Biographie nationale de Belgique/Tome 3/CALLOIGNE, Jean-Robert

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CALLOIGNE (Jean-Robert), sculpteur et architecte, né à Bruges, le 25 mai 1775, mort à Anvers le 26 août 1830. Il était fils de Charles Calloigne, maître charpentier, et de Marie van Houtte. Peu favorisés de la fortune, ses parents ne lui firent donner que l’instruction primaire, et, à l’âge de douze ans, le mirent en apprentissage chez un potier. Il montra dès lors son aptitude artistique en inventant des poteries de formes plus élégantes que celles ordinairement fabriquées à Bruges. Dégoûté de ce métier par les tracasseries d’un ouvrier jaloux de sa réussite et de l’affection que lui témoignait son patron, il abandonna la profession à laquelle on le destinait et s’exerça à modeler en terre glaise des figurines. Il parvint bientôt, sans leçons et sans guide, à les exécuter en bois. Au lieu de contrarier une vocation qui s’annonçait si clairement, son père lui fit suivre les cours de l’Académie de dessin, afin qu’il s’y initiât aux éléments indispensables de l’art plastique. En 1802, il y remporta le prix supérieur et, la même année, l’Académie de Gand ayant mis au concours le buste de Jean van Eyck, le chef primitif de l’école de peinture en Flandre, l’œuvre du jeune Calloigne, exécutée en marbre, fut couronnée à l’unanimité. Ce jugement donna naissance au facétieux pamphlet anonyme (de Norbert Cornélissen) intitulé : Factum ou mémoire qui était destiné à être prononcé dans une affaire contentieuse, où il s’agissait de deux têtes, l’une en plâtre et l’autre en marbre (Gand, brumaire an xii-1802). Peu de temps après, Calloigne, quittant son premier maître, le sculpteur Charles van Poucke, partit pour Paris et y fut admis dans l’atelier d’Ant. Chaudet, peintre et statuaire français. Il remporta en 1805, au concours de l’Institut des beaux-arts, le second prix de sculpture, et en 1807, le prix de Rome, par un bas-relief : La mort d’Iphigénie, magistralement traité. Ce triomphe, si envié, lui ouvrit les portes de la ville éternelle et lui valut le précieux avantage de passer plusieurs années, en qualité de pensionnaire, à l’Académie de France, alors dirigée par le peintre J.-B. Suvée, son compatriote et la providence des artistes flamands. Calloigne y exécuta divers morceaux de sculpture, qui lui acquirent une réputation de talent bien justifiée. De cette époque date son Aphrodite ou Venus à la conque, statuette en marbre, de demi-nature. Ce petit chef-d’œuvre, devenu la propriété du prince héréditaire des Pays-Bas, fut détruit dans l’incendie de son palais de Bruxelles, le 27 décembre 1820. Le souvenir en a été conservé par des reproductions en plâtre, moulées sur l’original. Calloigne fit aussi à Rome un Socrate, d’un véritable style grec. Bon nombre des études dessinées en Italie par l’artiste brugeois offrent le même caractère sculptural.

En 1808, il fit pour la bibliothèque de Gand le buste d’Antoine Sanderus, le savant auteur de la Flandria illustrata. De retour dans sa ville natale, en 1814, il y fut nommé architecte communal et directeur des travaux publics, bien qu’il ne se fût guère occupé, jusque-là, d’études architectoniques. Il dirigea des travaux assez importants, et entre autres, d’après son plan, la construction du Marché aux Poissons, avec ses galeries, ses portiques et ses colonnades. Néanmoins, il continua à se livrer avec prédilection à la sculpture et exécuta en marbre le Jean van Eyck, fort belle statue qui du Musée est descendue sur la place de l’Académie de Bruges; — Au salon triennal des beaux-arts-de Gand, en 1820, il exposa le modèle du Lamoral d’Egmont, destiné au village de Sotteghem (Flandre orientale), où le comte avait sa résidence seigneuriale et où reposent, depuis 1568, ses restes mutilés. L’artiste avait représenté le héros en tenue guerrière, au moment de son arrestation par les satellites du duc d’Albe. La statue, qui est encore en la possession des héritiers de Calloigne, a neuf pieds de haut. On eut d’abord l’idée de la couler en fer, dans les ateliers Cockerill, puis on donna la préférence au marbre. Il fut ouvert une souscription nationale, et la famille royale des Pays-Bas s’y inscrivit pour une somme considérable. D’autres travaux, puis la mort prématurée de l’artiste, empêchèrent l’érection du monument, dont il avait fourni l’esquisse. La Société royale des beaux-arts et de littérature de Gand lui décerna un médaillon d’or, portant des inscriptions commémoratives. Une réduction du Lamoral d’Egmont, statuette en bronze doré, a été exécutée pour le prince d’Orange (Guillaume II), dans les ateliers de Trossaert et Ce, à Gand. — En 1827, il fit, pour l’église de Saint-Gilles, à Bruges, des fonts baptismaux en marbre de Bologne. Autour de la cuve se voient les attributs des Évangelistes et à la base la Foi, l’Espérance et la Charité.

J.-R. Calloigne exécuta plusieurs bas-reliefs dans lesquels il fit preuve de talent et de goût. On cite avec éloge son Electre pleurant sur les centres d’Oreste, composition adressée de Rome au gouvernement français en acquit du devoir prescrit aux lauréats pensionnaires. Il composa en 1820 un bas-relief allégorique pour le fronton du palais universitaire à Gand : Le Génie des Pays-Bas, sous la figure de Minerve, remettant à la cité gantoise les faisceaux académiques, en présence des Facultés. Cette conception a été gravée au trait par Le Normand, mais ne fut pas sculptée. — Il faut mentionner encore quelques œuvres : une statue d’Archimède (Paris); la Religion et le Génie pour le cénotaphe de l’architecte Pisson (Église de Mariakerke lez-Gand); un Monument funéraire (cathédrale de Bruges); des cariatides (château de Saint-André lez-Bruges); la Vierge et l’Enfant Jésus, la statue de Talma et des Enfants au berceau. Parmi les bustes dus à son ciseau, nous citerons ceux de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas; du graveur J. de Meulemeester, du médecin Van den Ende, de Louis de Potter, de Mme van Moerkerke, de Bruges. Quelques gracieuses figurines, les médaillons-portraits du chirurgien De Meyer et de Mme Odevaere; un camée à l’effigie de Jh. de Meulemeester, enfin des morceaux de sculpture pour les cabinets Van Huerne, De Pelaert et Winckelman, à Bruges. — Calloigne publia, avec textes français et flamand, un Recueil de statues et de figures mesurées sur le marbre et sur le modèle vivant, à Rome et ailleurs. Cet ouvrage, fort utile aux artistes, se compose de douze planches in-folio, d’un dessin très-correct. On lui doit aussi un cahier de cent cinquante études.

Appelé à l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, en août 1830, pour faire partie du jury du grand concours de sculpture (prix de Rome), il fut atteint dans cette ville d’une attaque d’apoplexie, à laquelle il succomba. Il était âgé seulement de cinquante-cinq ans trois mois. Époux de Barbe-Augustine De Wulf, il en eut quatre enfants, trois fils et une fille. Cet artiste, l’un des plus estimés de son temps, fut sculpteur du roi Guillaume Ier, directeur de l’Académie de Bruges, membre de l’Institut des Pays-Bas et chevalier de l’Ordre du Lion Belgique. Modeste et indépendant de caractère, il ne recourut jamais à la brigue et acquit peu de fortune.

Edm. De Busscher.

De Bast et Cornelissen, Annales du Salon de Gand et de l’école moderne des Pays-Bas, 1821. — Biographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale. Bruges, 1843-1847. — Documents particuliers.