Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BERTHOUT, Gauthier III

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BERTHOUT (Gauthier III), dit le Grand, succéda à son père, Gauthier II, en 1243. Allié à la famille souveraine de Brabant, par son mariage avec Marie d’Auvergne, il épousa constamment les intérêts du duc, sans ménager l’évêque de Liége. A l’époque où vivait Gauthier III, la seigneurie de Malines était encore divisée en deux parties : l’une comprenait la ville et ses dépendances, l’autre se composait des villages environnants. La première appartenait incontestablement à l’Église de Liége. La seconde formait le domaine de la puissante maison des Berthout. Gauthier, tout en continuant à exercer l’avouerie, dans la partie appartenant à l’évêque de Liége, se considérait probablement comme indépendant pour l’autre moitié, son patrimoine, annexé maintenant à la seigneurie ; à la suite de cette réunion, il prit le titre de seigneur de Malines. Le duc de Brabant, à qui Berthout devait hommage comme à son seigneur suzerain, pour les villages situés dans le duché et faisant partie du pays de Malines, ne contraria pas cette usurpation, qui plaçait une partie de la seigneurie sous sa dépendance ; d’autre part, le prélat de Liége ne pouvait agir contre les prétentions de Berthout, qui avait le puissant soutien du duc. Les évêques protestèrent, il est vrai, contre le titre que s’arrogeait Gauthier, mais leurs réclamations restèrent sans effet.

Henri de Gueldre en succédant, en 1246, à Robert de Torote, évêque de Liége et seigneur de Malines, ne tarda pas à s’apercevoir que la possession de la seigneurie était devenue à peu près illusoire pour son Église. Voyant ses droits méconnus et pressé par le besoin d’argent, il engagea Malines et quelques autres domaines au duc de Brabant, en garantie d’une somme que celui-ci lui prêta. C’est dès cette époque que Gauthier le Grand prit le titre de seigneur de Malines. Il existe une charte de 1251, par laquelle il octroie les dîmes de Duffel à l’abbaye de Saint-Bernard, dans laquelle il s’intitule : Dominus de Machlinia.

Sollerius observe que c’est le plus ancien document dans lequel un Berthout s’intitule ainsi. Dans les chartes de 1252, 1264, 1268, 1279, conservées aux archives de cette ville, il continue à porter le même titre. Malgré ses graves préoccupations, Berthout ne cessa de contribuer au développement de la commune. Lorsqu’en 1254 les Augustins vinrent s’établir dans ses murs, il favorisa largement l’érection de leur monastère. Bien que la seigneurie fût donnée en gage au duc de Brabant, l’évêque continuait à être considéré comme le véritable seigneur et les actes étaient donnés tant en son nom qu’en celui de Gauthier Berthout. Vers le milieu du xiiie siècle, de graves difficultés s’élevèrent entre l’évêque de Liége et les Liégeois : l’épuisement de ses finances contribuait à rendre la position plus critique. Ces circonstances étaient des plus favorables aux Berthout pour consolider leur pouvoir. Le prélat voulant contraindre les révoltés à l’obéissance par la force, appela à son secours le comte de Gueldre, le comte de Juliers et le duc de Brabant. Ce dernier établit son camp devant Saint-Trond. Après quelques jours de siége, la place céda et le duc força les habitants à le reconnaître comme leur souverain avoué : ils s’engagèrent à le suivre à la guerre avec armes et arbalètes, comme le faisaient les habitants de Diest et de Malines. Les droits épiscopaux comme suzerains étaient maintenus. Le rôle que joua Berthout dans cette guerre n’est pas clairement établi ; mais il est probable qu’il suivit le duc dans son expédition. Dès lors l’évêque vit la faute qu’il avait commise en remettant la ville entre les mains de son rival et s’efforça de rentrer dans ses droits, en restituant la somme prêtée. Il parvint à réunir, à cet effet, l’argent nécessaire et rentra en possession de Malines. La paix se fit entre Liége et le Brabant la veille de l’Épiphanie, 1261 (V. S.).

La même année, le dernier jour de février, le duc Henri III expira, laissant sa couronne à Jean Ier, encore enfant. La duchesse Alice, sa veuve, assembla les états en qualité de régente et désigna pour tuteurs de ses enfants Gauthier Berthout et Godefroid de Perwez. Cette tutelle, ambitionnée de beaucoup de seigneurs, excita leur jalousie ; à la tête des mécontents se trouvait Arnold de Wesemael. Alice et son conseil, vu l’incapacité notoire du fils aîné, voulaient faire passer la couronne au second fils du duc. A l’instigation du sire de Wesemael, deux partis se formèrent alors et une prise d’armes eut lieu. Les opposants prétendirent que c’était Berthout qui, profitant de son influence sur la duchesse-régente, l’avait poussée à cette injustice à l’égard de son fils aîné, et que le seigneur de Malines ne tarderait pas à prendre des mesures préjudiciables au Brabant et attentatoires aux priviléges et franchises des Brabançons. Égarés par ces insinuations, les Louvanistes prirent les armes, sous la conduite du sire de Wesemael ; ils envahirent les États de Gauthier et y mirent tout à feu et à sang. Berthout se hâtant d’équiper une petite armée, composée de Malinois et de Bruxellois, courut au-devant des Louvanistes. La rencontre eut lieu entre Malines et Louvain, dans un endroit nommé « le Liepse. » L’engagement fut sanglant. Les Louvanistes furent battus, laissant beaucoup de morts sur le champ de bataille ; plusieurs seigneurs tombèrent aussi entre les mains des vainqueurs.

En 1265, Gauthier, d’accord avec le chapitre de la cathédrale et les échevins, rendit une ordonnance relative à la continuation de la construction de l’église de Saint-Rombaut. Henri de Gueldre, soit qu’il fût blessé d’avoir été exclu de la tutelle, soit qu’il voulût ressaisir le pouvoir qu’il avait perdu dans la seigneurie de Malines, fit de vains efforts pour gagner la faveur de la duchesse Alice. Ne réussissant pas et voyant le crédit de son rival grandir de plus en plus, il alla mettre le siége devant le château de Fallais, ancien fief du Brabant, prétendant que cette ferre appartenait à ses domaines. Berthout se mit à la tête des Brabançons et se dirigea sur Hannut, possession de l’Église de Liége. Henri de Gueldre dut lever le siége de Fallais et se promit de tirer une vengeance éclatante de Gauthier. Après que le duc Henri eut fait abandon de tous ses droits en faveur de son frère Jean, Henri de Gueldre, accompagné de son frère, le comte de Gueldre et d’une forte armée, marcha sur Malines. Le prélat, voulant à tout prix s’en rendre maître, réclama le secours de Marguerite, comtesse de Flandre. Cette princesse ainsi que son fils vinrent le rejoindre, amenant deux mille fantassins et six cents cavaliers. Cette armée alla camper près de Bornhem et Hingene. Les troupes de Berthout occupaient les principales positions des environs de Malines et interceptaient les vivres. La disette ne tarda pas à se faire sentir dans le camp liégeois. La comtesse de Flandre prévit une retraite forcée, engagea Berthout à permettre à l’évêque d’entrer dans les murs, vu qu’il avait juré sur les reliques de saint Lambert de soumettre la ville. Gauthier y consentit ; mais à condition seulement que trois personnes accompagneraient le prélat et ne dépasseraient pas la première enceinte. Berthout se considérait toujours comme vassal de l’Église de Liége pour l’avouerie exercée dans cette partie de Malines. C’est ce qui le décida à cette concession, ingénieusement trouvée, d’une part, pour échapper au parjure et, d’autre part, pour mettre fin à l’attaque.

Henri, obligé de lever le siége, s’en vengea en ravageant tout le pays qu’il traversa pour regagner ses États. Il paraît que les Malinois avaient sollicite et obtenu un renfort des habitants de Bois-le-Duc : cet appui effraya l’évêque et contribua largement à sa retraite. La ville ainsi délivrée ne s’occupait plus guère de lui, et Berthout, plus librement que jamais, soutint ses prétentions à la seigneurie de Malines. Jouissant de la confiance des habitants, il prenait sincèrement leurs intérêts à cœur, s’occupa activement de l’embellissement et de l’assainissement de la ville, étendit ses relations commerciales et favorisa l’élan des corporations.

Jean d’Enghien, évêque de Tournai, succéda à Henri de Gueldre, sur le trône épiscopal de Liége : il ne conste par aucune pièce authentique que ce prélat ait fait des efforts pour rétablir son pouvoir à Malines, ni qu’il ait eu des rapports avec Berthout.

La guerre ayant éclaté entre la Gueldre et le Brabant, Gauthier y prit une part active : le roi de France intervint et une trêve fut conclue entre les belligérants (1285). Le duc Jean, se fiant à ce traité, se mit en route avec son armée pour l’Aragon, où il alla rejoindre Philippe le Bel ; mais à peine eut-il quitté ses terres, que Henri de Luxembourg, favorisant les projets de Renaud de Gueldre, fit irruption dans le pays. Berthout, que le duc avait désigné comme ruwaert de Brabant, pendant son absence, rassembla ses forces pour repousser cette agression imprévue. Il envoya son fils et Arnold de Gaesbeeck au secours de la ville de Grave, qui était menacée. Les agresseurs, n’osant passer la Meuse, se retirèrent devant la petite armée et le duc s’empressa de revenir d’Espagne ; mais étant malade, il fut forcé de s’arrêter à Paris. Le seigneur de Rochi, frère du comte de Luxembourg, qui, lui aussi, tenait pour la Gueldre, profita de son absence pour se rendre maître du château de Lonsies. Berthout, fidèle à ses devoirs, avait déjà envoyé quelques bonnes troupes pour repousser les combattants, quand Jean de Brabant rentra enfin dans son pays et, se mettant à la tête de son armée, fit évacuer le Limbourg aux envahisseurs. Ici s’arrête la longue carrière de Gauthier Berthout, surnommé le Grand, qui mourut l’an 1286.

Quelques annalistes soutiennent que Marie d’Auvergne serait décédée en 1243 et que Gauthier le Grand convola en secondes noces avec Marie de Lumay, de la famille des comtes de la Marck, et dont serait issue Sophie ; mais cette opinion n’est pas généralement admise.

Emm. Neeffs.