Bouquets et prières/Les Amitiés de la Jeunesse

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LES AMITIÉS DE LA JEUNESSE.



Des nœuds dont sa vie est liée,
Soulevant un moment le poids,
Et d’un long orage essuyée,
Mon âme se cherche une voix.

Comme sur le bord de sa cage
L’oiseau contraint de s’arrêter,
Sur ma bouche ainsi qu’au jeune âge,
L’âme est assise et veut chanter,


Mon jeune âge a fait deux amies,
Dont l’une est partie avant moi,
Parfum de mes fleurs endormies :
L’autre fleur vivante, c’est toi !

Celle qui dort, je l’ai rêvée
Son bras enlacé dans le mien,
Tandis que toi, ma retrouvée,
Tu la retenais sous le tien.

Nous allions, comme trois colombes,
Effleurant à peine le blé ;
Et vers le doux sentier des tombes
Le triple essor s’est envolé.

Pour panser un peu nos blessures,
Nous nous abattions dans les fleurs ;
Et ses angéliques censures
Ne s’aigrissaient pas de nos pleurs.


Son ombre, qui battait des ailes,
Charmante, nous disait tout bas :
« Allons voir des choses nouvelles ;
Allons vers Dieu, qui ne meurt pas ! »

Elle marchait, pâle et contente,
Sans sourire, mais sans pleurer ;
Son âme, couchée à l’attente,
Avait fini de soupirer.

La foule glissait devant elle,
Comme dans le monde on faisait,
Pour s’assurer qu’elle était belle
Comme le monde le disait.

Des ombres lui criaient : « Madame !
Pour nous répondre arrêtez-vous :
Vous qui prenez âme par âme,
Où vous allez emmenez-nous !


Car nous sommes bien accablées
D’attendre où l’on attend toujours :
Hélas ! nous serions moins troublées
D’entrer où finissent les jours ! »

Alors ses pitiés envahies
Dans son cœur semblaient se presser,
Devant ces âmes éblouies
Qui se heurtaient pour l’embrasser.

Nous entrâmes dans une église,
Pour nous reposer à genoux ;
La Vierge seule était assise,
Posant son doux regard sur nous.

Aux fenêtres de ses demeures
Les lumières ne tremblaient pas,
Et l’on n’entendait plus les heures
S’entre-détruire comme en bas.


Notre corps ne faisait plus d’ombre
Comme dans ce triste univers,
Et notre âme n’était plus sombre :
Le soleil passait à travers !

Voilà comment je l’ai rêvée,
Son bras enlacé dans le mien ;
Tandis que toi, ma retrouvée,
Tu la retenais sous le tien.