Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre VIII

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VIII.

Mariage de B. Joliette.


Dans l’intervalle qui sépara les deux campagnes de mil-huit-cent-douze et de mil-huit-cent-treize, le brillant major, de retour dans ses foyers, conduisait à l’autel la noble demoiselle Marie Charlotte Tarieu Taillant de Lanaudière qui devait plus tard lui apporter en dot une partie de la seigneurie de Lavaltrie. Le mariage fut célébré à Lavaltrie, le 27 sept. 1813.

Mais les événements se précipitaient. Le lendemain de son union, le jeune officier dût faire ses adieux à son épouse pour courir à la tête de son régiment qui repartait pour la frontière.

À quelques jours de là, les milices canadiennes remportaient la brillante victoire de Châteauguay qui jeta sur nos armes un dernier reflet de gloire.

Ce triomphe de la valeur, de la tactique sur la supériorité numérique, nous a été utile sous plus d’un rapport. Non-seulement, il a légué à la postérité le nom de Salaberry qu’il a couronné d’une gloire immortelle, mais encore, il nous a fait reconquérir dans l’estime des peuples ces titres d’honneur, de bravoure, d’inébranlable fidélité qu’un certain parti d’une race victorieuse avait voulu injustement nous ravir.

Tous nos compatriotes qui marchèrent alors à l’ombre du drapeau militaire, peuvent revendiquer leur part de gloire dans cette mémorable journée. En effet, si tous ne furent pas décorés de nobles cicatrices, si tous ne rougirent pas leur épée ou leur baïonnette du sang de leur ennemi, c’est que l’obéissance et l’accomplissement d’un impérieux devoir, les retinrent impatients, loin du théâtre du combat auquel ils assistèrent tous et d’esprit et de cœur.

Repoussés sur tous les points, honteux de leurs défaites multipliées, Hampton, Wilkinson et leurs troupes avaient repassé la frontière. Le Canada venait d’être sauvé, encore une fois, par la valeur de ses enfants.

De ce moment, les volontaires reçurent leur congé et reprirent joyeusement le chemin de leurs paroisses respectives.

Rendu à sa famille et à ses amis, Barthélemi Joliette se livra de nouveau, avec ardeur, à ses travaux professionnels dont le fardeau allait s’augmentant tous les jours.

La gestion des affaires de la seigneurie de Lavaltrie qu’on lui avait confiée, doublait ses occupations.

Cette agence cependant, ne lui déplaisait nullement, parce qu’elle lui fournissait l’occasion de fréquents voyages bien propres à fortifier sa santé qu’altérait la vie sédentaire du bureau.

Sur ces entrefaites, une épreuve bien douloureuse vient assaillir les jeunes époux. Au mois de Juillet mil-huit-cent-vingt, la mort toujours cruelle, toujours sourde aux vœux et aux prières, venait leur ravir, à l’âge de six ans, leur unique enfant. C’était sur cet être chéri que reposait leurs plus douces espérances.

Pétillant d’esprit, d’une intelligence au-dessus de son âge, d’un naturel affectueux, aimable et bon, le jeune Charles, promettait de devenir plus tard l’honneur de sa famille. Mais les calculs de l’amour, les espérances d’avenir, l’illusion de la tendresse et de l’affection, tout fut déjoué ; tout s’évanouit en un clin d’œil, pour faire place au deuil et à la douleur.

Néanmoins, tout en ressentant l’épreuve qui les blessait dans leurs sentiments les plus doux, M. et Madame Joliette s’y soumirent en vrais chrétiens. Leur foi, et les consolations de la religion leur donnaient la force du sacrifice, voire même d’une entière résignation.

Souvent dans la suite, à l’évocation du souvenir de ce jour de tristesse et de torture morale, de grosses larmes roulaient brûlantes sur les joues de la mère au cœur si sensible ; mais bientôt, un regard plein d’espérance vers le ciel, une parole pleine de douceur tombée des lèvres du mari bienveillant et affectueux, ramenaient la sérénité du bonheur au foyer conjugal.