Biographies de l’honorable Barthélemi Joliette et de M le Grand vicaire A Manseau/Chapitre XXVII

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XXVII.

Troubles de 1837 et de 1838.


Cependant un cri de liberté avait retenti d’un bout à l’autre du Bas-Canada.

Excitée par la parole ardente et enthousiaste de MM. Papineau, Lafontaine, Nelson et autres, la population de la rive droite du St. Laurent, s’était soulevée en masse, pour venger ses droits méconnus.

Une foule de révolutionnaires sillonnaient en même temps le pays, dans le but d’enrôler des volontaires pour la cause sacrée de l’affranchissement de ce qu’on appelait la tyrannie anglaise. Dans un grand nombre de localités, la voix des Évêques, les conseils des hommes sages retinrent les habitants dans les limites du devoir.

À l’Industrie et à St. Paul les tentatives des fils de la liberté échouèrent complètement, grâce à l’intelligence et au dévouement de M. Joliette. Faisant taire la voix d’une ancienne amitié pour n’écouter que celle de sa conscience, il répondit aux avances du chef de l’opposition Bas-Canadienne par une énergique protestation de fidélité à la couronne d’Angleterre. « Plutôt, disait-il, briser mille fois les liens de notre amitié que de me déshonorer au point de forfaire à mon serment d’allégeance. »

Pendant que sur plusieurs points, les agitateurs semaient ces étincelles qui devaient allumer les funestes incendies de St. Charles, de St. Denis et de St. Eustache, M. Joliette parcourait son district, calmant partout les passions surrexcitées. Aux cris de : « liberté, » et de : « à bas les Anglais » il opposait le cri du devoir, la doctrine de la soumission au pouvoir établi, les conséquences désastreuses de l’insurrection, couronnant toutes ces exhortations en exigeant des citoyens la prestation du serment de fidélité au gouvernement Anglais.

Aussi, après les effusions de sang qui couvrirent de deuil plusieurs villages du Bas-Canada, M. Joliette reçut-il les plus chaleureux remerciements de la part de ses concitoyens qu’il avait préservés de la contagion de la révolte.

La divergence d’opinions politiques qui pendant les troubles, avait opéré une scission entre lui et ses anciens collègues du Parlement, n’avait laissé dans son esprit aucun sentiment d’aigreur.

Dix ans après les malheureux événements dont nous venons de parler, un de nos plus illustres patriotes de l’époque descendait à son manoir pour s’acquitter, de ce qu’il appelait, une réparation envers les devoirs de l’amitié.

M. Joliette versait des larmes de bonheur en recevant dans ses bras ce vieil ami qui, après un long exil, rentrait dans la patrie qu’il avait conduite à l’abîme en voulant la sauver.

« Mon cher ami, lui dit le nouveau venu, avant de franchir le seuil de votre demeure, de me livrer à la joie de notre intimité d’autrefois, j’ai à vous demander pardon de notre refroidissement apparent et dont mon long silence a été la cause. Hélas ! que d’événements depuis dix années ! Je le sais on m’a accusé de tous les malheurs qui ont fondu sur nos infortunés concitoyens ; on m’a reproché d’avoir ensanglanté la patrie et d’y avoir semé la tempête. Je ne puis répondre à ces graves et terribles accusations, qu’en protestant de mon amour pour mon pays ; je ne voulus jamais sa ruine ni son malheur, puisque j’ai travaillé toute ma vie pour sa gloire et sa liberté. Mon patriotisme a toujours été sincère et si nous n’avons pas réussi dans notre entreprise, il n’en faut accuser que le sort qui nous a été contraire !

Assez, assez, reprit M. Joliette, tirons un voile sur ces malheurs que vous n’avez pas prévus. Rappelons des souvenirs plus heureux.

Et l’entretien se poursuivit, sans qu’une allusion tant soit peu pénible n’attristât le front déjà si pensif de notre grand orateur canadien.

Plus d’une fois, dans la suite, M. Papineau se donna la jouissance d’une visite aux aimables seigneurs du manoir de Joliette.