Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BERTY, Baptiste

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BERTY (Baptiste), secrétaire des conseils d’État et privé, fils de Michel et de Nicole Alberti, mort le 13 mars 1579. Nous n’avons pu découvrir ni le lieu ni la date de sa naissance ; mais la parfaite connaissance qu’il avait du flamand ne laisse guère douter qu’il ne fût du Brabant ou de la Flandre.

Berty fut d’abord secrétaire extraordinaire au conseil privé. En 1544, Charles-Quint le nomma greffier et premier secrétaire du conseil de Gueldre. Il occupait ce poste depuis onze ans, à la grande satisfaction du corps auquel il était attaché, lorsque l’Empereur le rappela à Bruxelles en lui conférant les fonctions de « premier secrétaire ordinaire supernuméraire » du conseil privé, pour y servir « signamment en la langue thioise et basse-allemande » (30 juin 1555) ; il prêta serment, le 23 août, entre les mains du chef et président Viglius. Philippe II, ayant résolu de se faire suivre, dans ses voyages hors des Pays-Bas, du secrétaire du conseil d’État, Josse de Courtewille (voir ce nom), nomma Berty à sa place (1er décembre 1556) ; dès ce moment il partagea, avec le secrétaire d’État Jean Vander Aa, la rédaction de toute la correspondance qui concernait les affaires d’État et de guerre. Le roi lui donna de plus l’emploi de trésorier et garde des chartes et lettriages relatives à ces affaires (2 mars 1566).

Berty s’acquit la confiance de la duchesse de Parme, Marguerite d’Autriche, comme il avait eu celle du duc Emmanuel-Philibert de Savoie. Au mois de mars 1567, cette princesse le chargea d’une mission délicate. Le prince d’Orange, malgré ses instances, ne voulait pas venir à Bruxelles, et il refusait de prêter le serment de servir le roi envers et contre tous. Marguerite lui envoya Berty, pour l’engager à revenir sur cette détermination. Berty s’efforça en vain de persuader le prince, qui lui annonça l’intention formelle de se démettre de ses gouvernements et de partir pour l’Allemagne. Le trouvant ainsi résolu, l’envoyé de la gouvernante lui proposa d’avoir au moins, avant son départ, une entrevue avec les comtes d’Egmont et de Mansfelt. Cette entrevue eut lieu à Willebroeck, entre Anvers et Bruxelles ; Berty était présent. Après beaucoup de paroles dites de part et d’autre, le prince déclara catégoriquement qu’il se regardait comme déchargé ou du moins suspendu de tous ses emplois, et qu’il allait se retirer en Allemagne, dessein qu’il réalisa en effet peu de jours après. Dans le mois de septembre de la même année, la duchesse de Parme envoya Berty à Liége : il s’agissait de déterminer l’évêque à prendre des mesures contre les partisans des nouvelles sectes religieuses qui étaient nombreux dans sa principauté, et en particulier Contre Guillaume de la Marck, seigneur de Lumey, l’un des plus ardents adhérents de la réforme et du prince d’Orange. Gérard de Groesbeck protesta de son zèle pour la religion et de son dévouement au roi ; mais il fit sentir à Berty que les priviléges et les lois de sa principauté ne lui permettaient pas de faire tout ce qu’il aurait voulu. Déjà, en novembre 1566, Berty était allé trouver l’évêque, de la part de la gouvernante, pour concerter avec lui les moyens de faire entrer des troupes dans Maestricht, où l’on craignait que les partisans de la nouvelle religion ne se rendissent les maîtres de la ville. Le secrétaire d’État Vander Aa ayant pris sa retraite à la fin de 1568, Berty eut à le suppléer, sans toutefois être d’abord nommé à sa place, car il le fut seulement six années après (19 juin 1574). Il suivit le duc d’Albe dans la plupart de ses expéditions. Le duc, appréciant ses talents et ses services, le comprit, pour une gratification de dix mille florins, dans la distribution qu’il fit, en 1570, d’une partie du produit des biens confisqués sur les hérétiques et les rebelles, qualifications qu’on donnait à ceux qui avaient le malheur de déplaire à un pouvoir ombrageux et despotique ; en 1571, il le proposa au roi pour la place de secrétaire d’État des Pays-Bas à Madrid, à laquelle Josse de Courtewille venait de renoncer. Lors du coup de main dirigé, le 4 septembre 1576, contre le conseil d’État, Bertv fut arrêté au palais royal, à Bruxelles, avec les membres de ce corps, et conduit au Broothuys, d’où il ne sortit que le 15. Cet événement était peu fait pour le rendre sympathique à la cause de la révolution ; aussi, au mois de septembre 1577, n’hésita-t-il pas à suivre la fortune de don Juan d’Autriche, qui venait, par la surprise du château de Namur, de se mettre en état d’hostilité ouverte avec les états généraux. Après la mort de don Juan, il continua de remplir sa charge auprès d’Alexandre Farnèse : c’était le sixième gouverneur des Pays-Bas sous lequel il servait. Il était au camp de ce prince devant Maestricht, lorsqu’il mourut, comme nous l’avons dit, le 13 mars 1579.

Baptiste Berty est, sans contredit, l’un des hommes ayant pris part, dans les trois derniers siècles, à l’administration de nos provinces, qui ont laissé le plus de monuments écrits de leur activité. Ce qu’il y a de correspondances minutées de sa main dans la collection de nos papiers d’État est prodigieux, et les archives du conseil privé en renferment aussi une quantité considérable. Son style ne brille pas par l’élégance ; mais il est, en général, plus clair que celui de la plupart des pièces de chancellerie de son époque ; il lui eût été, du reste, bien difficile de le châtier, au milieu des affaires sans nombre qu’il lui fallait expédier chaque jour. On a aussi de lui des notules (procès-verbaux) du conseil d’État, de 1560 à 1577, dont une partie a été publiée dans le sixième volume de la Correspondance de Guillaume le Taciturne et dans le quatrième volume de la Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas.

Berty eut de sa femme, Pétronille Moys-de-Steenvoort, deux fils : Jean, docteur en droit, conseiller au conseil de Luxembourg (il fut nommé à cette charge le 6 juillet 1574), et Théodore, que don Juan d’Autriche, en 1577, l’autorisa à s’adjoindre dans les fonctions de secrétaire ordinaire du conseil privé, pour le remplacer dans cet emploi à sa mort. Théodore ne suivit pas les exemples de fidélité à la cause royale que son père lui avait laissés, car il quitta le prince de Parme pour aller s’établir à Anvers, où siégeaient les états généraux. Il ne tarda pas à s’en repentir ; alors il sollicita son pardon. Le roi le lui accorda en mémoire des services de son père, et Alexandre Farnèse, le 12 mai 1584, lui rendit la place de secrétaire du conseil privé que sa défection lui avait fait perdre.

Gachard.

Archives générales du royaume, collections des papiers d’État et de l’audience, et des cartulaires et manuscrits. — Archives de la province de Gueldre. — Analectes historiques t. III. — Correspondance de Philippe II sur les affaires des Pays-Bas, t. II et IV. — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II et VI.