliers et d’une compagnie de fantassins fournie par la ville de Huy, fit brusquement changer la face du combat. Enfonçant les lignes des Brabançons et des Flamands, il les contraignit à prendre la fuite, laissant plus de quatre cents d’entre eux sur le champ de bataille. Godefroid le Barbu y perdit même un étendard richement brodé en or, que lui avait donné sa fille, la reine d’Angleterre, et qu’il faisait conduire sur un char magnifique traîné par des bœufs. L’abbé Rodulphe fut réintégré dans ses fonctions ; mais la paix ne fut définitivement conclue qu’en 1131. Gislebert et Godefroid se rendirent à Liége, implorèrent le pardon de l’évêque et furent relevés des censures ecclésiastiques dont Alexandre, suivant les usages du temps, s’était empressé de les frapper.

Arnoul n’était pas moins remarquable par sa piété éclairée que par sa valeur et ses talents militaires. Il fut l’ami et le protecteur des célèbres abbés de Saint-Trond Thierri et Rodulphe. En 1128 ou 1131, il fonda l’abbaye d’Averbode, qui joua plus tard un rôle si important dans l’histoire du Brabant. Il en fit don à l’ordre des prémontrés, que saint Norbert venait de créer pour régénérer les mœurs du peuple, et obtint, en 1139, des lettres d’Innocent II, par lesquelles ce pape plaça le nouveau monastère sous la protection immédiate de l’Église romaine.

Arnoul jouissait d’une grande considération parmi ses contemporains et remplit, plus d’une fois, le rôle d’arbitre dans les différends survenus entre ses voisins. Il réussit notamment à amener une réconciliation entre Thierri VI, comte de Hollande, et Herman, comte de Cuyck, que divisaient des haines héréditaires. Il était accueilli avec une grande distinction à la cour des empereurs d’Allemagne, et son nom paraît fréquemment parmi ceux des témoins mentionnes dans les chartes octroyées par Henri IV, Henri V, Lothaire II et Conrad III.

En 1145, Arnoul céda son comté à Louis, son fils aîné. Il mourut probablement en 1146 et laissa plusieurs enfants de son mariage avec Alix de Bavière, à qui Mantelius donne à, tort le nom d’Agnès (Bertholet, Histoire du Luxembourg, t. IV, préf., p.xxvi). La victoire de Wilderen avait entouré son nom d’un éclat extraordinaire. Les habitants du pays de Looz conservèrent longtemps le souvenir de ce brillant fait d’armes, et, comme toujours, l’imagination populaire lui donna des proportions dépassant de beaucoup la réalité. Au milieu du xviie siècle, Mantelius, procédant avec sa naïveté habituelle, s’écriait encore : « Par quel panégyrique, héros illustre, pourrai-je dignement célébrer ta victoire ? A quel guerrier de l’antiquité dois-je te comparer ? Certes, l’honneur suprême de la guerre consiste à rétablir un combat chancelant, à arracher la victoire à un ennemi déjà vainqueur, à raffermir le courage des siens, à jeter la terreur dans l’âme de ses adversaires…. Si tu avais trouvé, pour célébrer tes actes, un historien de la taille de ceux de l’ancienne Rome, la patrie t’opposerait avec orgueil à tous les capitaines des âges écoulés ! » (Hist. loss., p. 97).

Le champ où Godefroid perdit sa bannière reçut le nom de Standaert, qu’il porte encore aujourd’hui.

J.-J. Thonissen.

Auteurs cités sous la vie d’Arnoul V.


  1. Rodulphe, abbé de Saint-Trond, étant en butte aux persécutions du comte de Duras et du duc de Lorraine, parce qu’il avait, lui aussi, embrassé le parti de Frédéric de Namur, Arnoul essaya de le réconcilier avec ses dangereux voisins. Ayant échoué dans cette tentative, il voulut au moins soustraire Rodulphe à leur vengeance et lui donna, en 1121, un asile au château de Looz.