Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEUCKELS, Guillaume

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BEUCKELS (Guillaume), ou BUCKELS, industriel. Ce personnage, quelque peu légendaire, appartient à la Flandre zélandaise. Il semble être né à Biervliet, dans la seconde partie du xiiie siècle. Certains biographes prétendent qu’il vit le jour à Hughenvliet, village englouti par la mer en 1404 et qui était situé, selon les uns, dans l’île de Cadsant ; selon d’autres, dans la paroisse de Slype, près d’Ostende. Il doit sa célébrité à une invention, en apparence fort modeste, mais qui enrichit sa patrie d’une industrie devenue considérable, surtout dans le nord des Pays-Bas, à savoir celle d’encaquer et de conserver le hareng. Le savant Raepsaet, en examinant les titres de Beuckels à cette invention, fournit de longs détails sur l’opération de la caque du hareng, laquelle n’a rien de commun avec celle de la salaison de ce poisson connue depuis les temps les plus anciens. La caque consiste à faire à la gorge du hareng une incision par laquelle on retire les intestins et d’autres parties visqueuses ; puis on le sale et on le paque dans des tonnelets avec une saumure particulière. Ce mode de conserver ce poisson permet de l’expédier dans les contrées lointaines, ce qui ne saurait être obtenu par la simple salaison.

Du temps de Charles-Quint cette industrie avait déjà acquis une telle importance que ce prince, se trouvant à Biervliet avec ses sœurs, les reines de France et de Hongrie, voulut honorer la mémoire du bienfaiteur de la contrée en allant visiter son tombeau dans l’église de Notre-Dame, où il était inhumé. On a contesté à Guillaume Beuckels le mérite d’avoir trouvé le moyen de préserver de la corruption le hareng[1], dont la pêche était si abondante sur les côtes de Zélande et de Flandre, que ce poisson servit longtemps, dit-on, à engraisser les basses terres de ce pays. Une célébrité qui a échappé pendant tant de siècles à l’oubli ne saurait être considérée comme apocryphe. Un vitrail de l’église de Biervliet nous a, du reste, conservé le souvenir de Beuckels. Il y est représenté en costume de pilote pêcheur, assis sur un panier et tenant un hareng qu’il se dispose à évider avec son couteau. Des filets, une rame et un tonnelet forment autour de lui les attributs de sa profession. Cette peinture sur verre semble avoir été exécutée au xviie siècle, pour rappeler les services rendus à l’industrie nationale par Beuckels qui, d’après un acte authentique, occupait déjà, en 1312, les fonctions d’échevin. Il faut donc supposer que ce personnage n’était pas un simple pêcheur, mais un de ces riches commerçants en poisson dont les barques allaient au loin recueillir le hareng pour en faire ensuite le trafic.

La date de sa mort est incertaine. Le vitrail dont nous avons parlé l’indique comme ayant eu lieu en 1397. Cette indication est évidemment fausse puisqu’un acte authentique range Beuckels parmi les échevins de Biervliet, en 1312. Il est plus vraisemblable d’admettre, contrairement à l’opinion de Raepsaet, qu’il mourut en 1347, comme l’ont dit Marchantius, Sanderus et Grammaye, et, par conséquent, il devient impossible que Guillaume Beuckels ait pris du service comme marin à la fin du xive siècle, sous Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, ainsi que l’indique M. Van Bruyssel, dans son Histoire du commerce et de la marine en Belgique, t. II, pp. 30-31. Il n’est pas sans intérêt d’ajouter que le célèbre poëte Cats a consacré une soixantaine de vers à la gloire de Beuckels dans son Tachentig jarig leven.

Bon de Saint-Genois.

Messager des sciences historiques, 1829-1830, p. 411-414, avec pl. — Raepsaet, Notice lue à l’Acadcmie royale de Bruxelles, le 18 novembre 1816. Gand, in-8°. B. Poelman. — Le Mayeur, Gloire Belgique, I, pp. 430-432. Heylin, De Inventis Belgarum. (Mémoire de l’Académie de Bruxelles, année 1786.)


  1. Noël, Histoire générale des pêches anciennes et modernes, 10 vol. in-4°.