Cahiers du Cercle Proudhon/5-6/La bourgeoisie capitaliste

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LA BOURGEOISIE CAPITALISTE


J’entreprends ici une tâche fort ingrate : il s’agit de louer et de critiquer à la fois une classe qui, pendant plus d’un siècle, a perdu la faveur du monde de l’intelligence, qui a concentré sur elle le mépris et la haine sincères du peuple, le dédain un peu artificiel de la noblesse, la colère officielle de certains politiciens, et qui, dans le même temps, a nourri, il faut bien le dire, les uns et les autres. Il y a plus d’un demi-siècle que Flaubert a rendu infamante la condition de bourgeois en proclamant que le bourgeois est tout homme qui pense bassement. Ceci est de la littérature. Mais il est vrai qu’il circule dans la nation française, depuis le milieu du siècle dernier, contre la bourgeoisie, des sentiments et des idées qui ne sont pas nés dans les cénacles littéraires, qui sortent de la vie quotidienne et de la vie publique, qui se sont formés dans l’économie, et qui tendent à donner une représentation assez basse du rôle que la bourgeoisie a tenu dans la production et dans !a politique. Il y a dans cette circulation un nombre énorme de sottises et des sentiments fort peu intéressants, que l’envie a constitués en grande partie. Il est temps de déblayer le terrain français de ces alluvions stériles et de reconnaître la vraie nature de la bourgeoisie, de rappeler l’importance de sa fonction et de comprendre, en examinant sa situation actuelle, que la malfaisance de certaines de ses actions et sa décadence intellectuelle, au cours du XIX° siècle, sont dues uniquement aux conditions politiques où elle vit, qu’elle a désiré réaliser dans une certaine mesure, mais qui, en somme, lui ont été imposées par des hommes qui étaient des déclassés de toute origine. Par surcroît, je rechercherai tes conditions du salut de la bourgeoisie, c’est-à-dire quels sont les phénomènes sociaux et politiques qui, au commencement du II° siècle, indiquent la direction des forces qui rendront à la bourgeoisie ses vertus propres et la replaceront dans sa fonction nationale.

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Il convient de dire tout d’abord qu’il n’y a plus de bourgeoisie française. Il y a eu en France une bourgeoisie, c’est-à-dire un corps bourgeois, une classe ayant une conscience propre de sa vie particulière, de sa position dans la nation, et des mœurs et traditions qui convenaient à sa fonction. Sa fonction essentielle, c’était, en somme, d’assurer la production industrielle, l’échange commercial, et l’économie, la conservation de capitaux. En outre, elle assumait un certain nombre de charges d’administration publique, où ses vertus privées, ses talents formés dans le travail, étaient appelés à rendre plus de services que les talents et les vertus d’hommes appartenant à toute autre classe. Enfin, après avoir acquis, dans les charges municipales ou judiciaires, le sens du commandement public et le désintéressement, elle était appelée à renouveler la noblesse, à combler les vides que la guerre ou l’épuisement des races produisaient dans les rangs nobles, et ses membres, transportant leurs réserves financières bourgeoises dans la classe noble, assuraient la continuité de celle-ci, lui fournissaient les moyens matériels de continuer ses services publier et particulièrement ses services militaires. C’était un ordre admirable, dont la valeur nationale était considérable, mais qui ne pouvait exister sans une armature politique et sociale à la fois solide et souple, et qui engendrait les sentiments d’orgueil et d’honneur de classe nécessaires à sa propre conservation. Il y avait un corps bourgeois, une classe bourgeoise, très forte, fière d’elle-même, et qui nourrissait et développait, à l’intérieur de ses cadres, dans ses maisons (car elle créait des maisons, comme la noblesse) un sens de l’honneur propre à sa situation, et dont les éléments lui étaient fournis surtout par l’exercice de ses métiers et de ses fonctions. L’excitation sentimentale que constituait à côté d’elle la vie noble ne détruisait pas cet honneur, mais l’empêchait de se limiter, de se rétrécir, en l’invitant, au contraire, à se dépasser par l’élévation de quelques individus ou de quelques familles.

L’armature politique et sociale, les cadres ayant été brisés par la Révolution, le corps bourgeois disparaît. Idées, sentiments et mœurs sont détruits. Cinquante ans après, il n’y a plus de bourgeoisie. C’est, dit Proudhon, une cohue. Il y a toujours des bourgeois ; mais c’en est fini de la classe. Aujourd’hui, l’observation de Proudhon peut être généralisée. Il existe un nombre de bourgeois infiniment plus grand que sous l’ancien régime ; leur richesse est beaucoup plus importante. Mais ils ne forment plus de corps ; ils ne connaissent pas leur fonction ils n’ont plus d’idées ni de mœurs particulières et propres à leur conservation, sinon sur un point qui intéresse d’ailleurs le seul caractère qui leur soit commun ils ne se connaissent que comme possesseurs de capitaux. L’orgueil et l’honneur de classe ont disparu ; le sentiment de la dignité professionnelle n’existe plus. Il reste exclusivement des appétits. Une vie bourgeoise parait réglée uniquement par tes règles qui dominent ce problème : par quels moyens industriels, commerciaux ou financiers gagner rapidement le plus gros capital possible par quels moyens politiques s’assurer ta conservation et la jouissance de ce capital ; par quels moyens sociaux en tirer le maximum dé plaisir.

La possession et l’usage des capitaux est donc le seul caractère commun aux différentes classes bourgeoises que l’on reconnaît dans le monde moderne, et c’est ce qui nous permet de désigner l’ensemble de ces groupes bourgeois sous le nom de bourgeoisie capitaliste. Nous pouvons ajouter que les caractères sociaux et nationaux propres à cette bourgeoisie capitaliste s’expriment uniquement par des négations c’est l’absence de sentiments patriotiques, de sentiments religieux, de sentiments de charité. On a pu croire, il y a quelque vingt ans, en France, que la bourgeoisie était, dans son ensemble, catholique et patriote. Les événements politiques des vingt dernières années, qui ont montré la bourgeoisie soutenant passionnément les hommes politiques ennemis déclarés de l’Église et de la Patrie, ont révêlé que le catholicisme et le patriotisme n’avaient été regardés par le gros de la bourgeoisie que comme des moyens de défense capitaliste. Quelques dispositions sentimentales traditionnelles portaient la bourgeoisie à accorder une préférence aux hommes politiques qui appartenaient aux formations traditionnelles françaises. Mais ce n’était en somme chez elle qu’une survivance. Elle avait eu de t’amitié pour Ribot et pour Méline. dont la politique générato s’exerçait dans un sens favorable à la Patrie et ne menaçant pas l’Église. Elle accorda plus que de l’amitié à Rouvier, à Clemenceau et à Briand, notoirement connus pour leur hostilité irréductible à l’Église, mais qui apparaissaient comme parfaitement capables de défendre l’ordre et la propriété, et de mater les syndicalistes révolutionnaires. Il y a sur ce point deux documents de première importance l’un, fourni par le Correspondant, organe de la bourgeoisie catholique ; l’autre, par la Revue Bleue, organe de la bourgeoisie opportuniste et libérale. En 1905, au moment où Rouvier remplaça Combes à la présidence du Conseil, le Correspondant publia un article extrêmement favorable au nouveau président du Conseil et par lequel il le faisait accepter du monde catholique. Un peu plus tard, lorsque Briand arriva au pouvoir, la Revue Bleue, après avoir rappelé sans atténuation, et très allégrement, la singulière carrière de l’ancien socialiste, après l’avoir montré dans toutes les attitudes de la trahison sociale ou nationale, se demandait, avec une parfaite sérénité, si ce n’était pas enfin là l’homme d’État nécessaire à la Troisième République. Ces deux témoignages de chiennerie politique démontrent péremptoirement que les classes bourgeoises capitalistes font passer la défense capitaliste avant la défense de leurs intérêts spirituels ou nationaux. Il n’est donc nullement exagéré d’affirmer que la bourgeoisie moderne constitue une classe qui ne se connaît aucun intérêt supérieur à l’intérêt capitaliste, et, en maintes circonstances, à l’intérêt capitaliste purement usuraire.

On ne songerait pas à critiquer ces conceptions bourgeoises si elles ne produisaient dans l’économie et dans la politique des résultats très dangereux pour la civilisation : elles ont vidé la bourgeoisie française d’une grande partie de ses ressources spirituelles ; elles ont créé une sorte de catholicisme capitaliste qui a fortement contribué (plus peut-être que la vulgarisation scientifique) à développer l’anticléricalisme populaire ; elles ont déterminé l’abaissement de la valeur de la production dans laquelle on cherchait le rendement financier, et non la haute qualité des produits industriels ; — elles ont désorganisé la famille ouvrière, à laquelle on a pris tous ses membres, chef de famille, femme et enfants, pour posséder dans l’usine la main-d’œuvre à bon marché ; elles ont compromis l’équilibre des organismes nationaux, d’une part en appelant la main-d’œuvre étrangère pour faire baisser les salaires ouvriers, d’autre part en favorisant l’établissement des pouvoirs ploutocratiques qui, par position, sont internationaux et tendent à détruire les formations nationales. Enfin, elles ont diminué la valeur productive et la valeur civique de la bourgeoisie traditionnelle qui a été amenée à soutenir la corruption politique pour favoriser ses établissements industriels et commerciaux, et a été entraînée, hors de son propre domaine, dans les luttes politiques, à tel point que la politique parlementaire est devenue une industrie bourgeoise et capitaliste[1]. En toutes choses, la bourgeoisie est sortie de sa fonction d’organisatrice de la production et de l’échange, et cessant d’exercer son vrai métier, elle a participé à l’exploitation et à la surexploitation des classes ouvrières et au gaspillage des richesses nationales.

Cette dégradation est-elle le produit d’un vice interne de la bourgeoisie ? Ces effets du capitalisme, qui sont dus à la passion de l’or, ont-ils été voulus par la bourgeoisie ? Cette passion de l’or et la passion du plaisir, qui lui est jointe, sont-elles des passions normales dans la bourgeoisie ? Non. Il serait profondément injuste de mettre ces tares à la charge des bourgeois français. Le vrai, c’est que le mal est entièrement politique. Il est engendré par la vie démocratique, qui donne à l’instinct de puissance des directions antisociales. La démocratie historique, qui a détruit les corps professionnels et régionaux des nations, a fait du bourgeois, organisateur de la production, de l’échange et de l’épargne, un marchand d’or et un jouisseur dénationalisé.

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Représentez-vous l’ancienne société française. C’est, je l’écrivais tout à l’heure, un monde parfaitement organisé, très librement d’ailleurs, et où, étant reconnu que, à l’intérieur d’une société, le travail est la plus précieuse activité de l’homme, il est appliqué inconsciemment au reste, cette loi excellente qui impose aux hommes (faisant partie d’une société spirituelle où ils ne diffèrent que par leurs vertus ; d’une société politique où leurs droits sont équivalents dans la durée, on dirait mieux dans l’histoire) de remplir des fonctions particulières dans la nation, de s’y spécialiser, et de rechercher leur élévation temporelle dans le sens même qui leur est donné par leur spécialisation, c’est-à-dire dans leur fonction, dans leur métier. Et cette loi sert à la fois leurs intérêts propres, l’intérêt de la nation et l’intérêt de la civilisation, tant matérielle que morale. Cette loi est profondément organique ; elle se manifeste par des institutions, qui encadrent et soutiennent l’homme dès sa naissance, lui indiquent par des signes visibles, matériels, sa direction héréditaire, lui épargnent ainsi l’hésitation dans le choix d’une carrière, limitent fortement les risques que feraient courir à la nation les écarts d’imaginations désordonnées qui bouleverseraient les conditions de l’existence (et dans ce sens c’est une toi qui correspond admirablement au classicisme dans l’ordre intellectuel) — et qui, enfin, laisse passer, mais après les avoir éprouvées et trempées, les fortes individualités auxquelles la spécialisation héréditaire ne suffit pas.

Dans ce régime, l’homme appartient à une famille, à une corporation, à une classe. Et c’est là ce qui constitue sa vie profonde et fortement particularisée. Il est sans cesse en rapports avec ses concitoyens des autres classes, des autres corporations, des autres familles, mais il n’a avec eux que des rapports généraux, qui n’intéressent pas vivement sa sensibilité, car tous ses sentiments, toutes ses idées, en ce qui concerne le temporel, sont appelés avec une force extrême par les institutions auxquelles il appartient. Une vie familiale, et surtout une vie corporative très développés, font qu’il ne se passionne que pour cette vie qui alimente son intelligence, sa sensibilité, et remarquons-le bien, c’est de première importance, son instinct de puissance, sa volonté d’élévation.

Car c’est là le merveilleux secret de l’ordre social dans les nations de la chrétienté. Cependant qu’une puissante vie spirituelle règle les pulsations du grand corps social, les passions temporelles, dont on pourrait craindre les déréglementa, sont utilisées pour le maintien de la paix chrétienne et de la paix civique. En premier lieu, c’est l’instinct de puissance, qui, dans une société non organisée, entraîne l’homme à la guerre perpétuelle, et qui, dans notre monde classique l’entraîne au travail et devient un merveilleux instrument de progrès social. Je tiens pour acquis, et pour indiscutable, que l’homme cherche toujours à dépasser son semblable, à posséder sur son prochain une supériorité quelconque. C’est l’instinct de puissance. Cet instinct est parfaitement anarchique. Dans la France classique, on dirait plus justement : dans tout le monde chrétien, mais, tout bien observé, surtout dans la France classique, cet instinct est utilisé au profit de la société, et au lieu de mettre en mouvement la force brutale et les passions, il surexcite l’énergie laborieuse et l’intelligence.

En effet, la vie de l’homme étant reliée étroitement, par le jeu des institutions, à la vie professionnelle, c’est dans le sens de cette vie que s’exercera l’instinct de puissance. Et cet instinct connaîtra surtout une supériorité : la supériorité que procure l’exercice du métier et ses résultats. Premier bénéfice social : l’homme se trouve entraîné à rechercher son élévation par un perfectionnement technique. À condition, toutefois, que les supériorités soient reconnues, et que, par conséquent, quiconque n’a pas atteint la supériorité dans son art soit incité à dépasser son concurrent, et que quiconque l’atteint soit salué par les applaudissements de ses semblables. Or, c’est là une condition à laquelle l’orgueil humain ne consent pas aisément, et son refus pourrait briser l’ordre. Mais qui ne voit que, dans cette société professionnelle, tout fonctionne, socialement, pour qu’elle soit réalisée ! Les supériorités professionnelles sont celles qui se font admettre le plus aisément, tant par le bruit que font autour d’elles les amateurs, qui n’en sont point jaloux, que par la reconnaissance des hommes de la profession eux-mêmes se contraignant les uns les autres à la publier. Chaque avènement d’une supériorité rofessionnelle n’intéresse vivement que la sensibilité d’un petit nombre de rivaux. Or, s’il est vrai que les rivaux ne sont nullement disposés à la reconnaître, il est non moins vrai que tous les autres membres de la profession, qui n’ont pas pris part à la lutte, sont très disposés à nommer le vainqueur, et les rivaux eux-mêmes, vivant en contact perpétuel avec les hommes de leur corps, se trouvent ainsi obligés de consacrer la victoire de leur rival, afin de ne pas s’entendre reprocher tes seuls sentiments qu’un homme n’avoue pas : la jalousie et le dépit. C’est par là, c’est par l’utilisation de ces moyens psychologiques (qui indiquent une profonde connaissance traditionnelle du cœur humain) que, dans la Franco classique, l’instinct de puissance est mis au service de l’intérêt social.

C’est un phénomène capital de l’ordre social français. Ce premier résultat acquis, l’ordre admirable que je rappelais tout l’heure se construit spontanément. Les hommes se soudent au corps et à la classe auquel ils appartiennent. Leurs passions fondamentales sont prises par leur métier, et c’est autant l’exercice de leur métier qui constitue leur plaisir que la possession de l’or qu’ils en retirent. Leur esprit de lutte vit au bénéfice de leur profession. Ils ont une âme professionnelle et leurs mœurs sont colorées par la vie qu’exige l’acquisition de la supériorité. Ainsi, une forte bourgeoisie, ardente au travail, et travaillant joyeusement, a-t-elle pu exister en France et assurer au pays son incontestable supériorité industrielle et commerciale, et former une classe probe qui a fourni à la nation des administrateurs éclairés.

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Observez maintenant cette bourgeoisie dans les conditions politiques que lui a faites la démocratie : tous les cadres sont brisés, les corps sont détruits, il n’y a plus de vie professionnelle, car le dogme veut qu’il n’y ait point d’État dans l’État, partant plus de corporations, plus de républiques bourgeoises. Les bourgeois sont appelés à prendre part à la vie publique, non plus dans leurs cercles professionnels, dans leurs chambres corporatives, mais dans les comices, dans les assemblées électorales, dans les comités, sur l’agora en un mot. C’est là que désormais sont appelées leurs passions. Ils vont s’y trouver confondus avec tous leurs concitoyens, nobles ou ouvriers. Voilà une merveilleuse raison d’anarchie générale. Il est dit que tous y seront égaux. Mais nous savons bien que l’homme ne va pas renoncer à son furieux désir d’inégalité. Les bourgeois essaieront de se reconnaître entre bourgeois et ils y parviendront aisément. Ils vont essayer instinctivement de reformer une classe. Mais quel changement dans leurs rapports ces tentatives déterminent ! quelle modification essentielle dans la vie bourgeoise !

L’instinct de puissance continue de vivre. Et premièrement, il amène le bourgeois à trouver que les nobles constituent un monde parfaitement inutile. Les bourgeois avaient fort bien vécu à coté de la noblesse qui accomplissait sa fonction cependant qu’ils remplissaient la leur. Les nobles conservaient la terre, faisaient la guerre au service du Roi, empruntaient de temps à autre quelques membres à la bourgeoisie afin de refaire matériellement leurs maisons ruinées (en principe dans les grands services d’État). Mais après la Révolution, la loi de la noblesse étant détruite, bourgeois et nobles se trouvant confondus, la grande industrie et le grand commerce naissant, il ne reste en présence, pour la noblesse, que l’orgueil des services rendus, pour la bourgeoise, l’orgueil des services nouveaux. De glorieux services étant desservis par une situation matérielle médiocre, les bourgeois sont entrainés à affirmer la supériorité de leurs grosses fortunes en formation. L’orgueil du possesseur d’or se revoie sans réserves, et c’est la première affirmation collective dans la nation de la puissance de l’or.

À l’intérieur même de la bourgeoisie, quel entraînement dans le même mouvement ! Les bourgeois sont confondus entre eux. Au milieu d’eux règnent toujours l’instinct de puissance, la volonté de la supériorité. Mais l’instinct de puissance ne s’exerce plus dans le sens de la profession. Dans la vie publique où la vie bourgeoise est désormais attirée, il n’y a plus que des individus, qui appartiennent à toutes les professions, qui se mesurent les uns les autres, qui se veulent tous dépasser, mais qui n’ont plus de commune mesure, qui ne possèdent plus de règles professionnelles pour s’estimer. Quelle commune mesure entre un fondeur et un marchand de soieries, entre un métallurgiste et un marchand d’épices, entre l’homme d’affaires et le représentant d’une profession libérale ? Quel mètre déterminera la supériorité bourgeoise ? S’il demeure encore quelques éléments d’appréciation, chez quelques survivants des vieux conseils de métiers, combien d’éléments interviendront pour interdire tout jugement ? Ces représentants de professions diverses, s’ils veulent utiliser leurs caractères professionnels pour se mesurer, n’auront-ils pas tout d’abord à déterminer la valeur sociale respective de leurs professions particulières ? Et qui donc en pourra juger ? Le problème est insoluble. Qui pourra dire que la fabrication du drap est supérieure à l’imprimerie ? Ainsi toutes les valeurs professionnelles doivent être écartées, et c’est ce qui se produit. Mais ne reste-t-il aux bourgeois aucune commune mesure pour estimer leurs supériorités ? Il ne leur en reste qu’une c’est celle de l’or, celle que tout le monde connait, la seule qui ait la vertu d’être partout reconnue dans le monde moderne.

Et dès lors, le bourgeois ne se connaît plus que comme possesseur d’or. Il perd son orgueil, son honneur professionnel ; il perd l’amour de son métier, de sa fonction. Il n’exerce un métier que pour acquérir l’or, qui lui assurera la supériorité sociale qu’il recherche. Il devient le bourgeois capitaliste. Et l’un de ses plus notoires représentants lance dans le monde la nouvelle devise « Enrichissez-vous ! » La déchéance de la bourgeoisie française historique date de ce jour. Le régime capitaliste, la souveraineté politique et économique de l’or, était instauré. La bourgeoisie française, devenue bourgeoisie capitaliste, a vu alors se tourner contre elle la fièvre révolutionnaire que la grande industrie, la finance et l’industrie politique atlliéea faisaient naître dans le peuple français. Elle y a gagné beaucoup d’or. Mais elle n’est pas devenue la plus riche, ni la plus puissante des classes bourgeoises. Et elle a perdu son honneur. Il n’est guère probable que dans le sentiment où elle est aujourd’hui, elle regrette beaucoup sa situation ancienne, et il peut paraître vain que l’on écrive cette étude pour la rappeler à sa fonction, en l’invitant à rejeter les idées démocratiques, qu’elle a propagées elle-même au cours du XIX° siècle. Mais je me propose de lui parler le langage de l’intérêt. Bourgeois français, vous êtes devenus très riches, mais vous avez perdu, avec votre honneur de classe, vos qualités guerrières. Et dans la France ploutocratique, vous n’êtes qu’une partie de la bourgeoisie capitaliste, sans pouvoir politique. À coté de vous, au-dessus de vous, est une bourgeoisie puissante, qui possède le pouvoir politique, et qui, grâce à sa position politique, grâce aux intelligences qu’elle entretient dans le monde révolutionnaire, se met en mesure de vous exproprier. Cette bourgeoisie, qui est au reste la véritable ploutocratie, dont vous êtes exclus, se maintient à la faveur de la circulation des idées démocratiques. Pensez-y. Cela vous enlèvera peut-être le goût que vous avez pour la démocratie. Considérez également qu’il serait intéressant de ne pas lier votre destin à celui des ploutocrates : des Français, dont le nombre s’accroît chaque jour, préparent une révolution nationale contre la ploutocratie. Ne les obligez pas à vous assurer le même traitement qu’aux rois de l'or.

Car il y a, dans cette bourgeoisie capitaliste, que les socialistes présentent naïvement parfois et plus souvent habilement, comme un bloc, des classes très distinctes. Elles ont un caractère commun, celui qui tient à la possession de l’or ; elles sont parfois confondues dans la vie publique, car si elles ont des représentants différents au Parlement, elles soutiennent ensemble les mêmes ministères, lorsqu’il s’agit de défense sociale. Mais elles sont profondément séparées dans l’économie. Et l’on distingue trois grandes classes d’importance inégale, qui emploient des méthodes très différentes dans l’art de gagner de l’argent et dans l’art de le dépenser. Je les nomme : la bourgeoisie juive ; la bourgeoisie cléricale[2] ; la bourgeoisie judaïsante, et je prie le lecteur de les voir ici avec leurs caractères les plus généraux.

La bourgeoisie juive est très puissante dans l’Europe moderne. Sa richesse est énorme. Sa fortune privée, et les moyens par lesquels elle l’a acquise, sont liés à sa fortune politique. Le régime politique et social qui est nommé démocratique lui a ouvert toutes les avenues de la richesse française. Représentant les appétits d’un peuple ; constituée par des hommes unis par les liens du sang, par une histoire et des traditions religieuses communes ; formant, un tout, un État dans une société politiquement et socialement dissoute par la révolution de 1789 ; représentant en outre, en politique, les idées libérales qui obtinrent l’empire des esprits au XIXe siècle ; possédant enfin une âpreté particulière au gain, elle a acquis ne position éminente dans l’économie française. Il faut bien considérer que ses talents commerciaux et financiers, qui ont paru l’emporter sur les qualités françaises, ne sont pas la cause déterminante de sa puissance, mais leur valeur relative a été décuplée par la situation psychologique que la vie politique a faite aux Juifs en France. Vaincus politiquement, les bourgeois conservateurs français ont été amenés à subir tant dans leur vie politique que dans leur vie commerciale et industrielle un sentiment général qui accordait la supériorité à toutes les méthodes, politiques ou économiques, des triomphateurs. L’opinion publique, fortement démocratisée (et avec elle quelques représentants de la culture), reconnut aux juifs une supériorité générale, incontestable, disait-on, dans le commerce et la finance. C’était faux, ou au moins tout à fait excessif. Le vrai est que les Juifs, dans leurs entreprises privées, bénéficièrent de l’opinion que l’on se forgeait de leurs ressources, et qu’ils apportaient dans leur action économique d’autant plus d’audace que leurs victoires politiques, ou celles de leurs alliés, étaient plus grandes. C’est ce que l’on a observé après l’affaire Dreyfus, dans les corporations françaises où l’envahissement juif a été considérable, en France, à Paris surtout, et où le triomphe politique du parti juif a été regardé par un grand nombre de bourgeois français comme un triomphe général, vue qui a déterminé un abaissement de l’ardeur commerciale française.

Quoi qu’il en soit des mérites ou des démérites essentiels et relatifs de la bourgeoisie juive, on constate qu’actuellement elle est aux premiers rangs de la bourgeoisie capitaliste, plus encore par l’esprit qu’elle apporte dans les luttes économiques que par sa richesse matérielle.

Elle réunit les caractères les plus nets du régime social capitaliste, ce régime étant conçu comme un régime entretenu, soutenu, développé par un seul mobile la conquête de l’or. Observez les établissements de la bourgeoisie juive. Ce sont ceux qui s’imposent le mieux à l’attention du public auquel il s’agit de faire accepter, souvent en l’éblouissant, en le stupéfiant presque, les productions de l’industrie moderne. La bourgeoisie juive recherche les grandes voies ; elle y construit des magasins luxueux ; elle y utilise toutes les ressources de l’éclairage le plus perfectionné, on pourrait dire de l’illumination. Elle réunit dans une installation commerciale, industrielle ou financière, tous les moyens matériels par lesquels on peut donner à l’acheteur, au souscripteur, à l’actionnaire le sentiment de la puissance, de la sécurité, de la victoire. Voici pour son caractère commercial moral.

La bourgeoisie juive nie économiquement l’existence des nations. Elle utilise indifféremment les hommes, les matières, les produits, l’or de tous les peuples, non seulement dans les cas de nécessité, mais dans les cas où cette utilisation menace les intérêts nationaux. Elle réalise une sorte d’internationalisme économique, par l’enchevêtrement des intérêts particuliers français qu’elle lie à des intérêts particuliers étrangers, qui aboutit à un état d’esprit excluant la conception traditionnelle de la nation, et dans lequel l’armée nationale n’est plus conçue comme un instrument de défense nationale, mais comme une forte garnison assurant l’ordre social dans une province de la planète. La bourgeoisie juive est d’ailleurs rigoureusement pacifiste. Ayant pénétré en France à la faveur d’un mouvement libéral, se maintenant et s’accroissant grâce à la puissance que son or lui assure dans la vie politique, elle est opposée à toute guerre européenne qui restaurerait dans les esprits le respect de l’Epée, diminuerait par conséquent le pouvoir politique de l’or, et pourrait rendre l’État au Sang, à une dynastie dont le règne serait nécessairement appuyé sur l’armée et le peuple et qui rendrait l’Or à sa fonction financière. Au surplus, l’économie et la politique juives, basées entièrement (au sein des nations, mais non au sein du monde juif) sur les principes capitalistes, n’admettent point les conflits internationaux qui arrêtent les échanges entre deux ou plusieurs nations et interdisent, au nom des lois de la guerre, certaines grosses opérations financières. En toutes choses, la bourgeoisie juive, strictement juive, tend détruire, et en fait a la volonté de détruire les institutions qui conservent la nation. C’est pourquoi on l’a vue soutenir ou provoquer tous les mouvements révolutionnaires dirigés contre les forces traditionnelles de l’Etat (affaire Dreyfus, affaire Ferrer, etc.), même lorsque ces mouvements étaient effectués par des troupes voulant la révolution sociale ; au moment où ses intérêts sociaux étaient directement menacés, la bourgeoisie juive arrêtait les mouvements par l’intermédiaire des grands directeurs de conscience du monde révolutionnaire, qui sont ses alliés ou ses serviteurs[3]. Voici ce qui concerne la bourgeoisie juive au point de vue national. On conçoit aisément que ces dispositions facilitent considérablement, dans un pays démocratique, son accroissement économique. La bourgeoisie juive jouit ainsi d’une liberté d’allures qui lui assure l’avantage dans toutes les grandes affaires.

Considérons maintenant ses caractères sociaux. Ceux-ci également lui assurent, dans une nation désorganisée, l’avantage économique. Ils doivent réussir parce qu’ils demandent à l’homme le moindre effort relatif et lui promettent, ou lui laissent obtenir, le plus grand plaisir. La bourgeoisie juive ne veut connaître de l’homme qu’elle emploie que sa valeur au point de vue capitaliste, sa capacité de rendement. Elle se désintéresse complètement de sa valeur nationale, de sa valeur sociale, de sa valeur morale. Elle enlève à ceux qui travaillent pour elle le poids des contraintes morales, sociales et nationales. Un patron juif appelant des Français à travailler dans son entreprise ne recherche pas chez eux les garanties morales dont les Français ont coutume de s’entourer. Il donne ainsi à ses employés le sentiment d’une libération. — Ensuite, il paie bien. Disons plus, il paie trop bien. Chez lui les salaires, les appointements, les avantages matériels sont supérieurs, pour les employés et un certain nombre d’ouvriers, à ceux que donne le bourgeois français. La bourgeoisie juive multiplie dans les villes qu’elle occupe les établissements de plaisir[4], qui valent a leurs commanditaires des revenus capitalistes élevés, et qui lui permettent du faire rentrer dans ses coffres une bonne partie des salaires et des appointements qu’elle paie à son personnel. Bref, avec elle, la vie est douce et facile. C’est une vie amollissante mais sans contrainte, et lorsque, comme c’est le cas en France, les pouvoirs publics empêchent l’Église de déterminer la règle, au moins publique des mœurs, c’est une vie qui est nécessairement acceptée, et même recherchée par les hommes qui, laissés à leurs règles individuelles, ne recherchent plus que leur plaisir. Enfin, une basse littérature souvent fabriquée par des Juifs, toujours soutenue par la bourgeoisie juive, apporte une sorte de consécration intellectuelle à cet affaiblissement des mœurs[5]. La bourgeoisie juive est donc, par tous ses caractères, un corps opposé à l’intérêt national français.

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La bourgeoisie cléricale sert-elle l’intérêt national ? Passivement, oui, et encore dans une mesure restreinte. Activement, non. La bourgeoisie cléricale a perdu dans la démocratie les qualités actives de ses ancêtres ; elle a perdu son organisation et, en même temps, son esprit. Il serait fort injuste de lui adresser aujourd’hui des reproches qui, historiquement, s’appliquent à des collectivités politiques qui ne sont point spécifiquement bourgeoises. Mais il est bon, il est utile de faire de sa situation un tableau sincère, qui lui donnera peut-être le goût de sortir de l’état d’humiliation où elle est à l’entrée du XXe siècle. Il faut dire que la bourgeoisie cléricale, qui a pourtant conservé les traditions (mais inorganisées) de la bourgeoisie classique française, n’est pas en mesure actuellement de les imposer à l’économie française, et par conséquent est hors d’état d’accomplir sa fonction nationale et de lutter, dans la production et les échanges, contre la bourgeoisie juive.

Dans le commerce, dans l’industrie, dans la finance, surtout dans la finance, elle est inférieure à la bourgeoisie juive. Dans l’industrie, elle occupe une haute situation dans un grand nombre de régions françaises, mais elle n’en tire point la prépondérance financière qu’elle devrait posséder. Dans le commerce, ses positions sont encore fortes, mais elle est gagnée chaque jour de vitesse par la bourgeoisie juive et la bourgeoisie judaïsante. Il est vrai que les forces de l’État fonctionnent contre elle. Mais il faut voir en même temps qu’elle est incapable d’une réaction vigoureuse et concertée contre l’oppression de l’État judéo-démocratique. Dans toute son activité, la bourgeoisie cléricale apparaît comme déprimée par l’abaissement qu’elle a subi dans sa situation politique. Il semble que cet abaissement lui ait donné le sentiment qu’elle est devenue impuissante, qu’elle a perdu son esprit d’entreprise, qu’elle est une classe finissante, et qu’elle ne peut que défendre ses positions, en se préoccupant surtout, très étroitement au reste, de son salut spirituel. En somme, elle s’est un peu retranchée du monde.

À l’audace commerciale et industrielle de la bourgeoisie juive, elle oppose une excessive prudence. Il est vrai que la fortune française a été constituée par des procédés économiques qui tenaient plus de l’accroissement régulier et lent que de l’à-coup américain et juif. Mais ce n’est même pas cette méthode traditionnelle (qui portait autrefois sur la marche extérieure de l’entreprise) qu’observe le bourgeois clérical, car aujourd’hui c’est à l’intérieur de ses entreprises qu’il tend à rechercher l’accroissement de sa fortune.

Premièrement, ta bourgeoisie cléricale est timide dans ses manifestations ; elle serait presque disposée à cacher ses établissements. Ses maisons de commerce sont situées hors des voies fréquentées ; elles sont ternes, mal éclairées ; on y cherche, pour la décoration, les teintes sombres, qui paraissent correspondre à une conception de la vie propre aux entrepreneurs de pompes funèbres ; on y parte bas. Ses installations industrielles présentent souvent les mêmes caractères de vieillesse, de décrépitude, de tristesse. On y utilise en laideur « les apprêts de ta mort ».

Le bourgeois clérical manque en général d’audace dans les affaires ; il craint le risque ; il ne sait plus s’imposer sur le marché. Les rapports d’affaires sont avec lui souvent difficiles. Ne recherchant pas son développement extérieur, vivant sur sa clientèle acquise, il ruse pour maintenir des bénéfices excessifs sur sa production, dont la qualité est inférieure ; il ruse pour gagner sur les matières premières.

Dans ses mœurs, le bourgeois clérical est dur. Il est dur pour lui-même et pour autrui. Sa discipline familiale est rigoureuse. Il ne tolère pas les écarts de conduite. Il convient de l’en louer. Mais il convient également de lui reprocher d’avoir rendu la bonne conduite peu aimable, et d’avoir employé, pour l’imposer autour de lui, des moyens parfois déplaisants. Il maintient énergiquement les contraintes sociales que détruit le bourgeois juif. Mais il les maintient en provoquant souvent soit la révolte, soit l’hypocrisie. Premièrement, il rend difficile l’acceptation des contraintes parce qu’il paie mal ses employés et ses ouvriers. Ensuite, sa contrainte apparaît parfois comme déterminée par son souci de maintenir les salaires à leur taux le plus bas. Il refuse d’employer des ouvriers et des employés irréligieux ou débauchés ; il veille à la moralité des garçons et des filles qu’il emploie. Nous sommes certain qu’il entre dans ce souci des bonnes mœurs une vraie et profonde horreur du péché. Mais l’on doit dire qu’il s’y mêle souvent des préoccupations purement économiques[6].

Fait plus grave : se tenant toujours sur la défensive, il est devenu retors, il a perdu le sens de la parfaite loyauté. Il vit au-dessous du droit. Il lui arrive souvent de remplacer les considérations juridiques par des intentions. Ces dispositions rendent les relations d’affaires pénibles avec lui et contribuent à son élimination, parfois au profit du bourgeois judaïsant, qui vit sur le domaine du droit, souvent au profit du juif, qui vit en marge du droit.

Enfin, la bourgeoisie cléricale est médiocrement patriote. Ici encore ses qualités sont plus passives qu’actives. Elle est cléricale, je ne dis pas catholique, avant d’être patriote. Dans son ensemble, elle est fortement portée à considérer que l’Église est une institution qui doit à la fois assurer le salut spirituel et temporel de la bourgeoisie cléricale qui subventionne les bonnes œuvres, et destinée à former de bons ouvriers et de bons employés qui ne formuleront jamais aucune réclamation, pratiqueront l’obéïssance la plus stricte, et seront toujours satisfaits de leur sort, quel qu’il soit. Les prêtres sont regardés comme des missionnaires dans l’économie, dont la mission est de maintenir non un salaire minimum, mais le salaire à son minimum. La nation est regardée comme une organisation destinée à assurer à l’Église l’appui séculier nécessaire à l’accomplissement de sa fonction sociale ainsi entendue. Le patriotisme apparaiî donc comme singulièrement rétréci et subordonné à des considérations de classe dans la bourgeoisie cléricale.

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Je nomme bourgeoisie judaïsante cette forte partie de la bourgeoisie française contemporaine, issue de bonnes familles françaises, de bourgeoisie assez récente, qui, cherchant son enrichissement, l’a trouvé en appliquant les méthodes juives et américaines. La bourgeoisie juive paraissant triompher politiquement et économiquement, et paraissant devoir sa fortune à son esprit particulier, à sa conception des affaires et de la vie, les bourgeois de formation récente, en route vers la richesse, se sont sentis appelés par ce qui paraissait être le succès. Et ils ont tout accepté de la bourgeoisie juive : méthodes commerciales, idées politiques et mœurs. Leurs traditions étaient légères. N’appartenant pas aux classes cultivées, étant presque toujours d’origine paysanne, ils ont considéré que leur héritage d’idées traditionnelles, dont ils ne connaissaient que les formes simples, était indigne d’hommes entrant dans la grande vie commerciale et industrielle. Ils ont laissé à leurs femmes et à leurs filles le soin d’entretenir une vie religieuse médiocre, réduite à des manifestations presque puériles et fortement imprégnée de soucis secondaires ; ils ont conservé pour eux-mêmes une très incertaine dénomination catholique et une dénomination nationale non moins indécise et ont complètement séparé leur activité économique des idées et des sentiments nationaux et religieux que leurs pères avaient entretenus. Ils se sont alors regardés comme de très libres esprits, dégagés des superstitions et capables de faire bonne figure dans le monde moderne et surtout d’y réussir dans les affaires. Ils constituent la bourgeoisie libérale et surtout la bourgeoisie radicale du pays. Ils constituent en même temps la classe la plus sotte, la plus dégradée et la moins cultivée des classes bourgeoises françaises. C’est d’ailleurs leur faire grand honneur que de les regarder comme une classe, car ils sont profondément ignorants des liens de classe qui les peuvent unir. Ils se connaissent comme « richards » et là se borne en général la conception qu’ils atteignent de leur fonction. Ils forment un groupe incapable de renouvellement, car les mœurs qu’ils ont adoptées détruisent leurs familles en une ou deux générations. Ils ne sont donc pas renouvelés ; ils sont remplacés continuellement par une cohue, issue de toutes les classes, qui comme eux cherche la fortune rapide.

Il est vrai qu’ils ont gagné beaucoup d’argent, et qu’ils ont donné au pays une grande activité économique. Mais ç’a été et c’est encore au détriment de l’avenir économique du pays et de la prospérité des classes ouvrières. Étant donné que leur seul principe était de faire fortune par les moyens les plus rapides, ils sont entrés dans les professions industrielles et commerciales en dehors de toutes les règles traditionnelles, qu’ils ont bouleversées et détruites ; un bourgeois judaïsant cherche sa place dans l’économie industrielle non selon l’indication que lui donneront ses talents et ses dispositions, mais selon la possibilité que lui donnent ses capitaux et selon les directions que lui suggèrent ses appétits. Son but est produire et vendre beaucoup, dans l’ordre où la forte production rapporte les plus hauts profits. S’il s’écarte d’une profession lucrative, ce n’est pas parce qu’il s’y juge incompétent, c’est parce qu’il ta reconnait trop encombrée. En somme, c’est un barbare qui s’agite dans une société dont les organes sont ceux de l’extrême civilisation. Alors que le salut de cette société exige que ses membres soient dominés, dans leurs déterminations, dans leur action, par une idée générale qui les soude au bien commun, le bourgeois judaïsant ne se détermine et n’agit qu’en vue de son profit rigoureusement personnel, et conçu comme devant être limité à sa seule personne et non à la famille dont il devrait assurer la conservation.

Avec les principes qu’il applique, ayant conscience d’être un homme très moderne, il a causé une perturbation profonde dans la production française. Voulant produire et surproduire, il a fabriqué et mis en circulation des produits de qualité inférieure ; il a avili le goût de l’artisan et du consommateur ; voulant écouler sa production et sa surproduction, il a forcé les marchés par un développement artificiel des besoins, surexcités par la publicité, par l’agent commercial qui « roule » la clientèle ; il a entraîné la clientèle aisée à épuiser ses ressources, et la clientèle ouvrière à les dépasser. Aucun organe social, aucun organe d’État n’est venu l’arrêter dans cette activité désorganisatrice. Ayant empli ses coffres, il a cherché les moyens de jouir de sa richesse. Il a encombré les banlieues des grandes villes de ses villas prétentieuses ou insolentes. Il a déshonoré les châteaux historiques qu’il a acquis. Il a fait construire dans sa ville natale d’absurdes hôtels qui proclament sa richesse. Et partout, il a fait la fête. C’est là sa plus répugnante particularité. C’est un jouisseur, un très bas jouisseur, qui a fait de la jouissance la récompense glorieuse de toute activité. Son semblable des siècles classiques a fait la fête comme lui, mais en quelque sorte sainement. Il donnait satisfaction à quelques instincts qui sont en chacun de nous et qu’il plaçait assez bas dans la hiérarchie des instincts. Le bourgeois judaïsant du monde moderne fait de la noce le couronnement de son existence personnelle et familiale. Le noceur d’autrefois courait les cabarets de nuit avec des filles. Celui-ci court les restaurants de filles avec sa femme, et parfois il y conduit ses filles. Car en fait, il a émancipé sa femme. Ce qui reste de vie religieuse dans sa famille est de simple apparence ; ce n’est guère qu’une habitude non sociale, mais mondaine. Au fond, il n’y a plus une véritable préoccupation religieuse dans la famille du bourgeois judaïsant. La femme a été élevée dans une de ces pensions pour petits bourgeois qui ont été si nombreuses en France à la fin du xx° siècle. Elle n’y a reçu aucune culture religieuse. Elle n’y a appris à connaître que quelques gestes qui lui étaient enseignés sur le même plan que les gestes du rituel mondain appartenant à la classe que les parents voulaient singer mais à aucun moment ses instincts, ses sentiments n’ont été intéresses par ses disciplines religieuses. Elle s’est trouvée sans résistance à l’entraînement du plaisir. Le bourgeois judaïsant a complété son « émancipation » sans difficulté. Ainsi cette famille bourgeoise est-elle dissoute par l’action de son chef. Le père et la mère font la fête, y entraînent leurs enfants lorsqu’ils en ont, et plus communément repoussent délibérément toute charge de famille. Ce peuple est naturellement étranger à toutes les préoccupations sociales et nationales. Il est en toutes circonstances gouvernemental, et les gouvernements les plus corrompus lui conviennent plus que les gouvernements honnêtes, parce qu’il sait que l’on pourra faire des affaires très profitables avec eux et s’amuser allégrement sous tour protection ; il est foncièrement antireligieux ; il est pacifiste. Bref, c’est une non-valeur sociale, dont la multiplication déterminerait rapidement la ruine totale d’une nation.

Phénomène étrange, un certain nombre de bourgeois judaïsants se sont transformés d’une tout autre manière que le type que je viens de décrire. Ce sont ceux qui ont comme celui-ci subi l’attrait politique social et économique de la judéo-dcémocratie, mais qui de formation bourgeoise plus ancienne, de culture reiigieuse plus profonde, ont exclu de leurs nouvelles conceptions de la vie la rouerie dans les affaires et la moralité dans la vie privée. Pleins de scrupules moraux hérités de leurs pères bons catholiques, ils n’ont pas osé se « libérer » complètement. En politique, ils sont devenus libéraux, mais sont demeurés attaches à un patriotisme auquel ils ont ajouté d’ailleurs quelques conditions qui le rendent inefficace ; en religion, ils se sont « libérés » de la connaissance traditionnelle des dogmes et sont devenus modernistes ; en morale pratique, ils sont devenus d’autant plus moralistes qu’ils se détachaient plus des commandements dogmatiques ; en économie industrielle et commerciale, ils admirent surtout les étrangers, particulièrement les Américains dont l’activité leur parait la forme la plus haute de la vie humaine ; en économie sociale, ils ont inventé une espèce de philanthropie à forme chrétienne qui les entraîne à « aller au peuple ». Ils se regardent comme des révolutionnaires et ils tirent de cette vue une grande fierté. En fait, ce sont des conservateurs impuissants qui essayent de faire accepter par leurs ennemis, en prenant leurs couleurs politiques et sociales, une vie chrétienne et française réduite à des vagissements. Ouvriers et employés, ce sont d’honnêtes garçons incapables d’exercer une résistance sérieuse au capitalisme ; patrons, ce sont de braves gens qui aimant à s’entendre dire qu’ils ont de beaux sentiments, mais qui ne dépassent guère, dans leur philanthropie, l’expression de ces beaux sentiments et qui montrent peu d’empressement à augmenter les salaires de leurs employés ou de leurs ouvriers. Il y a chez eux un gaspillage énorme de salive, d’encre et de flux contimentaux, quelquefois même de vraies forces intellectuelles, vitales. Inconsciemment, ils participent à la désorganisation du pays : par leur mauvaise et maladroite philanthropie chrétienne, ils réveillent l’anticléricalisme ouvrier, ou font passer des ouvriers catholiques aux organisations révolutionnaires ; par leur minimisme religieux, ils désagrègent les masses catholiques qui suivent leurs directions intellectuelles, et ils les livrent sans défense à leurs adversaires ; par leur admiration de l’étranger et leur patriotisme conditionnel, ils entravent les formations nouvelles du vrai patriotisme.

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Il est incontestable que ces différentes bourgeoisies (dans lesquelles il a paru inutile de présenter séparément la bourgeoisie protestante, car ses caractères sont empruntés à la bourgeoisie juive et à la seconde bourgeoisie judaïsante) ont justifié, par leur action politique et économique et leurs mœurs, les critiques qui leur ont été adressées au cours du siècle dernier par les écrivains catholiques sérieux et par les socialistes. On conçoit aisément que des écrivains romantiques, en exagérant leurs laideurs, les aient profondément méprisées. Nous ne voulons pas rechercher (car ce serait empiéter sur la tâche du moraliste) si elles sont vraiment méprisables. Mais, à les considérer du point de vue national, nous devons dire qu’elles ont manqué à leur fonction. Non point totalement, car elles ont conservé et augmenté le matériel et l’or de la civilisation européenne. Mais elles ont terriblement entamé les réserves morales et vitales de la nation française.

Toutes ces classes, fondues apparemment en une seule par le régime capitaliste, ont imposé aux classes ouvrières un régime économique et social qu’elles ne pouvaient supporter. La bourgeoisie juive et la bourgeoisie judaïsante ont exploité, surexploité, appauvri, perverti et démocratisé les ouvriers français ; la bourgeoisie cléricale les a maintenus dans une dépendance intellectuelle et matérielle qui ne leur permettait pas de se forger eux-mêmes les instruments de leur défense. Dans le régime industriel que ces bourgeoisies, unies parfois, plus souvent agissant séparément, mais parallèlement, ont imposé au peuple français, les classes ouvrières ont vécu pendant plus d’un siècle dans un état de désorganisation extrême. L’association ouvrière avait disparu. La famille ouvrière elle-même a été presque dissoute. Les classes ouvrières n’ont plus formé que des masses chaotiques, ne possédant aucune formation de résistance contre l’exploitation capitaliste, et dont les souffrances ne pouvaient trouver d’expression que dans des mouvements de sentiment, par quoi elles étaient livrées aux démagogues et aux politiciens. Enfin, le relâchement des mœurs bourgeoises entraînait un relâchement des mœurs ouvrières par quoi le monde ouvrier, comme le monde bourgeois, s’ouvrait à l’anarchisme. Par-dessus tout, toutes les valeurs de la culture, qui maintiennent, dans une nation, les mœurs et, en somme, tout l’appareil social, étaient abandonnées, rejetées par une société qui, dans la bourgeoisie, ne commandait plus que la recherche de l’or et de la jouissance, et, dans les classes ouvrières, les aboutissements utopiques de l’esprit de révolte.

Mais répétons que les causes essentielles de cette désorganisation générale de la bourgeoisie française sont purement politiques. Et il serait vain de prier les bourgeois de s’amender pour conjurer les petits qui menacent la nation et qui les menacent eux-mêmes ; il serait vain de les menacer directement si l’on ne les invitait en même temps à sortir des conditions politiques et sociales où ils ont été placés, afin de rentrer dans leur fonction propre, spécialisée, qui est d’administrer directement la production et d’y exercer le commandement pour le plus grand profit matériel de toutes les classes de la société française. Toutefois, actuellement, toute tentative auprès de la bourgeoisie française, cléricale ou judaïsante risquerait d’être vaine si deux menaces n’étaient venues réveiller l’énergie bourgeoise. D’une part, la menace étrangère, qui s’est révélée à la bourgeoisie non par le péril national, mais par l’invasion commerciale et industrielle allemande qui a enseigné aux bourgeois libéraux que le pacifisme et la fraternité humaine n’ont aucune valeur économique : c’est par là que les valeurs patriotiques pénètrent de nouveau le monde bourgeois et le préparent au nationalisme. D’autre part, la menace ouvrière, qui, par une action incessante, une guerre quasi-quotidienne, a contraint les bourgeois à retrouver leurs qualités guerrières et le sens du commandement. Le syndicalisme, surtout le syndicalisme révolutionnaire, a donné à la bourgeoisie française, et par conséquent à la France, la direction même de son salut. Que l’on comprenne ici toute la valeur de ces paroles qui terminent un des chapitres des Réflexions sur la Violence, de Sorel :

« Saluons les révolutionnaires comme les Grecs saluèrent les héros spartiates qui défendirent les Thermopyles et contribuèrent à maintenir la lumière dans le monde antique. »

L’action révolutionnaire du syndicalisme français a contraint la bourgeoisie à rentrer dans ses traditions, à retrouver les valeurs traditionnelles de la culture française. Tant que les classes ouvrières ont été inorganisées et paisibles, tant que leurs revendications ont été canalisées par les politiciens qui en faisaient des valeurs d’échange dans leurs marchés avec les grands bourgeois, la décadence économique et morale de la bourgeoisie a pu se produire sans que les bourgeois en souffrissent, et par conséquent sans qu’ils songeassent à réagir contre une maladie qu’ils ne sentaient que confusément et qui menaçait plus les biens collectifs, dans la durée, que les biens particuliers, dans le présent. La bourgeoisie juive pouvait régner et donner le ton ; la bourgeoisie cléricale se rétrécir ; la bourgeoisie judaïsante faire des affaires avec les politiciens et faire la noce avec la bohème des cabarets, et la nation était oubliée, et la culture s’abaissait, et le monde devenait petit. Du jour où les classes ouvrières, organisées par la conscience de leurs intérêts, menèrent une action révolutionnaire directe contre la bourgeoisie, tout était sauvé. La bourgeoisie cléricale était rendue à sa haute mission, qui était la sienne lorsqu’elle était la bourgeoisie catholique française ; contrainte de rechercher, elle aussi, son perfectionnement technique, elle retrouvait les qualités d’invention, d’habileté, de goût, qui ont fait autrefois sa fortune. La bourgeoisie judaïsante était arrachée à sa démoralisation lorsque l’émeute est aux portes de l’usine, le temps n’est plus d’organiser les plaisirs. La bourgeoisie moderniste et philanthrope était ramenée à son travail et devait abandonner ses entreprises populaires pour rentrer purement et simplement dans la profession. Toutes trois devaient s’allier par corps, par professions, par métiers, pour faire face au monde ouvrier. Du même coup, toutes les traditions communes aux trois groupes se rencontrent : traditions professionnelles, traditions morales, conceptions générales héritées de la culture française, esprit guerrier. L’esprit de classe, l’esprit de commandement, les mœurs fortes, la culture se reformant. Et mécaniquement, physiologiquement, la bourgeoisie juive se trouve exclue de la bourgeoisie française restaurée. Au sein des associations bourgeoises professionnelles françaises reformées selon les nécessités de la lutte économique, le bourgeois juif, qui doit sa fortune à la dissociation des corps français, est inévitablement reconnu car des hommes qui retrouvent leurs caractères nationaux, et il est finalement éliminé.

Tout est sauvé…

… à condition toutefois que les règles du jeu ne soient pas faussées et que l’activité révolutionnaire ne soit pas détournée par l’une des bourgeoisies en présence et qu’elle puisse s’exercer également contre toutes les classes bourgeoises. Tout est à reprendre si l’une de ces classes bourgeoises réussit au contraire à prendre pouvoir sur les classes ouvrières et à diriger secrètement les forces révolutionnaires sur ses rivales. Il y a dix ans, au moment où Sorel écrivait les lignes que nous venons de citer, on a pu espérer que le syndicalisme révolutionnaire, utilisé pendant l’affaire Dreyfus par la bourgeoisie juive contre la bourgeoisie cléricale, et plus simplement contre toutes les classes bourgeoises françaises, on a pu croire que le syndicalisme révolutionnaire, éclairé par ses chefs, allait entreprendre cette action révolutionnaire générale et provoquer ainsi une concentration traditionnelle de la bourgeoisie française. Le mouvement a été esquissé, mais il n’a pas abouti. La bourgeoisie juive a réussi à prendre en mains, par la Franc-Maçonnerie, par ses amitiés socialistes, par ses agents directs, avec la complicité de l’État républicain, la direction occulte d’une forte partie du mouvement ouvrier. Tout est donc à reprendre. Mais la bourgeoisie française se trouve aujourd’hui, après dix ans d’expériences politiques et sociales, dans des conditions psychologiques où l’on découvre de riches promesses. De toutes les classes bourgeoises françaises, des hommes se sont détachés et se détachent pour se reformer selon les principes classiques. Les nouvelles générations, qui se préparent à recueillir l’héritage matériel de leurs pères, reconstituent, à la lumière des enseignements nationalistes et syndicalistes, leurs valeurs sociales. Elles savent que le problème qui leur est posé est d’abord politique, et que si elles veulent subir, en vue de leur propre organisation, l’action du syndicalisme révolutionnaire, il est nécessaire de modifier les conditions politiques dans lesquelles vivent les classes bourgeoises et les classes ouvrières. Elles savent que, pour retirer à la bourgeoisie juive le contrôle des mouvements ouvriers, pour mettre en contact direct, sans personnes ni groupes interposés, la bourgeoisie organisée et le monde ouvrier organisé, il faut détruire les institutions démocratiques, résoudre le problème de l’État par la monarchie, et vider la nation de tout parlementarisme. Ce sont les conditions de salut de la bourgeoisie. Ce sont également les conditions qui servent l’intérêt national. Dans une monarchie pure, avec le concours d’un syndicalisme ouvrier pur de toute influence parlementaire ou juive et dirigeant l’action de ses corps spécialisés contre toutes les classes bourgeoises, les antagonismes utiles à la vie d’une nation se produiront heureusement, dans la paix civile, et la bourgeoisie française se reformera, ardente et forte, pour remplir, dans la production et la conservation des richesses nationales, sa fonction historique, interrompue pendant un siècle.

Georges Valois.
  1. Les grands industriels tirent de l’action politique des sur-bénéfices industriels considérables, par les modifications de tarifs douaniers, les fournitures d’État, les concessions, etc. Les jeunes bourgeois qui entrent au Parlement deviennent avocats d'affaires, conseil des grandes compagnies, et terminent leur carrière dans l'administration des sociétés financières, tel Rouvier, président de la Banque française pour le Commerce et l'Industrie.
  2. L’épithète « cléricale », qualifiant ici une bourgeoisie de formation catholique, doit être employée pour désigner un groupe de Français qui, au cours du XIXe siècle, ont été entraînés, par la vie démocratique et parlementaire, à se forger une conception extrêmement dangereuse de leur rôle politique, social et religieux. Ils ont en quelque sorte cessé d’être de simples laïcs catholiques, et ont usurpé une partie des fonctions des clercs. C’est ainsi qu’ils sont devenus « cléricaux ». Républicains, bonapartistes ou royalistes, dans tous les cas constitutionnels, et par conséquent se regardant comme seuls possesseurs ou co-possesseurs de l’État, ils ont regardé l’église comme étant à la fois leur protectrice et leur cliente. Ils considéraient qu’ils étaient ou devaient être les vrais gouvernants du pays, et que l’Église était là pour les aider à maintenir un ordre qui était en somme avant tout l’ordre bourgeois. En échange de ce service, ils pratiquaient une politique dite catholique. Mais cette politique catholique sortant des assemblées, les bourgeois se trouvaient amenés à dépasser leur rôle de fidèles pour se conduire comme des gens d’Église. On les a vus devenir théologiens (ce sont eux qui, avant la Séparation, ont fourni les cardinaux verts, laïcs qui avaient la prétention de diriger l’Église de France ; au moment des débats parlementaires sur la Séparation, on les a vus accepter la discussion., ce qui équivalait en somme à prendre la place du Saint-Siège et des princes de l’Église. La bourgeoisie cléricale est donc cette partie de la bourgeoisie catholique qui, au XIXe siècle, a essayé de faire passer aux laïcs une partie des pouvoirs spirituels des clercs pour des réalisations politiques et sociales qui intéressaient surtout le temporel, et, si l’on peut dire, un temporel propre à une classe.
  3. On sait que la bourgeoisie juive est en mesure de contrôler tous les mouvements révolutionnaires par les hommes qu’elle y entretient : le socialisme unifié, par Jaurès, à qui elle a donné son journal ; l’anarchisme, par Sébastien Faure et Alfred Naquet (celui-ci est le patron intellectuel et le soutien financier d’un certain nombre d’anarchistes qui manœuvrent leurs groupes selon ses indications) ; le syndicalisme, par l’intermédiaire de la Franc-Maçonnerie, qui a enrôlé un grand nombre de militants syndicalistes dans les loges.
  4. Invoquons sur ce point le témoignage d’un écrivain demi-juif, M. Daniel Halévy, qui nourrit, croyons-nous, beaucoup de passions juives, mais dont la loyauté intellectuelle nous parait incontestable. En donnant une prolongation imaginaire à l’action sociale de la bourgeoisie juive en France, M. Daniel Halevy, qui connait bien le monde juif, a donné une représentation très significative des réalisations juives. Ayant imaginé, dans sa très curieuse Histoire de quatre ans (1997-2001), une société française complètement démocratisée, il y découvre une humanité prodigieusement abaissée, qu’essaient de relever de faibles élites de savants autoritaires, de socialistes libertaires et de catholiques sérieux. Mais l’action de ces élites est arrêtée par les vrais maîtres de la démocratie. Ici, M. Daniel Halevy écrit : « Si les propagandistes n’avaient eu que l’opinion à convertir, peut-être auraient-ils réussi, car l’opinion était faible. Mais ils se heurtaient aux dix ou vingt financiers qui exploitaient l’avilissement des foules. La fabrication, le commerce de l’alcool et de la morphine étaient entièrement monopolisés par le trust Rodrigue Kohnson et Lefort. Kohnson était, par ailleurs, maître absolu des cafés-concerts, des théâtres et des huit principaux journaux. Dirigée par quelques familles juives tempérantes et de bonnes mœurs, cette administration était l’instrument de la dégénérescence européenne. Ce lui fut un jeu d’amortir l’agitation des hygiénistes. Blagues au café-concert, blâmes au Parlement, insultes par la presse, ils furent vite discrédités. » (Histoire de quatre ans, Cahiers de la Quinzaine, décembre 1903.)
    Il est aisé de voir que M. Daniel Halevy a décrit là un mécanisme politique et social qu’il vu fonctionner dans le monde juif.
  5. On imagine le lecteur assez averti des faits caractéristiques de la vie publique en France au XXe siècle pour joindre les preuves de fait aux informations ici données. Est-il nécessaire de lui rappeler que les juifs ont à Paris la haute main sur la plupart des théâtres, des cafés-concerts et des établissements de plaisir ? que le plus important des organes de dissolution par la littérature, la Revue blanche, par quoi furent corrompues, de 1893 à 1900, la jeunesse bourgeoise et la jeunesse anarchiste, fut fondée par des financiers juifs, les Natanson ? que ce sont des Juifs chiens de lettres, Léon Blum, Julien Benda, Charles-Henry Hirsch, qui ont propagé en France les plus basses propositions sur la vie sociale : Hirsch a fait l’apologie de la prostituée et du marlou, Benda celle du père qui considère le sentiment paternel comme une faiblesse, et Blum, qui est auditeur au Conseil d’État, a écrit un livre pour recommander le mariage temporaire, le mariage à l’essai.
  6. Mon ami, disait un grand bourgeois clérical à un de ses employés, je comprends fort bien que vous désiriez une augmentation de traitement. Mais réfléchissez bien à ceci : en acceptant un traitement peu élevé, vous augmentez vos chances de salut. Si j’augmente votre traitement, j’augmente pour vous les tentations. » Et il énumérait les tentations. Le raisonnement est juste. Mais il vient d’un homme qui manque par position de désintéressement dans la question. Selon que l’on sera bienveillant ou malveillant, on dira de cette réponse qu’elle est sublime ou odieuse.