Biographie nationale de Belgique/Tome 1/BARTHELS, Jules-Théodore

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BARTHELS (Jules-Théodore), avocat et publiciste, né à Bruxelles, le 15 juillet 1815, mort dans la même ville le 30 octobre 1855. Il fit ses premières études au Collège de Lille, entra, vers 1834, comme étudiant, à l’Université de Liége et devint, en 1838, à l’âge de vingt-trois ans, docteur en droit.

Doué d’un jugement prompt, d’une grande finesse d’esprit, d’une élocution tout à la fois facile, enjouée et incisive, il se fit immédiatement remarquer au barreau de Bruxelles et y conquit une des premières places à la suite d’un procès célèbre, motivé par une erreur judiciaire, la réhabilitation de Bonne et consorts. Les clients affluèrent dès lors chez lui ; mais ni le succès, ni l’abondance des travaux ne suffirent à calmer sa laborieuse ardeur : il fonda successivement deux journaux consacrés à l’examen des questions de droit administratif et de jurisprudence : La Belgique communale et La Belgique judiciaire. Ces deux publications périodiques eurent du retentissement, grâce au savoir et à la verve qu’y répandait à pleines mains leur fondateur, aidé de quelques collaborateurs habiles, et plusieurs des études qu’elles renferment resteront comme des judicieux commentaires sur des questions controversées de législation. Le talent incontesté de Barthels, son désintéressement, son dévouement sympathique à toutes les infortunes lui valurent, à la même époque (1847), un honorable témoignage de l’estime publique : il fut appelé à prendre place au conseil communal de Bruxelles. L’intelligente activité du jeune conseiller ne s’y manifesta pas avec moins d’éclat qu’au barreau. Il y fut le promoteur éloquent de toutes les mesures progressives et osa s’y montrer le partisan de la liberté commerciale alors que le principe du libre échange n’était encore considéré, par beaucoup d’esprits timides, que comme une dangereuse utopie ou une cause de bouleversement social. C’est, en grande partie, à ses efforts qu’il faut attribuer l’abaissement graduel des taxes communales sur le combustible et les denrées alimentaires. Esprit pratique, il voulait, en toutes choses, que le bien entrevu par la théorie entrât, le plus tôt possible, dans le domaine des faits et, non moins par ses actes que par ses paroles, il sut montrer qu’il n’était pas un défenseur purement abstrait des intérêts populaires. C’est ainsi que l’avocat surchargé de besogne voulut encore remplir, dès 1849, les délicates fonctions de visiteur des pauvres ; c’est ainsi que, déjà gravement atteint de la maladie qui devait l’enlever, il organisa, non sans de grandes fatigues, ses distributions économiques de vivres pour les ouvriers ; c’est ainsi que trois jours avant sa mort, alors que ses instants étaient comptés, il se fit porter au conseil communal pour y combattre l’adoption d’un nouvel impôt qu’il considérait comme préjudiciable aux classes ouvrières. Avant de pouvoir parler, il fut pris de défaillance ; mais sa force morale le ranimant et suppléant en quelque sorte à la vitalité qui s’en allait, il déploya, dans ce dernier discours, tant de spirituel bon sens que la mesure proposée fut rejetée par l’assemblée. Le talent oratoire de Barthels se composait bien moins des artifices enseignés par la rhétorique que de qualités innées : le naturel, la verve, une spirituelle bonhomie, et cette apparente absence d’art prêtaient un charme irrésistible à son argumentation. Ses plus habiles confrères lui ont, sous ce rapport, rendu hommage ; l’un d’eux, juge très-compétent en cette matière, l’a bien caractérisé en disant de lui : « On pouvait l’égaler, on n’eût pu l’imiter. Esprit délicat et cultivé, imagination toute fantaisiste, artiste sous la robe au moins autant qu’avocat, nul plus que lui ne savait plaire et intéresser dans l’exercice d’une profession peu riante de sa nature. Les questions les plus terre-à-terre, les détails de procédure les moins propres à réveiller l’auditoire ou le juge, prenaient, exposés par lui, un je ne sais quoi de piquant et d’un prévu qui chassait l’ennui et commandait l’attention[1]. »

Barthels, miné par une longue maladie, est mort à l’âge de quarante ans, en éveillant des regrets chez ceux-mêmes qui étaient le plus opposés à ses convictions politiques. Une foule émue, composée de plus de deux mille personnes, l’a suivi à sa dernière demeure, et trois discours ont été prononcés au bord de sa tombe : l’un, au nom du barreau, par M. Duvigneaud ; l’autre, par M. Funck, au nom des amis du défunt ; le troisième, par M. Fontainas, au nom de l’administration communale. Enfin, ses concitoyens, voulant lui donner un témoignage plus durable d’estime et de sympathie, lui ont élevé, par souscription, un monument funèbre au cimetière de Saint-Gilles lez-Bruxelles.

Félix Stappaerts.


  1. Auguste Orts. Belgique Judiciaire, t. XIII, n° 87.