Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XLI

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XLI.

Il reçoit les derniers Sacrements.


Cependant la maladie poursuivait son travail de désorganisation sur cette constitution, hier, si robuste encore.

M. Joliette n’attendit pas qu’on l’avertit du danger que courait sa vie, pour songer à se préparer saintement au grand voyage de l’éternité.

Le Vénérable curé de St. Jacques, le bon et vertueux M. Paré, dont une plume exercée vient de retracer la belle carrière, M. Paré, dis-je, avait toujours été en rapports intimes avec l’Honorable Joliette. Il conservait à l’égard de ce grand citoyen, une estime et une admiration que les années ne purent altérer. Ce digne ecclésiastique ne passait jamais à l’Industrie sans aller au manoir pour faire visite à son ami.

De son côté, M. Joliette aimait sincèrement et respectait grandement ce saint prêtre qui répandait autour de lui le suave parfum de toutes les vertus sacerdotales.

« M. Paré, disait-il à ses amis, est un véritable saint ; de tous les prêtres que j’ai connus, c’est le plus humble et le plus attaché à son ministère. »

Ce fut ce saint prêtre, qui, sur la demande de M. Joliette, vint recevoir l’humble et dernier aveu de ses fautes, et M. le Grand-Vicaire Manseau lui administra les sacrements de l’Église.

Ceux qui furent témoins de la piété de M. Joliette en cette circonstance, ne peuvent oublier l’impression que ce touchant spectacle fit sur leur esprit. Plus grand par sa foi et son inaltérable patience qu’aux jours de sa prospérité, il semblait, à ses derniers moments, ne plus vivre sur cette terre, tellement ses pensées et ses sentiments ne se nourrissaient plus que de la contemplation et de l’espérance des joies éternelles.


Ses dernières conversations.


Lorsque les prêtres, les religieux et les laïques allaient le voir, il les entretenait des beautés et des consolations de la Religion. « Oh ! qu’elle est belle ! disait-il, qu’elle est douce à l’âme cette Religion d’amour qui protège le berceau du chrétien, charme les jours de son exil, et lui montrant le ciel, le console des oublis du tombeau. »

Lorsqu’on le plaignait à raison de l’ennui qu’il devait éprouver en se voyant dans l’impossibilité de se transporter sur le théâtre de ses travaux accoutumés, il répondait : j’ai assez travaillé pour la terre ; laissez-moi réparer le temps perdu, et travailler un peu pour le ciel. Je m’ennuie, et je souffre, c’est vrai ; mais Jésus-Christ n’a-t-il rien souffert pour nous ?

Lorsque sa tête alourdie par la fatigue, se trouvait assez reposée pour supporter la lecture, il priait quelqu’un de lui lire la passion du Sauveur. Souvent, à ce récit, des larmes coulaient de ses yeux. D’autres fois, il interrompait le lecteur pour commenter les endroits qui l’avaient frappé davantage.

Sur la fin de sa maladie, ses yeux tournoyaient ; d’intervalle en intervalle on voyait disparaître le cristallin, et il n’apparaissait plus à leur surface, que deux larges taies qui les recouvraient entièrement. Cela était dû à la fatigue excessive qu’il avait endurée, en passant des semaines entières exposé aux ardeurs du soleil afin de surveiller les travaux du chemin de fer.

Personne ne l’ignorait, c’était l’épuisement, causé par les veilles, les travaux du corps et de l’esprit qui le conduisait au tombeau.

Le 21 Juin 1850, après avoir réconforté son âme par les suprêmes consolations de l’Église, après avoir donné ses avis à sa famille, fait à son épouse, à ses parents, à ses amis en pleurs, les plus touchants adieux, il expira doucement en murmurant une dernière prière. Il était âgé de 62 ans, et en avait passé 25 à Joliette.