Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEUCKELAER, Joachim

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BEUCKELAER (Joachim), peintre de nature morte et d’histoire, né à Anvers, en 1530. Neveu de Pierre Aertsen, le Long, il en fut aussi l’élève ; il eut ainsi le bonheur, dès son plus jeune âge, de trouver un guide chez qui l’affection de la famille se joignait au talent pour développer les qualités remarquables que la nature lui avait données. Il n’avança guère, nous dit le vieux Van Mander, « jusqu’à ce que son oncle lui fit peindre toutes choses d’après nature, tels que fruits, viande, oiseaux, poissons, etc. Cette étude faite avec persévérance le conduisit à une exécution facile et parfaite. » On le voit, alors comme aujourd’hui, la nature est toujours le maître par excellence. Malgré son mérite, le pauvre Beuckelaer ne fut guère apprécié de son vivant, ou du moins s’il réussit à avoir beaucoup de commandes, ses tableaux, très-mal payés ne lui valurent qu’une misérable existence ; après sa mort, ils décuplèrent de valeur. Van Mander cite, entre autres, de notre artiste, un Dimanche des Rameaux dont il fait l’éloge et qui, placé à l’église de Notre-Dame à Anvers, fut, dit-il, mis en pièces par les Iconoclastes. Il parle encore de ses cuisines pleines de toutes espèces de victuailles, de ses marchés aux poissons, aux fruits, etc., parfois ornés de figures de cuisinières et fort bien traités. Beuckelaer travailla beaucoup pour la Hollande ; Amsterdam, Haarlem, Middelbourg possédaient de ses ouvrages. Parfois il essaya de l’histoire avec succès et orna des intérieurs de figures de grandeur naturelle. De ses tableaux d’histoire, Van Mander cite les Quatre Évangélistes et la Famille de sainte Anne. Malgré ses efforts, Beuckelaer dut, pour vivre, se mettre même à la solde d’autres artistes ; c’est ainsi qu’il peignit les costumes dans les portraits d’Antoine Moro et d’autres pour un salaire d’un florin par jour. Pour cinq ou six livres, il exécutait des pièces capitales. Parmi les toiles que cite Van Mander, on remarque un Ecce homo, très-vanté, qui a dû appartenir à l’empereur. Le même sujet se trouve actuellement à Florence et à Munich, et il serait intéressant de pouvoir constater si l’un de ces tableaux est l’œuvre dont nous entretient le vieil auteur. Beuckelaer mourut à Anvers, où il travaillait pour un général nommé Vitelli (c’était au temps où le duc d’Albe se trouvait dans les Pays-Bas). La plupart des auteurs adoptent l’année 1570 pour date de sa mort, sans pouvoir cependant la préciser exactement. Immerzeel seul a commis une grave erreur en faisant décéder notre artiste octogénaire en 1610.

Ce n’est pas faire une supposition très-hasardée que de croire que l’insuccès de ses travaux fut cause de la mort prématurée de Beuckelaer ; en effet, il était âgé d’environ quarante ans, dit Van Mander, qui nous donne l’année précise de la naissance, et il déplora en mourant que sa vie durant il avait travaillé pour des sommes si minimes. Le coloris de ce peintre est fort beau, sa touche délicate ; il sut bien rendre la nature et il rappelle son maître par l’ensemble de sa manière. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, on voit de lui, à Florence, un Christ montré au peuple, et à Munich, un Marchand de poisson avec sa femme et sa fille et une Foire avec la représentation de l’Ecce homo devant le palais de Pilate. Cette dernière composition est en petites figures et porte la date de 1568. Le portrait de Joachim Beuckelaer a été gravé par H. Hondius ; Lampsonius y a inscrit des vers ; c’est le même portrait d’après lequel a été fait celui contenu dans la grande édition de Van Mander.

Ad. Siret.