Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome I/Séance du 2 mai 1831

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N° 8. ─ MAI 1831


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Dix-septième séance. — 2 mai 1831.


M. Cordier occupe le fauteuil.

Après la lecture et l’adoption du procès-verbal de la dernière séance, on passe à la correspondance.

M. Boué fait hommage à la Société de la carte géognostique de l’Odenwald et des contrées voisines, par M. Klipstein : une grande feuille publiée à Darmstadt, et dans laquelle on trouve distinguées un très grand nombre de formations, tant primaires que secondaires et tertiaires.

Il est présenté, 1° le numéro 8 du Journal de géologie, contenant la notice de M. Rozet sur Médis ; un mémoire sur le sol tertiaire de la Bavière, de l’Autriche et de la Hongrie, par M. Boué ; des observations sur l’origine des vallées, par M. d’Omalius d’Halloy ; et un mémoire sur les propriétés électro-magnétiques des filons métallifères dans les mines de Cornouailles, par M. Robert-Were Fox.

2° Les deux premiers cahiers, pour 1831, du Jahrbuch fur Mineralogie, etc.

Dans le premier, on remarque : A. un mémoire sur les sources chaudes d’Aix-la-Chapelle, travail dans lequel l’auteur, M. Benzenberg, rattache ces sources aux phénomènes volcaniques ; B. (en français) la classification méthodique des roches par familles naturelles de M. Cordier, et l’arrangement des collections géologiques du Muséum de Paris, par M. Kleinschrod ; C. une notice sur les ossemens humains, par M. Keferstein ; D. une description des dents fossiles d’un nouveau genre de pachyderme appelé Cœlodonta, par M. Bronn.

Dans le second, il y a des observations minéralogiques de M. de Kobell, une partie du catalogue de la coIlection paléonthologique de M. Hœninghaus, et une notice sur les formations intermédiaires de Bensberg et sur les sables tertiaires du Grafenberg. On remarque encore dans ces cahiers deux lettres de M. Voltz. Dans l’une il propose de dresser un tableau de tous les genres de végétaux et d’animaux avec l’indication de leurs conditions d’existence ; et dans la seconde, une esquisse d’une division des roches, ainsi que des remarques sur l’origine ignée du gypse, du sel, et de leurs marnes au moyen d’une altération des couches calcaires traversées par des vapeurs acides.

3° La carte pétrographique du cercle de Hofgeismar, dans la Hesse-Électorale, par M. A. Schwarzenberg, une feuille, 1830. Cette carte sur une grande échelle se trouve dans la gazette d’agriculture pour la Hesse (Landwirthachafïliche Zeitung, etc. août, 1830). On y trouve distingués par des couleurs, le grès bigarré, la marne bigarrée, le muschelkalk ; le keuper, les alluvions, le tufa basaltique et le basalte, et 26 signes y indiquent, soit des gites de roches exploitables, soit diverses sources, des mines, etc.

A cette occasion M. Boué rappelle que ce savant se propose de publier les cartes géologiques de tous les cercles de l’électorat de Hesse ; ainsi il en avait déjà publié dans ce même recueil, deux, savoir : celle du cercle de Wolfhagen, en 1827, et celle du cercle de Cassel, en 1825.

M. Boué dépose dans la Bibliothèque de la société, sept dessins inédits faits par M. le comte Rasoumovsky, et concernant un nouveau genre curieux de polypier, qu’il appelle Tubulipore et que M. Fischer de Moscou a surnommé Chactites. L’auteur figure cinq espèces de ce fossile, provenant de la surface des monts Waldai, en Russie, sur la route de St.-Pétersbourg à Moscou ; il leur donne les noms de Tubulipore gateau, étagé, en boule creuse, Jonc marin et panaché. Le mémoire joint à ces figures a été malheureusement égaré.

En réponse. aux questions de paléonthologie géologique adressées par le secrétaire en fonction de M. le comte Munster, ce savant envoie à la société : 1° Deux mémoires manuscrits l’un sur le gisement géologique des Ammonées, l’autre sur celui des Nautilacées, en Allemagne ; 2° Un mémoire imprimé intitulé : Observations pour la connaissance plus parfaite des Bélemnites (Bemerkungen zur nahern Kentnise der Belminten, in-4° de 18 p. avec deux planches, Baireuth, 1830) ; 3° Une notice manuscrite sur le gisement des bélemnites, et la réponse à d’autres questions qui lui avaient été adressées.

De plus, ce savant fait hommage à la société de trois mémoires intitulés : l’un, Sur quelques dents fossiles remarquables de poissons dans le muschelkalk de Bayreuth (Uber einige ausgezeichnete fossile Fischzahne, etc., in-4° de 4 pages, avec une planche, Baireuth, 1831) ; le second, Appendice au mémoire du professeur Goldfuss sur l’Ornithocephalus Munsteri (Goldf.). in-4° de 8 pages avec une planche : et le troisième, Description d’une nouvelle espèce du genre pterodactylus de M. Cuvier, ou ornithocephalus de Semmering, in-4° de 12 pages avec une planche, extraits des 17e et 18e volumes des mémoires des curieux de la nature. Enfin il envoie la lithographie d’une tortue d’eau douce fossile, trouvée dans le schiste calcaire de Solenhofein.

La société donne son approbation aux décisions suivantes du Conseil.

Sur une proposition de M. Boué : Relative aux 300 francs reçus de M. Sedgwick, le conseil a décidé : Que M. le trésorier ne portera pas jusqu’à nouvel ordre dans ses comptes à l’actif disponible, toute la somme de 300 francs, donnée par M. Segdwick.

Sur la proposition faite par M. Boué : De fixer les conditions à remplir par les ex-membres de la société qui désireraient rentrer dans son sein, après avoir cessé d’être portés sur la liste des membres ; le conseil a décidé que les membres qui voudront rentrer ne paieront pas le droit d’entrée.

Sur le proposition faite par M Tournal ; Que l’adresse exacte de tous les membres de la société soit indiqué dans le Bulletin, afin du faciliter entre eux les communications. Le conseil a décidé : qu’on remplira son désir dans la prochaine liste à publier.

Sur la question de savoir : Si la société prêtera ou non les ouvrages de sa bibliothèque, considérant principalement qu’il y aurait un inconvénient pour les membres de la Province, de prêter les livres de la société, d’autant plus que sa bibliothèque est encore peu nombreuse ; le conseil a décidé : que les livres ne pourront pas être prêtés, mais qu’on pourra les consulter dans le local de la société tous les vendredis, de 10 à 14 heures.

Le conseil a décidé l’achat de deux cubes de tiroirs, chacun de 9 tiroirs.

Le conseil a décidé, que, vu les circonstances politique actuelles, la réunion extraordinaire d’été aura lieu à Beauvais (département de l’Oise), et qu’on écrira à M. Graves, pont lui demander des renseignemens sur les points intéressans à visiter. Les membres seront averti plus tard de l’époque exacte de cette réunion.

Le conseil décide enfin que le Bulletin sera envoyé aux membres dans une chemise de couleur.

Conformément au règlement, M. le trésorier fait connaître à la société l’état des dépenses et des recettes pendant le dernier trimestre.

On lit le mémoire de M. le comte Munster, sur le gisement géognostique des Ammonées en Allemagne.

Les ammonées dans l’acception la plus générale de ce nom se trouvent dans toutes les formations anciennes, depuis le calcaire intermédiaire, jusqu’à la craie inclusivement, mais elles diffèrent essentiellement dans chacune des principales périodes de leur gisement. Dans le sol intermédiaire, elles ont des caractères si particuliers, qu’on les distingue aisément des ammonées des terrains plus récens, depuis le lias jusqu’à la craie inclusivement. Quant à celles du muschelkalk qui lient les deux précédens groupes ensemble, elles ont des caractères extérieurs si prononcés et si totalement indépendans de l’âge, que je pense pouvoir diviser les ammonées géologiquement en trois groupes principaux.

Les ammonées du sol intermédiaire, sont celles : « dont la première partie et une portion des tours de spire suivans, sont ouverts ou sans chambres avec des cloisons dont le bord a des anfractuosités ondulées en languettes ou à angles aigus, des lobes (Lappen) et autant de selles (de Buch, Sattel), qui ne sont ni dentelées, ni déchiquetées, mais tout-à-fait lisses. » Ce sont les Goniatites de M. de Haan. Ce groupe se subdivise en deux, savoir : 1° les ammonées à spires qui sont enveloppées tout à fait par le tour de spire plus extérieur ; ce sont les Goniatites proprement dites ; 2° les ammonées à spires tous plus ou moins apparens, qui forment les Ceratites de Haan.

Dans ces deux divisions, les siphons étroits sont situés généralement sur le dos des spires.

Ce groupe forme le passage des nautiles aux ammonites dans l’acception la plus stricte de cette dénomination ; d’un autre côté : les deux sous-divisions passent tellement l’une à l’autre, qu’il est aussi difficile de tirer une ligne de séparation entr’elles, qu’entre les ammonites et les orbulites de Lamarck, de la période secondaire ; En conséquence, j’applique, pour le moment, le nom de Goniatites à toutes les deux.

Les Goniatites sont jusqu’ici des pétrifications particulières au sol intermédiaire, et servent à le caractériser, du moins je ne les ai jamais vues dans un dépôt plus récent.

Dans la plaine sableuse du N.’ O. de l’Allemagne, l’on rencontres quelquefois au milieu de fossiles siliceux, de la craie, des goniatites convertis en calcédoine, en agathe ou cornaline, et à surface polie. Hubsch en a figuré dans la Table 11, fig. 17 et 18 de sa Naturgeschichte Deutschlands, mais ces fossiles ainsi que des débris d’orthocères, et beaucoup de cailloux siliceux du sol intermédiaire et primaire, appartiennent au phénomène des blocs scandinaves.

Dans le Jura bavarois il y a quelques nautiles qui ressemblent aux goniatites, mais le syphon plus épais est situé plus au milieu, et le bord ondulé des cloisons à tout au plus quatre lobes inégaux. Sowerby a figuré un fossile semblable sous le nom de Nautilus sinuatus provenant de l’oolite inférieure. (V. pl. 194). Ces nautiles qu’on peut confondre avec les goniatites, approchent d’abord du Nautilus Aturi de M. Basterot et du N. Sipho de M. Grateloup, fossiles des dépôts tertiaires de Dax et de Bordeaux, puis du Nautilus Ziczac de Sow. (V. pl. 1), de l’argile de Londres de la formation tertiaire du Kressenberg. Ils forment avec ces dernières espèces, le passage des nautiles ordinaires aux goniatites.

Le plus fréquemment j’ai trouvé cette famille d’ammonées, dans le calcaire compacte intermédiaire du pied du Fichtelgebirge ou dans ce qu’on appelle, le marbre de Baireuth ; en particulier dans les environs de Hof et de Heinersreuth. J’en possède dix espèces de la première sous-division, et huit de la seconde, dont les plus grands échantillons ont 8 à 9 pouces de diamètre.

Elles se trouvent beaucoup plus rarement dans les couches plus récentes du sol intermédiaire de l’Allemagne, ainsi je n’en ai trouvé que quelques espèces dans le calcaire de montagne de l’Eifel et de Hof. Probablement il faut y réunir ces ammonées aplaties qui accompagnent les orthocères, les nautiles, etc., dans la grauwacke schisteuse de Frankenberg et d’Herborn, dans le schiste argileux, et la grauwacke schisteuse de Dillenburg en Hesse, ainsi que dans la grauwacke de Ratingen, dernière localité où les sutures des ammonées ne peuvent pas être aperçues distinctement.

Je n’ai jamais observé dans le sol de transition des ammonées dans l’acception restreinte de ce nom, c’est-à-dire, avec des lobes déchiquetés.

M. Sowerby range encore les goniatites parmi les ammonites et en décrit plusieurs, comme les A. Striatus, pl. 53, fig. 1, Sphœricus, pl. 53, fig. 2, Henslowi, pl 162.

Parmi les ammonées du terrain houiller, je possède à la vérité plusieurs espèces, telles que l’Ammonites subcrenatus (Schloth.), de Werden, l’A. Listeri (Sow.), de Liége et de Melin, l’A. Diadema (Haan.), de Choquier, mais dans aucun de ces échantillons, je ne puis voir de sutures distinctes. Néanmoins, M. Hœninghaus, citant dans ce dépôt de Choquier l’Ammonites sphœricus, Sow., il est possible que les espèces précédentes appartiennent encore aux goniatites.

Je ne connais aucun genre de cette famille et de la suivante, qui ait, au lieu de la coquille en spirale, un test droit comme les orthocères, qui appartiennent à la famille des nautilacées du calcaire intermédiaire, et les baculites qui font partie des ammonées de la période secondaire récente.

2° Les ammonées du muschelkalk, sont celles « dont les deux tiers ou les trois quarts des premiers tours de spire ouverts, n’ont pas de divisions ou de chambres avec des cloisons à bord ondulé et contourné ayant six lobes, et formant autant de selles, bien entendu que les lobes sont seuls dentelés, et les selles lisses. » Ce sont quelques-unes des Ceratites de Haan.

Cette famille qui fait le passage des goniatites aux véritables ammonites ne se trouve que dans le muschelkalk et ses marnes supérieurs, entre le grès bigarré et le grès du keuper. Je ne l’ai jamais rencontrée dans le calcaire intermédiaire ou le sol secondaire plus récent.

Les alternatives diverses de ces trois groupes si intimement liés ensemble en Allemagne, le gisement des mêmes plantes en particulier des calamites et des équisétacées dans le grès bigarré inférieur, aussi bien que dans les couches arénacées, entre le muschelkalk et les assises supérieurs du Keuper, la réunion des deux dépôts de grès et des marnes en question en une seule masse, lorsque le muschelkalk manque, comme en Angleterre ; toutes ces circonstances permettent de réunir les trois terrains en une seule formation. Jusqu’ici je n’ai trouvé dans le muschelkalk que quatre espèces d’ammonites, savoir l’A. nodosus, Schl., avec le dos rond et de 12 à 15 tubercules sur un tour de spire, une variété appelée l’A. undatus par Reineke, sans tubercules, l’A. subnodosus, N. Sp. à dos plat, et à 24 ou 30 petis tubercules aigus sur un tour de spire, l’A. bipartitus de M. Gaillardot, et l’A. latus, N. Sp. ayant la forme de l’espèce précédente, mais les sutures de lA. nodosus.

Les ammonées de la période secondaire récente sont celles dont les deux tiers seulement ou même les trois quarts du premier tour de spire ouvert, sont sans chambres, avec des cloisons dont le bord à six lobes principaux, pointus et plus ou moins profondément entaillés, et ainsi qu’un nombre égal de selles élevées et arrondies, de plus les lobes sont subdivisés de nouveau en plus petites languettes et les selles en dentelures

Cette famille comprend surtout les véritables ammonites dans le sens restreint de cette dénomination, dans laquelle je comprends aussi les orbulites de Lamarck, puis à cause du bord es cloisons, les baculites, les hamites, les scaphites et les turrilites. Ces fossiles sont reconnus avec les bélemnites pour être les plus caractéristiques de la période secondaire récente. Les ammonites proprement dites n’existent que depuis le lias jusqu’à la craie inclusivement, et en Allemagne je n’en ai jamais vu une espèce dans des dépôts plus anciens ou plus récens.

Dans ma division zoologiques des ammonites en famille, j’ai profité du travail de M. de Buch (V. Ann. des Sc. nat. XVIIII, 1829, déc., p. 417), et en particulier de son observation que chaque cloison d’ammonites a toujours six lobes principaux et autant de selles.

Enfin, je rappellerai encore que, si les baculites et les turrilites caractérisent la craie, les scaphites se trouvent aussi bien dans la craie quand les oolites inférieures, tandis que les hamites existent dans le lias, les oolites et la craie. Ces derniers sont susceptibles d’être divisés en groupes, vu la variété de leur forme extérieure et le genre de leur tour de spire.

M. le comte de Munster fait suivre cette notice des observations suivantes en réponse à quelques-unes des questions qu’on lui avait adressées.

Je n’ai pas eu l’occasion d’examiner l’Ammonites primordialis de M. de Schlotheim, mais, d’après la description et la figure, il une carène dorsale élevée et aigue ; il appartiendrait donc à la famille des Falcifères de M. de Buch. Comme je n’ai jamais trouvé d’Ammonites ou de Nautiles à carène dorsale élevée dans le sol intermédiaire, je demanderai s’il n’y a pas eu erreur dans la citation de la localité de ce fossile ; je suis d’autant plus porté à élever ce doute, que l’Ammonites primordialis, existant en beaux échantillons dans les collections du Wurtemberg, provient du lias. Cette dernière formation contient aussi l’Ammonites annulatus, que M. de Schlotheim avait aussi placée dans le calcaire intermédiaire.

Les indications géologiques de M. de Schlotheim, dans sa Petrofactenkunde, ne peuvent être citées comme une autorité, puisqu’elles fourmillent d’erreurs. Lorsqu’il composa cet ouvrage, la succession des terrains n’était pas encore déterminée exactement, et surtout l’on ne faisait que commencer l’application de la paléonthologie à la géologie. M. de Schlotheim, savant plein de mérite et de modestie, le sent plus que tout autre. Il a été obligé, dans la plupart des cas, de s’en tenir aux étiquettes des échantillons achetés ou aux données superficielles, puisqu’il n’avait visité que peu de localités et n’avait pu collecter des fossiles que dans un petit nombre de lieux, comme dans le Muschelkalk de la Thuringe et les-Dolomies du Zechstein, dépôts sur lesquels il a donné des renseignemens très-exacts.

Si l’Ammonites Henslowi existe réellement avec de véritables orthocères dans le calcaire de Salzbourg, comme ce fossile est un Goniatite, je serais porté à croire à priori que ce calcaire est intermédiaire ; mais l’Ammonites Conybeari y serait-il réellement aussi, puisqu’il n’appartient pas à cette famille par ses parties dentelées ? Dans le calcaire intermédiaire de Heinersreuth, il y a un grand Goniatite, qui ressemble beaucoup à l’ammonite en question, et que j’ai appelé Goniatites speciosus.

Je désirerais que plusieurs membres de la Société géologique confirmassent la présence de véritables orthocères dans le calcaire salifère des Alpes du Salzbourg à Monotis salinarius, fait qui me parait bien particulier et anomal.

Pour satisfaire au dernier vœu exprimé par M.le comte Munster M. Boué remet sous les yeux de la Société des échantillons d’orthocères du Salzbourg avec l’Ammonites Conybeari et une Goniatite voisine du G. Henslowi.

Les personnes les plus versées dans la conchyliologie confirment de nouveau leur opinion que les Orthocères sont bien déterminées, et remarquent, en particulier, des portions d’une très-petite espèce d’orthocères à siphon médian, qui a conservé encore son test strié longitudinalement. Ces échantillons curieux proviennent du calcaire alpin d’Alt-Aussee en Styrie.

On procède à la lecture du second mémoire de M. le comte Munster sur le gisement des Nautilacées en Allemagne.

A Je n’ai trouvé que dans la formation intermédiaire les orthocères proprement dits, ou les nautilacées à coquille toute droite, ni en spirale, ni recourbée.

Leurs principaux gîtes m’ont fourni trente espèces différentes, et j’ai pu examiner moi-même la plupart d’entre eux, tels que les environs de Prague en Bohème, le pied N.-O. du Fichtelgehirge, depuis la frontière de la Bohème jusque vers le Thuringerwald ; l’Eifel, les alentours de Cologne, ceux de Grund et de Blankenburg au Harz, le voisinage de Dillenburg et de Herborn.

Les assises inférieures du calcaire intermédiaire m’ont paru recéler la plus grande abondance d’orthocères, les plus grosses espèces et les échantillons les plus parfaits ; dans ce cas est le calcaire à orthocères de Prague et du Fichtelgebirge. Elles m’ont paru plus rares dans les massifs supérieurs du sol de transition, savoir dans le calcaire de montagne. Dans ce dernier dépôt, ou dans le calcaire à productus au pied du Fichtelgebirge, les orthocères paraissent manquer entièrement ; mais il y a quelques espèces dans cette position ans l’Eifel, comme près de Visé, de Bensberg et de Ratingen.

Je ne possède que l’orthoceratites gracilis de Blumenbach dans du schiste argileux de Weissenbach, près de Dillenburg.

Dans la Grauwacke schisteuse, il ya quelques petites espèces indistinctes et en partie écrasées on aplaties, comme dans le Geislichen Berg, près de Hernborn.

Dans les terrains plus récens que le sol intermédiaire, je n’ai pu découvrir aucune trace d’orthocères. Il est vrai qu’on m’a envoyé sous ce nom plusieurs fossiles du lias d’Altdorf, de Boll et de Banz, et on m’a montré de ces prétendues orthocères dans plusieurs collections de Bavière, de Wurtemberg et de l’Allemagne septentrionale ; mais un examen attentif m’a toujours convaincu que ce n’était pas ce fossile, mais de longs cones alvéolaires de très-grandes bélemnites, surtout des grandes variétés du B. bisulcatus de M. de Blainville, échantillons auxquels était encore conservé le test mince extérieur.

Dans les grands rognons ferrifères ou les Sphœrosiderites des marnes du lias, la coquille épaisse et spathique des bélemnites a disparu souvent complètement, et n’a laissé alors qu’un cône alvéolaire, comme dans plusieurs espèces de grès et de dolomie.

Je n’ai pu voir encore que des cônes alvéolaires de bélemnites dans certains orthocères qui m’avaient été envoyés comme provenant du lias d’Angleterre. J’ai aussi revu, sous le nom faux d’orthocères, le même fossile dans la formation jurassique. Quant à ceux de la craie, il est reconnu que tous ces orthocères sont des baculites. Lam.

Je pense donc que les véritables orthocères sont un fossile particulièrement caractéristique de la formation intermédaire, et surtout des assises inférieures du calcaire de transition. Néanmoins je suis loin par la de prétendre que des orthocères isolées ne peuvent pas se trouver, dans d’autres dépôts. Si vraiment de pareils fossiles existent dans les formations plus récentes ou y ont été déjà réellement observés, leur appartiennent-ils bien ou ne pourraient-ils s’y trouver qu’accidentellement ? Voici quelques faits qui seront peut-être favorables à cette dernière idée.

J’ai découvert plusieurs espèces d’ammonites et de bélemnites dans les marnes supérieures des dépôts tertiaires protéiques (Al. Brong.) du N. O. de l’Allemagne, comme près d’Osnabruck ; ces fossiles y sont associés avec des pétrifications caractéristiques de ce terrain, tels, que Terebratula grandis, Blumenbach (T. ampulla, Brocc. et T. gigantea, Schl.). En examinant attentivement les fossiles anormaux, j’ai toujours aperçu dans tous les échantillons, qu’ils ont été déposés, tout pétrifiés, sur le fond de la mer, car ils sont en partie perforés par des lithodomes et en partie couverts de petits cellépores, de flustres, de serpules, du Balanus porosus, de Blumenbach, et du B. stellaris, Brocc., fossiles appartenant tous au terrain protéique. De plus, j’ai trouvé que les coquillages anciens provenaient tous, soit du lias, soit des parties inférieures et charbonneuses des oolites de la chaîne du Weser.

J’ai aussi trouvé des pétrifications jurassiques dans la formation marine tertiaire du Wutermberg et de la Bavière, ainsi le protéique de Dischingen avec beaucoup d’huîtres, de peignes et la Terebratula incrustans, Sow., fossile caractéristique, m’a offert aussi l’Ammonites planulatus, Scloth., et des morceaux de calcaire jurassique couverts du Balanus pictus, N. Sp., à zônes blanches et jaunes, et percée de lithodomes.

Il paraîtrait bien étrange si je voulais conclure de ces faits, que les animaux de ces deux genres de fossiles ont existé en même temps. Je dois aussi rappeler que j’ai détaillé dans mon mémoire sur l’oolite ferrifère un gisement semblable de fossiles du lias, dans les marnes des oolites. (Teuschland de M. Keferstein, vol. 5, cah. III)

B. les Cyrtocératites de Goldfussa, ou les Nautilacées avec une coquille plus ou moins courbée, mais non pas en spirale forment le passage des orthocères, aux lituites et aux nautiles, et ne se rencontrent encore que dans le sol intermédiaire. Peu d’espèces en sont encore connues.

C. On en peut dire autant des lituites ou nautilacées avec des tours en spirale qui se prolonge en droite ligne. Je n’en connais encore que peu d’espèces.

D. Les Nautiles proprement dits, sont les les nautilacées avec des tours de spore réguliers et en spirale, qui sont enveloppées par le premier tour ou sont tous visibles. Ce sont comme l’on sait les seuls céphalopodes à siphon qui se trouvent dans toutes les formations marines depuis le calcaire intermédiaire jusques dans le sol tertiaire, et qui vivent encore dans les mers actuelles. Ces fossiles offrent dans les diverses périodes principales de leur gisement quelques différences essentielles, quoique leur groupement géognostique ne semble pas être si net et si tranché que pour les ammonées.

1° « les Nautiles du calcaire intermédiaire ont, il est vrai toutes les cloisons concaves, à bord simple et non divisé, et sans courbure ou avec une courbure très-légère, mais leur forme extérieure et la position du siphon sont très-différentes ; ce dernier est dans la plupart des espèces si étroit, que sa place sa place dans la roche calcaire, gite ordinaire des nautiles, n’est que rarement bien visible, malgré qu’en fasse sciés, eu polir les, échantillons Cette particularité rend plus difficile la division exacte des nautiles du sol intermédiaire. Néanmoins, d’après les formes extérieures, on peut en constituer deux groupes, savoir : 1° ceux à tours de spire, qui sont enveloppées entièrement par le extérieur, mais dans lesquels le siphon n’est pas comme dans les nautiles proprement dits, au milieu des cloisons, mais sur la dos ou près du ventre ; 2° ceux à tours de spire plus ou moins visibles, les Planulites de Parkinson, les Discites et Omphalia de Hann, et les ammonies de Monfort.

Dans les échantillons les plus parfaits des deux groupes, le premier tour de spire extérieur et une partie du tour suivant n’offre aucune chambre ou concamération.

Le premier groupe a extérieurement de la ressemblance avec les véritables nautiles des. formations secondaires récentes, mais les huit à neuf espèces que j’en connais jusqu’ici, m’ont présenté dans les échantillons parfaits, des différences essentielles, avec les nautiles, surtout par rapport à la grosseur du siphon qui est tantôt sur le dos, tantôt sur la partie ventrale, et même par rapport à la forme extérieure du test.

On peut citer comme représentant ce groupe, le Nautilus sou l’Ellipsolites ovatus de Sow. Pl. 27, fossile qui se trouve dans le sol intermédiaire d’Angleterre et d’Allemagne, en particulier dans l’ancien calcaire de transition de Hof et de Schleitz. Sowerby l’a assez correctement figuré d’après un échantillon imparfait. Ce nautile est très comprimé, plus ou moins elliptique ; la partie ouverte, sans chambres, occupe un quart du tour de spire, chaque tour suivant, à 35 concamérations, le bord des sutures est un peu courbe, et le siphon droit est sur le haut du bord du dos comme dans les Ammonites. Une autre espèce découverte récemment, le Nautilus intermedius N. Sp., est aussi très-aplatie, mais une petite partie des tonus de spire intérieurs est visible, le bord des sutures étroites est faiblement ondulé et courbé, et le siphon est situé sous le ventre.

Aucun échantillon des autres espèces qui me sont connues, ne m’a offert un gros siphon tel que celui des nautiles secondaires. Plus fréquemment on rencontre des nautiles du second groupe. qu’on peut partager en deux subdivisions, suivant qu’ils ont un gros et large siphon dans le milieu des cloisons, ou que ce canal est très petit et étroit, et tout à fait à son bord ventral, ou en haut sur le dos des spires.

La 1re sousdivision. comprend plusieurs espèces figurées par M. Sowerby, comme le Nautilus discus (pl. 13), pentagonus (pl. 249, fig. 1), sulcatus (pl. 571, fig. 1—2), etc. Ma collection contient une belle espèce provenant de Grund an Harz, elle ressemble à l’Ammonites primordialis, Schl., mais elle n’a pas de ligne dorsale, car le très gros siphon est tout à fait dans son milieu. Au Fichtelgebirge les espèces de cette première sousdivision sont très rares, et on y voit plus souvent ceux de la seconde, avec un petit siphon sur le ventre des tours de spire.

Dans des échantillons parfaits à test bien conservé, on ne peut pas bien distinguer ces deux groupes l’un de l’autre, mais dès que le test manque, on aperçoit que les espèces du premier ont des cloisons concaves avec un bord simple et courbe, tandis que, dans ceux de l’autre, le bord des cloisons est recourbé fortement dans la direction du siphon et vers l’intérieur ou la partie ventrale. Le Nautilus complanatus de Sow.(Pl. 261), fait partie de ces dernières espèces.

Parmi plusieurs espèces de Nautiles du Fichtelgebirge, le plus commun est notre Planulites lœvigatus, N. Sp., je l’ai trouvé variant d’un demi-pouce à sept pouces de diamètre, le test épais est tout à fait lisse et a huit tours de spire complètement visibles et se retrécissant insensiblement.

2° Dans le Muschelkalk je ne connais encore que deux espèces de Nautiles, qui forment le passage de la première sousdivision du premier groupe des nautiles du calcaire intermédiaire à ceux du sol secondaire récent. Ce sont le Nautilus bidorsatus, Schl., (pl. 30, fig. 2 a-d) ou le Nautilus arictis, Beineke (pl. 10 et 11, fig. 70 et 71), et le Nautilus nodosus, Nobis N. Sp. Ces deux espèces ont un siphon central à nœuds ou étranglemens, et tout au plus trois tours de spire, qui sont tout la fait visibles et ordinairement se touchent à peine, circonstance qui les rapproche des Spirules et des Cyrtocératites, ou Orthocères recourbées. Néanmoins elles ne sont déjà plus aussi plates que les nautiles intermédiaires, au contraire elles sont plus épaisses et plus renflées, ce qui les place à côté des nautiles de la période secondaire récente, fossiles dont les tours de spire m’ont paru cependant dans toutes, les espèces à moi connues être enveloppées par le tour extérieur.

Les Nautiles qui se rencontrent depuis le lias jusques dans la formation tertiaire inclusivement peuvent aussi se subdiviser en deux groupes, savoir : A, ceux, avec des cloisons à bord simple, sans lobes, et non fortement courbé ; ce sont les vrais nautiles, qui se rencontrent dans toutes les assises du lias, des oolites, de la craie et du sol tertiaire. B, ceux avec des cloisons dont le bord offre des anfractuosités ondulées et fortement courbées, et qui a ordinairement un grand et un petit lobe ; ce sont les Aganides de Monfort. Les espèces très-diverses qui me sont connues dans ce dernier groupe se trouvent surtout dans l’oolite inférieure et supérieure, ainsi que dans les dépôts tertiaires inférieurs ou tritoniens. Dans les deux groupes les espèces ont un siphon central simple, et gros, et leurs tours de spire sont plus ou moins enveloppés par le tour extérieur.

Dans ses observations imprimées sur les Bélemnites, M. le comte Munster figure une nouvelle espèce, sous le nom de B. semisulcatus, fossile très caractéristique pour le jura d’Allemagne et existant dans le calcaire compacte, la dolomie et le schiste de Solenhofen. 2° Une espèce appelée B. deformis. Il passe ensuite à la classification et donne les caractères qu’il regarde comme importans. Il rejette le genre Actinocamax établi par Miller, et trouvé souvent sur le bord de la mer du Nord en cailloux roulés. Il pense qu’il faudra réunir les groupes B. et C. de M. Blainville. Ayant pu examiner plusieurs centaines de Pseudobelus, il conclut que ces corps. ne sont que des fragmens de bélemnites. Plusieurs bélemnites coniques du lias acquièrent par l’âge, un trou à leur pointe., Il figure les nouvelles espèces du B. ayïnis, et semistriatus, et d’autres, pour appuyer ses assertions, et il dit n’avoir jamais trouvé de cavité à la pointe des bélemnites, de la craie et du calcaire jurassique ; cet accident est au contraire presque général, dans celles du lias.

Quant au gisement des Bélemnites, il n’en a jamais vu de véritables dans les formations intermédiaires. En Allemagne, elles ne descendent jamais plus bas que le lias, et ne montent pas plus haut que la craie.

Toutes les Bélemnites de la craie d’Allemagne offrent une fente courte à leur base, caractère qu’il a retrouvé dans ses échantillons de France, d’Angleterre et de Suède. Les Bélemnites fusiformes des couches supérieures du calcaire jurassique d’Allemagne ont à la base une gouttière, dont la longueur n’excède jamais la moitié du fourreau. Les Bélemnites des oolites, inférieures sont en partie les dernières qui offrent une gouttière à leur base, et en partie semblables à celles du lias, qui sont sans gouttière. Ces dernières peuvent se diviser en deux groupes : celles qui n’ont qu’une courte gouttière à la pointe, et les espèces coniques à trois gouttières courtes à la pointe.

M. le comte Munster envoie sur le même sujet les notes manuscrites additionnelles suivantes :

Les Bélemnites citées dans le Muschelkalk par MM. Hausmann et de Schlotheim sont associées avec l’Ammonites costatus, des pentacrinites, etc., et dans les marnes du lias qui reposent dans ces lieux, prés de Gœttingue, immédiatement sur le muschelkalk. M. F. Hoffmann a bien exposé ce fait et je l’ai vérifié. Je n’ai jamais aperçu de traces de Bélemnites dans le Muschelkalk de la Bavière et du Wurtemberg, malgré mes recherches nombreuses faites depuis nombre d’années. Parmi les raretés de cette formation, je puis citer un Lithodendron Goldf. ; c’est le seul zoophyte que j’y connaisse, à l’exception d’un Calamopora, qui se trouve dans le Muschelkalk de Schio et de Recoaro dans le Vicentin, et qui y est associé avec le Chamites (Plagiostoma) striatus (Schl.).

Je n’ai jamais vu ni entendu parler de Bélemnites dans le Muschelkalk du Thuringerwald ; néanmoins j’ai trouvé sur son pied oriental des lambeaux de Keuper ou de marnes du lias avec leurs fossiles caractéristiques. Il est possible que les eaux pluviales puissent transporter des Bélemnites sur la surface du Muschelkalk, qui supporte ces roches faciles à se décomposer, et ainsi on pourrait être induit en erreur.

Pour les Bélemnites des Alpes bavaroises, je ne connais que celles de Bergen, qui sont de l’espèce du B. paxillosus ; elles sont dans un calcaire gris foncé et dans des marnes, et associées avec diverses espèces d’Ammonites du lias. Les Orthocères qu’on m’a apportées comme provenant des mêmes roches, n’étaient que de grandes Alvéoles coniques de Bélemnites. Je n’ai pas encore visité les autres gisemens de Bélemnites et d’Orthocères des Alpes, et compte le faire cette automne, et jusque là je garderai le silence, malgré les échantillons que j’en possède.

M. Reboul, après avoir tracé sur le tableau la succession respective des dépôts tertiaires des bassins de Paris, de l’Hérault et de l’Autriche, s’efforce de faire saisir à la Société la manière dont il met ces divers dépôts en parallèle les uns avec les autres, en employant soit les considérations géologiques, soit celles qu’il a pu tirer de la comparaison des catalogues publiés jusqu’ici sur les fossiles de ces divers bassins.

M. Deshayes combat les conclusions de M. Reboul. En comparant les fossiles marins de chaque bassin tertiaire aux animaux vivans encore dans les mers les plus voisines de chacun d’eux, il est amené à placer les dépôts des bassins tertiaires, non point en parallèle les uns avec les autres, mais en échelle les uns au-dessus des autres.

M. Reboul cherche à convaincre ses auditeurs en concluant que, si l’on ne voulait pas admettre que le dépôt inférieur de Paris fût dans le bassin de l’Hérault, il serait en droit de demander ce qui s’est donc formé dans ce dernier, pendant que le sol tertiaire se déposait à Paris.

M M. de Beaumont ne pense pas qu’on doive s’étonner de l’absence d’un dépôt tertiaire dans certains bassins. Dans ce cas se trouverait en particulier le calcaire grossier de Paris. En effet, ce dépôt manque déjà dans une grande partie du bassin de la France septentrionale, de la Sologne et du Loir-et-Cher. Le calcaire d’eau douce supérieur de Paris y repose sur la craie, et tous les autres dépôts tertiaires y sont supprimés : il n’est donc pas surprenant de ne pas rencontrer le calcaire tertiaire de Paris dans la France méridionale ; cela doit d’ailleurs d’autant moins étonner que la craie blanche y manque comme dans les contrées du bassin parisien précédemment indiquées. La craie tufau y est aussi seule présente.

M. Deshayes lit un mémoire intitulé : Tableau comparatif des espèces de coquilles vivantes avec les espèces de coquilles fossiles des terrains tertiaires de l’Europe, et des espèces de fossiles de ces terrains entr’eux.

L’auteur, espérant augmenter encore d’ici à peu de temps les matériaux employés à ce travail et comptant le publier prochainement, n’en donne que quelques-uns des résultats principaux. Voici dans quel esprit ce travail, accompagné de grands tableaux, a été entrepris :

La comparaison générale entre toutes les espèces actuellement connues et vivantes dans les mers, et celles que l’on a recueillies dans les terrains tertiaires, peut être d’une grande utilité pour la géologie, en indiquant d’une manière précise dans les dépôts, des périodes zoologiques qui se trouvent sans doute en harmonie avec les observations purement géologiques.

On pouvait prévoir à priori deux sortes de résultats. dans une comparaison générale d’espèces : des ressemblances et des dissemblances ; mais il s’agissait de savoir si les ressemblances et les disssemblances étaient à des degrés constans et proportionnés. Il n’y avait qu’un travail d’ensemble, minutieux, fait sur une très-grande quantité d’espèces et d’individus, qui pouvait donner les résultats a cherchés et inspirer une grande confiance. Il aurait peut-être fallu. comprendre dans un même travail, non-seulement les espèces fossiles des terrains tertiaires, mais encore celles des terrains secondaires. La zoologie de ces derniers terrains n’est pas encore assez avancée dans son ensemble, pour qu’on espère déjà en obtenir des résultats satisfaisans. Il faut donc remettre à une autre époque ce qui est relatif à cette sorte de terrains, et donner pour les terrains tertiaires, qui sont mieux connus, un exemple de ce que la zoologie peut prêter d’appui à la géologie.

Pour procéder d’une manière rationnelle, il a fallu comparer les espèces qui vivent actuellement avec celles qui, déposées dans les couches les plus superficielles, paraissent avoir avec elles le plus d’analogie ; il a fallu ensuite continuer cette comparaison avec les espèces déposées dans des couches successivement plus profondes, jusqu’à ce que toute la série fût entièrement épuisée. De cette comparaison générale résulte un fait très important, c’est qu’il existe une suite considérable de terrains dans lesquels on trouve des espèces qui vivent encore aujourd’hui, et une autre série, plus étendue que la première, dans laquelle il n’existe plus d’espèces qui aient leurs analogues vivans. Il y a donc bien évidemment deux ordres de phénomènes dans les terrains à fossiles. Les uns ont une zoologie dont toutes les espèces paraissent actuellement anéanties : ce sont les terrains secondaires ; les autres offrent avec des espèces perdues des espèces qui vivent encore aujourd’hui : ce sont les terrains tertiaires. La limite de ces deux périodes est aussi bien tracée, parla zoologie que par la géologie.

Les terrains tertiaires, que le plus grand nombre des géologues ont regardes comme d’une seule époque, si ce n’est dans ces derniers temps qu’une période quaternaire a été proposée par un de nos secrétaires, sont partagés par M. Deshayes en trois grandes époques zoologiques parfaitement distinctes par l’ensemble des espèces qui sont dans chacune d’elles, et par les proportions constantes entre le nombre des espèces analogues vivantes et celles qui sont perdues. Les trois groupes zoologiques que propose M. Deshayes sont composés de la manière suivante : la première époque comprend le bassin de Paris, celui de la Belgique, celui de Londres, celui de Valognes et une partie de la Belgique ; elle est représentée par 1400 espèces de mollusques environ, sur lesquels il y a 3 pour cent d’analogues vivans.

La seconde époque renferme les faluns de la Touraine, le bassin de Bordeaux et de Dax, la Superga près de Turin, une partie des environs de Montpellier, et le bassin de Vienne en Autriche ; cette époque est représentée par près de 800 espèces, et on y trouve 19 pour cent d’analogues vivans.

La troisième époque, la plus récente, contient le terrain sub-apennin de l’Italie, de la Sicile et de la Morée, les environs de Perpignan ainsi que le Crag d’Angleterre ; cette période est représentée par 700 espèces environ, et on y trouve 52 pour cent d’analogues vivans.

En examinant comparativement certains dépôts coquillers récens des bords de la Méditerranée ou le calcaire méditerranéen de M. Rizzo, nous trouvons dans les fossiles de ces roches de Nice et de Sicile, etc., 96 pour cent d’analogues vivans.

Pour obtenir ces résultats curieux, M. Deshayes s’est entouré de tous les matériaux convenables, et il a comparé 4,639 espèces vivantes à 2,902 espèces fossiles des terrains tertiaires, c’est-à-dire 7,541 espèces en tout, représentées par plus de 40,000 individus.

M. de Beaumont dit être arrivé à des résultats en partie analogues à ceux de M. Deshayes en suivant la méthode purement géologique. En s’attachant à suivre les dépôts supérieurs à la craie, en France, en Suisse et en Piémont, d’après la disposition géométrique et la nature de leurs couches, il est arrivé à les diviser en trois étages, dont chacun correspond à une période de tranquillité intermédiaire entre deux soulèvemens de montagnes.

L’étage inférieur comprend l’argile plastique, le calcaire grossier et la formation gypseuse, y compris les marnes marines supérieures.

L’étage moyen comprend le grès de Fontainebleau, la formation d’eau douce supérieure des environs de Paris et les faluns de la Touraine, système auquel correspondent le dépôt de lignite, le gypse et le calcaire moëllon des Bouches-du-Rhône, la molasse et les nagelfluhs de la Suisse, le lignite de Cadibona et la molasse de Superga.

L’étage supérieur comprend le terrain de transport ancien de la Bresse, le dépôt lacustre d’Œningen, le grès à Helix d’Aix, le terrain marin supérieur de Montpellier, quelques dépôts marins de l’Italie et de la Sicile, et le Crag du Suffolk.

En développant cette division dans ses dernières leçons, M. Élie de Beaumont a ajouté que chacun de ces trois étages renferme les ossemens d’une génération particulière de grands animaux, dont les espèces changent presque toutes en passant d’un étage à l’autre.

L’étage inférieur ne comprend guère que les espèces trouvées à Montmartre.

L’étage moyen comprend les espèces de paléothérium du Puy et d’Orléans, différentes de celles de Montmartre, la plupart des espèces de lophiodons, les ambracothénium et les plus anciennes espèces des genres mastodonte, rhinecéros, hippopotame et castor.

L’étage supérieur comprend les éléphans, les hyènes et les autres animaux de l’époque anté-diluvienne proprement dite.

M. C. Prévost rappelle que dans son mémoire sur le bassin de la Seine, il a reconnu qu’une partie des dépôts marins de la Touraine, de la Gironde et de la Belgique, le Crag et les collines subapennines ont été formées lorsque le bassin parisien n’était plus occupé que par des eaux douces, fait que Desnoyers a développé plus tard.

M. Boué mentionne qu’une semblable idée a été exposée par plusieurs personnes, notamment par M. de Férussac et par lui-même. Il ajoute que, dans son mémoire allemand sur l’Origine et la distribution des terrains de l’Europe, il a proposé, comme M. Deshayes, de grouper ensemble les dépôts tertiaires de contrées très-éloignées, seulement d’après les mêmes analogies observées entre leurs fossiles et les animaux de chacun de ces pays.

De plus, M. Boué observe que, si quelques-unes des conclusions de M. Deshayes correspondent avec celles publiées par les géologues, il y en a d’autres qui sont en discordance avec ces dernières. Ainsi, aucun géologue n’a jusqu’ici formé un seul groupe de tous les dépôts de Paris, et tous ceux qui ont visité le bassin de Vienne, y ont reconnu le système subapennin, soit des marnes bleues, soit des sables et des calcaires supérieurs : or, d’après M. Deshayes, les collines subapennines seraient encore plus récentes que le bassin de Vienne. Cette divergence apparente entre les résultats zoologiques et géologiques servira à nous faire apprécier les avantages ou les désavantages de l’emploi unique de chacune des méthodes zoologique ou géologique pour la classification des terrains.

M. B. annonce la publication prochaine d’une notice sur ce sujet intéressant.


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