Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XII

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XII.

Premier travail dans la forêt.


Cinq mois après l’exploration dont nous avons parlé, la forêt retentissait encore sous les pas de nouveaux visiteurs.

Cette fois, ce n’était plus seulement deux touristes qui, longeant les bords de « l’Assomption, » s’amusaient à écouter les murmures des ruisseaux ou le mugissement des chûtes.

Ceux qui s’avançaient, le sac au dos, la hache à l’épaule, ne s’enthousiasmaient guère de la beauté des paysages, de ces verts érables dont les rameaux embaumés se balançaient, quelques mois auparavant, au-dessus de la tête des premiers voyageurs. Non, ces hardis et vigoureux travailleurs ne venaient pas en ce jour, savourer le parfum des brises, ou écouter les voix harmonieuses des musiciens des bois.

Voyez-les, pleins de gaieté et de courage, marchant d’un pas rapide, écartant les broussailles qui obstruent l’étroit sentier de la forêt, tout en faisant retentir les échos du refrain populaire :

« En roulant ma boule,
Derrière chez nous y-a-t-un étang,
En roulant ma boule. »

M. Joliette est à leur tête, son cœur bondit de joie dans sa poitrine ; l’espérance brille dans son regard ; sa figure si calme d’ordinaire, s’est épanouie ce jour-là, sous l’impression des plus douces pensées.

À un signal donné, la caravane s’arrête. Elle est arrivée à la tête des rapides, situés au-dessus de la ville. C’est ici qu’il faut abattre l’épaisse forêt, déblayer un terrain spacieux pour y asseoir sur les bords de la rivière, un splendide moulin en pierre à deux étages, de cent pieds de longueur sur une largeur de cinquante.

Une heure plus tard, au milieu des hourrahs enthousiastes des braves travailleurs, cent échos sonores roulant de cascade en cascade, de colline en colline, répercutaient au loin, la chute des pins gigantesques s’abattant avec un bruit épouvantable, entraînant sous leur poids, les rameaux fracassés des arbres voisins. Ainsi tombaient les rois de la forêt ; ainsi le fer meurtrier faisait partout de larges trouées dans ces bois que la main de l’homme avait jusque-là respectés.

C’était au mois de Décembre de l’année mil huit-cent-vingt-trois.

En quelques heures, un chantier de bois rond, calfaté de mousse, recouvert de calles, était élevé sur l’emplacement où se trouve aujourd’hui la maison du meunier du grand moulin.

Ce fut sous ce toit rustique, que passèrent l’hiver les premiers défricheurs de l’Industrie. Ces colons intrépides formèrent le premier noyau de cette population laborieuse, pleine d’intelligence, d’activité et de courage, qui a tant aidé le fondateur de Joliette dans son œuvre religieuse et nationale.

Braves artisans, qui, les premiers, avez été au labeur et à la peine dans cette grande entreprise, laissez-nous vous payer une juste dette de reconnaissance.

Permettez que nous répétions encore, ce qui a déjà été dit plusieurs fois : Honneur au courage et à la persévérance des premiers colons de l’Industrie !