Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre VII

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VII.

Barthélemi Joliette, major de milice.
Campagnes de 1812 et de 1813.


Mais voilà que des nuages s’amoncellent à l’horizon politique du Canada. La république américaine ayant violé le blocus continental imposé par la Grande Bretagne, en haine de la France et en représailles de celui qu’avait ordonné Napoléon, s’irrita de la capture de ses vaisseaux pris en flagrant délit et confisqués par les Anglais. N’écoutant que son ressentiment, forte de la puissance numérique de ses armées, elle déclara la guerre à son ancienne métropole.

On sortait alors de cette époque malheureuse de fanatisme et de persécutions qu’avait inaugurée l’administration de Sir James Craig.

L’Angleterre effrayée, comprit alors qu’elle devait changer sa politique envers les Canadiens-Français, et que la concession des droits et des privilèges qu’ils réclamaient depuis longtemps, lui servirait beaucoup plus avantageusement que le despotisme de son autorité.

« D’heureuses circonstances favorisaient ce retour à des idées plus justes, et surtout plus honorables de la part d’une grande et puissante nation. »

La politesse, la déférence et l’impartialité de Sir Georges Prévost, successeur de Sir James Craig, l’avaient rendu l’idole de la population. De plus, la nomination aux premières dignités militaires de plusieurs de nos compatriotes distingués, achevèrent de populariser le gouverneur.

Il était temps, car la lutte menaçait d’être terrible et sanglante. C’était sur nous que devaient tomber les premiers coups, et cependant, cette prévision n’épouvantait personne. À peine la déclaration de guerre avait-elle été signifiée, qu’un cri universel de patriotisme souleva la poitrine de tous les Canadiens.

À ces nobles accents, on reconnaissait les descendants des vaillants soldats de 1759 et de 1760.

Non, l’ardeur guerrière de ce peuple de braves qui, à la pointe de la baïonnette, avait purgé le sol des hordes indiennes et sauvé la patrie des invasions redoutables de la Nouvelle-Angleterre, non cette fougue chevaleresque ne s’était pas éteinte dans un lâche et indolent sommeil.

À l’appel de la mère-patrie, le Canada fidèle à sa foi, fier de ses vieilles gloires, se leva comme un seul homme pour voler à la défense de ses frontières menacées.

De toutes parts, accourait se ranger sous la bannière nationale, une foule de nobles cœurs, qui tous, brûlaient de donner un solennel démenti aux accusations mensongères portées contre la loyauté du peuple Canadien. Aux premiers rangs, figurait le jeune notaire de l’Assomption, B. Joliette.

Nommé enseigne et aide-major par Sir James Craig, en mil-huit-cent-huit, il obtint successivement les grades de capitaine et de major, sous le gouvernement de Sir George Prévost. C’est sous ce dernier titre, qu’il servit en mil-huit-cent-douze et en mil-huit-cent-treize, dans la division du lieutenant-colonel Fleury-Deschambault.

Quelques lettres adressées à sa famille, vers cette époque, nous donnent quelques détails sur le moral excellent des soldats placés sous ses ordres :

« Nous sommes toujours sur le Qui-Vive ! écrivait-il : tous brûlent de se mesurer avec l’ennemi, et j’espère que nous aurons bientôt l’occasion de satisfaire notre légitime désir… Sous la tente, tout n’est pas rose : il arrive souvent que nous manquons du plus indispensable. Il ne faut pas s’en plaindre ; c’est la condition du soldat. Deux choses cependant plus utiles que les autres ne nous ont jamais manqué : C’est l’honneur et le courage de nos bons vieux pères ! » …