Biographie universelle ancienne et moderne/1re éd., 1811/Théodore, métropolitain de Carie

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THÉODORE, métropolitain de Carie, fut au ixe siècle un des prélats les plus distingués de l’Eglise d’0rient. Parfaitement instruit dans les lettres grecques et arabes, il écrivit contre les Mahométans, les Juifs et les hérétiques qui désolaient cette église. Ayant pris le parti de Photius, il abandonna le schisme, et, à la tête des évêques qui étaient tombés dans la même faute, il se présenta à la seconde session du huitième concile général,tenu en 869,demandant à être réconcilié avec l’Eglise, ce qui lui fut accordé. Le patriarche Ignace lui ayant rendu le pallium, il prit séance au concile selon son rang. Théodore se distingua dans cette assemblée par sa sagesse et sa doctrine. Cependant comme il avait, à l’instigation de Photius, souscrit à la prétendue déposition du pape Nicolas, les légats du pape Adrien, qui, au nom du Souverain-Pontife, présidaient le concile de Constantinople, n’osèrent prendre sur eux de rétablir Théodore dans ses fonctions épiscopales. Sans doute ils s’étaient chargés de solliciter cette faveun aussitôt après leur retour à Rome, mais ayant été en chemin dépouillés, arrêtés, le patriarche Ignace, qui n’entendait point parler d’eux, écrivit en 871 au pape Adrien pour le consulter sur différents sujets et aussi pour demander que Théodore fût rétabli dans ses fonctions, comme métropolitain de Carie. « C’est moi, disait le patriarche, qui l’ai ordonné et il a beaucoup souffert pour la bonne cause. Sans doute, il a eu un moment de grande faiblesse, mais il s’est repenti, et il a publiquement demandé pardon aux Pères assemblés sous votre présidence, à Constantinople. » A cette lettre, le patriarche avait joint quelques présents pour le pape, un Evangile grec-latin corrigé avec soin, une étole couverte de plaques d’or, une chasuble précieuse, et de la thériaque d’une vertu éprouvée. L’empereur joignit ses prières et ses présents à ceux du patriarche. Sans doute le pape se prêta à leurs vœux, mais nous n’avons point sa réponse à ce sujet. Le savant Gretsar, de la société de Jésus, a publié en grec et en latin, quarante-deux opuscules de Théodore, que l’on surnomme Abucara ou Père de Carie, Ingolstadt, 1606, in-4º, d’où ils ont été réimprimés en latin dans la Bibliothèque des Pères, Cologne 1618 et Lyon 1677 ; en grec et en latin dans la Bibliothèque des Pères,Paris, 1644, 1654. Voyez la. version latine de Génébrard dans la Bibliothèque des Pères, Paris, 1576 et 1579. Les plus remarquables parmi ces opuscules sont les suivants, selon l’ordre observé dans l’édition du Père Gretsar. 2º Explanatio vocum quibus philosophi utuntur, et confutatio hæresis Acephalorum, Severianorum, id est Jacobitarum. 3º Dialogus cum præfecto cursus publici Emeseno qui petierat ut ratiocinatione demomtraret Deum esse. 4º Epistola continens de Christo fidem orthodoxam Chalcedonensis concilii, missa à B. Thoma patriarchâ Hierosolymitano ad hæreticos in Armenia, arabicè vero dictata à Theodoro Abucara, et in græcum sermonem translata à Michaele presbytero et syncello Ecclesiæ Hierosolymitanæ[1]. 5º Quare, sicut dicimus, humanitas Christi est ipsa humanitas Petri et Pauli, et unius cujusque hominis, non sic dicimus, corpus Christi quod sumus et participamus, idem est Petri et Pauli et cujusvis. corpus. 6º Exemplum quo ostenditur quomodo macula peccati Adami, et par incarnalionem Salvatoris nostri, eæpiatio ad universum genus humanum pervaserit…Interrogatio Arabum contrà Christianum. 9º Quæstio, ab Agoreno, eidem Christ. proposita. 10º Adversus Judæum dissertatio. 11º Adversus Nestorianum data est mihi omnis potestas. 12º Interrogatio contra Nestorianum. 13º Interrogatio altero ardrersus Nestorianum. 14º Dialogus cum Nestoriano. 16º Quæstio ab infideli Abucaræ proposita… 18º Ex concertationibus cum Saracenis, ex ore Joh. Damasceni. 19º Mahometem non esse ex Deo. 22º Dialogus cum Saraceno, ostendens panem mysticâ benedictione fieri corpus Christi. 23º Quod Christus homo factus sit simul verus Deus. 24º Alio in conventu Saracenus… 25º Disceptatio cum Saracene de autore boni et mali. A. Arnold de Nuremberg a publié, d’après un manuscrit anglais, l’opuscule suivant : de Unione et Incarnatione, quodque persona fuerit incarnata, dicina autem natura humanæ unita in persona Dei Vertu, gr. lat., Paris, 1685 in-8º. Ce qu’il y a de plus remarquable dans les opuscules de Théodore, ce sont ses dialogues ou disputes avec les Mahométans. Ayant établi la divinité de notre religion par les prophéties et les miracles de Jésus-Christ, il faisait voir que la mission de Mahomet ne s’appuie sur aucune preuve raisonnable. En conversant avec un musulman qui ne pouvait comprendre la doctrine catholique sur la présence de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, il le prépare en lui disant : « Votre mère ne vous a pas mis au monde aussi grand que vous êtes ; le Dieu tout puissant vous a fait croître par la nourriture que vous avez prise. Le pain est devenu votre corps, vous ne savez comment, en se mêlant avec votre sang et en se répandant dans vos veines. Représentez-vous que le mystère de l’Eucharistie s’opère d’une manière encore plus mystérieuse. Le prêtre, ayant mis sur la sainte table le pain et le vin, fait sa prière ; à son invocation, le Saint-Esprit descendant sur l’offrande, transforme par le feu de sa divinité, le pain et le vin dans le corps et le sang de Jésus-Christ. » Théodore est appelé épiseopus Kararôn ou Cararum. On ne sait si c’est Carie en Palestine ou Charon en Mésopotamie, ou Carie en Asie Mineure (voy. Abacora, Ignace et Photius). G—y.


  1. Cette lettre dogmatique du patriarche de Jérusalem, écrite en arabe par Théodore, fut, comme on voit, traduite, par un prètre de Jérusalem. Il est probable que parmi les opuscules de Théodore, il en est d’autres qui auront été également traduits de la langue arabe.



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