Biographie nationale de Belgique/Tome 3/BROU, Philippe-Joseph baron DE

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BROU, Philippe-Joseph baron DE



BROU (Philippe-Joseph baron DE), général-major au service d’Autriche, naquit à Bruxelles en 1732 et mourut à Vienne le 3 juin 1796. Après avoir servi pendant trois années dans les rangs français, il entra dans l’armée autrichienne le 12 février 1751, comme cadet-volontaire au régiment Charles de Lorraine, infanterie; il passa ensuite dans le corps du génie (1er janvier 1754) et fut attaché en qualité de conducteur à la brigade de cette arme qui stationnait à Bruxelles. De Brou fit les campagnes de la guerre de Sept ans, assista le 5 novembre 1757 à la célèbre bataille de Rosback et déploya un grand courage et un sang-froid admirable dans les combats de Hochkirch et de Meissen. Ses talents non moins que sa valeur le firent remarquer par le feldmaréchal duc d’Arenberg, qui le choisit pour adjudant. Le 10 mars 1762, De Brou fut nommé lieutenant dans le corps des ingénieurs des Pays-Bas; le 31 janvier 1771, par suite d’une réorganisation qui supprima l’ancienne brigade belge du génie, il obtint le brevet de capitaine dans le nouveau corps du génie et des sapeurs réunis; le 21 mars 1778, il fut promu au grade de major. La guerre de la succession de Bavière le fit envoyer en Bohême. Pendant qu’il était chargé des travaux du génie à Leitmeritz, il fut grièvement blessé et gagna le grade de lieutenant-colonel. Deux ans plus tard, il reçut la mission de coopérer à l’édification des fortifications de Josephstadt et de Theresienstadt en Bohême; en 1781, il fit partie de la commission qui présida à la démolition des anciennes places de la barrière; en même temps, il fit les plans pour l’agrandissement d’Ostende (1782).

Des contestations s’étant élevées entre l’empereur Joseph II et les Hollandais au sujet de la libre navigation de l’Escaut, le lieutenant-colonel De Brou fut envoyé à Fontainebleau où, de concert avec le conseiller de cour Le Clerc, il arrêta les bases du traité du 8 novembre 1785 qui obligeait les États-Généraux de Hollande à céder à l’empereur quelques districts-frontières et à évacuer les forts de Lillo et de Liefkenshoeck. Les services importants qu’il rendit en cette circonstance lui valurent le grade de colonel (6 décembre 1785); bientôt après il succéda au général Thomerot dans la direction générale des fortifications et du corps du génie à Bruxelles.

Le traité de Fontainebleau n’avait cependant pas fait disparaître toutes les difficultés qu’il avait eu pour but de résoudre et l’attention de l’empereur Joseph II dut se porter sur la situation critique de l’écoulement des eaux du Nord des Flandres. Cet écoulement, de plus en plus difficile à travers la Zélande, était souvent complétement entravé d’un côté par l’envasement successif du Brackman et du Zwyn et de l’autre par les Hollandais qui, possédant les écluses établies sur ces criques, s’en faisaient des armes dont ils appuyaient leurs menaces dans toutes les circonstances politiques. Joseph II comprit l’odieuse et terrible servitude que les Hollandais imposaient à une partie de ses sujets. Indigné de l’abus que ces voisins faisaient d’un avantage de position dans toutes leurs relations avec son gouvernement, il prit la résolution de s’affranchir à jamais d’une dépendance aussi humiliante que préjudiciable aux intérêts des Flandres, et, dans ce but, il conçut l’idée de créer des moyens d’écoulement entièrement en dehors du sol étranger. Afin de réaliser ce grand projet, il chargea des ingénieurs auliques de l’étude des lieux et de l’exécution des travaux, sans l’intervention des États de Flandre. A cet effet, il chargea le colonel De Brou, de rechercher les voies les plus propres à conduire les eaux des Flandres directement à la mer. Malheureusement, dès le début des opérations, une triste rivalité vint paralyser les bonnes intentions du monarque. L’envoi d’ingénieurs étrangers fut pour les États un motif de plainte; ils prétendirent que c’était un empiétement de la Cour sur leurs prérogatives; les ingénieurs civils y virent à leur tour un manque de confiance dans leurs connaissances.

Cependant, malgré les obstacles que cette division fit surgir autour du colonel De Brou, son projet fut mis à exécution. Ce projet consistait : 1° dans le creusement d’un canal longeant la frontière hollandaise et connu aujourd’hui sous le nom de Canal de Brou, ainsi que dans l’établissement de l’écluse de Hazegras, dans le Zwyn, sur le territoire belge. Il couvrit cette écluse d’un fortin. Le canal devait recevoir une partie des eaux dont l’écoulement avait lieu précédemment par le territoire hollandais; 2° dans le creusement de canaux latéraux à celui d’Ostende et dans la construction des écluses de Plasschendale, Zandvoorde et Vingerlinck, qui toutes trois ont été exécutées.

Ces ouvrages étaient destinés, conjointement avec les criques des Scharrelanden et le port d’Ostende, à évacuer les eaux des terres, des canaux d’écoulement des deux Flandres, de la Lys et de l’Escaut. Ce projet fut mis à exécution presque sur tous les points, mais soit qu’il ne répondit pas à l’attente publique, soit que les intrigues pour le faire échouer eussent pris le dessus, la grande pensée de Joseph II dut céder devant les plaintes des États souverains et les travaux furent suspendus. Ils ne furent repris que bien des années après, lors de l’établissement du canal à la mer du Nord.

La révolution brabançonne vint, à cette époque, détourner l’attention du gouvernement sur des sujets plus graves. Le colonel De Brou fit partie du Conseil d’État qui délibérait sur les mesures à prendre dans les circonstances difficiles où l’on se trouvait; il exerça dans cette réunion une grande influence que plus tard on lui reprocha, en le rendant responsable des résolutions quii avaient amemé l’évacuation du pays par les troupes de l’empereur. Les choses en vinrent au point que le colonel De Brou fut suspendu de ses fonctions et invité à se justifier devant une commission d’enquête réunie à Luxembourg. Peut-être trouverait-on le motif de la malveillance dont le colonel De Brou fut alors victime, dans l’avancement exceptionnel qui lui avait été accordé et qui avait naturellement excité la jalousie de ses camarades, et surtout dans les efforts qu’avait fait cet honorable officier pour dévoiler que le gouvernement avait été victime d’une fraude ou d’une erreur très-onéreuse pour ses finances, lors du payement des dix millions de florins qu’avait fait la Hollande en exécution d’une clause du traite de Fontainebleau, pour indemniser l’empereur de sa renonciation à tous ses droits sur la ville de Maestricht et sur quelques parties de territoire environnant. Le colonel démontra, dans un mémoire qui fut envoyé à Vienne, le préjudice causé à l’État dans cette circonstance et sans doute plus d’un personnage important craignit d’être compromis par ces révélations. Quoi qu’il en soit, le Conseil suprême de guerre, après un examen minutieux de l’enquête qui avait été faite à Luxembourg, déclara De Brou complétement innocent de tous les faits que la calomnie mettait à sa charge et qu’elle continua de répéter après que l’empereur eut rendu à De Brou et sa confiance et la position de directeur du génie à Bruxelles. Lors de l’invasion française, le colonel De Brou fut appelé à la tête de la direction du génie à Luxembourg. Enfin, il obtint en 1794 le grade de général avec sa retraite, après une longue carrière remplie par des travaux utiles et des études sur les voies de communication de la Belgique qui ont été consultées avec fruit par les ingénieurs belges, cinquante ans après sa mort. C’est lui, en effet, qui le premier avait conçu le canal de Zelsaete et c’est d’après ses plans que ce grand travail a été exécuté. C’est lui égaiement qui projeta les premières écluses de chasse d’Ostende, qui conçut le canal de Charleroi, la canalisation de la Dendre et la belle route de Namur à Liége, qu’on considérait comme inexécutable.

Par lettre patente du 31 mars 1786, l’empereur Joseph II avait accordé au lieutenant-colonel De Brou et à son frère déclaration et confirmation de noblesse et décoration d’armoiries.

Le général De Brou avait épousé : 1° Pétronille Marquart et 2° Eléonore-Louise Bosquet, dont il eut entre autres enfants deux fils : Louis qui fut officier supérieur en France et François-Pierre-Hubert, qui comme son père resta au service de l’Autriche.

Général Guillaume.

Mémoires de famille. — Correspondance du général d’Alton et Joseph II. — Vifquin, Des Voies navigables en Belgique