Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre IX

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IX.

M. Joliette, député du Comté de Leinster.


En l’année mil huit-cent-dix-sept, M. Joliette, cédant aux sollicitations de ses nombreux amis, s’était porté candidat pour le comté de Leinster, en opposition à M. Jacques Lacombe, marchand de l’Assomption. La victoire vaillamment disputée de part et d’autre fut remportée par M. Lacombe à une majorité de 36 voix. M. Joliette n’entra en chambre qu’à la suite de l’heureux résultat de la contestation de cette chaude élection.

Ce fut, paraît-il, le premier exemple d’un procès de ce genre en Canada. Est-ce pour cette raison, que la corruption électorale n’y pût triompher de la justice ?

Mais le triomphe du député légitime du comté de Leinster fut de bien courte durée, car le lendemain de son entrée à la chambre d’assemblée, le parlement fut dissous par l’arrivée de la nouvelle de la mort de George III.

Comme on le voit, la contestation avait duré trois ans ; c’était autant de temps qu’il en fallait, pour rendre sur la cause en litige, un jugement prudent et pesé au poids de la sagesse.

Aux élections suivantes, M. Joliette fut élu aux acclamations unanimes de la même division électorale.

Tout le monde avait confiance en son dévouement, sa droiture d’intention, ses talents solides et son patriotisme éclairé. Il ne brillait pas en chambre par ces éclats d’éloquence qui soulèvent, passionnent, électrisent les auditeurs, mais sa parole facile, claire et raisonnée, lui donnait une place distinguée parmi les représentants du peuple.

Aussi, avait-il conquis le respect, l’estime et la confiance de ses collègues qui le consultaient sur une foule de questions relatives au commerce ou à l’industrie.

Son passage à la chambre d’assemblée fut marqué par l’adoption de plusieurs mesures protectrices de nos intérêts commerciaux et industriels. C’était lui qui en avait été le plus zélé instigateur, comme le conseiller le plus éclairé par l’expérience.

Cependant le tracas des affaires politiques n’allait que médiocrement au caractère de M. Joliette : il résolut de s’y soustraire ; à l’expiration de son second mandat, il annonça à ses électeurs sa détermination de renoncer à la charge dont ils l’avaient honoré.

Dès lors, aucune considération ne put l’engager à reprendre ses fonctions de député.