Bulletin de la société géologique de France/1re série/Tome IV/Séance du 21 juillet 1834

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Séance du 21 juillet 1834.


présidence de m. prévost.

M. Delafosse tient la plume comme secrétaire et donne lecture du procès-verbal de la dernière séance, dont la rédaction est adoptée.

M. le Président proclame membres de la Société :

MM.

Bonnet (Gustave), ingénieur du chemin de fer d’Epinac au canal de Bourgogne, à Bligny-sur-Ouche (Côte-d’Or) ; présenté par MM. Virlet et Lacordaire ;

Le Guillou (Élie), chirurgien de la marine, à Paris ; présenté par MM. Constant Prévost et Jules Desnoyers ;

Jauffret, garde général des forêts, à Bourges (Cher) ; présenté par MM. Viquesnel et Vigoureux.

Viennay (Paul de), au château du Val-Pineau, près Mamers (Sarthe) ; présenté par MM. Triger et Élie de Beaumont.


dons faits à la société.

La Société reçoit :

1° Transactions de la Société philosophique de Cambridge (Transactions of the Cambridge philosophie Society). Vol. V. part. 2. In-4° de 184 p. 2 pl. Cambridge 1834.

Proceedings of the geological Society of London. N° 35.

The Athenœum. N° 349.

4° Magasin d’Histoire naturelle, etc. (Magazine of natural history, etc.) Par M. Loudon. N° 39.

5° Journal de la Société géologique de Dublin (Journal of geological Society, etc.). Vol. I. Part. 2. In-8° de 90 p. 5 pl.

6° Journal de la Société asiatique du Bengale (Journal of the asiatic Society of Bengal). Vol. I, de 580 p. 14 pl. Calcutta, 1832. — Vol. II, de 664 p. 26 pl. 1833, et le n° de janvier 1834.


7° Nouvelle série du journal bimensuel de la Société d’agriculture de Wurtemberg (Correspondenz blatt dez Kôniglich Wurtemberg). Année 1834, part. 5. In-8° de 120 p.

Adress delivered at the anniversaire meeting of the geological Society of London. On the 21 of february 1834. By George Greenough. In-8° de 32 p. London, 1834.

An adress delivered at the Third annual meeting of the geological Society of Dublin, on the 21 of february 1834. By the rev., Bartholonem Lloyd. In-8° de 36 p. Dublin, 1834.

10° Annual report of the council of the Yorkschire philosophical Society for 1833. In-8° de 24 p. Yorck 1834.

11° Journal des sciences, lettres et arts de la Sicile (Giornale di scienze, lettere, etc.). N" de janvier à mai 1834. Palerme. In 8°.

12° De la part de M. Dujardin, 50 échantillons de roches des environs de Tours.

13° Enfin M. Koninck fait hommage à la Société de quelques roches et fossiles de la Belgique.


comunications et mémoires.

M. Lefebvre lit une note, qu’il se propose d’adresser à M. Fleuriau de Bellevue, en réponse aux questions que ce savant a soumises à la Société sur le puits artésien de La Rochelle. Il n’a pas encore eu connaissance d’un phénomène semblable à celui que ce puits vient d’offrir. Il a vu des abaissemens de niveau de plus de 60 pieds, mais sans qu’il y ait eu ni oscillations ni retour au niveau primitif. Le fait observé à La Rochelle ne lui paraît être un pronostic ni avantageux ni désavantageux. Il regarde les oscillations qui ont eu lieu comme le résultat d’une communication établie entre le puits et un courant intérieur, au moyen de fissures qui existent dans la couche où s’est arrêté le forage. Il attribue les changemens de niveau à des causes purement atmosphériques, telles que l’abondance plus ou moins grande des eaux pluviales qui alimentent le cours d’eau intérieur, et il ne pense pas qu’il y ait là une véritable source intermittente. Il conseille la continuation du forage, et donne son avis sur la manière de diriger l’opération et d’apprécier les chances de sa réussite.

M. Austin communique à la Société un travail de M. Thomas Hawkins sur les Ichtyosaurus et Plesiosaurus. Il donnera, dans une prochaine séance, une analyse détaillée de cet ouvrage remarquable.

M. Dujardin lit un Mémoire sur les terrains de la Touraine et de quelques cantons limitrophes, comprenant l’angle sud-ouest du grand dépôt crayeux de la France centrale.

Il décrit d’abord le calcaire jurassique, dont les divers étages se montrent sur des points très rapprochés au sud, à la limite de la craie. Il signale une oolite ferrugineuse, très riche en fossiles, à la Motte-Bourbon, sur la Dive.

Passant à la formation crayeuse, il distingue comme variétés principales, le grès vert, la craie micacée, la craie tufau et la craie blanche, qu’il décrit successivement : le grès vert, caractérisé par la Terebratula Menardi, s’est trouvé à 130 mètres de profondeur dans le forage des puits artésiens de Tours ; on le voit avec une faible épaisseur à la limite du calcaire jurassique, notamment près de Buzançais et de Richelieu au sud, près de Doué à l’ouest, etc.

La craie micacée, qui se trouve presque toujours sous la craie tufau, est à la surface dans la partie sud-ouest de la Touraine (cantons de Richelieu, l’ile Bouchard et Chinon). Elle forme des bancs puissans à Bourré, près de Montrichard, où on l’exploite pour les constructions de tout le pays, ainsi qu’à Montsoreau ; elle est peu riche en fossiles. très légère, tendre, souvent friable, et employée dans ce cas à l’amendement des terres.

La craie tufau constitue la presque totalité des coteaux ; c’est dans cette roche que sont creusées des habitations nombreuses, tout le long de la Loire. Elle varie à l’infini, depuis une roche dure, mêlée de quartz et de grains spathiques (pierre de Sainte-Maure), jusqu’au calcaire compacte (Limeray), et jusqu’aux bancs sablonneux jaunes ; elle contient souvent aussi des grains verts en plus ou moins grande quantité, mais sans qu’on puisse établir un ordre constant de superposition parmi ces variétés. Le plus souvent la craie change de nature et d’aspect à de très petites distances, et, dans les coupes, on voit des blocs plus compacts séparés par des interstices irréguliers remplis de craie sablonneuse et friable ou de sable vert ; au sommet des coteaux elle est imparfaitement. stratifiée.

C’est dans les interstices des blocs et dans les parties les plus friables qu’on trouve ordinairement les fossiles. En outre des espèces signalées comme caractéristiques dans d’autres localités, il y a beaucoup d’espèces nouvelles, signalées par M. Dujardin, et parmi lesquelles on doit remarquer une Ammonite, un Cône, une Vulselle, des Peignes, des Limes et des Polypiers.

La craie blanche de Touraine n’a que des fossiles siliceux ; ce sont ordinairement des éponges libres ou empâtées de silex ; tel est le cas des silex pyromaques, employés à la fabrication des pierres à fusil. Dans le coteau, au nord de Tours, la craie blanche n’a plus rien de calcaire ; c’est une poudre siliceuse, liée par une infinité de spicules provenant des Zoophytes, dont plusieurs se sont conservés ; on y trouve aussi des coquilles polythalames microscopiques analogues à celles de la craie de Scanie.

La formation tertiaire comprend un vaste dépôt d’argile plastique sans fossiles, mais renfermant, comme corps étrangers, les Zoophytes siliceux de la craie ; cette argile, occupant plus de la moitié de la surface du pays, est quelquefois mêlée de sables quarzeux, qui, plus abondans en quelques localités, ont formé un grès blanc lustré ou des poudingues empâtant les mêmes Zoophytes ; elle contient aussi le minerai de fer exploité pour les fourneaux de Lucé, de Foie, de Château-la-Vallière, etc. Au-dessus de l’argile est un dépôt d’eau douce consistant en calcaire plus ou moins compacte ou facile à désagréger, et même pulvérulent, avec des silex calcédonieux ou jaspoïdes, des meulières et une substance argileuse verte caractéristique. Cette formation lacustre, que M. Dujardin regarde comme une extension de celle de l’Orléanais, et que néanmoins il rapporte à la formation lacustre moyenne, a peu de fossiles ; on y trouve des Gyrogonites, des Lymnées, des Planorbes, etc.

Un dépôt marin quaternaire, clair-semé sur les plateaux, et connu depuis long-temps sous le nom de falun, complète la série des terrains de ce pays ; M. Dujardin le montre comme méritant à peine le nom de couche ; c’est un gravier coquillier à Louans, Manthelan, Semblançay, etc. ; ce même gravier se trouve agglutiné par une incrustation calcaire et forme une pierre assez solide à Savigné et à Doué. Il confirme l’identité déjà annoncée par M. Desnoyers des falunières avec les tufs du Cotentin et de la Bretagne. Enfin il termine son travail par une description des terrains de transport.

Cette lecture a fait naître une discussion, à laquelle ont pris part MM. C. Prévost, Desnoyers, de Bonnard et d’Omalius d’Halloy, d’abord sur l’âge de la formation lacustre, que M. Desnoyers regarde comme plus récente.

M. Desnoyers proteste contre les conséquences qu’on pourrait tirer relativement à l’âge des faluns de la Loire de l’opinion de M. Dujardin sur l’âge du terrain d’eau douce de ce bassin ; il rappelle qu’en rapportant ce dernier terrain recouvert par les faluns à la formation la plus récente de la Seine, il s’est lui-même plutôt appuyé sur les relations générales de gisement que sur les caractères minéralogiques et même géologiques. La fréquence, dans ce terrain, du silex molaire, la présence des hélices, des gyrogonites, et, aux environs d’Orléans, des débris de plusieurs espèces de mammifères étrangères à la formation d’eau douce moyenne, tendent confirmer ce rapprochement, basé surtout sur la disposition géographique. En effet, le terrain lacustre se continue par lambeaux très rapprochés sur les deux rives de la Loire, depuis l’Anjou jusqu’aux plateaux de la partie méridionale du bassin parisien, à travers la Touraine, le Blaisois, la Sologne, la Beauce et l’Orléanais, recouvert çà et la par le falun ou par les alluvions. Plus on avance vers la Seine, plus on voit la liaison intime de ce grand dépôt lacustre de la Loire avec le terrain d’eau douce parisien le plus récent, qui lui-même recouvre la dernière formation marine de la Seine à Étampes, et dans plusieurs autres vallons voisins. Si l’absence, dans le centre du bassin de la Loire, de tout autre terrain parisien que des dépôts d’eau douce porte à considérer avec raison l’ensemble de ce terrain lacustre comme représentant plusieurs étages du bassin de la Seine, on doit aussi remarquer qu’il y a une telle continuité entre les couches lacustres de la Loire, qu’il est difficile de supposer entre elles une interruption assez longue pour permettre l’interposition des faluns. Ceux ci, au contraire, ont succédé à l’ensemble du groupe lacustre, et ne sont recouverts par aucun dépôt qu’on puisse considérer comme l’équivalent du terrain d’eau douce supérieur. Toutefois, la superposition directe des faluns à un terrain d’eau douce, qui par plusieurs motifs semble se rapporter au dépôt le plus récent : du bassin parisien, n’est pas, selon M. Desnoyers, l’argument le plus fort en faveur de l’âge récent des faluns ; cette superposition est, pour ainsi dire, un accident heureux qui vient fortifier plusieurs autres caractères conduisant tous au même résultat, tels que la présence dans les faluns d’ossements de plusieurs espèces de mammifères, tout-à-fait inconnues dans les formations parisiennes, et particulières jusqu’ici aux terrains plus modernes ; la présence d’un grand nombre de coquilles et de zoophytes analogues aux espèces encore vivantes, l’absence de toutes les espèces caractéristiques des deux formations marines de la Seine ; enfin, les rapports intimes des fossiles, des faluns de la Loire avec ceux des terrains marins les plus récens de la Gironde et de plusieurs autres bassins méridionaux que d’autres caractères portent aussi à considérer comme postérieurs à l’ensemble des terrains parisiens.

M. Dujardin appuie surtout son opinion sur les caractères minéralogiques et sur des analogies ; et d’après l’observation de M. de Boissy, que la présence du Cyclostoma mumia indiqué par M. Dujardin, serait un argument favorable à son opinion, celui-ci convient que la carrière de Saint-Pierre de Chevillé, près du Loir, où il a trouvé cette coquille, est un point presque isolé.

M. C. Prévost, qui depuis long-temps a été conduit à penser qu’au midi du bassin parisien les dépôts d’eau douce se sont succédé sans interruption depuis l’époque du calcaire grossier jusqu’à celle de la formation lacustre supérieure inclusivement, fait observer que cette manière de voir pourrait rendre compte des opinions différentes de MM. Dujardin et Desnoyers ; les faluns qui peuvent dans diverses localités reposer immédiatement sur des couches plus ou moins anciennes de ce grand dépôt d’eau douce seraient cependant plus récens que les dernières de ces couches.

Quant à l’âge des sables de la Sologne, M. Dujardin répète qu’il a suivi les dépôts marins quaternaires depuis Pont-le-Voy jusqu’à Soing et Coutres, comme l’avait indiqué M. Desnoyers, et il signale dans ce dernier lieu des débris de polypiers identiques. M. de Bonnard fait quelques remarques sur la craie micacée ; il regarde les grès argileux et micacés de la Brenne comme très difficiles à déterminer.

M. Wafferdin lit un Mémoire sur les Tiges verticales observées dans la carrière du Treuil, près de Saint-Étienne.

« La carrière du Treuil, située à un kilomètre au nord de Saint-Étienne, est depuis long-temps signalée comme présentant un des exemples les plus authentiques de tiges verticales.

« Le dessin placé à la suite de la notice qu’en a donnée M. Al. Brongniart en 1821, montre en effet de nombreuses tiges de grands monocotylédons, placées verticalement dans les assises du grès micacé qui recouvre le terrain houiller.

« Cet exemple est cité, et le dessin en est reproduit dans la plupart des traités de géologie publiés en France, et l’on a souvent conclu de la position spéciale de ces tiges au Treuil, qu’elles avaient vécu dans les lieux mêmes où elles se trouvent enfouies.

« M. C. Prévost, dans son Mémoire sur les submersions itératices des continents actuels, et M. Voltz, dans ses observations sur les végétaux fossiles, ont fortement contesté plusieurs des conséquences tirées de la verticalité des tiges de Saint-Étienne, et il m’a paru qu’il pouvait n’être pas sans intérêt d’examiner et de constater de nouveau leur position, et de soumettre à la Société quelques observations sur le fait dont on s’est le plus servi pour expliquer la théorie de la formation du terrain houiller.

« La carrière du Treuil est du petit nombre de celles où le terrain houiller est exploité à ciel ouvert. Cette disposition permet de l’étudier avec facilité, et, ce qui n’est pas moins avantageux pour l’observation, les travaux qui se poursuivent chaque jour permettent aussi, après un certain laps de temps, de se livrer à de nouvelles investigations.

« Ainsi l’on conçoit que si, en 1821, le plus grand nombre des tiges se voyaient dans la position dans laquelle les représente la planche qui accompagne la notice de M. Brongniart, les travaux exécutés depuis douze années donnent maintenant à la carrière du Treuil un aspect différent, qui peut jeter un nouveau jour sur les circonstances auxquelles est due la verticalité des tiges.

« En effet, si l’on voit encore, dans la partie supérieure de la carrière du Treuil, quelques tiges placées verticalement, on en voit aussi un grand nombre en position plus ou moins inclinée, et un bien plus grand nombre encore, d’inégale épaisseur, en position tout-à-fait horizontale.

« Il résulte de ce dépôt dans des sens si divers un amas qui présente une confusion telle qu’il me paraît difficile de conclure aujourd’hui de la verticalité de plusieurs des végétaux fossiles de Saint-Étienne, qu’ils se trouvent là dans la position et dans la place même où ils ont vécu.

« Les positions tantôt verticales, tantôt inclinées, et le plus généralement parallèles aux strates, qu’affectent ces végétaux, donneraient plutôt lieu de penser que quelques uns de ces derniers ont pu se trouver accidentellement placés dans une direction verticale. »

M. de Konink lit la Notice suivante sur un moule pyriteux du Nautile de Deshayes (de Fr.) ou de l’Adour (Baster.), présenté par lui à la Société géologique.

« Comme l’espèce de nautile sur laquelle j’ai l’honneur d’attirer l’attention de la Société est déjà connue depuis long-temps, il semblera peut-être inutile d’absorber, par sa description, des momens qui pourraient être consacrés à des travaux d’un intérêt plus général ; mais la conformation toute particulière du moule me permettant d’en donner une description plus exacte que celles qui en ont paru jusqu’ici, je me suis décidé de la présenter dans cette note.

« En effet, ce moule se compose de six loges ou cloisons qui, malgré la destruction de la coquille, sont restées isolées, de manière à pouvoir se séparer très facilement, si l’on en excepte cependant la dernière qui s’est soudée à la cinquième.

« Toutes ces cloisons, qui se trouvent cristallisées à leur intérieur, sont parfaitement identiques pour la forme, ne varient entre elles que pour la grandeur, et constituent en quelque sorte un sac sans ouverture, d’une forme tout-à-fait irrégulière.

« Pour faciliter la description de l’ensemble, je commencerai par celle d’une cloison, à laquelle nous distinguons quatre faces, savoir : une supérieure, correspondant à l’ouverture de la coquille ; une inférieure, opposée à la précédente ; et deux latérales qui sont parfaitement identiques.

« Face supérieure : ovale, ayant au centre un trou également ovale, correspondant au siphon, mais qui n’est point parfaitement. fermé, et qui communique avec une échancrure dont les bords vont en s’élargissant jusqu’à ce qu’ils rencontrent la ligne de l’ovale, de sorte que l’espace libre qui est laissé dans ce dernier peut être comparé, pour sa forme, au signe par lequel les astronomes représentent ordinairement le taureau ; c’est ce qui fait que la cloison présente deux prolongemens en forme de cornes, courbés sur eux-mêmes, de manière à ce que le côté convexe se trouve du côté supérieur ; leur extrémité est tordue et se relève un peu vers ce même côté.

« Ce que je viens de dire concerne à peu près la moitié de la face supérieure de la cloison, le reste en est concave et présente de chaque côté un canal qui, comme nous le verrons plus loin, sert à recevoir un prolongement de la cloison qui le précède.

« Face inférieure : elle présente à peu près la même forme que la précédente ; seulement, ce qui s’y trouve concave est convexe dans celle-ci, et vice versa. Cependant les deux canaux latéraux y sont remplacés par les prolongemens dont nous venons de parler et qui sont conoïdes. Le bord de l’ouverture moyenne est tranchant et un peu relevé, ce qui ne s’observe pas sur la face opposée.

« Faces latérales : elles sont très sinueuses, et représentent en quelque sorte la forme d’une S. On leur distingue trois bords, l’un supérieur, l’autre inférieur, le troisième latéral, que nous nommerons dorsal ; ce dernier est droit, terminé à sa partie inférieure par une courbure, qui se prolonge jusque vers le milieu du côté inférieur en décrivant à peu près un demi-cercle, dont la concavité correspond à ce côté. Là, il rencontre l’ouverture du siphon, ce qui fait qu’il y forme une espèce de bourrelet ; ensuite il se reporte en haut et se recourbe dans le sens opposé au premier, pour aller se terminer à l’extrémité de l’une des cornes que nous avons remarquée à la face supérieure. Dans le premier tiers de ce côté, en partant du bord dorsal, l’on observe le prolongement conoïde dont j’ai déjà eu occasion de parler. Le bord supérieur est moins régulier ; il forme avec le dorsal à peu près un angle droit, et se dirige ainsi, en se courbant néanmoins légèrement, jusque vers le tiers de la face latérale ; là, il descend de nouveau à l’angle droit, jusque vers la base du prolongement conoïde, et se reporte en haut en formant un angle très aigu ainsi que le canal dont nous avons parlé. À une certaine distance de l’angle il se courbe dans le sens opposé du bord inférieur, auquel il vient se réunir à l’extrémité où nous avons laissé ce dernier.

« La description que nous venons de faire de l’une des cloisons facilitera beaucoup celle de l’espèce, que nous allons commencer.

« Elle est sub-ombiliquée [1] ; le dernier tour recouvre peu à peu près en entier les premiers ; les cloisons sont sinueuses dans la moitié qui est tournée vers le centre de la coquille, et anguleuses dans l’antre.,

Les angles sont formés par l’enfoncement ou le prolongement conique que nous avons déjà décrit, et qui a été très bien observé par M. Defrance [2]. Cet enfoncement se prolonge jusqu’au bord supérieur de la seconde cloison qui suit, en embrassant de chaque côté, celle sur laquelle il repose immédiatement. Le siphon est ventral et repose immédiatement sur l’avant-dernier tour, auquel il doit être soudé, à cause qu’il est resté dans mon échantillon un espace vide, qui fait que l’excavation, par la réunion des parties des cloisons qui enveloppent les premiers tours, communique avec lui, ce qui certainement n’aurait pu avoir lieu sans cette conformation. Il est continu, et formé, comme le dit très bien M. Defrance, par des sortes d’entonnoirs qui entrent les uns dans les autres ; ce qui nous explique le bord tranchant et élevé du siphon à la face inférieure de chaque cloison.

« Les lignes formées sur la partie dorsale du fossile, par la séparation des cloisons, est une courbe qui se relève un peu de chaque côté.

« D’après ce que nous venons de dire, il me semble que la phrase que M. Basterot donne, dans son Mémoire sur les fossiles des environs de Bordeaux, comme caractérisant l’espèce qui nous occupe, est trop vague et convient trop aux nautiles en général. Je propose donc de l’amender de la manière suivante : Testa subumbilicata, siphone continuo, ventrali, bucciniformi ; septis sunoso-angulosis, partibus angulosi utroque latere ad septum alterum inferius productis [3].

« Ce fut en octobre dernier que le fossile que je viens de décrire fut envoyé, par M. Wappers, à M. Van Mons, professeur de chimie à Louvain, quelques jours après sa découverte à Schelle, village situé sur la rive gauche de l’Escaut, à deux lieues au midi d’Anvers. L’on y exploite, comme, sur la plus grande partie des deux rives du fleuve, qui coule du même côté, de la terre glaise ou argile bleue, qui semble correspondre au London-Clay, et est employée à la fabrication de briques. C’est dans cette argile que le nautile, que M. Van Mons a eu la complaisance de me communiquer, s’est trouvé a quarante ou quarante-cinq pieds de profondeur, à quelques pieds au-dessus du niveau de l’eau du Heure, et à cent vingt environ de son bord.

« Il était enveloppé dans une croûte de pyrite mamelonnée à son extérieur, dont il n’est resté que quelques traces attachées au moule. La curiosité des ouvriers, qui n’avaient jamais rencontré un rognon si considérable de pyrite, fut cause qu’il fut brisé, et c’est ce qui endommagea également l’intérieur.

« Sur l’argile bleue, qui seule est propre à la fabrication des briquettes, repose un banc d’une terre argileuse, brune, qui en se desséchant se fendille et est rejetée comme impropre à la confection de briquettes ; elle est d’une épaisseur de huit à neuf pieds. Celle-ci porte une couche de terre labourable d’une puissance moyenne de quatre à cinq pieds. Cette dernière peut varier et ne présenter qu’une épaisseur de deux pieds, tandis que plus loin elle en aura une de sept à huit. L’épaisseur de la seconde couche est assez constante partout et ne varie que d’un à un pied et demi.

« Quant à l’épaisseur du banc d’argile, il serait difficile de la déterminer, puisque, d’après tous les renseignemens que j’ai pu recueillir, on ne l’a pas encore dépassée, soit en creusant des puits, soit en y faisant des coupures pour d’autres ouvrages ou constructions. Le lit du fleuve en est formé, de sorte que l’épaisseur ne peut en être moindre de quarante-cinq à cinquante pieds.

« D’espace en espace l’on y découvre des couches de rognons d’argile calcarifère durcie, ou septaria, qui présentent très souvent à leur surface des cristaux de chaux carbonatée ou de fer sulfuré irisé. Ce sont les ludus helmontii. On les emploie aujourd’hui à la fabrication du ciment romain, qui est d’une très bonne qualité.

« L’on y rencontre également, mais dispersés irrégulièrement, une grande quantité de cylindres de pyrite martiale mamelonnée, et quelquefois cristallisés à leur surface.

« Je suis disposé à croire qu’ils doivent leur origine à des fragmens de bois, ou d’une autre matière, organique qui a été remplacée peu à peu, et à mesure que ses atomes se détruisaient, par des atomes de fer sulfure, que l’argile tient pour ainsi en suspension, et qui sont venus s’y grouper comme les cristaux d’un sel ou de sucre se groupent autour d’un fil que l’on suspend dans leur dissolution saturée.

« Ce qui m’a confirmé dans cette hypothèse, c’est que j’ai trouvé un cylindre pareil, sur lequel on peut encore remarquer des parties ligneuses. On les nomme vulgairement, dans l’endroit où on les trouve, Ekkersteenen ; ils se décomposent au contact de l’air ; humide et se transforment en sulfate.

« On y rencontre également plusieurs espèces de coquilles fossiles, dont je me bornerai à citer quelques genres, me proposant d’y revenir dans un travail plus détaillé, que j’aurai l’honneur de soumettre dans quelque temps à la Société. Ce sont des Rochers, Tritons, Rostellaires, Pleurotomes, Fuseaux, Natices, Casques, Nucules (surtout la Nucule de Deshayes), Astartes, Lucines, Venericardes, etc., etc. ; ainsi que des vertèbres et dents de poissons appartenant au moins à deux genres.

Mais ce qui rend souvent l’étude de ces différens êtres difficile, et la détermination douteuse, c’est qu’ils sont généralement rendus difformes par la présence du fer sulfuré qui s’y est introduit et qui les distend quelquefois de telle sorte que leur volume est doublé ou triplé.

Cette note devrait être accompagnée de figures, mais comme le temps m’a manqué, je ne pourrai les faire parvenir à la Société que plus tard. »

Le secrétaire lit ensuite la lettre suivante de M. Virlet, datée de Besançon, le 18 juillet 1834.

« Pendant la course rapide que je viens de faire dans plusieurs départemens, je n’ai eu que bien peu le temps de m’occuper de Géologie ; cependant j’ai recueilli quelques notes qui pourront peut-être intéresser la Société. Je vais suivre l’ordre de mon itinéraire : j’ai visité les beaux granites roses qui percent aux environs de Sémur ; il est la regretter qu’ils n’aient pas été préférés à celui de Bretagne pour faire le soubassement de l’onbélisque de Louqsor ; leurs belles teintes se seraient parfaitement alliées à celles de granite qui compose le monolithe égyptien. Près de Fremoy et de Corcelles, à quelque distance de Sémur, il existe de beaux filons de plomb sulfuré, découverts par M. de Nanzouty ; ils contiennent de la baryte sulfatée et du quarz, etc. ; Quoique ces filons soient dans le terrain de gneiss et de schistes anciens, M. de Nanzouty m’a assuré qu’on trouvait au milieu de la gangue des gryphites du terrain jurassique (lias), qui cependant ne se trouvent qu’à une assez grande distance de là. Ce fait est très important, d’abord parce qu’il prouve que ces filons sont postérieurs à la formation jurassique dont ils contiennent les débris, et ensuite parce qu’il confirme ce que M. Dufrénoy a dit récemment au sujet des filons métallifères de Bleyberg, situés dans la craie, savoir qu’une partie des filons métalliques pourrait bien appartenir aussi à des terrains très récens, ce qu’on aurait regardé, il y a quelques années, comme tout-à-fait impossible. M. de Nanzouty m’a assuré aussi avoir trouvé, dans les mêmes environs, des échantillons de cobalt.

« Je suis allé, de là, à Pouilly, où j’ai eu occasion de visiter la belle galerie souterraine, de 3333 mètres de longueur, qu’y a fait percer M. Lacordaire, l’un de nos confrères, pour le canal de Bourgogne qui doit être livré prochainement à la navigation. Ce percement s’est fait à travers la formation du lias, et c’est en creusant qu’on a découvert le fameux ciment dit Romain. La masse qui le fournit est un calcaire argileux et siliceux, consistant simplement en un amas ellipsoïdal, qui n’a guère, d’après les reconnaissances qu’on en a faites par de nombreux sondages, qu’un quart de lieue d’étendue, et seulement 20 centimètres (7 à 8 pouces) dans sa plus grande épaisseur ; il s’amincit vers ses bords. On l’exploite par galeries souterraines et par le canal souterrain même. On exploite aussi, pour la fabrication du ciment, un autre petit banc de quatre à cinq pouces d’un calcaire marneux schisteux, dit banc zoné, qui donne un ciment trop énergique, c’est-à-dire qu’il contient trop de silice ; mais il est facile d’y remédier par des mélanges. Au-dessous et au-dessus du calcaire à gryphées, se trouvent deux bancs de calcaire argileux, qui fournissent de l’excellente chaux hydraulique ; le dernier contient beaucoup de bélemnites et autres coquilles. Le bel établissement construit par M. Lacordaire, pour la fabrication du ciment, est à une demi-lieue de là.

Je suis allé ensuite visiter le chemin de fer et les mines d’Épinac ; ce chemin doit être mis en circulation en même temps que le canal de Bourgogne, auquel il aboutit. On peut, en le parcourant, suivre toute la série des terrains de la contrée, depuis les formations des granites gneiss et schistes argileux, jusqu’à partie supérieure du terrain jurassique. M. Bonnet, ingénieur des ponts-et-chaussées, qui en dirige les travaux, a reconnu que le long de la route, depuis Bligny, lorsque les coteaux forment des plateaux pentes douces, on pouvait dire à l’avance qu’on était sur le grès inférieur au lias, tandis que les calcaires forment toujours des collines escarpées. À Molinot on a trouvé, en traçant le chemin, un filon de zinc sulfuré aurifère.

« Le bassin houiller d’Épinac repose immédiatement sur le granite, il y a à peu près une trentaine d’années qu’il a été découvert ; les grès sont feldspathiques, blancs, gris-blancs ou jaunâtres ; au-dessus de la houille on en trouve un très remarquable, qui passe à un poudingue composé de fragmens de granite, de gros cristaux de feldspath rose, et autres débris de roches anciennes, de différentes natures ; ce qui avait fait dire autrefois qu’il était impossible qu’on trouvât de la houille au-dessous ; mais on en a reconnu, 1° une couche de 1 pied de puissance ; 2° une de 7 à 8 pieds ; 3° une de 15 à 18 pieds, et 4° enfin une de 32 pieds. Ces trois dernières sont seules exploitées et sont inclinées comme tout le terrain de 45° ; celle de 32 pieds se compose de plusieurs couches de charbon, superposées les unes aux autres et de différentes qualités ; l’inférieure, qui a 3 à 4 pieds, est séparée par un banc d’argile schisteuse de 1 à 2 pieds. On trouve sur quelques points, au milieu de la houille, de petits filons ou veinules de gypses lamellaires et fibreux, ils sont un indice du dérangement du terrain, et chaque fois qu’ils se présentent dans la houille, on s’attend toujours à reconnaître quelques accidens du sol, soit un étranglement des couches, une faille ou quelque brouillage, etc. Il paraît que c’est le porphyre rouge quarzifère qui perce très près de là, à la limite du terrain houiller qui a occasioné ces dérangemens, et qui a probablement relevé le terrain. Les argiles schisteuses ne contiennent que très rarement des empreintes de fougères.

« Dans les environs d’Épinac, près du château de Sully, on trouve au milieu du terrain alluvial beaucoup de bois silicifiés, et des fossiles du lias, particulièrement des ammonites, convertis en pyrites.

« Je me suis rendu de là au Creuzot en passant par Conches, où l’on avait ouvert, il y a quelques années, une exploitation d’oxide de chrome ; toute la route jusqu’au Creuzot est pavés avec le granite qui le contient, et dont toutes les fissures sont, couvertes d’oxide vert.

« Le bassin houiller du Creuzot est depuis long-temps célèbre par sa puissance ; on sait qu’on y trouve des couches qui ont jusqu’à 40, et 50 mètres d’épaisseur, mais qui éprouvent souvent des étranglemens. Il y a des couches d’anthracite tout à côté des couches de houille, et il existe même une couche de houille qui fournit la deux substances : d’un côté c’est une houille collante, tandis que plus loin ce n’est plus que de l’anthracite, ce qui prouve bien que cette dernière substance minérale n’est qu’une houille modifiée, qui a perdu tout son bitume, ainsi que l’ont prouvé aussi quelques mines du pays de Galles, qui ont offert de l’anthracite et de la houille dans le prolongement de la même couche.

« À deux lieues au sud-ouest du Creuzot et à un quart de lieue du canal du Charollais, se trouvent les mines de houille de Mont-Chanin, qui ne sont pas moins curieuses et intéressantes pour la Géologie. Il y a environ huit ans qu’elles ont été ouvertes pour la première fois, puis abandonnées. C’est à la persistance de M. Quetel, ingénieur distingué et directeur de celles du Creuzot, qu’on en doit la reprise, et surtout, la réussite. On ne sait pas encore bien si c’est une couche ou un amas qu’on exploite, mais on est entré à 300 pieds dans le massif de charbon, qui a 75 mètres de puissance et qui a été reconnu sur une longueur de 4 à 500 mètres. Quelle que soit la nature du gisement, amas ou couche, il est difficile de concevoir comment a pu se former un dépôt d’une aussi grande épaisseur, aujourd’hui relevé verticalement ; sa direction est de l’Est à l’Ouest, autant du moins que ce que l’on croit être le toit et le mur qu’on a suivi des deux côtés peut l’indiquer. On trouve de temps en temps, au milieu de cette masse de combustible, des noyaux d’argile ou de grès houiller qui ne se continuent jamais beaucoup. La qualité de la houille y est excellente, et remarquable ; elle est brillante et donne un coke excessivement léger, qui rend de 76 à 78 en volume ; elle contient la proportion extraordinaire de 56,60 pour cent d’huile et de matières volatiles ; elle serait d’un très grand avantage à Paris, pour la fabrication du gaz ; et pourrait facilement y arriver à un prix plus bas que la plupart des autres charbons de terre.

« Il y a encore, dans le prolongement de ce terrain, plusieurs autres bassins houillers qui ne sont pas moins importans, tels qu’à Blanzy, où on pourrait facilement extraire un million d’hectolitres de houille par an ; aux Parrots, à Ragny, etc.

« Je me suis rendu ensuite dans le département du Doubs, où j’ai déjà été à même de faire quelques observations intéressantes sur les cavernes, qui confirment tout-à-fait les idées théoriques que j’ai émises sur leur mode de formation.



  1. Il aurait été difficile de donner ce caractère d’après l’individu que je possède, mais j’ai pu m’en assurer d’après celui qui se trouve dans le cabinet de M. Deshayes, individu qui a été trouvé à Dax, et que ce savant conchyliologue a bien voulu avec sa complaisance ordinaire me laisser comparer au mien.
  2. Voyez le tome XXXIV du Dictionaire des Sciences Natureles, pag. 300 et suivantes.
  3. M. Basterot la caractérise ainsi : Testa subumbilicata, siphone continuo, bucciformi, septis sunosis.