Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BLAES, Michel-Auguste

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BLAES (Michel-Auguste), publiciste et administrateur, né à Bruxelles en 1809, mort dans la même ville le 2 décembre 1855. Il fit ses humanités à l’athénée de sa ville natale, puis se rendit à l’Université de Liége, où il fut promu docteur en droit en 1830. Ce titre, dû à des études accomplies avec autant d’assiduité que d’intelligence, devait rester purement honorifique ; sa timidité, jointe à un organe défectueux, l’éloignait du barreau ; et sa fortune, son manque absolu d’ambition ne l’entraînaient guère plus vers les emplois, si faciles à obtenir pourtant à la suite d’une révolution. Un penchant naturel le portait d’ailleurs dans une autre direction : les faits contemporains, les luttes quotidiennes des partis, l’intéressaient vivement ; selon l’expression familière, il dévorait, chaque matin, tous les journaux, et du goût prononcé à les lire jusqu’au désir, non moins vif, de les rédiger, il n’y avait qu’un court intervalle que son indépendance lui permettait aisément de franchir.

Blaes collabora d’abord au Courrier belge et y donna si bien la mesure de ses aptitudes, de ses forces, que lors de la création d’un nouveau journal, l’Observateur, il se trouva, en quelque sorte, désigné à l’avance pour remplir les fonctions de rédacteur en chef. Cette position, avec tout ce qu’elle implique de responsabilité, de vaillance intellectuelle, de préoccupation ou de labeur incessant, le trouva à la hauteur de sa tâche. Il y manifesta, non-seulement le talent d’un écrivain correct, abondant et substantiel, mais des qualités morales peut-être plus rares : l’intégrité, le désintéressement, une haute impartialité. Libéral convaincu, il estimait que c’était mal défendre une cause que de mettre à son service la virulence, les personnalités, l’esprit systématique de dénigrement ; aussi, apprit-il bientôt, à ses dépens, que l’intolérance des partis ne saurait s’accomoder de tant de calme, de tant de raison. Tout en combattant les tendances du cabinet catholique constitué en 1845, il avait cru pouvoir rendre hommage au talent oratoire déployé par l’homme d’État chargé du département de l’intérieur, et il eut à subir immédiatement, à ce sujet, les récriminations acerbes de l’un des représentants, fondateurs de son journal. Certes, il n’y avait rien d’imprévu, de trop anormal dans un tel fait : les journaux ne servent que trop souvent, et peut-être à leur insu, non à défendre ou à attaquer des doctrines, mais à satisfaire des inimitiés ou des rancunes. Blaes n’avait ni assez d’humilité, ni assez d’abnégation pour servir d’instrument à de pareilles passions et, se sentant froissé dans sa dignité d’écrivain, il renonça au journalisme.

L’estime qu’il s’était acquise comme publiciste devait bientôt lui imposer de nouveaux labeurs, de nouveaux devoirs. Il fut appelé, en 1845, à prendre place an conseil communal et, sa compétence s’y étant promptement manifestée, le Roi le désigna, dès l’année 1848, pour remplir les fonctions d’échevin chargé de la surveillance des travaux publics. Les idées d’innovation, de progrès, de réforme, excitaient alors dans tous les esprits une véritable émulation. L’administration communale de Bruxelles s’associait à ce mouvement et Blaes, secondant l’initiative du bourgmestre, M. Charles de Brouckere, fut le promoteur de différentes mesures importantes. Il parvint, notamment, à imposer aux propriétaires l’obligation d’établir de larges trottoirs dallés dans les principales rues ; il contribua puissamment à l’adoption des mesures nécessaires pour la distribution d’eau potable dans toutes les habitations bruxelloises[1] ; enfin, son nom doit rester attaché à l’assainissement du quartier le plus populeux, par l’ouverture d’une grande voie de communication, celle de la rue Blaes.

Ce n’était sans doute là qu’une faible part de tous les projets d’amélioration qu’il avait conçus ; mais déjà les atteintes de la maladie, qui devait l’enlever, diminuaient son activité sans cependant l’arrêter. A partir du 31 décembre 1854, sa vie ne fut plus qu’un état de lutte entre le mal qui l’usait et les habitudes laborieuses qui remplissaient sa vie. Cette lutte, qui se prolongea pendant un an, le conduisit enfin au tombeau à peine âgé de quarante-cinq ans.

Blaes avait été chargé, en 1847, des fonctions de secrétaire dans la commission chargée d’organiser l’exposition nationale des produits de l’industrie ; il fut, à cette occasion, nommé chevalier de l’ordre de Léopold et l’objet d’éloges qui rehaussaient beaucoup cette distinction. Voici les termes du rapport annexé à l’arrêté royal du 16 décembre 1847 : « M. Blaes a rendu des services spéciaux par le concours, aussi actif qu’éclairé, qu’il a prêté aux travaux de la commission directrice de l’exposition universelle. La tâche était difficile et ingrate et il a apporté un zèle et un dévouement exemplaires à l’organisation même de l’exposition. M. Blaes a d’ailleurs rendu de longs services au pays ; dans la presse, il a allié la raison et la modération à une indépendance rare ; au conseil communal de Bruxelles, il est l’homme le plus laborieux. » Nous n’avons rien à ajouter à ces mots, qui résument la carrière de Blaes sous son aspect le plus louable et le plus caractéristique.

Félix Stappaerts.


  1. Ch. de Brouckere, Discours prononcé aux funérailles de Blaes.